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Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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Death or glory #1

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2019) – Image (2018), 137 p.
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Depuis Tokyo Ghost je suis les publications de Rick Remender presque les yeux fermés. Lorsque les premiers visuels de Death or Glory sont sortis je n’avais pas particulièrement d’attente pourtant, les histoires autour de la culture de la route US ne m’attirant pas vraiment, malgré une couverture très réussie niveau cadrage et colorisation. Le fait d’avoir un frenchie aux dessins a sans doute joué dans la promotion de ce titre et le traditionnel prix de lancement à 10€ chez Urban m’a convaincu de tenter le coup.

Glory a été élevée sur la route, dans la « famille » des routiers indépendants, sortes d’indiens hors de la société et tenant plus que tout à leur liberté. Lorsque son père tombe gravement malade elle décide de passer à l’action. Plongée dans les eaux troubles ds trafiquants d’organes et des policiers corrompus, elle ne pourra compter que sur son sang froid de pilote et son bolide…

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"La couverture annonce clairement la couleur: Remender et Bengal vont vous envoyer au pays des routiers et des bolides tunés dans des rodéos endiablés sur l’asphalte du sud américain… sauf ce premier volume d’une série qui s’annonce relativement courte, s’il démarre effectivement sur les chapeaux de roue et ne nous laisse pas deux minutes de répit, est loin de proposer autant de bagnoles et de courses que par exemple le carton de l’an dernier Il faut flinguer Ramirez. Death or Glory se placerait plutôt dans l’esprit des films de Tarantino bien déglingos et trash, voir par certains côtés par Largo Winch et ses fuites endiablées à coup de cadrages décalés. On a donc une histoire de trafic d’organe particulièrement sordide qui se chevauche avec une héroïne décidée coûte que coût à sauver son paternel malade du foi. Foi, organe,… vous l’aurez compris le braquage original va vite dériver sur le terrain des gangs mexicains et notre jolie pilote va montrer tout au long de ces cent pages combien elle encaisse les pains et court plus vite que son ombre.

Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"L’album démarre dans un Diner par une scène improbable qui nous fait demander si nous ne sommes pas dans une histoire fantastique. Que nenni: si les méchants sont particulièrement dérangés (un batave équipé d’une sorte de lame à l’azote liquide et ses consœurs, l’une aveugle l’autre muettes mais toutes deux férues de machettes king size), Remender nous délivre une intrigue tout ce qu’il y a de plus terre à terre avec pour ambition première l’action et le plaisir. Il insère sur un chapitre le flashback qu’il affectionne (même formule que dans Tokyo Ghost par exemple), utilisant ces quelques pages pour régler le passé des héros et pouvoir reprendre sa course.

Niveau dessin j’avais beaucoup entendu parler de Bengal et dois dire que je suis légèrement déçu. Non que le dessinateur français ne sache dessiner, mais hormis les couleurs et la dynamique indéniablement réussies, le trait vaguement cartoon dans les expressions casse un peu l’aspect grave de l’histoire et nous présente plus Glory comme une énorme veinarde que comme une héroïne badass. Ce premier tome est très correcte, largement au-dessus des standards américains, mais ne brise pas non plus les rétines. Résultat de recherche d'images pour "death or glory bengal"Dans une BD d’action le plus important étant du reste l’efficacité des découpages et sur ce plan c’est aux petits oignons.

Annoncé comme le carton comics de l’année, ce Death or Glory vous procurera du plaisir efficace en vous rappelant les films de gangsters cracra mais ne surprendra pas beaucoup. Disons que pour une mise en route le job est fait avec une galerie de personnages particulièrement réussis pour le panthéon des crapules et une héroïne un peu en retrait et passive. Faisons confiance à Rick Remender, excellent scénariste, pour gérer la progression de son intrigue qui pour l’heure ne dépasse pas de bonnes BD d’action de consommation comme les Hit-girl. Personnellement j’attends un peu plus de cet équipage.

