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Sapiens Imperium

La BD!

Premier tome de 108 pages d’une série écrite par Sam Timel et dessinée par Jorge Miguel. Parution aux Humanoïdes Associés le 16/06/21.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Sins of the Father

La planète Tazma n’est pas la destination rêvée par les vacanciers de la galaxie. Hostile, sa surface ne peut accueillir la vie, mais ses entrailles recèlent quelques ressources susceptibles de nourrir quelques êtres vivants. Qu’à cela ne tienne, le nouvel empereur Thésol, issu de la dynastie Kerkan, y enferme, après les avoir détrônés, tous les Kheleks et leurs partisans, sans autre forme de procès. 

Condamnés à la survie la plus abjecte dans un réseaux humide de grottes souterraines, les Kheleks et leurs amis Lektars finissent, au fils des décennies, par se réorganiser en clan, s’adaptant autant que possible à la vie cavernicole. Cependant, l’esprit de conquête des Sapiens n’a d’égal que leur soif de liberté. Aussi, Daridian, l’un des descendants de la dynastie Khelek, cherche-t-il inlassablement le moyen de quitter la grotte où lui et sa sœur Xinthia sont nés. 

Malheureusement, s’échapper de Tazma ne sera pas aussi simple qu’y échouer, car les prisonniers, affamés et démunis depuis des lustres, doivent faire face aux forces impériales et aux metalnauts qui gardent l’entrée, alors même que des schismes internes menacent leur équilibre et leur survie.

De l’autre côté du système, l’impérium a lui aussi de nombreux défis à relever. Non content d’avoir effacé les Kheleks de l’histoire, l’empereur a instauré un joug dont l’usure pousse les différentes dynasties à remettre en cause avec toujours plus d’hardiesse sa légitimité. Que fera-t-il lorsque ses anciens rivaux resurgiront des tréfonds de Tazma ? 

Depuis Dune , les grandes sagas de SF mettant en scène des luttes de pouvoirs entre différentes dynasties sont pléthores. Il y est souvent question de l’exploitation d’une ressource rare (l’Épice pour Dune , des algues ici) ainsi que d’une quête d’émancipation et de liberté, ce qui passe très souvent par la révolte et la lutte armée. Ajoutez-y un duel à mort et une rivalité entre deux héritiers et la comparaison entre Sapiens Impérium et Dune sera complète. 

Le premier tiers de l’album pose un cadre intéressant, pour lequel il aurait été aisé d’exploiter certains aspects claustrophobes. L’auteur évoque un peu rapidement comment des générations d’infortunés ont du s’adapter pour survivre dans les tréfonds de cette lune désolée, mais cède bien vite l’aspect survival au profit d’une lutte de pouvoir sur fonds de mutinerie. 

L’évasion en elle-même se fait assez promptement, mais pas sans peine, forçant néanmoins le scénariste à chercher ailleurs le souffle nécessaire à son histoire, d’où son introduction plutôt tardive du réseau de personnages gravitant autour des Kerkans.

Le dernier tiers de l’album, marqué par la liberté au prix de l’exode, se perd quelque peu au niveau thématique mais aborde des idées intéressantes comme celles de l’altérité et du partage. La fin ouverte annonce celle du premier cycle, ce qui promet une suite aux aventures de Xinthia et de sa cohorte. Côté graphique, c’est le point fort de l’album, Jorge Miguel offre un trait précis et détaillé (notamment les visages), ce qui magnifie l’ensemble de l’album. 

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Claude Gueux

La BD!
BD de Séverine Lambour et Benoit Springer
Grand Angle (2021), 70 p, one-shot.

