**·Comics·East & West·Nouveau !·Rapidos

Isola #2

esat-westComic de Brendan Fletcher, Karl Kerschl et Msassyk (coul.)
Urban (2022), 116 p., série en cours, 2 volumes parus.

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La reine Olwyn et sa protectrice Rooke continuent leur voyage vers l’île d’Isola, un étrange itinéraire entre deux mondes. Alors que la guerre se prépare, fuyant la mystérieuse menace venue du ciel elles tombent sur une jeune femmes très accueillante. Trop accueillante sans doute…

Isola : long chemin d'une souveraine et sa protectrice - ComixtripComme beaucoup j’avais été impressionné par les planches du premier tome de cette odyssée (présentée officiellement comme une version moderne du mythe d’Orphée et Eurydice) dans un style Animation très élégant et un design des personnages et des créatures qui m’avait plutôt envoûté… malgré une intrigue assez brumeuse. Et malheureusement ce second tome continue avec les mêmes qualités de mise en scène dynamique avec un univers plutôt fantasy attrayant mais une terrible propension à se complaire dans le cryptique, laissant le lecteur seul sur l’essentiel de la l’album. L’amour platonique et la fidélité de la soldate Rook envers sa reine sont touchants et restent le cœur de l’intrigue, le mystère des transformations et le brouillage de la réalité entre monde des hommes et monde des esprits sont attrayants … Mais jamais les auteurs ne nous donnent de pistes pour comprendre où l’on va et qui est quoi, nous laissant naviguer entre le monde des esprits et celui des hommes, entre métamorphoses et visions subliminales. Quelques passages sont étrangement linéaires, permettant de se raccrocher à certains codes narratifs en nous contextualisant, avant de nous replonger dans des allusions bien opaques. On comprend l’envie des auteurs de nous faire naviguer entre deux réalités au gré des transformations et des visions. Si le premier volume parvenait à nous maintenir en haleine avec ses sauts dans le passé, ici on a cependant l’impression d’assister à un épisode complémentaire, dispensable et ne faisant guère avancer l’ensemble. De quoi achever de perdre l’intérêt pour cette série bien mal embarquée, semblant ne pas avoir été construite sur autre chose qu’une ambiance. Fort dommage et bien maigre. Faute d’un sacré sursaut au prochain tome il est malheureusement probable que peu de monde reste disposé à suivre cette certes sublime, mais trop vaporeuse aventure de deux amantes improbables.

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***·BD·Littérature·Nouveau !·Service Presse

Cadres Noirs #1

La BD!

Premier tome de 72 pages d’une trilogie écrite par Pascal Bertho, d’après le roman de Pierre Lemaître. Dessins de Giuseppe Liotti, parution le 16/02/22 aux éditions Rue de Sèvres.

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Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance!

Prise d’autre âge

A première vue, Alain Delambre a tout d’un homme heureux. Cadre dans une entreprise, il gagne suffisamment bien sa vie pour offrir à sa famille un environnement prospère et éloigner les problèmes.

Toutefois, rien n’est vraiment acquis dans la vie et Alain l’apprend à ses dépens lorsqu’il est licencié. Commence alors une lente désocialisation, qui l’éloigne de l’emploi et précarise l’ensemble de la famille. Heureusement pour notre quinquagénaire, ses deux filles sont grandes et ont fini leurs études. Mais Alain, lui, ne parvient pas à retrouver de travail dans sa branche d’activité, et se voit contraint d’accepter des jobs précaires pour lesquels il est surqualifié.

Un jour, Alain voit passer une opportunité dans les petites annonces. Un job taillé pour lui, qui représente l’espoir d’une seconde chance. Galvanisé de nouveau, Alain se prépare comme jamais pour décrocher ce poste, mais il doit avant cela passer une série d’entretiens et de tests, dont certains s’avèrent illégaux.

Car la mission qu’on lui propose, c’est de simuler une prise d’otage parmi un groupe de cadres candidats, afin de déterminer les plus aptes à gérer les situations de crise et de pression extrême. Plutôt que de renoncer, Alain s’immerge complètement dans le rôle et s’endette même auprès d’une de ses filles pour pouvoir gérer la logistique de cette fausse prise d’otage. Mais quelque chose tourne mal, la situation vire au drame et des gens sont blessés. Pris pour un forcené, Alain est interpellé et placé en détention provisoire, dans l’attente de son jugement.

