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La république du crâne

La BD!
BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Dargaud (2022), 196p., one shot.

L’ouvrage comprend un cahier documentaire de onze pages sur la piraterie du XVIII° siècle, illustré de tableaux classiques du XIX° siècle participant à créer l’iconographie du genre. Une préface des auteurs ouvre le livre après une illustration d’intérieur de couverture reprenant une carte des caraïbes (une carte des côtes atlantiques de l’Afrique fermeront le livre), puis neuf chapitres commençant par une double page noire citant un des personnages. Très belle édition au format compact. A noter que les éditions Black and White ont édité une édition grand luxe limitée à 350 ex et qui fait méchamment baver tout amoureux de beaux livres. L’ouvrage le mérite, bienheureux les élus possédant un exemplaire…

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Lorsque Olivier de Vannes arraisonne son premier navire en tant que capitaine pirate il est loin de se douter qu’il va bouleverser le fragile équilibre de l’équipage du capitaine Sylla. En intégrant des esclaves réfugiés à la société des pirates, les convoitises mais surtout les espoirs d’une vie libre vont être mis à rude épreuve des passions humaines, des craintes et des jalousies. Marins ou prisonniers affranchis, ces pirates ne désirent que la liberté, une liberté que les puissances de l’Ancien Régime ne peuvent tolérer très longtemps…

Habitués des aventures rageuses de Ronan Toulhoat et son complice Vincent Brugeas, vous allez être surpris! Ces auteurs dont vous trouvez régulièrement les albums chroniqués ici (probablement les seuls auteurs dont j’ai l’intégralité de la production) ont fait leur marque de fabrique, depuis dix ans de carrière, sur des albums historiques très énergiques, un romantisme violent hautement marqué par les fulgurances graphiques du dessinateur. Pour moi ils sont un peu ce que Alice et Dorison ont été à la BD historique lors de la sortie du 3° Testament: deux autodidactes passionnés qui ont mis de la jeunesse à un genre un peu « à la papa » chez un éditeur pas très djeunz (Glénat) malgré son rôle précurseur dans les manga. Et bien ce gros album où l’on sent une grosse envie de partager un univers si évocateur est peut-être un tournant dans leur carrière, l’ouvrage de la maturité artistique. Je crois bien que c’est la première fois qu’ils ouvrent un livre par un propos liminaire qui marquera la première surprise sur le motif de La République du crâne. En se rattachant immédiatement à la révolte des gilets jaunes, les auteurs assument un propos éminemment politique en rappelant ce qu’étaient d’abord les pirates du XVIII° siècle: des hommes révoltés contre un système injuste et qui rêvaient de fraternité. Ce n’est pas rien et cela permet de comprendre le traitement scénaristique qui marque la seconde surprise.https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH461/rdc5-a788f.jpg?1645946730Si l’ouvrage comporte bien son lot de batailles navales, de combats sanglants et ses plans de navires majestueux, le narrateur, un étonnant idéaliste au regard de rêveur donne le ton d’un voyage où l’on souhaitera longtemps le dénouement heureux pour ces hommes et femmes intègres. Le cœur du projet n’est ainsi pas une nouvelle course épique comme l’a si bien fait Lauffray sur son Long John Silver. Au travers d’un échange épistolaire qui parsème les parties nous assistons à l’affirmation de la liberté des hommes, qu’ils soient africains arrachés à leur terre ou marins soumis à la tyrannie de leur capitaine sur ces navires militaires ou marchands qui étaient un absolutisme en miniature au service du Capitalisme naissant et des puissants engagés dans un commerce maritime mondial. Le parallèle est ainsi évident mais subtilement tracé avec notre époque, par un scénariste qui connaît son Histoire et les fils qui lient les époques.

Outre le propos très intelligent, la structure de l’histoire et surtout les relations entre les personnages ne cessent de nous surprendre. Dès les premières pages on découvre ainsi deux hommes que tout semble opposer, Sylla le grand capitaine à la crinière glorieuse et au sourire carnassier de vainqueur et Olivier l’humaniste, plus marin que guerrier. Entre eux des figures que le dessin nous fait cataloguer: Lenoire, colosse tout droit issu du bestiaire de Ronan Toulhoat ou Maryam, reine noire déchue au sourire énigmatique marqué éternellement sur son visage. Sans jouer particulièrement de son rôle de machiavel, le scénariste déjoue tous nos pronostiques en faisant vivre la personnalité complexe de chaque rôle en les extrayant de leur habit d’archétypes. Tous en deviennent crédibles et passionnants.