Claude Gueux est un court roman d’une centaine de pages de Victor Hugo, paru en 1834, deux ans avant le plaidoyer abolitionniste Dernier jour d’un condamné. A la lecture d’un fait-divers, le futur auteur des Misérables voit l’illustration de ce que la misère sociale et la violence de l’Etat créent une criminalité non voulue, à l’inverse d’une vision bourgeoise clamant l’immoralité congénitale des classes laborieuses. Pamphlet réaliste et moral, Hugo y traite des conditions carcérales via un colosse sage et bon qui préfigure le futur Jean Valjean.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Benoit Springer et Severine Lambour travaillent ensemble depuis quelques temps. Le premier avait démarré sa carrière tambour battant sur la trilogie Terre d’ombre, en même temps qu’un certain Mathieu Lauffray avec lequel il partage un style fort, à la fois sauvage et précis. A l’inverse de l’auteur de Long John Silver, Springer a beaucoup évolué graphiquement ces dernières années, me laissant sur le carreau dans la trilogie vampirique Volunteer (sortie en même temps que les Rapaces de Marini) dont j’avais adoré les premiers volumes avant de décrocher sur une conclusion où le trait partait à l’épure, au brouillon, rompant totalement l’harmonie graphique. Par cette petite introduction je voulais montrer l’exigence (et les hésitations) artistique d’un auteur qui semble avoir fui les sirènes du grand public pour des créations plus intimistes à la fois thématiquement et dans une recherche graphique pas toujours facile à suivre.

Les Sentiers de l'Imaginaire:::Pourtant Benoit Springer a un sacré talent! Ce projet émotionnellement très puissant (on n’adapte pas Victor Hugo à la légère!) frise l’épure. Doté de très peu de textes, l’album porte essentiellement sur un découpage lent, répétitif mais extrêmement parlant, jouant sur les regards et les champs-contre-champs pour faire ressentir l’incompréhension d’un homme bon, calme, bon camarade qui assume sa faute (le vol de pains et de bois pour son fils et sa femme) en purgeant une peine qu’il ne conteste pas. Le cadrage suit Gueux à chaque instant et les planches ne visent pas le misérabilisme. Très fort pour croquer des visages réalistes, Springer apporte une matière à ses dessins par des estompes charbonnées. A la fois précis dans les décors et dans des gueules incroyablement expressives, il donne forme à la simplification documentaire que vise le texte original, comme un BRUT en format BD.

Le propos de l’album n’est pas tant les conditions de détention (comme le violent Vagabond des étoiles, adapté de Jack London, un frère de plume de Hugo) mais plutôt l’absurdité et la toute puissance d’un directeur qui brime parce qu’il le veut. Nous n’aurons pas de scènes violentes classiques des récits de prison. Les prisonniers ne semblent pas maltraités… seulement Claude Gueux est un colosse à qui la maigre ration ne suffit pas. Il se lie alors d’amitié avec un autre prisonnier, son « ami » qui lui cède la moitié de sa ration. Lorsque le directeur décide de les séparer Gueux conteste à la fois sa maigre pitance et le fait de le brimer gratuitement. On ne dit ni ne montre rien des faveurs sexuelles probable entre les deux « amis » car c’est une fable que cet album, montrant des être simples face à l’absurdité sociétale. Les auteurs veulent rester centrés sur le propos en évacuant tout pathos. Les plus grands textes humanistes se concentrent sur la raison pure: qu’est-ce qui justifie qu’un homme de loi, un homme au pouvoir, refuse le seul plaisir d’un autre résumé à des relations humaines? Aucune sanction n’est présentée, Gueux est un prisonnier modèle qui présente poliment des demandes vitales: a manger dignement et un contact humain. Il va jusqu’à dénouer une révolte par sa seule aura. Mais cela ne suffit pas. Victor Hugo a toujours dénoncé le pouvoir qui par son seul fait permettait des injustices, sans autre justification que le bon vouloir. C’est ainsi bien les réminiscences de l’absolutisme contre le droit qui est pointé symboliquement.

L’album n’aborde pas la dernière partie du roman qui a trait à la peine de mort elle-même. Il s’achève à la vue de l’échafaud en posant la question de l’intérêt rationnel pour une société de décapiter d’honnêtes gens que la seule injustice de l’Etat pousse au crime. Et de rappeler que seule l’éducation, en formant la morale, en formant au métier, permettra de réduire une violence issue directement de l’inégalité et de l’injustice. De la première à la derrière planche les auteurs parviennent à donner corps à un propos profond, essentiel, et central dans l’œuvre de Victor Hugo. Du fait de son origine et de son thème on aurait souhaité une prolongement par un cahier documentaire qui aurait permis à l’ouvrage de hisser encore plus son sujet. Dommage, mais l’album en lui-même est une sacrée réussite alliant la forme au fonds.