Quelle sombre vérité se cache derrière cette prise d’otage ? Comment Alain parviendra-t-il à assurer sa défense ?

Des fentes aux enfers

Publié en 2010, le roman de Pierre Lemaître a remporté un franc succès, notamment pour sa description sans concession de l’univers cynique des grandes entreprises, gangrénées par la cupidité et les techniques modernes de management. L’adaptation BD, assurée par Pascal Bertho et Giuseppe Liotti, prend le même

Cadres noirs - Tome 1 - Cadres noirs - Pascal Bertho, Pierre Lemaitre,  Giuseppe Lotti - cartonné, Livre tous les livres à la Fnac

chemin et dresse un portrait peu ragoutant du monde moderne du travail. A noter que l’histoire a été adaptée à la télé dans la série Dérapages (visible sur Arte et Netflix).

La fongibilité des employés, la recherche du profit et de la performance au détriment de l’éthique et du bien-être des individus, tout est mis en exergue pour expliquer la descente aux enfers d’Alain, travailleur qualifié typique auquel il est aisé de s’identifier.

Cependant, si l’intrigue est immersive et articulée autour de révélations amenées de façon cohérente, j’ai été quelque peu gêné par certains détails qui ont empêché une totale immersion. Je parle principalement de l’environnement carcéral, qui comprend des erreurs et/ou clichés non conformes à la réalité: les parloirs ne sont pas organisés comme dans l’album, il n’y a évidemment pas de réfectoire dans les prisons françaises, sans parler des liens avec le surveillant d’étage, les gradés, et le SPIP qui n’est même pas mentionné… J’espère que la suite sera mieux documentée, tant sur l’environnement pénitentiaire que sur la procédure judiciaire, car cela permettra d’apprécier encore mieux les méandres de cette intrigue policière ainsi que sa critique sociale.

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****·Documentaire·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Marie-Antoinette, destin d’une reine de France

Le Docu BD

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Manga de Mayuho Hasegawa et Yuho Ueji
Kurokawa (2021), 165p., one-shot

Vous trouverez un rappel de la formule éditoriale sur le précédent album dédié à Cléopâtre.

bsic journalismMerci aux éditions Kurokawa pour leur confiance!

Marie-Antoinette, destin d'une reine de France, manga chez Kurokawa de  Hasegawa, KomagataAlternant chaque semaine un album Kurosavoir me revoilà sur un volume de la nouvelle formule dédiée aux grandes figures de l’histoire et le plaisir de constater son efficacité. En voyant le sujet dédié à Marie-Antoinette et la passion un peu désuète des japonais pour la Révolution française et les perruques je craignais de trouver un traitement à côté de la plaque d’un sujet parfaitement dramatique, la Révolution et la chute de la royauté. Et comme pour la reine égyptienne la garantie apportée par un historien change totalement la donne en parvenant une nouvelle fois à intéresser sur le plan manga et sur le traitement historique.

On navigue tout le long sur le fil d’une défense de la jeune noble fille d’empire sans tomber dans un contre-sens historique. On nous présente ainsi simplement le contexte familial très dur de la famille impériale d’Autriche et de la mère qui envisageait ses enfants comme de simples matrices destinées à donner des héritiers pour souder les alliances entre Nations. Envoyée à quatorze ans a mille cinq cent kilomètres de la famille qu’elle n’avait jamais quitté, elle se trouve alors confrontée à la rudesse de l’étiquette hyper-développée de la Cour de Versailles. Soumise à toutes les manigances de cour, la jeune femme se réfugia dans les loisirs futiles à mille lieues des problématiques du bon Marie-Antoinette, destin d'une reine de France - BDfugue.compeuple…

Abordant autant les problématiques économiques que les difficultés d’intégration de cette pauvre fille et ne passant pas sous silence la dureté des évènements de la période révolutionnaire (qu’on passe rapidement pour dispenser les jeunes lecteurs de séquences violentes), le manga est passionnant en joignant l’utile et l’agréable. Ce qui étonne tout le long dans cette collection c’est la capacité à traiter très sérieusement le fond avec un habillage léger de manga shojo. L’aspect psychologique de la situation de Marie-Antoinette la rend touchante même si l’on n’oublie pas le décalage criminel de cette noblesse coupée des réalités et se vautrant dans le luxe devant la misère du peuple.