On pourra simplement regretter de passer si vite sur la si intéressante République de Nassau mais ce n’était pas le propos. Abordant mine de rien un grand nombre de thèmes sans s’y noyer, les auteurs nous livrent une très belle aventure humaine, vaguement utopiste, un appel au large et au triptyque républicain de notre pays: Liberté, Égalité, Fraternité, devise qui n’aura jamais si bien convenu à un récit de pirates. Un des tous meilleurs albums de ce début d’année.

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Crusaders #4: Spin

La BD!
BD de Christophe Bec, Leno Carvalho et Simon Champlovier (coul.)
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

Attention, ce billet contient des spoilers!

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bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

Victime d’une « graine de Largan » la Terre a été détruite… Terrassée, la commandante de la délégation humaine Natalia Tarkowski va entrer en rébellion et obtenir des informations confidentielles sur les Emanants qui remettent en doute l’objectif de cette race supérieure…

Chose rare, on arrive à l’avant-dernier tome de cette monumentale saga spatio-quantique de Christophe Bec, qui aura su condenser son propos sur un format tout à fait digeste (contrairement à ce que je lis de-ci-de là sur cette série). Je suis pourtant un déçu des magnifiques concepts de l’auteur qui m’ont dégoûté (notamment sur Prométhée) à devoir attendre dix tomes avant de passer la seconde. Le vocabulaire scientifique qui lui est reproché est pourtant essentiel à l’approche hard-science de Crusaders tome 4 - BDfugue.comla série et finalement pas bien différent de l’autre grande série SF du moment, le Renaissance de Duval, auquel on ne reproche pas tant. Moins fluide que la série dessinée par Emem, Crusaders arrive pourtant à nous emporter dans ces paysages si lointains, ces dimensions si énormes que l’on en oublie (grâce aux très talentueux dessins de Carvalho) l’ambition du projet et l’aspect vertigineux des idées physiques abordées. Alors oui bien sur on se perd par moment dans certains dialogues (c’est recherché) mais je reprocherais plutôt une certaine insistance à pointer l’insignifiance des humains dans la pyramide de l’évolution galactique. Ce n’est donc pas tant la construction scientifique de l’album que la simple progression de l’intrigue qui peuvent indiquer que le moment est venu de conclure. On ne sait du reste pas grand chose de plus qu’au début et une fois passée la sidération devant les voyages subatomiques, les univers-bulles et la maestria destructrice à laquelle nous convient les auteurs, on aimerait bien savoir où tout cela finit étant donnée l’impuissance chronique des humains là-dedans.

Ca tombe bien puisque le sixième sera le dernier, en espérant que la tentation de conclure pour recommencer un nouveau cycle ne prenne pas monsieur Bec.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Capitain Vaudou #1: Baron mort lente

La BD!
BD de Jean-Pierre Pécau, Darko Perovic et Nuria Sayago (coul).
Delcourt (2022), 64p., série en cours.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Les pirates ce n’est pas ce qui manque sur les étales des librairies BD. Alors quand Jean-Pierre Pecau propose une série dans l’univers de son jeu de rôle récemment ressorti en financement participatif on tient un motif d’intérêt. L’adaptation d’un jeu de rôle a un avantage et un inconvénient. Le fait de s’appuyer sur un univers nécessairement très fourni, gavé de pléthore de personnages et de possibilités d’intrigues est un indéniable avantage, que l’on retrouve dans ce premier tome, en ce que l’on sent mille et une informations esquissées entre Capitaine Vaudou (tome 1) - (Darko Perovic / Jean-Pierre Pécau) -  Historique [CANAL-BD]les cases et les dialogues. Je dis toujours que la richesse d’une BD d’aventure repose sur son hors-champ et celui-ci est forcément touffu pour un jeu de rôle. La contrepartie de cela est le risque justement d’être un peu perdu avec des personnages dotés d’une histoire pas forcément connue des non joueurs et le syndrome des BD Marvel DC qui pointe: la perte des lecteurs qui n’auraient pas suivi la continuité.

