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Adam l’ultime robot #1-3

esat-west

Manga de Ruyko Azuma
Pika (2020-2021), 212 p./volume, série finie en 4 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

Tetsuwan Adam (en référence au Tetsuwan Atom, le culte Astroboy de Tezuka) est a priori le premier manga de Ryuko Azuma, commencé en 2016 au Japon et conclu en quatre tomes. Entre chaque chapitre l’auteur se lace dans de passionnantes discussions de vulgarisation sur des sujets scientifiques aussi variés que le rôle de l’alcool pour les humains, la disparition des Dinosaures ou la Fusion nucléaire, tout en lien avec le manga. Une référence d’ouvrage sur le sujet est ensuite proposée avec un court strip d’humour décalé utilisant les personnages. Sous les superbes illustrations de la jaquette nous trouvons un personnages en tête dessiné tout le long de la couverture. Edition très élégante et complète.

2045. Depuis quelques mois l’espère humaine a découvert une existence extra-terrestre par des attaques d’entités appelées Psyché, des créatures semi-humanoïdes envoyées comme super-bombes pour exploser à la surface de la Terre. Le dernier espoir de notre planète réside dans le programme Adam, un robot doté d’une IA émotionnelle et seul capable jusqu’ici de résister à ces attaques. Mais bien entre les manigances de l’armée américaine pour récupérer la direction du programme et d’étranges liens qui semblent exister entre le concepteur d’Adam et les Psyché, les assauts de ces dernières se rapprocher à chaque attaque d’un succès synonyme d’extinction pour la race humaine…

ない暇つぶし: 鉄腕アダム#23感想La vulgarisation scientifique semble en vogue dans les manga depuis quelques temps, avec notamment les deus séries phares de Boichi, Dr. Stone et Origin (également chez Pika). Si ce dernier faisait des efforts, notamment sur les premiers tomes, pour rendre accessibles les concepts parfois très techniques de SF, le Shonen pétrificateur reste le mètre-étalon de la vulgarisation en s’amusant! Eh bien les aventures de Senku ont aujourd’hui leur pendant Seine, avec Adam l’Ultime Robot! Se rangeant humblement dans les pas de ses aînés (on nous explique rapidement la référence au chef d’œuvre d’Osamu Tezuka avant de citer Dr. Stone), l’auteur ne cherche pas à révolutionner un genre déjà couru mais à aborder des sujets scientifiques en apportant sa propre réflexion. Ainsi les pages de journal dialogué abordant un des thèmes traité dans le chapitre précédent sont à la fois très agréables à lire et passionnantes. Les personnages de la série, des scientifiques très pointus, sortent ainsi de l’intrigue pour développer le background effleuré dans les pages assez épurées à la fois graphiquement et textuellement. Du coup ces séquences, si elles hachent un peu la lecture, deviennent indispensable pour densifier un manga qui aurait été un peu léger sans elles.

La surprise viens des dessins. Plutôt élégants, en évoquant à la fois le Bertrand Gatignol des Ogres-dieux et le Gou Tanabe des adaptations de Lovecraft, je les attendais plus impressionnant… Les pages sont plutôt froides sous un blanc cru avec des trames très légères. Si le design technique est franchement réussi j’ai eu un peu de mal avec celui des aliens issus de l’influence organique des monstres de manga. Les séquences d’affrontement spatiales, un peu répétitives faute d’explication (et pour cause, ce thriller sf distille très progressivement les graines de son intrigue…), jouent sur un montage brutal, affichant soudainement chaque nouvelle variante de Psyché en quasi-pleine page pour alterner avec le ballet propulsé d’Adam. Avec peu de textes, ces séquences sont à la fois impressionnantes par ce superbe contraste entre le noir spatial et la blancheur des dessins et parfois peu lisibles du fait d’une anatomie métamorphe des créatures et d’une mise en planches très graphique. Chacun trouvera cela à son goût ou pas mais disons que l’action n’est pas la force première de ce manga.Les Trésors du Nain: Tetsuwan Adam, tome 1 | Gaak

Comme je le disais, assumant ses références avec discrétion, Ryuko Azuma ne craint pas la comparaison avec Evangelion (l’invasion désespérée par des créatures à peu près invincibles), et s’approche de la finesse du récent Carbone & Silicium en proposant dès les premières pages la spécificité de cette IA conçue pour ressentir des émotions. L’auteur vise ainsi bien le cinéma SF intello dans le sillage de Kubrick (2001 évidemment) ou du Alex Garland d’Ex Machina (la relation Adam l'ultime robot #1 • Ryuko AzumaCréature/créateur). De ce fait la lecture s’avère exigeante, notamment sur un premier tome assez austère. La progression globale sur les trois premiers volumes est tout à fait bien gérée et il est conseillé (comme souvent sur des séries courtes) d’enchaîner les quatre volumes pour profiter de la conception fort maîtrisée et réfléchie.