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Texas jack

BD du mercredi

BD de Pierre Dubois et Dimitri Armand,
Lombard-Signé (2018), 120 p. one-shot.
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Texas Jack est un album prequel au Sykes du même duo sorti en 2015. Beaucoup plus gros que son prédécesseur, il jouit d’une illustration de couverture tout aussi réussie. Pas de bonus pour l’édition classique, seulement une courte bio des auteurs en fin d’ouvrage, comme dans tout album Signé. L’édition n&b comporte un cahier graphique.

L’Ouest s’est construit sur l’aventure, mais aussi sur l’alliance de bandits et de capitalistes désireux de s’accaparer pouvoir et territoires à moindres frais. Ainsi a été lâchée la bande de Gunsmoke, terrifiants assassins, horde sauvage incontrôlable ravageant les terres des pionniers. Pour arrêter son chien, le gouvernement a besoin d’un héros, Texas Jack, plus connu pour ses aventures de feuilletons que pour le combat de sang. L’acteur de cirque va pourtant se retrouver au cœur de l’action, où il rencontrera un Marshall lui aussi lancé aux trousses de Gunsmoke…

Je n’aime pas Blueberry… je suis plus Sergio Leone et Peckinpah qu’Hawks, plus western crépusculaire ou spaghetti que classique. Du coup j’ai toujours eu un peu de mal avec le western en BD. Sans doute un effet générationnel et la technique des couleurs de l’époque qui ne permettaient pas de profiter des encrage comme il aurait fallu. Je me souviens du très beau one-shot de Guerineau, Après la nuit paru discrètement il y a quelques années, ou plus loin le diptyque mythique 500 fusils/Adios Palomita mais globalement les séries western ne m’ont jamais vraiment inspiré. En 2015 pourtant deux albums fort remarqués paraissent. Sykes à pâti de la concurrence avec l’Undertaker de Meyer et Dorison. Pourtant Dimitri Armand est de la même école que Meyer, avec peut être moins de proximités avec le maître Giraud mais des encrages tout aussi puissants.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"Je me dois de rectifier tout de suite une erreur probable: non, Texas Jack n’est pas l’album des débuts du Marshal Sykes. Il s’agit bien d’un projet distinct et c’est ce qui fait toute sa force (et vaguement inspiré d’un personnage historique). Ce n’est ni le succès de leur précédente collaboration ni l’appât du gain qui les ont poussé vers ce qui aurait pu être une démarche commerciale. En fait cet album vient d’une envie de refaire un western, grand format, en prenant le temps de montrer les grands espaces, les chevauchées interminables, la nature et les relations humaines de cet alliage improbable d’artistes et de gunmen. L’existence de Sykes leur permet d’introduire quelques personnages connus mais ils ne sont aucunement au cœur de l’intrigue et restent même plutôt périphériques. Une sorte de coloration permettant de bâtir un univers étendu.

Résultat de recherche d'images pour "texas jack armand"Cela permet en outre d’alléger une intrigue longue de 120 pages, un travail de forçat pour Dimitri Armand dont le trait s’affine depuis la première aventure du Marshal et dont les détails d’arrière-plans et la mise en couleur me font préférer sans hésitation la version classique au collector N&B. Du statut de jeune auteur prometteur il intègre aujourd’hui le groupe de tête des héritiers de Vatine et Lauffray, de ces dessinateurs visuels et encrés. Je le dis avec d’autant plus de plaisir que son incursion chez Bob Morane m’avait déçu, y compris graphiquement. Sa partition est absolument parfaite, et l’on passe un moment magnifique que l’on ne voudrait pas voir terminer dans ces décores du grand Ouest, dans ces nuits d’orage où la maîtrise d’Armand donne toute sa force, dans ses visages bien sur qu’il semble pouvoir manipuler à sa guise. Son trait a une élégance folle, ses teintes sont extrêmement agréables et le dessinateur se laisse parfois (sagement) aller à quelques outrances visuelles que l’on adore mais qui doivent rester discrètes et au service de l’action.