Encore un coup au but sous ce format et l’on attend avec impatience le prochain!

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****·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Batman Ego

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Recueil comprenant les épisodes Batman Ego, Batman Black & White, et Solo. Darwin Cooke à l’écriture et au dessin pour Ego, assisté de Paul Grist (scénario) et Bill Wray (dessin) pour les deux autres chapitres. Parution en France chez Urban Comics le 17 janvier 2022.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

La Grande Aventure (L)EGO: Batman en petits morceaux

Batman est devenue une figure hégémonique de la pop culture grâce à son ingérence répétée dans plusieurs médias: bande dessinée, films, jeux vidéos, séries d’animation…

Chacune de ses adaptations a été une occasion supplémentaire de faire entrer dans le cercle des fans toujours plus nombreux, marqués par l’imagerie gothique de ce héros sombre et torturé. Au fil du temps, les différentes interprétations du personnage, les univers distincts dans lesquels Batman évoluait ont connu des transfuges, plus ou moins heureux. C’est ainsi par exemple, que des personnages issus de la série animée, créée par Bruce Timm en 1992, ont fait ensuite leur apparition dans le comic book, ce qui est l’un des premiers exemples de canonisation transmédia.

Encore aujourd’hui, Batman the animated series est considérée comme une série culte et incontournable pour les fans de l’Homme Chauve-Souris, si bien que le comic book n’a pas pu faire autrement que d’intégrer encore davantage d’éléments du dessin animé au sein de ses pages.

En 2000, c’est Darwin Cooke, issu de l’animation, à qui on donne l’occasion de raconter sa version du mythe Batman. L’artiste concocte donc Batman Ego, une fable sous forme de dialogue interne qui met le héros masqué face à ses peur et à ses doutes.

Après avoir échoué à empêcher un homme de main du Joker de mettre fin à ses jours, Bruce, blessé et affaibli, se cloître dans sa fameuse batcave et s’y voit confronté à la manifestation de son alter ego. C’est à cette occasion que l’on se rend compte que le Batman est vu comme un croque-mitaine non seulement par les criminels de Gotham City, mais également par Bruce Wayne lui-même.

Darwin Cooke choisit de traiter le paradigme du héros en faisant de Batman et Bruce Wayne deux entités distinctes, forcées de cohabiter mais ayant chacun des objectifs propres. Ainsi, Bruce Wayne, écrasé par ce deuil qu’il n’a pas su faire et par le poids des responsabilités qu’il s’impose, s’en remet à Batman pour faire ce qu’il n’a pas pu, à savoir protéger tous ces parents qui sont symboliquement les siens et éviter autant d’orphelins potentiels. Batman, quant à lui, n’est que rage bouillonnante et pulsions de mort, et se sent de plus en plus contraint par les limites que lui impose Wayne. Ne tolérant qu’à peine ces freins, Batman presse de plus en plus pour que son hôte lui lâche la bride, et va profiter de ce moment de faiblesse pour le confronter à ses contradictions.

Le regretté Darwin Cooke déroule ici la théorie freudienne en découpant son personnage en trois parties distinctes: -Le Bruce Wayne milliardaire, la figure publique qui œuvre et investit pour le changement à Gotham, est le Surmoi, car il représente la morale qui pousse Bruce à agir. -Le Batman est ici représenté comme le Ça, siège des pulsions qui animent l’homme et le poussent à devenir un justicier violent et sans compromis. Et enfin, en lieu et place du Moi, nous avons le « vrai » Bruce Wayne, l’enfant orphelin qui a perdu ses parents dans Crime Alley, et qui doit faire la synthèse de toutes ces injonctions conscientes ou inconscientes.

