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Le dernier secret d’Hitler

La BD!

Histoire complète en 120 pages, écrite par Mathieu Mariolle, dessinée par Fabio Piacentini et mise en couleurs par Massimo Travaglini. Parution aux Humanoïdes Associés le 20/10/2021.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Mobilis in Mobile

En décembre 1944, l’issue de la seconde guerre mondiale semblait déjà scellée, au profit des alliés. Mais, mus par la fougue que procurent le désespoir et le patriotisme exacerbé, les nazis n’ont pas dit leur dernier mot.

Fort de leur suprématie maritime, les allemands chargent le submersible U-864 d’une cargaison qui pourrait prolonger le conflit, et pourquoi pas, renverser la vapeur et redonner aux nazis un avantage décisif.

Afin d’éviter ça, les anglais lancent eux aussi un sous-marin, le HMS Venturer dirigé par le commandant Launders, à la poursuite de l’U-boot allemand, tandis qu’un escadron américain, dirigé par l’insensible Capitaine Duke Collins, le traque depuis la cote norvégienne. Les anglais et les américains ont beau être alliés, ils n’en conservent pas moins leurs objectifs propres, chacun gardant en tête les enjeux colossaux de l’après-guerre, lorsqu’il faudra tenir tête aux russes victorieux du front Est. A bord du U-864, pendant ce temps, règne une tension à couper au couteau (littéralement) entre le commandant Wolfram et l’officier SS Kemmling, qui questionne la loyauté de son homologue et sa capacité à mener à bien cette mission essentielle pour le Reich.

Qui parviendra à ses fins ? Les anglais à bord du Venturer, le cupide Capitaine Collins, ou le dévoué Wolfram ? Et quelle est cette mystérieuse cargaison ? De l’or, comme l’espère Collins, ou tout autre chose ?

War is Hell

Alors que paraît le second volume de sa série Nautilus, Mathieu Mariolle ne plaisante pas (haha) et livre dans le même mois une seconde histoire de sous-marins. Alors que l’on pouvait décemment espérer, compte tenu de l’appétence notoire du führer sur ces thématiques, une petite incursion fantastique/occulte dans le scénario, l’auteur, sans doute déjà repu avec le Nautilus, n’en fait rien et reste dans le sillon historique qui lui a inspiré cette histoire.

Sans pour autant spoiler le contenu mystère de la cargaison, vous ne trouverez dans l’U-864 ni Lance de Longinus, ni arche d’alliance, mais quelque chose de beaucoup plus pragmatique, et beaucoup plus dangereux.

Ce qui est dangereux également, nous dit l’auteur, c’est la détermination de certains hommes à prévaloir quoi qu’il en coûte en temps de guerre, tout autant que la cupidité, qui poussera toujours les hommes à s’entretuer. Bien heureusement, il s’en trouvera toujours pour accomplir ce qui leur paraît juste, quitte à contrevenir aux ordres et à questionner les convictions collectives. Cette histoire de course-poursuite haletante à la Octobre Rouge est donc à la fois une fable sur les affres de la guerre et une réflexion sur la notion d’engagement patriotique.

Le style réaliste de Fabio Piacentini renforce l’aspect thriller du récit de guerre, malgré quelques pauses un peu figées et des couleurs quelques peu artificielles.

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Cemetery Beach

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Histoire complète en 140 pages, écrite par Warren Ellis et dessinée par Jason Howard. Parution en France chez Urban Comics Indies le 28/08/2021.

Independence Day

Michael Blackburn est en fâcheuse posture. Nu et ligoté dans une sordide salle d’interrogatoire, il attend un officier censé le torturer en vue d’obtenir des informations. Ce que veut savoir l’officier ? Qui est Mike, pour commencer, d’où il vient et ce qu’il veut.

Car il apparaît très clairement que Mike Blackburn ne vient pas de la même planète. Il est venu en éclaireur du vieux monde, la Terre, pour explorer la colonie et rendre compte à ses supérieurs. Car les colons, partis en 1920, ont réalisé leur projet en secret, et voient d’un mauvais œil une possible ingérence terrienne dans leurs affaires.

D’autant plus si l’on considère le fait que ce monde est gouverné par un régime totalitaire, dirigé par le Président Barrow, qui sera prêt à tout pour protéger ce qu’il considère comme son utopie personnelle. Durant sa fuite, Blackburn fera la rencontre de Grace Moody, une rebelle emprisonnée pour meurtre, avec laquelle il devra faire équipe s’il veut quitter vivant ce monde de fous. Mais le veut-il vraiment ?