De l’action il y en a finalement peu dans Texas Jack qui reste plus une buddy story très intelligemment scénarisée et moins sombre et violent que Sykes. Démarrant dans le bruit et la fureur d’un méchant terriblement charismatique et abominable, l’on se surprend à attendre tout l’album la ou les confrontation(s)… Résultat de recherche d'images pour "texas jack dimitri armand"De la même manière que Sykes est discret, Gunsmoke est absent pour que l’attention se concentre sur ce bellâtre de Texas Jack et ses amis pas si branquignoles qu’il n’y paraît. Le groupe apporte tantôt sensualité, tantôt humour et complicité en vivant sur les planches de l’album. Le lecteur est tenu en haleine de promesses qui tardent à venir, surpris tout le long d’avoir ce qu’il n’attend pas. Du coup la conclusion est un poil rapide et décevante mais se prolonge heureusement sur une sorte d’épilogue qui, encore une fois confirme où se situe le cœur de ce récit, celui du héros éponyme au cœur brisé.

Texas Jack c’est finalement plus du Howard Hawks que du Spaghetti. Et j’ai adoré cette itinérance en cinémascope, aux personnages aussi réussis graphiquement que dans leur écriture, où tout semble limpide et cohérent. La barre graphique était très haute et Pierre Dubois parvient à hisser son texte aussi loin. Vraiment merci pour ce moment de western et revenez quand vous voulez!

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Secret Weapons

esat-westComic de Eric Heisserer, Raul Allen, Patricia Martin et Adam Pollina
Bliss (2018)/ Valiant (2017), 144 p., cahier graphique.

couv_332550Secret Weapons est (de ce que j’ai lu) le plus fourni en documents de fin de volume: outre des couvertures alternatives (alors que le design général du livre est partie intégrante du projet), de nombreuses et longues interview des auteurs de la BD, ainsi que les désormais habituelles planches noir-et blanc. Le texte introductif est en revanche un peu évasif sur le contexte général de l’histoire et on en apprend finalement plus pendant la lecture que par cet éditorial. Mais sincèrement on peut difficilement de mander plus comme bonus.

Autrefois jeunes talents convoités par la Fondation Harbringer de Toyo Harada, trois jeunes psiotiques ont été abandonnés et désormais pourchassés par un mystérieux tueur. Livewire, l’une des plus puissantes psiotiques en rupture de ban avec le chez de Harbringer se mets sur la trace de ces jeunes gens dans le but de les protéger et d’en faire une véritable équipe…

Secret Weapons #0, Nikki's Story, Valiant Entertainment Writer: Eric Heisserer Artist: Adam Pollina Cover Artist: Raul Allen, Veronica Fish, Sibylline Meynet, Sija Hong, Adam PollinaLorsque l’on commence un one-shot de Valiant se pose la question du public ciblé. J’ai commencé il y a peu mon immersion dans cet univers (très sympathique au demeurant) et commence à repérer certains personnages clés, mais suis loin de maîtriser toutes les interactions. Je suis donc encore un lecteur novice et je peux dire qu’à ce titre j’ai bien apprécié Secret Weapons. Cela signifie que le scénario permet à lui seul d’apprécier l’album comme un vrai one-shot en donnant suffisamment d’infos (notamment dans les deux prologues dédiés à Nikki et Owen) pour apprécier le contexte général. Plus que cela, ces séquences donnant un aperçu de mêmes scènes de différents points de vue intrigue et donne envie de lire les albums consacrés à Harbringer et les psiotiques. A noter que le scénariste est celui du film Premier contact de Denis Villeneuve, dont l’intelligence m’avait marqué.

Ce qui donne un intérêt réel à ce comic c’est son humour et son aspect décalé: le choix de raconter l’histoire de mutants recalés dotés de pouvoirs tout à fait pourris, est gonflé et permet de se concentrer sur autre chose que des affrontements apocalyptiques auxquels l’industrie du comics nous a malheureusement trop habitués. Nikki communique avec les pigeons, Owen fait apparaître des objets tout à fait inutiles (genre parapluie ou aspirateur…), Avi se transforme en statue et le quatrième comparse fait briller les objets… on a vu plus impressionnant comme héros! On assiste donc à des combats totalement second degré mais aussi à des personnages qui assument leurs capacités et se débrouillent pour contrer les menaces, qu’elles viennent de Harada ou du tueur, une sorte de cyborg végétal, croisement entre Groot et Robocop. https://i.kinja-img.com/gawker-media/image/upload/t_original/upv9zmpgyb3dh85a9qvt.pngCe méchant est à mon sens la seule faute de goût des auteurs, son design n’étant pas particulièrement heureux.

