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Le vagabond des étoiles, seconde partie.

La BD!
 
BD de Riff Reb’s
Soleil (2020), 96 p., série finie en deux volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Ce second volume s’ouvre sur une magnifique illustration au fusain avant un « préambule » (en réalité un résumé du premier tome) et une citation de Nietzsche illustrant les vies multiples, avant de reprendre au chapitre IX. Voir la critique du tome 1 pour le descriptif général.

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Ce projet aurait pu être porté par Alejandro Jodorowski tant l’on retrouve ces thèmes et le traitement rude et poétique dans son œuvre. Comme expliqué sur la première partie, la découpe de l’ouvrage en deux volumes crée une césure artificielle qui fait commencer l’album sur une des incarnations, au Far-west au sein d’une caravane de colons. CaptureOn enchaîne ensuite sur des bribes de vies éparses que le narrateur confesse avoir vécues de façon discontinue avant d’arriver à l’époque romaine dans le corps d’un orphelin viking devenu légionnaire dans la Judée de Ponce Pilate. L’incarnation suivante, la plus intéressante est celle d’une femme naufragée sur une ile déserte (apparemment un des seuls changements de Riff Reb’s par rapport au roman où le personnage est un homme), puis la dernière section nous transporte à l’âge de pierre avec un chasseur en quête d’un Totem, façon de boucler l’idée des visions et lien entre l’esprit et le Temps. Entre ces épisodes historiques l’auteur insère quelques séquences de conscience du prisonnier-supplicié avant une dernière séquence le menant à la potence.

Ce volume est donc très différent du premier en ce qu’il se concentre essentiellement sur des séquences sans lien entre elles ni véritable message hormis le fait que contrairement aux premières les personnages vont au bout de leur existence malgré des aléas tout à fait exceptionnels. Si le tome un dressait un pamphlet saisissant sur la condition carcérale, ce thème est ici plus lointain hormis sur la dernière séquence qui nous rappelle l’aberration du système et de ses « lois ». wp-1604400206798.jpgOn sent dans le déroulement de l’album le détachement de cet homme qui a appris tel un ascète à ne plus subir les tourments du corps jusqu’à se demander malgré les témoignages « paranormaux » qu’il nous livre, si la succession de ces différentes séquences d’existence ne trahit pas l’évolution psychologique de Darrel Standing vers un mysticisme détaché lui permettant d’accepter la mort.

Graphiquement l’album est toujours un régal de variété avec un auteur qui se fait plaisir à dessiner décors, costumes et paysages extrêmement variés comme une anthologie d’histoires courtes. En cela la très probable édition intégrale à venir supprimera cet aspect en liant l’ouvrage en trois tiers: une première partie dans la prison, une seconde dans les voyages, une troisième de conclusion. Si certaines séquences peuvent paraître longuettes faute de liant scénaristique leur donnant une raison d’être, l’ensemble propose un magnifique projet d’auteur en pleine possession de ses moyens, autant textuels que graphiques, d’une grande variété technique et d’une précision remarquable. Objet inclassable, inhabituel, à la fois intello et fantastique, le Vagabond des étoiles est une grande réussite portée par un sujet et un ouvrage source majeurs. En alliant l’adaptation, le documentaire et le plaisir graphique et de genre, Riff Reb’s réussit son pari de proposer un ouvrage grand public intellectuellement exigeant.

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Le vagabond des étoiles, première partie.

BD de Riff Reb’s
Soleil (2019), 96 p., un volume paru sur deux.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour cette découverte.

couv_375022L’album propose en deux volumes une adaptation du roman de Jack London paru en en 1915 et qui eut une grande répercutions sur le système carcéral américain, notamment par l’abandon de l’usage de la camisole. Riff Reb’s est un habitué de la collection Noctambule de Soleil, collection dont la maquette me laisse assez dubitatif quand à son côté accrocheur. Ainsi la couverture qui met en avant un auteur reconnu mais ne donne pas forcément envie de pousser la porte de la couverture… Le format est compact avec une citation en quatrième de couverture.