This is a bad’s world

Warren Ellis est désormais un nom reconnu dans l’industrie du comic book. Auteur de nombreux succès, comme The Authority, Black Summer, Supergod, No Hero, Injection, Iron Man Extremis, Transmetropolitan, Nextwave, Planetary, … la liste est longue, et montre bien son caractère prolifique. Son style est notoirement décompressé, préférant des pages à quatre ou cinq cases, là où des avant-gardistes comme Alan Moore privilégiaient le gaufrier à neuf cases. Ses histoires sont généralement iconoclastes, violentes et…violentes.

Ici, la violence est bien présente, bien que légèrement édulcorée. Hormis quelques headshots, c’est généralement l’action qui prime, au rythme effréné des courses poursuites qui ponctuent les sept chapitres de l’album. La lecture nous donne une forte impression de Mad Max Fury Road, avec cette sensation d’une course-poursuite ininterrompue de 140 pages. On sent néanmoins que l’auteur a tenu à marquer des pauses syndicales, histoire d’implémenter quelques éléments de background ou bien développer la relation entre Mike et Grace.

A ce sujet, leur dynamique, bien que dulcifiée par quelques punchlines bien senties, demeure finalement assez plate tout au long de l’album: ils se rencontrent, fuient la captivité, et progressent ensuite de façon linéaire jusqu’à la fin. Grace remet en question les motivations de Mike, et ses pulsions morbides, certes, mais la relation en elle-même est plutôt statique.

Pour le reste, la prémisse de base, qu’une colonie spatiale tente de conserver le secret de son existence en tentant d’arrêter un espion infiltré, est très intéressante, mais finalement, exécutée pauvrement. N’aurait-il pas été plus intéressant pour Mike d’être confronté à un dilemme ? En effet, ce dernier se contente d’échapper à ses poursuivants, puis, vers le dernier tiers de l’album, fait une découverte sur les agissements plus que discutables du Président Barrow. Cela rend sa mission unidimensionnelle, et à aucun moment, le héros ne remet en question l’opportunité de la mener à bien. « C’est une planète de méchants. Point ». Quid du peuple en lui-même ? N’y aurait-il pas intérêt à suggérer une rébellion, ou quelque chose qui permettrait aux autochtones de se défaire du joug de Barrow tout en préservant la souveraineté de la colonie ?

Il en va de même pour le protagoniste en lui-même, dont on apprend qu’après avoir perdu tous ceux qu’il aimait, à développé une méchante envie de mourir au combat. Il y a aurait alors eu plus de sens à cette aventure si elle lui avait redonné le goût de vivre, mais Ellis se contente malheureusement d’un acte de bravoure qui, bien qu’il ouvre des pistes pour une suite potentielle, tombe quelque peu à plat.

Bref, un peu de nuance n’aurait pas fait de mal à cette histoire, qui se résume finalement à des courses poursuites et pas mal d’explosions, sans que le fond, pourtant intéressant, ne soit réellement exploité.

Côté graphique, Jason Howard, que l’on avait vu précédemment sur Big Girls, s’amuse visiblement comme un petit fou avec tous ces véhicules et cascades improbables, grâce à son trait expressif et dynamique.

**·BD

Larkia

La BD!

Histoire complète en 84 pages, écrite par Ingrid Chabbert et dessinée par Patricio Angel Delpeche. Parution le 24/03/2021 aux éditions Glénat.

Sad Max: Sorry Road

Dans les ruines d’une cité décrépite, la jeune Larkia traverse la plus forte des épreuves: elle donne la vie pour la première fois, avachie sur une banquette de voiture, tandis que la vieille Thésy, dont on peut douter de la clarté d’esprit, entonne des prières à qui mieux-mieux. L’accouchement est sanglant, difficile, mais Larkia survit et peut enfin tenir son enfant dans ses bras. 
Cependant, quelque chose cloche: le bébé n’ouvre pas les yeux. A peine recousue à l’aide d’un hameçon trouvé sur place, Larkia doit fuir avec son nouveau-né, traquée implacablement par une milice armée et prête à tout pour mettre la main sur l’enfant. Ce sera le début d’une course-poursuite à travers les terres désolées, avec pour enjeu la survie de la mère et de son bébé aux yeux clos. 