Batman Ego est donc une plongée très immersive dans la psyché du Chevalier Noir, et nous pousse à nous interroger sur les implications réelles, en terme de santé mentale, qu’aurait la transformation d’un homme en justicier au ban de la société.

Le style saisissant de Darwin Cooke, reconnaissable grâce à son trait dynamique qui rappelle l’animation, conjugué à l’esthétique rétro futuriste digne d’un Fritz Lang, fait de ce Batman Ego une sorte d’hybride entre Batman the animated series de Bruce Timm, et Batman Year One, de Frank Miller.

En comparaison, les autres histoires courtes proposées dans ce même recueil paraissent moins impactantes, même si elles permettent d’apprécier le style de l’auteur et de ses comparses. On a par exemple un rapide crossover entre le célèbre Spirit de Will Eisner et Batman, qui, bien qu’il reprenne amoureusement les codes des comics pulp, reste un cran en dessous au niveau intensité dramatique. Néanmoins, ce Batman Ego, grâce au comics éponyme, vaut bien quatre Calvin.

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Batman White Knight: Harley Quinn

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Comic de Katana Collins, Sean Murphy, Matteo Scalera et Dave Stewart (coul.)
Urban (2021) – DC (2020), One-shot.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

L’ouvrage s’ouvre sur une préface issue d’une critique américaine. Après les six chapitres de l’histoire est insérée la courte histoire réalisée pour le Black, White and Red. Chaque couverture originale (magnifiques!) est en ouverture de chapitre et six couvertures alternatives de Matteo Scalera sont proposées, avant plusieurs pages bichromie (il aurait d’ailleurs été intéressant de savoir comment se répartit le boulot entre le dessinateur italien et la Rolls Royce des coloristes), puis quelques recherches graphiques qui permettent de voir les créations de Sean Murphy et une bio des trois auteurs (… mais pas de Dave Stewart, qui apporte pourtant une touche folle aux planches!). Très belle édition Urban, rien à redire.

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Batman n’est plus. Bruce Wayne est emprisonné et la Loi règne désormais sur une Gotham débarrassée définitivement du Joker. Dans ce nouveau contexte, Harleen Quinzel se retrouve confrontée à la dure tâche d’être mère de jumeaux, psychiatre… et héroïne? C’est du moins le destin qui lui semble tracé lorsqu’une série de meurtres touchant d’anciennes stars du cinéma classique sème l’effroi sur la cité…

Coup de coeur! (1)Quoi de plus banal que de voir les recettes gagnantes prolongées à l’envi… au risque de se perdre dans du banal et commercial. Après un chef d’œuvre immédiatement élevé au statut de classique au même titre que les grands ancêtres Dark Knight ou Killing Joke White Knight a permis à Sean Murphy, autrefois sale gosse du comics Indé, de devenir le grand manitou des éditions DC et à l’éditeur de lancer son Black Label auquel l’œuvre de Murphy donne le La. La suite directe Curse of the White Knight était attendu avec inquiétude l’an dernier et avait réussi à renouveler le projet en approfondissant le Review: Batman: White Knight Presents Harley Quinn #4 - Dark Knight Newsnouveau paradigme de Gotham. Lorsqu’un nouvel album dessiné par la star Matteo Scalera (tout juste rescapé d’une aventure pas terrible (mais juteuse) avec le magnat Mark Millar) était annoncé on aurait pu craindre le début d’une descente de spin-off en spin-off sur l’ensemble du bestiaire de Batman. Quelle surprise que de découvrir immédiatement qu’au lieu d’un spin-off on avait tout simplement droit à la suite directe du diptyque!