Darrel Standing est dans le couloir de la mort. Il nous raconte depuis sa cellule, plume à la mail, ce qui l’a mené là: le meurtre d’un collègue enseignant, la dureté de la vie carcérale, les tortures psychologiques et mentales des matons… et comment il a appris à s’évader psychiquement de son corps pour vagabonder de vie en vie, dans le passé du monde…

Résultat de recherche d'images pour "le vagabond des étoiles bd"Pour ma première lecture d’un album d’une signature bien connue du monde de la BD avec près de trente-cinq ans de carrière, j’ai été marqué par l’ambition du projet et l’implication d’un auteur en pleine maîtrise de ses moyens. Si la couverture est franchement ratée, ce n’est absolument pas le cas des premières planches qui nous font entrer immédiatement dans l’album par une narration qui nous raconte la fin (et donc un récit a posteriori) et nous projette immédiatement dans une atmosphère onirique au design très réussi. Combien d’albums tardent à préciser leur propos au risque de perdre leurs lecteurs avant l’accroche? Ce n’est absolument pas le cas ici où les cent pages sont enchaînées avec envie tant l’abomination de la vie du pénitencier sidère et nous entraîne à vouloir savoir comment le narrateur va s’en sortir (… ou pas). Le jeu du récit est particulièrement réussi en ce qu’il nous annonce systématiquement que la suite va mal se passer alors que la planche nous montre déjà des horreurs… On est ainsi entraîné, ballotté comme un navire que l’auteur aime habituellement dessiner.

Le Vagabond des étoiles, première partie © 2019 Riff Reb’s (Soleil)Le vagabond des étoiles est un ouvrage complexe et hybride. Il débute comme un pamphlet radical contre l’univers carcéral en nous détaillant, proche de ce que firent Hugo ou Dumas, l’absence de loi (ou de la loi du plus fort), de morale, de justice entre ces murs. Le lecteur est régulièrement interpellé quand à sa participation par ses impôts à ce système d’injustice. L’épreuve de l’isolement et de la camisole sont particulièrement bien rendues, de façon scientifique, naturaliste, nous expliquant les sensations ressenties par le détenu avec des passages très difficiles. On ne parle jamais trop du problème des prisons, que ce soit sur les époques passées (comme le formidable manga abolitionniste Innocent), plus récentes (le Vagabond des étoiles) ou présente. L’album de Riff Reb’s est utile et réussi déjà pour cela. En choisissant cette adaptation, l’auteur assume la difficulté d’un récit fait de ruptures qui cassent complètement le cheminement au risque de perdre le lecteur. Ce n’est heureusement pas le cas car l’on est constamment dans l’action, même sur les passages oniriques, restreignant dans ce premier volume les voyages astraux à d’autres époques à des séquences courtes qui ne semblent pas reliées entre elles. On regretterais presque qu’autant de thèmes se bousculent dans ce tome en ne laissant pas le temps de préparer les transitions. Tous reste fluide et logique mais la brutalité des ruptures (rendues graphiquement par des changements du ton monochrome des séquences) surprend. L’ouvrage aurait ainsi probablement mérité une parution en format one-shot.

Image associéeGraphiquement le travail de l’auteur est très intéressant, jouant donc sur les couleurs dans une ambiance globalement froide et sombre. Le style de Riff Reb’s se prête particulièrement au rendu de ces trognes déformées par la folie ou la douleur, notamment dans ces remarquables portraits de détenus rendus informes ou mort par les mauvais traitements. Les visages y sont particulièrement travaillés, restant dans un rendu semi-réaliste mais très bien caractérisés.

Ouvrage étonnant par sa richesse et sa diversité de thèmes à l’association improbable qui laisse intrigué quand à une seconde partie plus qu’attendue, Le vagabond des étoiles est une vraie réussite artistique et politique d’un auteur qui maîtrise son sujet. Le choix de parution en deux volumes a une réelle incidence assez nuisible selon moi et c’est fort dommage tant le projet justifiait de prendre le temps de réaliser un ensemble. Du coup on se passionne pour la partie carcérale mais on reste dubitatif sur le débouché des voyages historiques et de leur intérêt. Gageons que l’auteur sait où il va et raccrochera ses wagons… Cette moitié d’album reste néanmoins uns des très bonnes lectures de l’année.

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