Le dessin du duo espagnol adopte une sorte de ligne claire transposée dans l’univers SF de Valiant et surtout rehaussée de tonalités chromatiques calées sur chacun des personnages. On va donc passer de séquences à dominante rose pour Nikki à d’autres vertes ou bleu-gris. Cette esthétique est vraiment réussie et donnent à l’objet global un véritable intérêt graphique (les traits en eux-même sont très sympa également mais comme toute ligne claire, assez sobres). A cela s’ajoute un découpage très réussi utilisant beaucoup de successions de cases verticales provoquant des effets de ralentis ou de comique de situation. Mention spéciale enfin aux deux épisodes « #0 » sur les deux personnages principaux et notamment celui sur Nikki qui enchaîne des cases pleine largeur en mode « plan fixe » sur Nikki qui nous relatent l’année passée, du lycée à la fondation Harbringer et l’apparition de ses pouvoirs. Outre le découpage, on plonge donc directement dans la naissance d’un psiotique et c’est très intéressant.

Résultat de recherche d'images pour "secret weapon valiant"D’un album qui semblait d’une assez modeste ambition, on aboutit ainsi à un projet qui aide le nouveau venu à pénétrer en douceur dans l’univers Valiant, crée une familiarité avec des personnages et un dessin soft qui pourra même intéresser les non férus de fantastique. Un joli bouquin assez tendre, loin du bruit et de la fureur d’un Bloodshot et autres Harbringer wars. Cela donne une autre vision de ces histoires et parfois cela fait du bien.

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Comment faire fortune en juin 40

BD de Fabien Nury, Xavier Dorison et Laurent Astier
Casterman (2015), 120 p.
Comment faire fortune en Juin 40

Gros volume a couverture et papier épais. Pas très qualitatif mais vu le prix et la pagination il n’y a pas arnaque. La couverture est très efficace et donne bien le ton. Je note que Nury est assez fort pour inspirer des couvertures très percutantes dans ses albums. La BD est inspirée d’un roman (comme indiqué en couverture) et surtout est la transposition d’un scénario de film non réalisé intitulé « Omaha Beach » (… vous verrez pourquoi en toute fin d’album!).

C’est la déroute! L’armée française a été défaite et les allemands s’apprêtent à débarquer à Paris. Très précautionneuses, les autorités ont fait évacuer l’or de la Banque de France. Tout? Non… Deux tonnes ont été oubliées… ce qui mets une bande d’escrocs et de criminels sur le casse du siècle: dans une France sans État, sans armée ni police, attaquer le fourgon chargé de rapatrier ces derniers lingots  à l’autre bout de la France sera une partie de plaisir! Mais c’est sans compter sur la morale très peu patriote d’un certain nombre de fonctionnaires français…

Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"Comment faire fortune en juin 40 est un album 100% Nury et Dorison n’apparaît que par-ce qu’il bosse avec son comparse depuis longtemps et que sa maîtrise des ficelles scénaristiques sont reconnues, une sorte de Script doctor en somme, comme il aime à se définir dans ses activités de cinéma. Attention, le fait de titrer en gros avec le nom d’Astier est a mon avis un peu malhonnête de la part de l’éditeur car l’illustrateur n’est pas franchement connu du grand public et l’homonymie avec le célèbre Alexandre Astier entraînera sans doute des ventes trompeuses…