Dans sa note d’intention, Ingrid Chabbert explique avoir été impressionnée par le chef-d’oeuvre de George Miller, Mad Max Fury Road, ce qui lui aurait inspiré cette histoire post-apocalyptique boostée à l’adrénaline. En effet, mue par une saine émulation, la scénariste a eu pour but de créer une héroïne aussi captivante que Furiosa, la deutéragoniste de Fury Road, qui, incarnée par Charlize Théron, crevait l’écran dans le long-métrage. Le problème qui se pose ici, est que n’est pas George Miller qui veut. Apparemment, il ne suffit pas de s’extasier (à raison!) devant un excellent film de genre pour être ensuite capable d’en produire un fac-similé qui soit à la fois original et respectueux du matériau d’origine. Sinon, tous les fanboys de la Terre seraient d’excellents auteurs, ce qui est loin d’être le cas.


Ingrid Chabbert s’est donc ingéniée à vider toute la substantifique moelle du long métrage, pour n’en retenir que des éléments superficiels, en pensant que cela suffirait à produire un récit riche et un univers intéressant. Ce processus homéopathique dessert grandement l’album, puisqu’en lieu et place d’une héroïne forte et intéressante (Furiosa), on se retrouve à suivre les péripéties invraisemblables (par exemple, elle pilote un hélicoptère, sans que cet élément ne soit ni préparé (on montre qu’elle est serveuse, mais pas militaire), ni exploité par la suite) d’un personnage assez creux et unidimensionnel. Cette écriture à l’emporte-pièce n’a pas porté préjudice qu’au personnage central, mais également à l’univers qui sous-tend le récit. 

Où sont les symboles forts de Fury Road (la lutte pour les fluides: Eau, Sang, Lait et Pétrole; la symbolique des quatre Cavaliers) ? Que dit l’effondrement des sociétés évoqué dans l’album sur notre propre monde ? Aucune de ces questions centrale ne trouve de réponse, ce qui est inentendable pour un one-shot. En cherchant bien, toutefois, on peut trouver d’autres sources d’inspirations probables, comme Les Fils de l’Homme, mais là encore, il ne suffit pas de poser au milieu de l’histoire un nourrisson poursuivi par des méchants pour qu’elle devienne instantanément digne d’intérêt. 

Les flash-back qui émaillent le récit tentent de donner un semblant de justification à ce qu’il se passe ensuite, sans toutefois que cela fasse grand sens au regard de l’intrigue générale. Côté graphique, toutefois, on doit reconnaître le talent de Patricio Angel Delpeche, qui use de plans très cinématographiques et d’un dessin très vif, qui rehausse complètement les scènes d’action. 

Une écriture décousue, une intrigue pauvre et invraisemblable, et surtout, un personnage central mal pompé sur un parangon du genre, voilà ce à quoi vous aurez droit en lisant cet album.

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Death or glory #2

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Comic de Rick Remender et Bengal
Urban (2021) – Image (2020), 165 p., série finie en 2 tomes.

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Ca sent le sang sur la route du Mexique et l’espoir d’une transplantation pour Red. Le bordel mis par Glory dans le business des trafiquants d’organe a fâché en haut lieu et c’est désormais toute une horde de tout ce que le monde compte de plus belles ordures qui se lance à ses trousses. Sa détermination et la « famille » suffiront-elles pour garder l’espoir de liberté?…

DEATH OR GLORY #1-11 (Rick Remender / Bengal) - #9 par KabFC - Image Comics  - SanctuaryDans la foulée du précédent tome, cette conclusion sent la poussière, l’asphalte et l’azote liquide… Si l’ouverture prenait (un peu) le temps de développer le passé et le background de l’héroïne, ce second opus envoie du pâté aux hormones transgéniques radioactives dans une envie évidente de reproduire la furie du film Mad Max Fury Road, sans se soucier le moins du monde de la vraisemblance de quoi que ce soit. Rarement on aura vu autant de Deus Ex-machina, qui parfois semblent littéralement débarquer de nulle part. La physique de Death or Glory est issue des Looney Toons et l’héroïne semble vouée à être bringuebalée de sauts en explosions a priori tous mortels… mais pas ici. Remender a sorti l’artillerie lourde de toute l’iconographie mafieuse cracra à base de gangs mexicains et de méchants sans foi ni loi. A force de foncer sur le bidon de nitro, le scénariste (qu’on a connu plus subtile) ne prends pas le temps de développer des personnages pourtant inquiétants/intéressants comme ce caïd mexicain ou le big boss « Frankenstein l’eunuque ». Idem pour le trio albinos fort alléchant qui intervient bien ici mais disparaît aussi simplement sans profiter de l’outrance pour une mort jouissive ni exploiter ce pourtant génial pistolet à azote liquide.