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L’Évadé de C.I.D. Island

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Récit complet en 125 pages écrit et dessiné par Ibrahim Moustafa. Parution française chez les Humanoïdes Associés le 07/04/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Monte-Cristo à Alcatraz

Le jeune Redxan Samud n’avait pas tout pour réussir, mais la chance semble tout de même lui sourire. De basse extraction, il a du redoubler d’efforts pour faire ses preuves sur le navire marchand où il trime depuis des années.

Après un énième exploit qui attire sur lui l’attention de l’armateur, Redxan est désigné capitaine de son navire. Cette promotion inespérée, qui récompense des années d’efforts, va lui permettre de demander l’élue de son cœur, Meris, en mariage.

Ulcéré par cette ascension, Onaxis, un homme fourbe et cupide issu de la noblesse, fomente un complot contre Redxan afin de provoquer sa chute. Accusé de trahison envers le régime, Redxan est condamné lors d’une glaçante parodie de justice, puis jeté dans les geôles de C.I.D. Island, une prison impénétrable dans laquelle il rejoint nombre de prisonniers politiques. Clamer son innocence ne fait que précipiter sa disgrâce et durcir son châtiment, si bien que Redxan perd tout, son honneur, son avenir et la femme qu’il aimait.

Forcé de lutter pour sa survie lors de combats à mort, Redxan perd peu à peu espoir et sombre presque dans la folie. Un jour, il fait la rencontre d’Aseyr, un vieil homme enfermé depuis des décennies, avec lequel il va se lier d’amitié. A partir de là, Redxan va retrouver la volonté de vivre, puis préparer sa vengeance, contre ceux qui lui ont tout pris…

Un homme trahi en vaut deux

Nous sommes ici face à une adaptation du célèbre Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas. Un homme est trahi et perd tout, puis revient des années plus tard sous un nom d’emprunt pour accomplir sa vengeance.

L’auteur s’approprie bien sûr l’histoire à sa manière, notamment en utilisant un décorum SF, qui n’impacte toutefois pas l’intrigue de façon significative. Si la première partie reste fidèle au modèle, la suite prend néanmoins une tournure plus personnelle à l’auteur. En effet, sur fond de lutte des classes, le scénario va passer du cadre intimiste de la vengeance personnelle à celui plus large de la révolution.

Cette direction élude donc tout un pan des manœuvres originelles d’Edmond Dantes, qui dans l’œuvre de Dumas, éliminait un à un ses anciens persécuteurs avec patience et froideur. Dans C.I.D. Island, la duplicité du héros ne dure qu’un temps, puisque le tout bascule bien vite dans l’action pure et les affrontements frontaux, ce qui est finalement dommageable, bien qu’entendable dans le cadre d’une adaptation.

Le tout est traversé par un souffle épique, en grande partie grâce aux fabuleux graphismes d’Ibrahim Moustafa, qui fait mouche tant sur les personnages que sur les décors. Vaisseaux volants, robots de guerre et îles flottantes, duels au sabre, tous les ingrédients sont réunis pour constituer ce récit prenant et divertissant.

En bref, L’Évadé de C.I.D. Island est un récit d’action et de vengeance fort bien réalisé, ambitieux et cohérent dans son ensemble, même si l’on aurait aimé que la partie mascarade, qui fait tout le sel de l’œuvre originale, soit davantage mise à l’honneur.

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La Force de l’Ordre

Le Docu du Week-End

One-shot de 100 pages, adapté du livre éponyme de Didier Fassin, qui est ici assisté par Frédéric Debomy au scénario, et Jake Raynal au dessin. Parution le 2/10/20 aux éditions Seuil-Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Monopole de la violence légitime

Il est fascinant (voire parfois fascisant) de réaliser que le crime est en soi un phénomène endogène à toute société. En effet, c’est du concept même de société et de civilisation, propre à l’Homme, que découle celui de Loi, et donc, par voie direct de conséquence, celui de crime.

En effet, le crime n’existe pas dans l’état de Nature, et l’on ne saurait reprocher au lion d’avoir étripé une gazelle. C’est donc tout le paradoxe que l’Homme s’impose à lui-même et qui détermine son comportement avec les autres.