Batman emprisonné, la conclusion de Curse aurait laissé penser à une reprise du titre de héros par le Red Hood tout juste rentré d’opérations. De Jason Todd on ne verra pourtant qu’un demi sourcil dans ce volume totalement centré sur Harley, si bien qu’il apparaît autant comme une variation du magnifique Harleen qu’une suite au Murphyverse. L’absence des héros et des nemesis permet depuis quelques années aux seconds couteaux de s’émanciper pour notre plus grand bonheur puisqu’ils permettent à des auteurs motivés de s’émanciper des carcans monolithiques des héros centenaires. Ainsi Harley n’est plus ni la copine du Joker ni une méchante (et il semble loin le temps où elle fricotait avec l’herboriste en chef de Gotham). Elle est juste une pauvre fille un peu perdue au milieu de ses deux hyène et de ses bambins, ne sachant pas trop lequel des deux duos est ses enfants préférés. Une façon d’inscrire la dualité du personnage à l’image et dans son originalité et non dans la folie. Car une forme de normalité semble revenue sur la ville maintenant que le couple infernal est éliminé, la chauve-souris à l’ombre, le clown enterré. Une normalité qui ne plait pas à tout le monde même si un certain classicisme de l’enquête nous rappelle les glorieuses heures du Long Halloween.

L’élégance est de mise de la première à la dernière page, déjà par le duo de choc formé par le décidément magnifique Scalera, fort inspiré et qui évite de singer Murphy, avec peut-être le plus grand coloriste depuis quelques années. Les nuances douces de Dave Stewart, la subtilité de ses ombres et de ses détails rendent impossible de déterminer lequel des deux est la vraie star de ces planches. L’album est un régal de bout en bout et mérite Batman: White Knight presents Harley Quinn (DC Comics - 2020) - BD,  informations, cotesla lecture déjà pour ce travail d’orfèvre. S’inscrivant dans la thématique des films noirs de l’âge classique du cinéma américain, Harley Quinn troque les hommages des deux précédents albums aux films Batman qui se sont succédés pour d’autres personnages du passé comme ce faux Spirit. Moins urbain et mécanique que les albums dessinés par Murphy, celui-ci nous rapproche de l’ambiance rétro de Tim Burton.

Construit comme une alternance entre l’enquête autour de ce « copycat » menée par un GTO (dépassé sans leader) et l’itinéraire de la rencontre entre Harleen et Jack Napier, bien avant que celui-ci ne devienne le Joker. Cette alternance permet de rentrer subtilement dans la trinité qu’est Harley: la veuve en galère avec ses marmots, l’héroïne en devenir et la psychiatre qui doit jouer entre son passé et sa dualité profonde. Modifiant profondément (à nouveau!) le passé du personnage et de la mythologie, Sean Murphy et sa compagne scénariste Katana Collins sortent assez franchement du canon super-héroïque pour proposer un très beau portrait de femme moderne.

Excellement écrit, parfaitement dessiné, profond dans ses thématiques intrinsèques comme dans sa variation sur Gotham, Harley Quinn est un nouveau strike du Murphyverse et du Black Label, avec des conséquences qui peuvent être profondes. Sean Murphy semble totalement libre de tordre les personnages de DC dans le sens qu’il lui plait et tant qu’il se passionne pour eux on le suivra jusqu’au bout du monde.

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***·BD

M.O.R.I.A.R.T.Y. #3: Le Voleur aux cent visages 1/2

La BD!

Premier tome du second cycle de la série coécrite par Jean-Pierre Pécaud et Fred Duval, avec cette fois Gess au dessin. 46 planches, parution le 24/06/20 aux éditions Delcourt. Les deux précédents tomes, intitulés Empire Mécanique relataient la précédente enquête de Sherlock Holmes, aux prises avec son ennemi juré.

Paris, ville du crime

Aux pieds de la Dame de Fer, c’est l’effervescence. En cette année 1900 se tient l’Exposition Universelle, durant laquelle les inventeurs et scientifiques de tous acabits pourront présenter leurs découvertes. Cette exposition augure un nouvel âge, celui du progrès et sa marche inexorable. Pour fêter l’occasion, plusieurs grandes nations s’affrontent lors d’une course en ballon dirigeable autour du monde, dont Paris sera l’une des étapes.

Comme à son habitude, Sherlock Holmes fait fi du tumulte, car il a ses propres plans. Embarqué incognito avec son acolyte Watson à bord du ballon britannique, il est à la poursuite d’un insaisissable voleur, qui sévit à chaque étape de la course en dérobant de précieux biens.