Rassurez-vous, pas de trop de dégât de ce côté, pour ce jeune irlandais envoyé au bagne en Amérique après un passage à Gorée pour ravitailler les navires marchands en « bois d’ébène« . Très rapidement le fantastique survient, ainsi que les pirates, avant de découvrir la très étrange société caraïbéenne où sages juif côtoient capitaines magiciens et maquerelle dominatrice. Dans ce monde le fantastique est omniprésent et l’on pourrait presque parler de « pirate fantasy » tant les actions surnaturelles fleurissent. Le tout reste correctement exploité en évitant le grandiloquant grâce à la mise en scène assez efficace de Darko Perovic. Et l’on finit cette agréable lecture (sans doute un peu trop rapide dans sa volonté d’avancer) avec l’envie d’en savoir plus sur ce puissant Loa qui a jeté son dévolu sur notre héros et les mystères du vaudou encore à peine effleurés.

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***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #23: Raven #2 – Elecboy #2 – Sa majesté des Ours #2

La BD!

Attention, fournée de très grosses nouveautés avec les seconds volumes de séries qui font partie des plus grosses ventes BD, et trois artistes reconnus et dans la pleine maîtrise de leur art. Globalement les trois albums confirment les qualités et points faibles ressentis sur le premier volume. Le détail c’est par là:

  • Raven #2: les contrées infernales (Lauffray/Dargaud) – 2021, 62p./volume, 2/3 tomes parus.

couv_431658Le premier volume m’avait laissé mitigé de par le parti-pris d’un personnage rocambolesque d’anti-héros foireux, avec un dessin et des séquences qui faisaient la part belle à l’humour. Lauffray vise-t’il commercialement le très grand public ou sa fréquentation de Lupano lui a t’elle donné des envies de s’émanciper de son univers noir…?

Ce second tome de la trilogie enchaîne directement et va s’orienter vers une fuite de Raven, Darksee et ses sbires dans les tréfonds de l’île (aux jungles impénétrables et aux décors grandioses bien sur), jusque dans les entrailles du volcan, vers un trésor dont seul Raven sait s’il est réel ou chimérique… En parallèle aux évènements se déroulant dans le fort et la jeune femme et son fils au tempérament bien trempé, on est par moment pas loin du looney toones de par les cabrioles qui tirent plus vers les Pirates des Caraïbes que vers un réalisme à la Aguire. Perso j’aime bien la grande aventure irréel, pour peu que l’enchaînement et le rythme soient solides. Or ce tome confirme que Lauffray n’est pas Dorison et ses pages subissent un certain nombre de coupures sèches qui brisent le rythme de l’action et font hésiter dans sa lecture. Même si l’on voit où l’auteur veut nous emmener, le personnage de Raven n’est du reste pas particulièrement sympathique, du coup on consomme ce tome avec une forme de plaisir industriel propre au cinéma blockbuster mais on l’achève sans supplément d’âme, ni graphique ni scénaristique. Avec un peu le même sentiment que sur le UCC Dolorès de Tarquin, ces contrées infernales restent bien réalisées mais ne laisseront pas la trace indélébile que de précédentes réalisation de l’auteur de Long John Silver ont marquées dans l’histoire de la BD.

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  • Elecboy #2: révélations  (Salaün/Dargaud) – 2021, 62p., 2/4 volumes parus.

couv_431657Avec trois parutions cette année Jaouen Salaün est prolifique! Le premier tome de son Elecboy avait marqué les esprits en début d’année, notamment par une partition graphique franchement impressionnante bien qu’un peu monotone dans les atmosphères. Avec un trait et une colorisation réalistes appuyés sur un design fort réussi, son Mad Max mâtiné d’Oblivion avait à moitié convaincu du fait d’un frein très appuyé sur la progression et la révélation des secrets. On avance dans une totale continuité avec ce second opus puisque dans une même structure scénaristique on démarre très fort avec une belle séquence d’action SF autour d’un voyageur très puissant avant de dérouler les affres du héros et de ses pouvoirs cachés. Globalement tout y est pour nous accrocher, avec un abominable méchant, des relations familiales complexe, une SF ambigüe entre éléments très technologiques et un environnement tout à fait wastlands. Pourtant l’auteur continue d’appuyer sur le frein pour des raisons qui m’échappent, comme cette rencontre entre les anges et le héros, brutalement coupée avant qu’elle ne s’affiche… La force du hors champ peut être redoutablement efficace quand elle est utilisée avec parcimonie. Ici elle casse le rythme en nous frustrant tout le long dans notre envie de rentrer dans le vif du sujet. Salaün semble assumer ce faux rythme. Cela n’enlève pas les grandes qualités de cette série post-apo mais l’empêche malheureusement d’être un blockbuster immédiat. Frustrant je disais…

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  • Sa majesté des ours #2: nous tomberons ensemble (Vatine-Cassegrain-Dobbs/Comixburo) – 2021, série en cours.