Dans un monde toujours plus complexe, parcouru de nos jungle civilisées, une question devient récurrente: qui est la gazelle, qui est le lion ? Dans un système rejetant et condamnant la violence des individus, qui peut se prévaloir d’une violence légitime ?

Suis-je le gardien de la Paix ?

La sociologie nous apporte des pistes de réflexions intéressantes. L’Etat, cette entité intangible et supérieure à la somme de ses parties, a bel et bien le monopole de la violence légitime sur son territoire. Il est paradoxal de penser que pour maintenir la paix dans une société, il faille parfois recourir à la violence. De ce point de vue, il semblerait que ce soit la raison d’être d’institutions étatiques telles que l’armée ou la police. Violenter pour protéger, protéger en violentant, voilà un sacerdoce oxymorique qui pourrait expliquer les heurts récents et la défiance actuelle envers elles.

Didier Fassin a accompagné une Brigade Anticriminalité (BAC) durant deux ans afin de mieux en appréhender le fonctionnement, les enjeux et les difficultés. En effet, beaucoup de problématiques liées aux forces de l’ordre se cristallisent autour de ces BAC, connues pour leur virulence et pour les frictions avec les habitants de certaines zones urbaines.

Ce que le professeur a découvert s’éloigne radicalement de l’imagerie véhiculée tant par la fiction que par les médias, et tend à dépeindre un quotidien morne, un ordre social maintenu par des agents partagés entre la désillusion et la pression institutionnelle.

Face à ces découvertes édifiantes, les a priori d’un lecteur peu familier du domaine judiciaire/pénal en seront certainement ébranlés. Loin du manichéisme généralement de rigueur sur les chaines de la TNT, les auteurs font la retranscription d’un système conçu pour reproduire les inégalités, favorisant ainsi la perpétuation d’un cycle sans fin de violence.

Servi favorablement par la transition graphique, l’ouvrage choc de Didier Fassin est à diffuser largement. Plus vous pensez savoir ce qu’il se passe entre les jeunes de cité et les policiers, dans la rue et au commissariat, plus il est urgent pour vous de lire cette BD/ce livre.

**·BD·Nouveau !

Hit the Road

La BD!

Histoire complète en 48 pages, écrite par Dobbs et dessinée par Afif Khaled, parue le 01/07/2020 aux éditions Glénat/Comix Buro.

Hit the road, Clyde

La fin des sixties représente le crépuscule d’un âge d’or. Celui de bandits old school, des gangsters post-WW II venant d’une époque révolue où le manichéisme était encore de rigueur. Après ça, le Watergate, le Viet-Nam et la crise pétrolière se seront chargés de saper les fondations du vieux monde pour le faire entrer dans une ère pas nécessairement plus sombre, mais résolument plus grise.

Clyde n’en est pas conscient, mais il vit malgré lui la transition entre ces deux mondes. Bandit de grands chemins comme on en fait plus, bad boy nimbé de principes qui lui ont valu quelques années de placard, il ressort, libre, et prêt à régler quelques comptes avec Granny pour mieux repartir de zéro.

Non loin, la jeune Vicky gère la pression que lui met sa mère pour la faire participer aux affaires criminelles de sa famille dirigée par Granny, tout en cherchant le moyen d’avorter le plus discrètement possible. C’est alors qu’elle va faire la rencontre de Clyde, qui compte bien se servir d’elle pour atteindre la vieille cheffe de clan.

Arnaques, crimes et tatouages

Les histoires de gangsters sont devenues l’apanage de certains auteurs reconnus. On pense notamment à Quentin Tarantino ou Guy Ritchie, qui se sont fait une spécialité des populaces interlopes en créant des histoires à tiroirs, parfois sordides, souvent violentes, mais avec toujours ce ton mordant qui a fait leur renommée.

Force est de constater que leur travail a phagocyté le genre, tant et si bien que l’on parle de dialogues tarantiniens et de mise en scène « à la Ritchie« . Devenir ainsi le maître-étalon de tout un genre de fiction n’est pas chose aisée, mais peut avoir pour inconvénient de formater non seulement le genre en lui-même, mais également nos attentes de lecteurs.