Mais Sherlock Holmes est sûr de lui: Paris sera le terminus pour le voleur. Certain de l’avoir identifié, le célèbre Détective de Baker Street lui tend un piège, dans lequel l’intrépide criminel finit par tomber. Cependant, le voleur est-il bien celui que l’on croit ?

J’peux pas, j’ai Freud

La véritable surprise surviendra lors de l’interrogatoire du malheureux. En effet, celui-ci semble tiraillé entre plusieurs personnalités contradictoires et indépendantes, rendant la séance d’interrogation déconcertante, et son sort, hasardeux. Cet homme pourra-t-il être jugé ou pas ? Pour éclaircir cette situation, la police française fait appel à des experts, des hommes ne craignant pas de s’aventurer dans les méandres torturés de l’esprit humain: le Professeur Charcot, et un jeune neurologue, un certain Sigmund Freud

Le jeune théoricien de l’esprit humain est formel: plusieurs entités se partagent le cerveau de cet homme. A cette heure, impossible de déterminer quelles personnalités sont responsables des vols perpétrés. Et si cet homme n’était qu’un instrument, la clef de voûte d’un projet plus grandiloquent ?

Une fois encore, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud nous entraînent dans une aventure bigarrée du plus célèbre Détective qui soit. Usant des éléments incontournables de l’œuvre originelle, ils ont eu la sagacité d’y mêler d’autres éléments de la littérature victorienne (Dr Jekyll dans les deux premiers volumes), ainsi qu’un environnement steampunk donnant à la série des airs de Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

L’ajout des références se poursuit ici avec cette fois l’intervention de personnages historiques comme Sigmund Freud, le père de la psychanalyse. Son regard, controversé, sur la psyché humaine et les relations interpersonnelles, permet quelques moments savoureux, presque méta, durant lesquels il s’ingénie à analyser les rapports entre le détective et son partenaire.

Bien entendu, l’antagoniste principal reste le fil rouge de l’intrigue, et on sent bien que Holmes n’en a pas fini avec son ennemi juré, qui œuvre toujours en coulisse.

Les dessins de Gess tranchent de façon assez franche avec ceux de Stevan Subic. Là où Subic instaurait une ambiance sombre et glauque, grâce à un ancrage si lourd qu’il en altérait parfois la lisibilité, l’auteur nantais mise sur la clarté de ses planches pour symboliser une époque parisienne naïve et enjouée.

M.O.R.I.A.R.T.Y. n’a pas encore livré tous ses secrets, rendez-vous en 2021 pour en apprendre davantage !

****·Comics·East & West·Rétro

All-New X-men #1-3

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Comic de Brian Bendis et Stuart Immonen, David Marquez et David Lafuente
Panini (2014-2015)/ Marvel (2013), Série de 8 volumes, terminée.

Couverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -1- X-Men d'hierCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -2- Choisis ton campCouverture de All-New X-Men (Marvel Now! - 2014) -3- X-Men vs X-Men

Cet article porte sur les trois premiers tomes de All-New X-men, le « relaunch » de sa série par Marvel en 2013, qui s’est accordé pour l’occasion une énorme brochette de talents: Stuart Immonen puis Mahmud Asrar, Frank Cho, Esad Ribic, Sara Pichelli,… excusez du peu! Accompagnés par des encreurs monstrueux, cette série me fait découvrir Stuart Immonen dont je n’avais rien lu et qui devient instantanément mon nouveau chouchou comics depuis Esad Ribic.

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Le monde des mutants a changé. Rendu fou par la Force Phénix , Cyclope a tué le professeur Xavier et entamé une nouvelle carrière de « méchant » en s’alliant avec Magnéto afin de rendre leur dignité aux mutants. Terrassé par ce nouveau contexte, Hank MacCoy, « la bête » retourne dans le passé pour demander de l’aide aux jeunes X-men. Le fait d’accepter sa proposition va envoyer Cyclope, Jean Grey et leurs amis dans un maelstrom de questionnements identitaires sur leurs pouvoirs, le bien, le mal et comment choisir ce qui est le mieux pour tous…