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Merci aux éditions Comixburo pour leur confiance!

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Le premier volume de la nouvelle saga fantasy de Vatine et Cassegrain m’avait enthousiasmé en début d’année. On reprend directement après la dernière scène du précédent, alors que nos héros étaient enlevés par un Goliath éléphantesque soudainement arraché de sa roche… pour voir cette vision dantesque mise à bas immédiatement. On est un peu frustré de voir ce souffle mis sous l’étouffoir alors que la Fantasy est un genre exigeant de la démesure, de l’espace… et de la lumière. Et l’on retrouve le même problème d’éclairage des planches de Didier Cassegrain. Du coup, avec une intrigue qui se tourne vers une structure de one-shot avec la capture et l’affrontement d’un clan de crocodiles ce deuxième volume est un ton en dessous du précédent en se refermant sur des enjeux moins politiques et un terrain plus étroit. Notre héros recherche en effet ses amis avec l’aide d’une Léopard-sorcière sans aller bien loin dans sa quête et en nous donnant un peu l’impression d’un intermède (déjà?) dans la grande intrigue. Nous découvrons toutefois des informations sur l’humain et quelques passages chez les Ours font un peu avancer le schmilblick mais pas suffisamment pour maintenir l’enthousiasme initial. La difficulté permanente des tomes deux pour toute série… On savourera donc quand-même les jolies séquences d’action, les dialogues très bien tournés et tout de même les dessins du maître, en espérant un retour à l’épique dans le troisième volume.

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**·Comics·East & West·Nouveau !·Service Presse

Invisible Kingdom #2: La Bordure

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Second tome de 110 pages de la série écrite par G. Willow Wilson et dessinée par Christian Ward. Parution le 19/05/21 aux éditions HiComics.

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Merci aux éditions Hicomics pour leur confiance.

Le prix de la rébellion

Dans le premier tome, nous faisions la connaissance de Vess, une jeune Rooliane qui quittait le confort relatif de son foyer pour s’engager auprès de l’église de la Renonciation, un culte intergalactique aux milliards de fidèles. Ce faisant, Vess savait qu’elle faisait défaut aux attentes placées en elle par son peuple, dont les traditions exigeaient d’elle qu’elle se reproduise pour perpétuer l’engeance Rooliane.

Alors qu’elle découvrait les arcanes secrètes de la Renonciation, qui prône le détachement matériel et la frugalité, Vess fit la rencontre de Grix et de son équipage, qui travaillent pour comme livreurs galactiques pour la méga-corporation Lux.

Lux est une métaphore à peine dissimulée de géants commerciaux bien réels comme Amazon, qui s’oppose depuis toujours aux idéaux prônés par la Renonciation. Toutefois, Vess découvre bien malgré elle un lien secret entre les deux entités, rendant caduc tout ce en quoi elle croyait. Depuis le début, Lux et l’église conspirent ensemble pour manipuler les foules planétaires, et maintenir un équilibre dont eux seuls semblent bénéficiaires. Consommez par-ci, mais renoncez par-là, les habitants de la galaxie semblent piégés dans cette seule alternative.

Témoins gênantes et alliées bien malgré elles, Vess et Grix sont poursuivies par la corporation à travers la Bordure, et échouent dans une région inhospitalière, où le vaisseau de Grix, véritable épave spatiale, tombe en rade. Était-ce là le prix de leur révolte ?

On retrouve donc dans ce tome 2 nos protagonistes en fâcheuse posture, perdues au milieu d’un champ de débris, promise à une lente agonie, et surtout, la proie des pirates qui écument la région. Désormais prisonnières, les deux rebelles vont devoir lutter pour leur survie, en mettant de côté leurs différends, alors même quelque chose de nouveau semble poindre entre elles…

Après un premier tome qui offrait une métaphore acerbe sur notre société de consommation et sur la assujettissement des masses, Invisible Kingdom met la contestation et le débat philosophique en pause pour se consacrer au développement de la relation entre ses deux héroïnes. Tout en augmentant les enjeux de leur survie, la scénariste se consacre à semer les graines de leur romance, une romance quelque peu attendue et qui n’offre pas de grande surprise en soi.

Ce tome 2 donne donc la sensation de n’être qu’un interlude, puisque l’équipage de Grix se retrouve durant un bon moment dans une situation passive, eux qui avaient pris dans le premier tome une décision courageuse. Lux et La Renonciation sont bien évidemment citées, mais de telle façon qu’on ne peut qu’avoir l’impression de s’éloigner de l’intrigue principale.