Ceci étant dit, l’album a donc tout de la pâte de Fabien Nury, formule reconnaissable et efficace depuis pas mal d’années: les années 40, une bande de pieds nickelés sans morale, un sous-texte politique, une zone grise de l’histoire entre méchants et gentils. Tout cela rappellera Il était une fois en France et Katanga par exemple. La comparaison est évidente et sa formule marche chaque fois sans vraiment lasser, le principal défaut de cette BD étant qu’elle n’est pas d’une folle originalité, mais ceci est compensé par une très bonne maîtrise scénaristique et surtout sur le point fort des scénarios de Nury: les personnages. Ils sont archétypaux, vilains, bêtes, mais vraiment bien pensés comme attelage de pieds nickelés dans une France en déroute. Car l’historien Nury n’oublie dans aucun de ses albums de titiller là où ça fait mal, dans les bassesses et les heures les moins glorieuses de l’histoire nationale. Résultat de recherche d'images pour "comment faire fortune en juin 40"C’est à mon sens ce qui fait le plus de ses albums. Cela a aussi un verso plus compliqué (comme sur Katanga): au-delà de la dénonciation, le scénariste ne va pas très loin dans l’analyse et cela peut devenir un problème lorsqu’il mets en scène des ordures qu’il se garde de dénoncer. Ce n’est pas dérangeant ici car nous avons affaire à une farce, mais cela reste une tendance lourde de sa bibliographie…

Sur le plan du dessin Astier fait le job croquant des tronches compréhensibles par le très grand public. Le style est tout de même proche de l’ancienne école Spirou, ce qui dénote selon moi avec l’histoire assez adulte. L’illustrateur n’est pas toujours très précis et le papier épais n’aide pas à affiner son trait, mais sa maîtrise reste très correcte.

Au final on a un album calibré pour marcher dès la couverture mais qui n’a pas vocation à être tête de gondole non plus. Un cinoche grand public plutôt rigolo où l’on aime repérer le prochain traître avec une vague inspiration chez Lautner. Dans un esprit assez proche Il faut flinguer Ramirez est cinq catégories au-dessus. Mais vous passerez un bon moment tout de même.

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La trouvaille du vendredi #18

La trouvaille+joaquim
BD de Stan et Vince
Delcourt (1993-2003), 9 volumes de 46 p. Série finie. Disponible en trois intégrales.

Série lue pour partie en format papier, pour partie en numérique.

couv_199557Vortex vous emmène dans un retour vers le futur, celui d’une époque où Delcourt et Soleil étaient encore deux éditeurs jeunes et dynamiques qui dénichaient de jeunes auteurs qui allaient former l’armature de ce que la BD franco-belge produira de meilleur dans le genre fantastique (Soleil était alors axé principalement sur la Fantasy et Delcourt sur la SF). L’époque des débuts de Lanfeust, de la première série de Mathieu Lauffray, d’Aquablue (Vatine) et où chez d’autres éditeurs Thorgal commençait juste le cycle de Shaïgan, Largo Winch et Aldebaran naissaient et Bourgeon entamait son cycle de SF…

1937: une expérience militaire s’apprête à bouleverser l’Histoire! Le premier voyage temporel va être lancé… Las, pendant l’opération deux énigmatiques terroristes interviennent et dérobent les plans de la machine avant de s’enfuir à une époque éloignée. L’agent spécial Campbell et la belle Tess Wood vont se jeter à leur poursuite et découvrir le sombre destin de l’humanité à différentes époques…

Vortex fut une série à succès qui lança la carrière du duo Stan et Vince (récemment vu avec Zep sur la BD érotique Esmera). Depuis les deux zozo sont allé faire des albums trash avec Benoit Delepine chez l’Echo des savanes. Leur première série est un peu plus sage mais y pointe déjà (bien qu’il s’agisse d’une série grand public) leur goût pour l’extrême, entre les formes très plantureuses de l’héroïne et de la méchante Ziprinn, les déformations corporelles ou les explosions de cervelles. Si les caractéristiques visuelles des auteurs la démarque du lot, Vortex n’en reste pas moins une BD de SF pulp assez classique dans son scénario et son traitement. A noter que Stan et Vince travaillent réellement à quatre mains, sur l’histoire et les dessins, leur style étant pratiquement interchangeable (ils se partagent d’ailleurs le dessin sur les premiers albums avant de travailler réellement en doublon sur la suite).

Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"Le premier intérêt de cette série est son concept de départ: les quatre premiers albums forment une même histoire croisée vue du point de vue de Tess Wood ou de Campbell. Cela permet des contorsions cérébrales pour le lecteur afin de suivre la ligne temporelle de l’intrigue avec des séquences identiques vues d’autres plans… en outre les modifications du continuum espace-temps arrivent bien entendu très vite, provoquant des paradoxes tels que l’apparition de deux Campbell! Je ne vais pas spoiler plus loin mais perso j’adore ces histoires de voyage dans le temps et toutes les hypothèses qui en découlent. Comme on est dans une série 100% pulp, les incohérences ne posent pas de problème. Je remarque que la série devait vraisemblablement se clôturer à la seconde saison et a été prolongée sur une troisième époque dans le Londres victorien steampunk qui a sa propre unité et pourra se lire séparément, même si l’on n’a pas lu le début de la série.

Les héros sont donc des super-clichés: Campbell est l’archétype du super agent-secret blond, musclé, increvable et vaguement macho. Tess est une femme des années 40 à la fois bombe sexuelle ne se laissant pas faire et faible créature soumise aux aléas des intrigues. Le méchant veut évidemment dominer le monde et tuer à peu près toute la population au passage, les créatures mécaniques sont souvent des arachnoïdes tout droit sorties de la SF des années 50 (genre « guerre des mondes ») et le futur voit une société orwellienne où une élite riche écrase une plèbe œuvrant dans des mines pour le bien de leurs maîtres. Le dessin de Stan et Vince est parfois brouillon dans les plans larges mais les visages sont très réussis et le tout porte globalement la marque des séries de BD d’aventure classiques entre Jacques Martin, Jacobs et les pulp américains. On a par contre une évolution graphique à la troisième époque, dû notamment il me semble à de la colorisation numérique qui adoucit les traits assez hargneux des auteurs. Un saut qualitatif également puisque le dessin, correcte sur l’ensemble et très bon par moment, devient beaucoup plus régulier et de qualité sur le dernier cycle. Encore une fois c’est cliché, daté, rétro, mais terriblement sympathique! En outre, les couvertures sont vraiment superbes et plongent totalement dans cet univers avant d’avoir ouvert les albums.

L’intrigue est un peu tordue et se résume essentiellement à une course poursuite pour sauver Tess puis pour attraper le méchant. Si la première époque se déroule dans une unité de lieu (le futur), la suite promène les héros sur plusieurs époques pour revenir à l’origine du problème et permettant de voir dinosaures, Adolf Hitler ou les Egyptiens… En passant, les auteurs abordent de nombreux thèmes autour du démiurge prométhéen (les religions, la création de l’homme, l’influence de l’Histoire) ce qui, sans être d’une originalité folle, enrichit ce récit d’action et d’aventures. Résultat de recherche d'images pour "vortex stan vince"L’on sent à mesure de l’avancée de la lecture que le scénario initial a probablement été modifié en fonction du succès de la série puisque d’une histoire de conspiration politique assez poussée dans les premiers tomes, l’on dévie ensuite vers un apocalypse scientifique beaucoup plus global et du pure cyberpunk victorien sur la troisième époque. Vortex respire la vitesse, que ce soit dans la dynamique du dessin ou dans l’enchevêtrement des intrigues. On aurait sans doute apprécié que les auteurs s’engouffrent encore plus dans les problématiques de paradoxe temporel et prolongent le concept des aventures croisées des deux héros (qui est exploité en début de série et en fin). Mais la série reste un excellent moment d’aventure rétro, honnête dans son ambition et toujours percutante dans ses visuels même s’ils n’ont rien de révolutionnaire. Je gage que cette lecture, si vous vous laissez tenter vous donnera envie de (re)découvrir la bonne SF Delcourt des années 90’s et d’observer les débuts d’auteurs aujourd’hui confirmés. Vortex démontre que lorsque les auteurs français se lancent dans du pulp les comics n’ont plus grand chose à nous apporter…

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Klon

BD de Corrado Mastantuono
Mosquito (2018), 126p.

bsic journalismMerci aux éditions Mosquito pour cette découverte.

couv_319963Le sympa envoi de l’éditeur Mosquito, grand défricheur des talents graphiques italiens et d’ailleurs, me permet de découvrir l’artiste Corrado Mastantuono, dont la couverture de l’album Klon est particulièrement réussie: énigmatique, dynamique et colorée. Il a publié récemment en France la série fantasy Elias le Maudit qui a plutôt de bonnes critiques et préalablement des albums de genre proches de la BD américaine des années 50.