Avant de commencer, très distant des chronologies Marvel et DC, je n’ai absolument aucune idée du lien temporel entre cette série sortie en 2013 et celle dessinée par Humberto Ramos (et chroniquée ici) et dont certains personnages qui semblaient nouveaux apparaissent bien chez Stuart Immonen et Brian Bendis… Ceci étant dit, je suis tombé fou dingue du trait du canadien Stuart Immonen dont le style m’indique ce que produirait Olivier Vatine s’il exerçait dans une industrie aussi exigeante que les comics. Il y a une réelle proximité entre les deux dessinateurs dont les encrages et la gestion des ombres sont à tomber. C’est bien simple, sur les trois volumes parcourus c’est un sans faute et chaque case inspire une telle maîtrise et expression que l’on en oublierait presque de se concentrer sur les dialogues et le scénario… très verbeux!

Résultat de recherche d'images pour "all new x men immonen"Il va sans dire que dans un scénario de BD de super-héros (qui plus est dans un relaunch, impliquant une dimension créative assez limitée) le dessin facilite grandement la perméabilité du lecteur aux thèmes du scénariste. Brian Bendis en scénariste chevronné maîtrise son sujet en alternant le récit autour de trois groupes: les X-men adultes, les jeunes X-men en tenue originale jaune et une bande de renégats autour de Mystic. La série porte sur les effets psychologiques (et dans le contrôle de leurs pouvoirs) sur les jeunes X-Men confrontés à la perte du Père, le professeur Xavier. Le plus intéressant est le traitement donné à Cyclope qui n’est pas présenté comme un méchant mais plutôt comme un héros mature et dérangé par son acte  mais qui semble souhaiter réellement le bien de tous. Au passage la réinvention graphique de Cyclope est absolument magique, les deux auteurs se faisant plaisir en lui procurant des costumes tous plus inventifs les uns que les autres.Résultat de recherche d'images pour "all new xmen immonen tome 2"

Ce run a le gros avantage de ne pas trop perdre le lecteur « débutant » en se concentrant sur les premiers X-men… que l’on trouve également dans les films (première série et deuxième série) ce qui permet de toucher un relativement grand public. Bien sur les références aux différents événements passés (la mort de Xavier, la Force Phénix, le génocide mutant) complexifient un peu la trame mais c’est présenté de manière didactique comme un simple « hors champ » qui densifie l’univers sans donner l’impression d’avoir raté un épisode. L’irruption des Uncanny Avengers donne très envie de voir ce crossover des deux franchises au cinéma et la qualité du dessin permet de profiter pleinement de la BD sans en faire un simple argument commercial pour donner des billets au Marvel Studio.

Ce run sublimement dessiné (je vais de suite me lire le reste de la biblio de Stuart Immonen!) profite d’une mise en scène (découpage, utilisation des voix entendues par Jean Grey) et de dialogues drôles autour d’une trame simple qui permet de se focaliser sur ce qui fait la force des séries X-men: les relations entre personnages. Assez peu d’action finalement et plus de réflexions intimistes sur l’identité de mutant et les incidences du voyage temporel sur la suite des événements. Comme sur la version d’Humberto Ramos, les perso et leurs pouvoirs tiennent le tout, et franchement ca donne envie de continuer la série…

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Je, François Villon #3

BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_291294Le triptyque de Luigi Critone sépare la vie de Villon entre ses premiers méfaits d’étudiant (Tome 1), sa vie de bandit (tome 2) et sa repentance (tome 3), de façon remarquablement équilibrée et logique. A la complexité des citations des poèmes en ancien français entre les parties répond une linéarité plaisante et l’élégance du trait.

Ce dernier volume, après les horreurs passées, s’ouvre sur une séquence de théâtre où le public invisible est clairement le lecteur: Villon s’y confronte à ses démons, sa morale, son sur-moi avec qui il disserte de ce qu’il a fait et de ce qu’il doit faire. Cette introspection débouchera très rapidement sur l’emprisonnement et la torture, aussi abominable que les peines qu’il a causées. Là diverge la fiction des écrits de l’auteur où il se lamente longuement sur son sort et les malheurs que la Justice et quelques puissants lui ont infligé. Dans l’album pas de plaintes passée l’introduction: la dureté de la sanction semble lui mettre du plomb dans la cervelle et lui fait atteindre la maturité tant repoussée. La morale ne porte pas sur une sanction méritée, la BD a montré combien il n’y avait pas de morale en cette sombre époque. Simplement elle pose un principe de réalité à un personnage qui a tenté de s’en émanciper toute sa vie durant.