Si une histoire est traditionnellement découpée en trois actes, le second est classiquement considéré comme celui où l’auteur tient ses promesses, celles faites dans le premier acte. Or, ici, force est de constater que ce n’est pas le cas. Espérons que le troisième tome se recentrera sur l’intrigue principale, celle qui fait tout l’intérêt d’Invisible Kingdom.

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UCC Dolores #3: Cristal rouge

La BD!
BD de Didier et Lyse Tarquin
Glénat (2021), 62p., premier cycle achevé en volumes.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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Kash gravement blessé et sans pilote pour mener le Dolorès à bon port, Mony va bientôt découvrir l’origine de cette folle quête du cristal rouge, son passé et la véritable nature des Nouveaux pionniers…

Résultat de recherche d'images pour "tarquin cristal rouge"C’est peu de dire que cette première série en solo de Didier Tarquin a fait le yo-yo avec nos envies. Annoncé en grande pompe comme une saga de Space-opera majeure, le premier tome avait démarré un peu lentement et le second avait franchement déçu… Et je suis ravi de vous dire que ce troisième tome conclusif du premier cycle (un second est déjà annoncé avec la couverture du prochain tome) redresse franchement la barre pour donner suffisamment envie de continuer l’aventure.

Les problèmes scénaristiques ne sont pas totalement résolus avec nombre de points toujours très obscures, notamment en ce qui concerne le background (sans parler des libertés avec la physique qu’on excusera dans une œuvre de space-opera à la star-wars). Les auteurs (puisque le couple Tarquin est aux commandes de l’histoire) ont eu la bonne idée de nous proposer un gros flashback introductif tout ce qu’il y a de plus musclé, gore et sexy, en résumé de l’esprit qui prévaut sur cette série depuis le premier volume. Outre le fait de nous révéler enfin l’origine de ce vaisseau et de sa figure de proue, éclairant grandement l’intrigue générale, ce flashback permet l’apparition (enfin) d’un grand méchant et de donner une respiration à une narration jusqu’ici très (trop) linéaire. L’histoire peut ensuite reprendre sur de bonnes bases en proposant donc sans aucun doute le meilleur tome de la trilogie.

https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/b2/06/be/12453554/1520-2/tsp20201026070300/UCC-Dolores.jpgA tarder ainsi à dérouler les tenants et aboutissants de leur histoire les auteurs se sont retrouvés dans la situation d’un Georges Lucas contraint de tout balancer dans son Star Wars Episode III pour avoir gaspillé son temps sur les épisodes précédents. On a un peu le même sentiment ici et la bonne nouvelle c’est d’une part que Didier et Lyse Tarquin ont respecté le format en trois tomes avec cerise sur le gâteau une chute à la fois gonflée et très ouverte pour la suite, mais surtout qu’ils semblent être conscients du retard à l’allumage. Comme album solo Cristal rouge est franchement réussi dans son aspect révélations, trahisons et combat final. Ce n’est pas suffisant pour corriger les lacunes précédentes mais l’univers et les personnages installés permettront de bien belles choses pour la suite.

Regorgeant de bonnes idées et d’une classe dans la mise en scène que l’on connaît chez Didier Tarquin, ce volume expédie un peu vite l’affrontement final contre un adversaire visuellement proche d’un monstre de manga et bien cracra. Le plaisir à dessiner des paysages, des costumes et vaisseaux est évident et contagieux avec le lecteur. Depuis le premier tome seul le pilote permettait un ajout salutaire au duo héroïque, ce qui faisait bien peu. Ici on est bien plus généreux et l’interaction entre personnages s’en trouve bien meilleure, préparant l’achèvement de la transformation de sœur Mony en Captain Bad-ass.

On pardonnera donc à ces scénaristes débutants une origin-story un peu longue qui aurait pu se dérouler en deux volumes. Cristal rouge n’est pas exempt de défauts et de facilités mais respire une liberté créatrice qui fait plaisir et un esprit sale gosse exempt de toute censure que l’on ne voit plus depuis pas mal de temps en BD franco-belge. De quoi souhaiter bon-vent à monsieur et madame Tarquin et leur héroïne pour la suite de leurs aventures.

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300 Grammes

Histoire complète en 144 pages noir et blanc, écrite par Damien Marie et dessinée par Karl T. Parution le 25/09/2020 aux éditions Kamiti. Album préfinancé su la plateforme de crowdfungind Ulule avec un bilan de 439% du financement initial.