C’est un peu ce qui se passe avec ce Hit the Road, dont l’intrigue, tout en restant cohérente dans son ensemble, ne s’aventure pas au-delà du premier degré, et se refuse le côté outrancier des œuvres tarantinienes. On trouve toutefois un peu d’ironie ainsi qu’un sens de la répartie dans les premières pages, mais qui s’efface bien vite au profit d’un scénario quelque peu convenu.

Reconnaissons néanmoins qu’il est délicat en 48 planches, de développer une histoire qui soit à la fois dense et dynamique. La révélation sur les motivations réelles de Clyde, bien pensée, est amenée assez maladroitement, trop pour élever le scénario dans son ensemble. A coté de ça, certaines thématiques, comme celle de l’avortement, auraient mérité un traitement plus dense mais paraissent saupoudrées ou survolées.

Le point fort de Hit the Road reste le graphisme excellent de Afif Khaled, qui livre de très belles planches grâce à un trait précis et dynamique.

En bref, malgré une partie graphique attractive et soignée, Hit the Road ne fait que passer, et c’est bien dommage !

*****·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Monolith #2

BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_377200Le premier tome de Monolith m’avait franchement bluffé et laissait le lecteur en plein suspens avec une situation dramatique: le portable, seul moyen d’ouvrir la voiture-bunker perdu, le mère terrorisée et menacée en plein désert par une faune agressive… mais comment va-t-elle bien pouvoir récupérer son bébé et s’échapper de ce piège?

Si le dessin est tout aussi bon dans ce second volume, l’album gagne encore en qualité grâce aux séquences de panique et de délire (je vous laisse en découvrir la raison…) qui permettent aux auteurs une formidable expérimentation graphique dans des séquences répétitives, oniriques, qui sortent de la technique en couleurs numériques au couteau pour proposer du dessin très classique, très technique et très drôle. Ces passages centraux sont une vraie respiration et cassent les codes tout en s’inscrivant parfaitement dans le projet de retranscrire visuellement le stress et l’état d’esprit de la jeune femme. Si les dialogues sont assez crus ils sont en cohérence avec le personnage et ces échanges improbables entre la furie et le bloc de technologie muet font souvent sourire. Bien entendu on ne cherchera pas la vraisemblance dans cette intrigue de survie-panique qui est autant un projet sensoriel que le la maquette du film qui en est sorti.An actual double page spread from a dreamlike sequence.

Résultat de recherche d'images pour "sergio bonelli monolith"LRNZ appartient à une école graphique proche de l’Anime et du manga mais doté d’une solide culture européenne dans laquelle les producteurs de l’anthologie Love, Death+Robots ont pioché. Ces auteurs parmi lesquels Merwan Chabane et son formidable Mécanique céleste (dont je vous parle dès la semaine prochaine) ou Aseyn, chez qui on retrouve par moment la maestria foutraque d’un Jung-Gi Kim sont vraiment doués et apportent une incroyable vision très moderne empruntant autant aux jeux-vidéo qu’à la culture urbaine. Je vous invite vivement à aller faire un tour sur son blog (où il présente beaucoup de visuels). Pour ma part je vais essayer de me dégoter son album Golem et je rajoute le cinquième calvin synonyme de Top 2019 pour cette série qui m’a enthousiasmé.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Monolith

BD du mercredi
BD de Roberto Recchioni, Mauro Uzzeo et LRNZ
Les éditions du long bec (2019) – Sergio Bonelli (2017), 86 p., série en 2 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions du Long bec pour leur confiance!

couv_374921Doucement mais sûrement cet éditeur construit un catalogue de traductions (principalement venues d’Italie et d’Espagne) d’excellent niveau. Que ce soit dans le très classique comme dans l’expérimentation, je suis assez bluffé par les albums d’outre Alpes ou Pyrénées qu’il nous permet de lire. Pour cette nouvelle parution en deux tomes très rapprochés, nous avons en revanche droit au minimum syndical. Il n’y a pas toujours matière à donner du bonus mais la bio des auteurs, une biblio ou pour ce cas là une explication du projet BD/cinéma aurait été sympa…