Avant la conclusion du tome quatre, l’origine des monstres reste bien énigmatique mais le nombre et la qualité des thèmes abordés et l’élégance de l’écriture de Ryuko Azuma suffisent à nous emporter dans ce futur proche dans une aventure dont l’originalité est d’utiliser les mathématiques et des concepts physiques poussés pour créer la problématique à priori basique (l’extermination de l’humanité par une attaque apocalyptique). Comme je le disais, la trame d’Evangelion n’est qu’une coquille où mille auteurs différents peuvent insérer leurs problématiques. C’est donc d’apparence répétitif mais recouvre une grande intelligence réflexive autour de l’énigme sur l’origine du robot et son lien avec ces créatures que les journaux intermédiaires peuvent rattacher à n’importe quel concept, du multivers quantique à la physique atomique en passant par le rôle de l’information dans la trame de l’univers… rien de moins. Si vous aimez la SF sophistiquée et vous cultiver via l’imaginaire, n’hésitez pas une seconde pour plonger dans cette œuvre remarquablement maîtrisée pour une première création.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

L’Histoire de Siloé

BD du mercredi
BD de Serge Letendre et Stephane Servain
Delcourt (2000-2019), série finie en 3 volumes.

Histoire de Siloë 3. Big-bang

Attention, événement comme il y en a peu dans le petit monde de la BD! L’histoire de Siloé fut lors de sa sortie il y a … 19 ans!! un des projets SF les plus attendus et réussis avec un partenariat de deux valeurs sures du Franco-belge: Serge Letendre (le co-créateur de la Quête de l’oiseau du temps) et Servain, dessinateur typique des premières grandes séries Delcourt (l’esprit de Warren avec Brunschwig) et récemment de Holly Ann. Pour des raisons que j’ignore (je n’ai pas trop cherché…), la série prévue en trois tomes s’était arrêtée après le second alors que le dessinateur avait pourtant tenu les délais sur des albums de 70 pages. Rangée depuis presque vingt ans au cimetière des grandes séries inachevées, la saga dotée de l’ambition d’un Akira était considérée comme une grosse perte pour beaucoup tant l’intrigue et le dessin étaient réussis. Il faut croire que les personnes impliquées savent parfois tenir leur langue car c’est avec une immense surprise que Delcourt a mis en ligne il y a quelques semaines une date de sortie. Servain parlait en 2015 sur le forum BDgest de sa reprise a zéro du tome 3 dont les 2/3 avaient déjà été réalisés… et depuis plus rien. Pour le coup, si les arcanes des relations dessinateur/scénariste/éditeur restent souvent obscures sans que l’on sache à qui la faute, pour ce coup Delcourt a été très patient et fidèle jusqu’au bout puisqu’il propose en simultané la sortie du T3 et de l’intégrale qui permettra aux personnes à qui cette interminable attente aura été épargnée de découvrir la série d’une traite. Pour les autres il faudra relire, ce que je viens donc de faire avec attention.

Résultat de recherche d'images pour "servain big bang siloë"Alors qu’il s’apprête à lancer l’expérience finale de ses travaux sur le Temps et la Matière, le professeur MacGuffin constate que sa femme, enceinte a pénétré l’enceinte du laboratoire… Devenu veuf avec une fille dotée de pouvoirs difficiles à comprendre, le professeur se retrouve au centre d’une lutte de pouvoir entre le président des Etats-Unis et une secte chrétienne très organisée. Poursuivi de toutes part il va devoir protéger sa fille et tenter de comprendre les implications de l’accident originel…