Son style est assez classique et j’avoue que si les couleurs de l’album sont très sympa, les images que l’on peut voir de ses autres séries, notamment western et polar montrent que c’est probablement en noir et blanc qu’il faut apprécier son talent. Le design général de l’album (qui est de la SF dystopique) est plutôt rétro, rappelant les BD SF des années 70-80, avec un petit côté Gillon/Moebius/Manara: une simplicité du trait, une certaine statique des mouvements en même temps qu’une grande précision anatomique et d’occupation de l’espace. Mastantuono a commencé dans l’animation et a travaillé chez Disney, et cela se voit dans cette maîtrise générale des cases.

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Dans un futur proche, les multinationales imposent leurs vues de gré ou de force aux gouvernements. Le ministre de la santé italien est pourtant un incorruptible. Chargé d’installer un nouveau système de sécurité imparable au ministère, l’anarchiste punk Rocco Basile assiste à une tentative d’assassinat et devient la cible d’une officine qui le pourchasse sans relâche. Mais pour ce nihiliste passablement shooté, la réalité n’est pas ce qu’elle semble être…

L’intrigue de Klon est un peu perturbante par sa linéarité et par les effets de brouille que provoquent les sauts de réalité: le lecteur, comme le personnage, ne sait pas tout au long de l’album à quel saint se vouer, ce qui est réel et ce qui est rêvé, le pourquoi de cette fuite sans fin… L’histoire est très directement issue de l’univers de Philip K. Dick, teintée du pessimisme politique italien d’une société gangrenée par la corruption, l’affairisme et les mafia. C’est donc bien une BD d’une grande originalité que nous propose Mosquito, à la fois par ses thèmes et par son dessinateur, à peu près inconnu de ce côté ci des Alpes. Image associéeIl plane une drôle d’atmosphère dans cet album qui débute par un long monologue du personnage principal commentant la société et ses contemporains tel un sage que les drogues auraient rendu extralucide. L’auteur affuble son héros d’une coiffure digne de Ziggy Stardust, d’un cache poussière sorti d’un Sergio Leone et de cernes qui ne le rendent pas franchement sympathique… Surtout, sa passivité chronique en font plus un témoin d’une machination infernale qu’un crack de l’informatique qu’il est censé être. Comme souvent dans les histoires conspirationnistes le scénario malmène ses marionnettes et son lecteur avec. C’est un peu frustrant car si des coups de théâtre surviennent dans cette course effrénée de 130 pages, ils ne reposent jamais sur des décisions du héros. Finalement cela correspond bien à la psychologie du personnage, extérieur à son environnement et à son existence, c’est cohérent avec l’intrigue, mais je trouve qu’il manque une petite étincelle pour véritablement immerger le lecteur.  La chute de l’histoire est néanmoins bien menée et terriblement cynique.

Graphiquement Mastantuono maîtrise sa partition et le style du dessin respire une certaine classe. J’ai eu un peu de mal néanmoins avec le design général de ce futur qui fait un peu daté. C’est une histoire de goût, là encore on sort des styles hyper-technologiques courants dans la BD de SF pour une apparence Old-school vue chez Moebius par exemple (j’ai retrouvé quelques ambiances de la regrettée série L’histoire de Siloé de Servain et Letendre).

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Au final nous avons une bonne histoire de SF paranoïaque assez classique qui permet de découvrir le travail d’un auteur au grand potentiel. Ce n’est pas la BD de la décennie mais un travail honnête pour des lecteurs curieux de découvrir la BD italienne.

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