C’est décidé, Sandra se tire! Son mec est un connard et elle ne peut pas sentir sa grosse bagnole, la Monolith. Pour lui montrer sa bonne foi il lui demande néanmoins de prendre sa voiture, un bijou de technologie dernier cri. Mais lorsqu’elle se retrouve bloquée dans le désert avec son fils dans le véhicule et les portières verrouillées, elle commence à paniquer…

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"J’adore découvrir de jeunes auteurs. Les éditions du long bec m’avaient déjà bluffé en début d’année avec le premier album de Ricardo Colosimo, une sorte de polar seventies en mode cubiste. Si je bave régulièrement devant la technique encrée de l’école espagnole, je commence à apprendre à reconnaître un style italien, très loin des patriarches Manara, Pratt ou Serpieri, un style nourri autant au comic qu’à la franco-belge. L’artiste italien Lorenzo Ceccoti (LRNZ) propose sur cet album un travail numérique proche de ce que peut faire un Gerald Parel, avec un design inspiré du manga et un travail esthétique très novateur, tant dans la recherche d’effacement des lignes que dans les idées visuelles pour exprimer le ressenti de l’héroïne au sein d’une intrigue minimaliste. Dès la couverture on sent la maîtrise de l’idée visuelle. je parle souvent du rôle majeur des couvertures et de certains (grands) dessinateurs qui ne savent pas l’utiliser… Ici, tant dans le titre que l’on retient que dans l’esthétique propre et la référence évidente au mythique film Christine, la couverture de Monolith accroche notre regard au sein de la multitude des rayonnages de BD.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"L’idée donc est très simple et déjà vue. Mais le fantastique et le thriller ont souvent pour qualité leur traitement original plus que leur sujet. C’est le cas ici avec la prise de contact d’abord avec cette voiture qui est évidemment un personnage en tant que tel, puis avec cette jeune et (très) jolie fille, totalement immature, qui claque la porte en emmenant son gamin. Déterminée à ne pas laisser son oppresseur de mari, maniaque du contrôle, elle désactive toutes les fonctions du véhicule qui pourrait lui permettre de la suivre. Très rapidement l’on capte la référence à notre monde hyper-connecté où de simples outils mis à notre disposition nous posent la question d’où l’on est prêts à aller dans l’abandon de notre libre-arbitre, de notre anonymat, de notre indépendance. Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Car Sandra recherche plus que tout son indépendance sans être capable de se gérer et de gérer son enfant. Très vite on se demande si la voiture n’est finalement pas un bienfait, pour sa protection évidemment. Loin d’être une menace, la voiture est vue comme un idéal de sécurité et de confort… qui ne semble pas pouvoir coller avec l’esprit destructeur et libertaire de la jeune femme. Elle a le choix d’utiliser ou non le véhicule. D’activer ou non ses fonctions. Elle doit simplement déterminer ce qu’elle recherche en priorité. La sécurité de son enfant ou sa liberté? Pour une série B minimaliste j’ai trouvé que la prise de réflexion sur notre société était sacrément poussée.

Résultat de recherche d'images pour "monolith lrnz"Et puis vient le graphisme, qui vous claque au visage par sa classe, sa maîtrise technique, sa liberté artistique. Jouant de saturation, de grain, de surexposition, LRNZ se régale avec sa palette graphique en nous proposant un panel de graphismes impressionnant. Utilisant différents styles au service de la narration (comme la séquence de l’alarme qui joue de saturation jaune et de typographie énorme qui rendent visuel le hurlement de la voiture ou les cauchemars), il adopte un cadrage hautement cinématographique… Et pour cause, la réalisation de l’ouvrage s’est croisée avec la production du film dont il est tiré et qui un peu comme le Xerxès de Miller s’est fait doubler. A ceci près que le dessinateur a bossé sur le film et que l’album apparaît presque comme un storyboard de luxe, en donnant très envie de regarder ce long-métrage italien.

Hormis le réel regret de ne pas avoir d’infos sur le projet d’ensemble (on loupe de très peu le 5 Calvin pour le coup), ce Monolith est une bonne grosse claque, un plaisir de lecture d’un artiste en pleine possession de son art qui flatte notre imaginaire geek de cinéphile et notre réflexion sur notre environnement numérique et technologique. Du tout bon!

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