Cette série est compliquée à critiquer tant il est nécessaire de séparer les envies, les souvenirs et la comparaison avec les autres BD SF du même type. Tout d’abord les trois tomes de Siloë sont très différents, tant graphiquement que dans les rythmes de l’histoire. Serge Letendre a une grande ambition au départ, faire le récit d’une famille détruite par la science en même temps qu’une anticipation politique et un habillage scientifique autour de l’espace-temps. Dès les premières pages l’on sait que le professeur MacGuffin ambitionne de révolutionner (comme son scénariste?) la connaissance de la physique. Malheureusement le lecteur reste un peu sur sa faim quand aux développements des implications de ces recherches. Car très vite tout tourne autour des pouvoirs de sa fille, avec des mécanismes de mystère efficaces. Que sont ces chauves-souris qui surviennent autour de ses crises? D’où sortent les losty connectés mentalement avec la fillette? La secte des Esséniens?… On voit très vite différents thèmes repris d’Akira (on peut difficilement regretter les références à une telle bible): la secte religieuse, le pouvoir politique semi-démocratique, la crise institutionnelle, l’expérience qui dérape, l’enfant-mutant,… Le soucis est que passer après un tel monument nécessite d’apporter une autre vision d’auteur si ce n’est des éléments novateurs. Résultat de recherche d'images pour "servain big bang siloë"Et c’est principalement ici que le bas blesse: le manque d’ambition au final. C’est étrange car les deux premiers volumes lancent des pistes et proposent une intrigue qui monte en puissance et qui laissait supposer un grand final. Mais comme ces séquences action très bien menées individuellement mais peu articulées dans les albums, trop timides, on a l’impression d’un manque de passion du scénariste pour ses personnages, pourtant assez réussis: les méchants comme le major West n’interagissent pas avec les héros, le super vétéran de l’armée dont l’on imagine l’intervention déterminante reste un spectateur un peu piteux, Siloë est  passive tout le long et le président Steiner comme le chef des Esséniens sont cantonnés dans leurs bureaux. Comme un dramaturge qui ne saurait pas gérer la diversité de lieux on a un sentiment de juxtaposition d’événements, d’actions, de personnages, sans liens.

Logiquement il en est de même pour les planches de Servain, capable de dessins très subtiles, il alterne ici entre très beaux décors, vaisseaux qui semblent l’inspirer et personnages parfois rapidement dessinés. Le cadrage est hésitant comme s’il n’avait pas eu trop de direction de son scénariste… La séquence spatiale finale est par exemple très réussie mais ne se termine pas vraiment de même que son démarrage n’est pas préparé… il en est ainsi de beaucoup de scènes qui manquent de liant. Si le style a légèrement évolué (sans problème de cohérence pour autant), c’est surtout la colorisation qui est plus subtile aujourd’hui qu’à l’époque du tome 1 mais reste dans des tonalités un peu ternes. Avec un style rapide, Servain propose toutefois par moment de très beaux plans calmes ou des graphisme puissants lorsque le contraste de la case l’oblige à rajouter de l’encrage.

Résultat de recherche d'images pour "servain big bang siloë"Je ne voudrais pourtant pas laisser croire que l’on a affaire à une mauvaise BD. Sans doute que l’attente et les portes ouvertes ont créé de la déception. Mais dans l’univers très concurrentiel de la Hard SF très peu de séries parviennent à assumer leur ambition (Universal War est un peu une singularité). L’art des faiseurs d’histoire est celui du bon agencement des emprunts. Et l’on peut dire que Serge Letendre connaît ses classiques en proposant une Terre futuriste où les déviances actuelles sont à peine poussées: la montée du fondamentalisme, la dépendance envers les technologies (les Dreamboxes rappellent d’ailleurs le récent Paris 2119), le pouvoir des  médias,… Comme pour le Niourk de Vatine, on a le sentiment de quelque-chose qui n’est pas parvenu à sortir de sa chrysalide et qui nous laisse un peu penaud. Pas sur que le problème soit lié à la taille de la série (on a tout de même trois albums de soixante-dix pages, soit quasiment six tomes) mais bien plutôt à assumer le statut de série grand-public, d’associer l’intime, la réflexion scientifique et le spectacle. Essai moyennement transformé donc, qui reste malgré tout un projet original qui se classe dans le haut du panier SF avec l’oeuvre de Fred Duval.

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