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Merci aux éditions Kamiti pour leur confiance.

Pirates et Danaïdes

Agnès arpente les rues malfamées d’Amsterdam depuis plus longtemps qu’elle ne saurait se souvenir. Survivant parmi les petites gens et les orphelins, elle va de petites combines en gros trafics, noyant ses turpitudes dans l’Épicine.

L’Épicine est une drogue très puissante, connue de quelques rares initiés à Amsterdam. Hautement addictive, elle fait voyager ses utilisateurs dans des paradis artificiels qu’il n’aspire ensuite qu’à retrouver. Agnès ne fait pas exception et trempe dans toutes sortes de transactions louches afin de pouvoir soutenir sa consommation.

Cependant, la jeune femme intrépide, aux abois, va conclure un marché de dupe pour 300 grammes, et se retrouvera poursuivi par une troupe de bandits prêts à lui faire la peau. Jusqu’où ira Agnès pour sauver sa peau ? Continuera-t-elle à fuir son passé alors que son avenir est des plus sombre ?

Triangle des Bermudes

Tandis qu’Agnès se débat avec ses propres problèmes, se joue autre chose, une quête menée par d’autres initiés et dont la jeune femme pourrait représenter la clé.

Avec 300 Grammes, les auteurs nous offrent un voyage physique, mais aussi temporel et spirituel. En effet, le récit, qui nous emmène aux Caraïbes après nous avoir fait explorer Amsterdam, entremêle les temporalités, comme pour refléter la perdition dans laquelle s’enfonce l’héroïne. Ses errances sont donc aussi celles du lecteur, qui doit maintenir son attention pour reconstituer l’odyssée d’Agnès.

Violence, cruauté, il s’agit bel et bien d’un monde de pirates, toutefois Damien Marie superpose à cet univers de forbans une dimension ésotérique très intéressante, mystérieuse et bien amenée. A cela s’ajoute une intrigue épistolaire parallèle, racontant la quête du descendant d’un des personnages de l’intrigue principale, fort bien écrite et complétant parfaitement le tableau.

Pour sublimer cette épopée mythologique, le dessin de Karl T utilise un trait impeccable taillé pour le noir et blanc. L’artiste nous bluffe par la qualité de ses plans et de ses personnages, surprend par ses décors et met la cerise sur le gâteau grâce son encrage.

300 Grammes est une excellente découverte, qui nous démontre qu’un ouvrage de qualité peut être porté par un éditeur capable de sortir des sentiers battus !

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Misfit City #2

Second tome de 112 pages de la série écrite par Kirsten « Kiwi » Smith et dessinée par Naomi Franquiz, parue outre-Atlantique chez BOOM! Studios. Parution en France chez Kinaye le 28/08/2020. Série terminée en deux volumes.

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Merci aux éditions Kinaye pour leur confiance.

Chasse au(x) trésor(s)

Nous parlions il y a peu du premier tome de Misfit City, série rafraîchissante, pastichant le film culte Les Goonies pour livrer un récit d’aventure moderne déjanté.

Wilder, Mace, Dot, Ed et Karma poursuivent leur quête du trésor laissé par Black Mary, pirate redoutée ayant fait l’histoire de la petite bourgade de Cannon Cove. Ce coin perdu, auquel Wilder souhaite échapper, n’est connu que pour être le lieu de tournage du film Les Gloomies et ne recèle pour nos cinq adolescentes qu’ennui et langueur. Si bien que lorsqu’elles mettent la main sur une mystérieuse carte au trésor, elles se jettent à corps perdu dans cette salvatrice distraction, qui, avec un peu de chance, pourrait leur permettre de quitter le marasme de la ville.

Le tome 1 se terminait par la révélation que les rumeurs entourant la mort du Capitaine Denby étaient, comme qui dirait, grandement exagérées. Ce dernier se terrait depuis un certain temps dans les galeries creusées il y a des siècles par Black Mary et son équipage, prêt à s’accaparer le trésor. Mais les choses ne vont pas s’arranger pour notre aréopage hétéroclite car leurs poursuivants ne comptent pas non plus renoncer au trésor.

Pirates et autres Flibustiers

La recette employée par Kiwi Smith continue de fonctionner dans ce second tome. Les péripéties de nos héros s’enchaînent avec encore moins de temps morts, tandis que le danger, qui jusque là peinait à être pris au sérieux, gagne en intensité.