Niveau action on est bien sur comblé avec un sens de la dynamique indéniable Death Or Glory #9 - Comics by comiXologychez Bengal et une colorisation vraiment chouette. Mais comme son modèle – les blockbusters CGI improbable – DoG finit presque par lasser devant tant d’invraisemblance et feignantise scénaristique. Comme le genre semble particulièrement fourni ces derniers temps, le comic ne brille pas forcément face à ses concurrents européens, pas plus intelligents mais bien plus équilibrés. Et à force de jouer au jeu de massacre et de balancer Glory dans la tourmente sans qu’elle ne semble jamais à l’origine des victoires, on devient un peu passif, abasourdi et un peu fatigué par ce maëlstrom.

Malgré la sagesse de reconnaître la simplicité du projet sur un format adapté de deux volumes, Rick Remender oublie un peu ses bases en troquant sur Death or Glory son talent narratif pour un vernis explosif irréel. Si le fonds familial est par moment touchant et le nihilisme de l’auteur surprenant, la linéarité de l’intrigue de ce second tome déséquilibre un tout où le plaisir est certain mais très vite oublié. A prendre pour ce qu’il est donc, un énorme blockbuster routier décérébré entre Tarantino et Fast and Furious.

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Effet miroir

Histoire complète en 86 pages, écrite par Makyo et dessinée par Laval NG. Parution le 26/08/2020 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Miroir, mon beau miroir…

Louis Ferrant est un homme à qui tout devrait sourire. Héritier d’un confortable empire industriel, Louis a été préparé toute sa vie à reprendre les affaires familiales, comme tous ses ascendants avant lui.

Seulement, la dynastie Ferrant est peut-être un héritage trop lourd à porter pour Louis. Obnubilé par la bonne marche de ses affaires, et tourmenté par d’inexplicables cauchemars où il se voit mourir dans un environnement totalement inconnu, Louis a laissé ses problèmes nuire à sa vie de couple. Récemment séparé, toutes ses tentatives pour récupérer sa compagne ont échoué, le laissant seul avec ses angoisses.

Le seul exutoire de Louis, c’est son jogging quotidien en forêt, unique moment durant lequel il peut faire le vide, et simplement avancer. Alors qu’il s’apprête à commencer sa course du jour, Louis croise un motard imprudent qui le frôle dangereusement. Croyant n’avoir affaire qu’à un chauffard, Louis peste mais ne s’emporte pas.

Toutefois, il ne s’agit pas d’un simple motard. L’homme juché sur sa moto va revenir, et harceler Louis à la faveur du crépuscule et de l’isolement. Seul face à ce danger surgi de nulle part, Louis va devoir se battre pour survivre, tout en essayant de savoir qui lui en veut au point de vouloir le tuer…

Reflet déformé

Effet Miroir fonctionne comme un huis-clôs, rythmé façon chasse-à-l’homme. L’auteur a pris le parti de construire une intrigue minimaliste, misant sur l’efficacité de sa mise en scène. Unité de lieu, unité de temps et d’action, toutes ces règles dramaturgiques sont ici respectées, ce qui donne du liant à l’album, qui se lit ainsi d’une traite.

On peut éventuellement regretter une exposition un peu trop subtile, car les éléments qui permettent d’appréhender le fin mot de l’histoire sont inscrit sur la quatrième de couverture et ne sont finalement pas mentionnés en amont dans le récit.

L’ensemble conserve tout de même un caractère haletant, jusqu’à un final sur lequel certains lecteurs pourront tiquer mais qui reste cohérent.

Le travail graphique de Laval NG est d’une qualité ébouriffante, que ce soit vis à vis des aquarelles que vis à vis du trait précis et dynamique. L’artiste, contraint par un décor minimaliste, parvient à en tirer le meilleur parti grâce à l’ambiance installée via les couleurs, et utilise une variété de cadrages qui permet d’éviter la redondance. Ses personnages sont également très bien campés, avec une mention spéciale pour l’antagoniste, aux airs véritablement inquiétants.

***·Comics·East & West·Graphismes·Rétro

Hate, chroniques de la haine

La trouvaille+joaquim
Comic d’Adrian Smith,
Glénat (2017) -Top Cow, 249 p. n&b, one-shot.