L’épisode nous fait rencontrer Louis XI qui le libère après un long et joli dialogue où les crimes du poètes répondent aux crimes du roi, en écho. Si l’intermède du tome 2 avec l’humaniste Charles d’Orléans était un peu frustrante par sa brièveté  (l’enjeu pour Critone était de montrer une nouvelle fois la trahison de Villon), les échanges prennent ici une grande force sur des considération philosophico-morales.

La constance du personnage construit par l’auteur de BD est vraiment remarquable de cohérence tout au long de cette trilogie. Rarement un personnage de BD aura eu une telle épaisseur et le discours une telle solidité. Le travail tant graphique (superbe) que littéraire mérite toute l’attention des lecteurs et je recommande très chaudement l’achat d’une série que Delcourt a eu la sagesse d’éditer en intégrale.

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Je, François Villon #2

BD du mercredi
BD de Luigi Critone, adapté de Jean Teulé
Delcourt (2011-2016), 61 p., série finie en 3 tomes.

couv_225379Le premier tome de cette magnifique série (disponible en intégrale) présentait les premières années de Villon, ses premières trahisons et tentations criminelles. L’on nous dépeignait une époque sombre mais sous le regard de l’insouciance adolescente…

Ce second tome au titre bien trouvé « Bienvenue chez les ignobles » est particulièrement dur et éprouvant à la lecture. Non que les scènes illustrées soient d’une violence crue (on assiste bien à plusieurs scènes de pillages, de massacres et de viols, mais sans insistance). Non, la dureté est psychologique: ce personnage relativement attachant dont nous avons vus les premières années difficiles et, en tant que poète voué à éclairer ses contemporains, entame une descente aux enfers, sans explication, en un chemin vers l’horreur absolu,  annoncé par les conditions de l’entrée dans la confrérie criminelle de la Coquille:

Un vol scandaleux aux yeux de tous, un crime écœurant devant témoins, puis en guise de bienvenue dans la confrérie, nous offrira ce qu’on te demandera.

Je ne déflorerais pas le fameux cadeau mais il est bien entendu qu’il vise à garantir par l’acte le plus ignoble qui soit que ce nouveau membre aura une fidélité absolu à sa confrérie. Recommandé comme poète à la cour d’un seigneur, Villon trahira encore ceux qui lui offrent sa confiance gratuitement et rejoindra une bande de pillards qui mettent le pays à feu en à sang. L’auteur ne nous donne pas d’indications sur le pourquoi de cette autodestruction. Peut-être est-ce les vers du poète qui ponctuent le récit qui nous donnent quelques pistes: un poète doit-il vivre la vie de ses contemporains pour pouvoir la relater fidèlement? Est-ce une purge auto-infligée pour se convaincre de sa liberté absolue?

La structuration de la série en trois albums très différents est remarquable et le dessin lui-même évolue vers plus de séquences contemplatives, notamment avec des séquences muettes sur la fin, faite de paysages en lavis superbes. Les figures de bienveillants aidant Villon sont à l’échelle des trahisons qui viendront. François Villon a une œuvre complexe (en ancien français) connue pour relater à la fois sa vie (l’une des premières autobiographies) et celle des petites gens contrairement aux récits de geste et courtois de l’époque qui se préoccupaient des puissants. C’est sans doute ce qu’a voulu montrer Critone dans cet album: une chronique de la vie des gueux et de son chroniqueur, dans une époque sans morale où la confiance et la vertu sont des anomalies. Ayant grandi dans la violence, le viol et le pouvoir autocratique, en homme de son temps il ne peut s’extraire à sa condition s’il veut rester fidèle, comme poète à ce qu’il relate.

Je François Villon est une BD complexe, très riche et qui donne envie de lire l’ouvrage qui lui a donné naissance. Ma chronique séparée des tomes m’empêche de mettre 5 Calvin, mais au regard des critères on n’en est vraiment pas loin.

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