Grâce à un savant mélange d’astuce et de chance, les héroïnes se rapprochent de la vérité, et donc du trésor, si tant est qu’elles mesurent bien les risques et le prix d’une telle récompense. Les dialogues sont toujours drôles et plein d’esprit, l’éditeur ayant même ressenti la nécessité d’expliciter certaines notions au travers de notes de traduction. Il est fort possible que cela soit du au caractère tout public de la série, qui fait que certains jeunes lecteurs pourraient passer à coté de certaines subtilités.

Comme dans toute histoire d’adolescents, nous avons droit à une sous-intrigue soap grâce aux amours naissantes de Wilder et Todd, et aux conflit de loyauté de cela provoque pour Wilder.

La partie graphique assurée par Naomi Franquiz demeure dans la même veine que le premier volume, bien qu’on puisse estimer qu’elle est ici un poil en dessous.

Pour les amateurs de chasse au trésors et à ceux qui ont apprécié le premier tome !

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Raven #1: Némésis

La BD!

BD de Mathieu Lauffray
Dargaud (2020), 52p., 1/3 volumes parus.

L’ouvrage est comme toujours chez Lauffray doté d’une superbe peinture de couverture et d’un très efficace logo-titre que l’on retrouve en intérieur de couverture. Une courte préface nous indique qu’il s’agit d’une adaptation très libre de Robert E. Howard (le papa de Conan) et comme à son habitude l’auteur de Long John Silver nous annonce la tomaison définitive de sa série, ce qui est toujours appréciable. L’album est sorti en édition Grand Format agrémenté d’un cahier graphique. Personnellement, après hésitation j’ai opté pour la présente édition, la GF ne me semblant pas justifier le prix. En outre il est très probable qu’une édition N&B paraisse d’ici quelques temps.

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Raven porte bien son nom… cet oiseau de mauvais augure, outre d’être français, semble porter une poisse infernale à tous les navires sur lesquels il pose le pied. Fier et indépendant il n’abandonne pas pour autant ses rêves de trésors et de gloire, surtout lorsqu’il tombe par hasard sur une carte bien tangible et la ténébreuse pirate Darksee…

Raven T1 : Némésis (0), bd chez Dargaud de LauffrayToute publication de Mathieu Lauffray est un événement et titille mes rétines, tant son imaginaire graphique est légendaire dans le monde du graphisme et de la BD. Toujours associé à de grands scénaristes et d’une productivité BD assez réduite (huit albums de BD dessinés en intégralité), sa première expérience en solo attire d’autant plus l’attention qu’il retourne avec grand plaisir sur le genre où il a explosé, la piraterie. Outre la gestion du scénario, il continue dans un genre ou il s’était éclaté avec Lupano sur Valérian, l’aventure légère et humoristique.

Nemesis nous emporte ainsi dans les Caraïbes de 1666 où les Nations européennes bataillent avez les navires pirates dans le dédale d’îles qui parsèment ces latitudes ensoleillées et orageuses. L’intrigue, un peu hachée, prends le temps de nous présenter les « exploits » de Raven, avant de lancer sa quête de trésor qui va le voir confronté à la grande réussite de l’album: Lady Darksee. Malgré un nom un peu appuyé, elle éclate tant graphiquement que par ses actes, cruelle et impitoyable… en contraste avec la bouffonnerie du héros éponyme. Car c’est une des faiblesses majeures de cet album que le ton choisi par celui dont les encrages ténébreux et violents hantent une génération de lecteurs. Ce projet est-il comme d’autres avant lui destiné à ses enfants ou simplement a t’il eu envie de changer de registre après une carrière dans l’ombre de Cthulhu? Toujours est-il que tout le monde n’est pas Lupano et que si les facéties de l’album restent sympathiques, elles sont décalées par rapport aux attentes et au style de l’auteur. Dans l’esprit on est ainsi à dix-mille kilomètres d’un Long John Silver et on reluquerait plutot vers du Lanfeust. Tenez le vous pour dit.

Les petites addictions de Cranberries: Raven, tome 1: Némésis ...

Graphiquement il n’y a pas grand chose à redire hormis des personnages logiquement croqués parfois proches du mode Cartoon. Les quelques doubles pages dont Lauffray a le secret claquent toujours autant et donnent des envies de grand large et d’aventure. A noter également une impression d’encrages plus légers, comme une utilisation de craies pour traiter les dégradés, ce qui assouplit le dessin. Personnellement je trouve que cela l’affaiblit mais cela dépend des goûts.