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Adrian Smith est l’un des designers de l’univers Warhammer. Il y a trois ans il proposait aux amateurs de BD de découvrir une odyssée barbare dans la quintessence de la Dark Fantasy que les joueurs de wargames Game Workshop connaissent bien. Libre de toute contrainte il nous narrait l’itinéraire de Ver, insignifiante créature humanoïde, difforme, pourvue de trois jambes, que le destin a placé en possession d’un parchemin capable de libérer la Déesse Nature, emprisonnée par des rois-barbares sanglants… A noter que l’album comprend un cahier final de portraits de guerriers, très poussés… souvent plus que les pages de l’album lui-même…

Il serait abusif de parler de Bande-Dessinée à Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smithpropos de Hate. D’une par car il faut bien l’avouer, le scénario est totalement insignifiant et simple prétexte à dessiner les pérégrinations du très sympathique personnage au sein de landes terrifiantes, de batailles sanglantes et de cavernes putrides. Étonnamment c’est ce petit personnage muet et insignifiant qui est la première réussite du livre! On peut se demander pour quelle raison l’auteur a tout de même voulu placer de-ci de-là quelques bulles agrémentées de borborygmes ou de phrases le plus souvent réduites à un mot. Des récits graphiques totalement dépourvus de texte existent déjà  (genre Saccage ou Tremen) et la page préliminaire résumant l’intrigue se suffit à elle-même, d’un texte bien écrit pour nous mettre dans l’atmosphère sombre et désespérée de ce monde. Pour résumer, le héros doit récupérer plusieurs clés destinées à libérer Gaïa et reconquérir le monde naturel de la pourriture des empires guerriers humains. Frêle et seulement capable de fuir, il affronte des hordes démoniaques et des guerriers chaotiques féroces… bien.HATE - LES CHRONIQUES DE LA HAINE (Adrian Smith) - Glénat Comics ...

Ce que recherche l’auteur c’est nous livrer les visions de son monde noir, dégénéré, fait de perversions corporelles. L’ouvrage aurait pu s’appeler Hell tout aussi bien tant on a rarement été aussi près d’une vision infernale en BD (hormis sans doute le Requiem de Ledroit). Aux férus de Warhammer qui attendent des légions guerrières rangées et leurs champions chevauchant des dragons, on est plus près de l’univers de Brom fait de racines vivantes, de vomissures et de créatures difficilement reconnaissables comme humaines. Cela notamment car Smith adopte une technique toute numérique, travaillant principalement sur les ombres et reflets, qui parfois est difficilement lisible. Adoptant une brosse en peigne, il crée un effet de flou très perturbant lorsqu’on ouvre le livre pour la première fois, en se demandant si l’on n’a pas attrapé une impression ratée. Il faut donc lire le livre en pleine lumière, pas trop près (ça tombe bien, le magnifique tirage de Glénat est grand format et très confortable). Le bénéfice ressort sur certaines planches par l’impression d’une quasi photo, de reflets métalliques qui nous rapprochent… des figurines Warhammer!

Hate - Les chroniques de la haine de Adrian Smith - BDfugue.comLa taille du projet, la pagination énorme, entraîne malheureusement Smith à privilégier certaines pages en laissant d’autres pratiquement à l’état de rough. Cela peut s’entendre par moment mais ici on aurait aimé que l’ouvrage soit plus resserré (le scénario le permettait clairement) pour permettre à Adrian Smith de se concentrer sur plus de beaux tableaux poussés à fond. On débouche ainsi sur les défauts classiques de nombre d’ouvrages de dessinateurs un peu trop gourmands et qui oublient qu’un récit nécessite une narration, qu’elle soit graphique ou textuelle. L’insertion d’une galerie de guerriers à la fin est tout à fait éclairante sur, peut-être, la conscience de l’auteur qu’il n’est pas totalement parvenu à ses fins et qu’il n’est jamais meilleur que sur de l’illustration libre. Il n’en demeure pas moins que le projet est phénoménal et propose une intrusion dans le monde noir de l’auteur et de toute une facette de l’imaginaire collectif. Personnellement je reste plus féru d’artistes qui concluent tels Brom ou Frazetta mais si vous aimez la Dark Fantasy, la lecture de ce pavé vaut le coup.

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Hate, l'heroic fantasy sombre et violente d'Adrian Smith

Lush & Bloody War In CHRONICLES OF HATE, BOOK 2 Preview - MATURE ...

*****·BD·Jeunesse·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

Ultralazer #2

BD du mercredi
BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2020),  121 p. , série en cours, deux tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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Magnifique couverture que celle de ce second tome de mon coup de cœur jeunesse de l’an dernier. Comme pour le premier volume, l’ouvrage comporte une carte de la planète Rok en intérieur de couverture, une planche de cartes à découper indiquant les caractéristiques de certaines pierres de pouvoir et la dernière page annonce le dernier volume à paraître l’an prochain. L’ouvrage est en format compact avec un titre en papier brillant. On retrouve également les icônes de bas de page indiquant l’utilisation possible de l’appli de l’éditeur pour du contenu augmenté. Travail éditorial nickel.

Après une victoire inespérée sur Topoï nos héros se sont retrouvés propulsés dans l’espace en direction de la planète aride Rok. Là ils découvrent que la problématique environnementale et la menace des hommes-oiseaux est commune à trois planètes et que Horb, désormais détenteur du pouvoir suprême va devoir se trouver de nouveaux alliés pour restaurer l’équilibre du roi des animaux…

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"Allons droit au but: ce second volume de la saga écolo Ultralazer confirme en tout point la réussite du premier! En élargissant le champ (nouvelle planète, nouvel univers, nouveau contexte) les auteurs renouvellent les idées déjà excellentes de Horb et Bouko. L’immense réussite de cette série jeunesse c’est sa richesse dans un cadre simplifié pour pouvoir parler aux plus jeunes. Ainsi si les dessins sont à la fois simples, relativement plats, mais chatoyants de couleurs et de décors magnifiques et variés, la richesse des personnages, des design et des thématique se maintiennent à un très haut niveau.

Le trio ne se contente pas de reprendre les méchants du premier volume, ils conservent cette base rassurante pour les lecteurs et la complexifient avec une nouvelle interaction avec le seigneur de Rok (corrompu bien entendu). Dès les premières pages on nous explique que le roi des ultralazer_la_bd. 2 cases du tome 2 !  On avance doucement mais sûrement !  On se donne animaux n’est pas seul et que le peuple des hommes-oiseaux (reprenant la thématique SF classique du peuple destructeur d’un écosystème fragile) voyage de planète en planète pour les assécher à la recherche de pierres de pouvoir. La thématique écologiste de l’hyperexploitation de notre planète devrait ainsi parler très fort aux jeunes! Si l’arrivée dans la cité est un peu confuse scénaristiquement (l’histoire et le découpage avancent vite et l’on ne voit absolument pas passer les cent-ving pages!), on découvre bien vite que sous terre cohabitent avec la classe bourgeoise un Résultat de recherche d'images pour "ultralazer 2 rok duque"peuple d’exclu s’amusant dans des combats de gladiateurs. L’occasion de belles séquences d’action bien bourrines où l’on retrouve l’esprit manga déjà présent dans le tome un (comme cette séquence de repas très alléchant tout droit sortie de DragonBall..). Très équilibré, l’album introduit sur un premier tiers la problématique du roi des animaux fossilisé qu’il faut libérer, puis se prépare la révolte des opprimés dans un second tiers et la grande bataille finale sur le dernier tiers très ambitieux dans sa dramaturgie. Jamais l’on ne sent de manichéisme malgré l’approche jeunesse et c’est véritablement un plaisir de voir que l’on peut parler aux enfants sans les prendre pour des idiots. Si certains adultes pourront bloquer sur le type de dessins, le développement scénaristique n’a rien à envier aux grandes séries fantasy Soleil-Delcourt.

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La générosité émotionnelle, graphique et thématique est totale sur cet album d’auteurs qui semblent mettre tout leur amour de l’aventure et de la BD sans aucune retenue. Déjà marquante l’an dernier, la série Ultralazer se confirme comme La série BD jeunesse majeure depuis bien longtemps! Vivement l’an prochain.

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L’indien blanc

Série Undertaker tome 5
BD de Xavier Dorison et Ralph Meyer, couleurs de Caroline Delaby
Dargaud (2019), 58 p. premier tome du troisième diptyque.couv_374864

L’intérieur de couverture est illustré comme depuis le premier volume et l’album comporte un cahier graphique de six pages fort élégant qui permet de profiter de la maestria de Ralph Meyer, tantôt sur des crayonnés tantôt sur des dessins encrés du croque mort. Une page de résumé comportant une belle illustration nb ouvre l’ouvrage. La couverture n’est pas la plus impressionnante qui soit mais joue un rôle important dans le scénario, chose assez rare pour être notée. Tous les albums de la série sont disponible en édition classique et GF (pour le double du prix) et en GF noir et blanc pour l’intégrale de chaque cycle (bien qu’un peu cher…).