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH949/rav4-dbd22.jpg?1591281298La structure narrative est également un peu chaotique, avec des sauts temporels entre des séquences pas forcément indispensables. L’éternelle difficulté de choisir entre des envies graphiques (la tempête sur le navire du gouverneur, l’abordage du début) et une évolution narrative qui se retrouve du coup un peu étriquée sur un album de format classique. Sans doute un 64 pages aurait-il été plus adapté. Soyons néanmoins beaux joueurs, pour un débutant (dans le scénario), Mathieu Lauffray s’en sort très bien par sa science du cadrage et du découpage. On ne m’ôtera pas de l’idée que les couples dessinateur/scénariste sont (presque) toujours plus efficaces que les solo mais laissons le plaisir de la piraterie prendre le dessus et faisons confiance à l’auteur pour corriger ces quelques problèmes et pour nous donner dès le prochain tome une grande aventure sombre et joyeuse, pleine de cannibales, de pièges et de traîtrise. Je gage que Lady Darksee va allègrement tirer la couverture à elle et devenir la nouvelle Kriss de Valnor

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La Promesse de la Tortue #1

BD du mercredi

Premier tome de 64 pages, d’une série écrite par Stéphane Spiatzszek et dessinée par Tieko, parution le 27 mai 2020 chez Grand Angle.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour cette découverte.

 

Indomptées car indomptables

Si l’Histoire de France regorge de hauts faits d’armes et de conquêtes audacieuses, elle a aussi ses traits plus obscurs, faits de complots ourdis en secret et de manœuvres pernicieuses.

En 1642, le gouverneur Levasseur a bien du mal à maintenir un semblant d’ordre sur l’île de la Tortue, dont la population interlope est constituée principalement de flibustiers, peu enclins à une vie ordonnée. Ce fin stratège conçoit donc le projet d’amener sur l’île des femmes, bien souvent contre leur volonté, afin qu’elles servent d’épouse à ces hommes sans foi ni loi, pariant sur le fait que le mariage aidera à canaliser sa population masculine.

Embarquées de force pour une éprouvante traversée, Quitterie, Louise et Apolline vont se lier d’amitié dans les cales nauséabondes du bateau, et conclure un pacte tripartite, se promettant une entraide inconditionnelle dans ce nouveau monde sauvage et dangereux.

Dès leur arrivée, les femmes seront réifiées et vendues, chacune à l’insulaire le plus offrant. Le gouverneur Levasseur tombera immédiatement sous le charme vénéneux de Quitterie, tandis que Louise convolera avec Toussaint, le pirate taiseux craint de tous. Apolline quant à elle, est promise à l’amputation suite à une escarmouche durant la traversée. Elle sera sauvée par l’indien Yuma, au caractère ombrageux et sauvage.

Toutes les trois vont devoir apprendre les règles de ce nouveau monde pour pouvoir y évoluer, chacune d’elle ayant ses intérêts et des objectifs qui lui sont propres.

This is a man’s world

Stéphane Spiatzszek utilise savamment ce premier tome pour nous faire découvrir les caractères de ses trois héroïnes, qu’elles soient calculatrice (Quitterie), bravache (Louise), ou déterminée (Apolline). Le contexte historique ancre le scénario dans une réalité âpre et grandiose à la fois, nous plongeant à une époque où certains hommes avaient la lourde tâche de contribuer à la gloire de leur nation, souvent en versant le sang d’autres hommes sur les épaules desquels pesait la même charge.

Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les femmes, achetées comme du bétail par des rustres voire tout simplement enlevées, n’auraient pas leur place sur cette île, on s’aperçoit au contraire qu’elles ont une influence sur les hommes qui les ont choisies, instillant des idées dans leurs esprits et amenant à changer progressivement leurs attitudes.

Graphiquement, Tieko montre son savoir-faire en livrant des planches au dessin net, empreint de classicisme mais porté par une verve cinématographique qui n’est pas sans nous rappeler les grands films de piraterie. Le dessinateur sait comment attirer l’œil sur ses personnages, en leur donnant un design qui viendra refléter ou appuyer leur caractère. Bien évidemment, en ouvrant cet album consacré à l’âge d’or de la piraterie, on était en droit d’attendre Tieko au tournant quant aux décors, et ces derniers ne sont pas en reste, grâce aux nombreux plans larges dans lesquels l’île est représentée dans toute sa beauté. La mise en couleurs signée Fabien Blanchot aide à sublimer le tout.

Entrée en matière efficace, personnages attachants et très bons dessins, difficile de demander mieux pour cette Promesse de la Tortue !