L’undertaker est à nouveau seul avec son vautour, son cheval et sa carriole. Dans l’Ouest il ne manque pas de travail. Lorsqu’un ancien camarade de larcins le contacte pour récupérer le corps d’un riche héritier tombé sous les coups des indiens, il se retrouve pris au piège de son réalisme professionnel. En plein territoire Chiricahua il va devoir affronter les hommes du redoutable Indien blanc. Mais bien entendu rien de ce qu’on lui dit n’est vrai. Comme d’habitude…

Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"Avec cet album je me lance dans la série Undertaker, tête de gondole propulsée comme l’héritière de Blueberry sans que l’on sache trop si c’était une vraie volonté des auteurs ou une opportunité de l’éditeur. Il est certain que l’excellent dessin de Ralph Meyer a une vraie filiation avec celui de Giraud. J’avais découvert ce dessinateur sur son premier grand coup, le réputé Berceuse assassine avec le regretté Tome (scénariste de la meilleure période Spirou!), après quoi il a rencontré Dorison sur le lancement de la série XIII mystery, lesquels ont enchaîné sur le très bon Asgard. Je reviens un instant sur cette chronologie car cette genèse de Undertaker lui donne un statut un peu particulier. Excellent scénariste, Dorison a donc œuvré sur un lancement de très grosse série de one-shot spin-off puis devait faire avec Meyer un spin-off sur pied d’arbre, le personnage de Thorgal… qui s’est transformé en Asgard avec son personnage unijambiste dans un univers mythologique scandinave… avant que Dorison ne devienne l’éphémère successeur de Sente sur la série mère, sur un unique album. Cet itinéraire compliqué des deux auteurs avec les grandes licences peut expliquer en partie pourquoi Undertaker est Blueberry sans l’être. La série proposant des histoires en diptyques (le format idéal pour les séries longues selon moi), j’avais moyennement apprécié le premier cycle que j’avais trouvé trop classique (je précise que je n’ai jamais franchement aimé Blueberry) mais adoré le second, notamment grâce à ce Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"fabuleux méchant de chirurgien génial et monstrueux. Ce qui m’a incité à commencer à acheter la série (j’ai lu les autres en médiathèque) sur ce nouvel « indien blanc ». Ce long explicatif passé, que vaut l’album?

Graphiquement c’est toujours aussi maîtrisé, Meyer est l’un des meilleurs dessinateurs en exercice notamment par des encrages puissants que l’on savoure dès la majestueuse double page d’ouverture qui nous coupe le souffle instantanément. Dorison est exigeant et demande des arrières-plans très détaillés dans des décors essentiellement naturels de toute beauté. Heureusement, la nature enneigée est économe en graphisme et permet au dessinateur de proposer de superbes planches. Facile mais toujours élégant. Le problème avec Meyer c’est qu’on ne Résultat de recherche d'images pour "meyer l'indien blanc"sait jamais si ses albums doivent se lire sans couleur tant ils semblent conçus ainsi. Vous aurez comme d’habitude le choix entre l’album version classique et grand format couleur, Dargaud ayant malheureusement laissé à l’éditeur d’éditions limitées Bruno Graff le soin de sortir des intégrales par cycle NB à pas moins de deux-cent balles. On pourra dire ce qu’on veut de la politique de multiformat de Glénat sur sa série Conan par exemple mais cela permet de ne pas réserver ces beaux albums aux seuls collectionneurs fortunés ou casseurs de tirelire.

Le scénario est lui très surprenant, déstabilisant le lecteur à plusieurs reprises par des bifurcations auxquelles il ne s’attend absolument pas. On considère généralement que c’est gage d’une intrigue maline et efficace. On pourrait aussi trouver que cela nuit à la lisibilité… Reste que Undertaker reste portée par son très charismatique anti-héros et par des personnages qui ont la très grande wp-1579197539614.jpgqualité de ne pas être manichéens. Si l’on est comme dans tout bon western dans une histoire de vengeance et d’ambition, on suspecte les auteurs de préparer une transition après la disparition des deux personnages féminins des deux premiers cycles… qui mine de rien laissent un grand vide dans la structure du récit et les mécanismes d’interaction. Pour qui suit Dorison depuis longtemps je ne vous étonnerais pas en disant que les dialogues sont toujours acérés et claquant comme un Smith&Wesson.

Comme toute moitié de diptyque on reste en suspens à la clôture sans bien savoir si nous avons lu un très bon album ou juste un album de deux professionnels que sont Meyer et Dorison. Il faudra attendre la fin du troisième cycle pour le savoir. En attendant Undertaker reste une valeur sure, à la fois intéressante, exigent et d’une réalisation inattaquable. Une tête de gondole justifiée donc qui n’a pas à rougir devant la comparaison avec son glorieux ancêtre.

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Ultralazer #1

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

BD de Maxence Henry , Pauline Giraud et Yvan Ducque
Delcourt (2019),  121 p. , série en cours.

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Sur la planète Topoï le jeune chevalier Horb protège l’équilibre en veillant sur le dieu des bêtes. Lorsque débarque une armée d’hommes-oiseaux décidés à dévaster ce paradis écologique. Horb entreprend alors la quête de l’Ultralazer, seule arme capable d’éliminer la menace…


Salut Talia, peux-tu nous présenter en une phrase ce nouvel album?

C’est un album plutôt destiné aux petits, assez comique, avec pas mal d’action. Ça raconte la fuite des héros face aux méchants et découvrent plein d’endroits qu’ils ne connaissent pas…

Il y a beaucoup de références dans cette BD, est-ce que tu en as reconnu certaines?

Ça m’a fait penser à Princesse Mononoke, avec le grand cerf.

Qu’est-ce qui est original dans cet album?

C’est un monde totalement imaginaire. Dès que le roi des animaux marche il crée des plantes. La végétation est très originale avec des formes rigolotes, avec des dimensions inhabituelles. Les méchants sont des hommes-poules ! … tout est complètement inventé. J’ai bien aimé cette inventivité. J’ai l’habitude de lire des BD plus réalistes.

Parle nous des dessins. Tu as peut-être l’habitude de pages plus réalistes dans ce que tu lis…?

Je lis des albums moins jeunesse. Les décors sont bien travaillés même si les dessins sont simples. Parfois on dirait des maquettes.


Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"Le papa: Avec cette rubrique je me remets à chercher des albums jeunesse et constate régulièrement combien il est compliqué de trouver des albums lisibles par des adultes, s’adressant réellement à des jeunes sans être gnangnan. La BD jeunesse a longtemps été cantonnée aux « gros nez » genre petit Spirou, Ducobu ou les Sisters. Non que ces séries soient mauvaises, mais dès qu’on part dans un registre SF ou aventure on tire assez vite sur un public pré-ado ou ado. Et bien cette pépite montre que l’on peut s’adresser à un public jeune, avec un langage graphique et textuel adapté tout en gardant la créativité, la beauté et l’intérêt de l’aventure. Cela grâce à une bande d’auteurs qui ont auto-édité l’album Katarakt avant de signer cet Ultralazer chez Delcourt. On ne peut donc pas réellement parler de premier album et les auteurs ont tous suivi une formation d’arts graphiques… mais la qualité général de leur travail, que ce soit sur leur premier projet ou sur Ultralazer (qui semble en reprendre l’essence) est bluffante, suffisamment pour taper dans l’œil du jury BDGESTARTS auquel j’ai participé et qui m’a permis de découvrir ce bouquin passé sous mes radars… et atterri directement dans mon top jeunesse 2019!

Résultat de recherche d'images pour "ultralazer"On ressent dès la couverture et l’intérieur de couverture (qui comprend une sorte de planisphère du monde… renvoyant à la troisième de couverture que vous lirez à la fin de l’album!) l’influence du jeu vidéo et du design informatique. Sous un aspect assez plat et simple qui plaira aux enfants (un peu le même esprit jouet que Volcano Trash), les auteurs proposent un superbe monde cohérent, avec ses lois physiques, simples mais bien décrites et ludiques. Cela fourmille de détails architecturaux, végétaux, avec des jeux sur le rôle des minéraux et leurs propriétés associées créant des sortes de pouvoirs magiques. On peut parler d’écosystème pour enfant qui donne furieusement envie de manipuler des cartes et des objets sortis de cet univers. Avec la force de frappe de l’éditeur les auteurs ont d’ailleurs proposé une appli de réalité augmentée. Pas moins de vingt-neuf pages possèdent du contenu (cartes de cristaux, storyboard, peintures originales, pop-up 3D), c’est un des ouvrages avec appli le plus sympa que j’ai vu, bien plus intéressant que Bolchoi arena par exemple. Les auteurs ont d’ailleurs créé des compositions en papier issues de l’univers d’Ultralazer

Cette histoire de fuite devant un grand méchant à tête de poule ne manque pas d’action, qui défile à cent à l’heure en nous donnant envie de découvrir chacun des lieux avec une ambiance très inspirée des univers de Miyazaki, très écologique. Les personnages sont tous bien caractérisés avec un pouvoir et se balancent de grosses mandales et autres rayons de la mort. Ça reste une BD de garçon mais quelle générosité! Je ne suis rarement autant régalé sur une BD jeunesse (qui pourra être lus dès 7 ans), avec un peu d’aide étant donnée la pagination.

Le tome deux de cette série sort dès le 26 février, juste à temps pour rattraper votre retard!

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***·Comics·East & West·Rétro

Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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