***·BD·Documentaire

Édouard Manet et Berthe Morisot – une passion impressionniste

Le Docu du Week-End

 

BD de Michael le Galli et Marie Jaffredo
Glénat (2017), 56 p., one-shot.

couv_311648Comme sur son précédent album, Marie Jaffrédo propose une superbe couverture rehaussée d’un vernis sélectif sur les coquelicots et sur la quatrième, ainsi qu’un très joli design de titre. L’ouvrage comporte un cahier final de huit pages détaillant la vie de Manet, le Déjeuner sur l’herbe et son rôle avant-gardiste vis a vis du mouvement impressionniste à naître. Très riche cahier qui prolonge et explique l’album. Édition riche, du bon boulot.

Rochefort, 1884: Berth Morisot écrit à sa sœur et revient sur les quelques années passées en compagnie d’Edouard Manet, entre amour platonique, passion picturale et contrainte sociale. A travers cet épistolaire elle nous fait revivre des années marquantes pour l’histoire de la peinture.

Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"Pour qui ne connaît pas particulièrement la peinture le nom de Berthe Morisot ne dira rien. Il s’agit pourtant d’une des précurseur de l’impressionnisme (que l’on date du tableau de Monet Impression soleil levant en 1874) et comme pour beaucoup de femmes artistes l’histoire l’a gardée dans l’ombre quand les spécialistes la considèrent comme une artiste majeure. Cela ressort dans le scénario de cet étrange album, à la fois récit intime, histoire de la peinture, biographie, où le poids de la société, des conventions familiales se confrontent à l’envie de liberté et de casser les codes chez cette jeune bourgeoisie éclairée qui fréquente Zola, Beaudelaire, Fantin-Latour ou Jules Ferry. Comme le montrent les romans de l’époque les moyens confortables, l’influence des parents et l’absence de besoin de travailler permettent à ces jeunes personnes de se réunir souvent pour débattre, de prendre des cours de peintures et d’expérimenter. Et l’on comprend que sans cette bourgeoisie dotée de temps et de moyens la peinture moderne n’aurait sans doute jamais vue le jour. On parcourt ainsi au fil des séquences ouvertes par les lettres de Berthe à sa sœur (également peintre avant de se marier) les soirées mondaines, les ateliers de peinture et la campagne parisienne. Soucieux de pédagogie, Michael le Galli cite des noms connus et des évènements (l’affaire Dreyfus,…) afin d’aider le lecteur à saisir l’esprit du temps. Car la chronologie importe peu et l’objet de l’album est plus celui d’une atmosphère, superbement évoquée par les dessins tout en douceurs de la dessinatrice qui compensent une technique un peu figée par des textures et colorisation très agréables. Des journées qui passent sans soucis de vitesse en allers-retours entre les propriétés des notables.

Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"La relation entre les deux peintres est essentiellement artistique même si leur proximité intellectuelle va les pousser l’un vers l’autre. Berthe est amoureuse, d’abord de l’art, ensuite de l’homme qui, marié, se jouera d’elle. Il n’y a pas de méchant dans cette histoire où l’on devine la personnalité compliquée et incorruptible de celui qui fréquenta les futurs impressionnistes, les influencera en rompant comme Berthe avec les codes de la peinture académique (et s’attirera les foudres de la critique), mais refusera d’exposer avec les impressionnistes, comme prisonnier de son époque, sentant peut-être que cela appartiendra à un autre temps. La couverture reflète cet album fait d’élégance, de politesse bourgeoise et d’une vie artistique heurtée par une réception publique qui ne vint jamais. On nous présente une Berthe Morisot dans l’ombre du maître et c’est un peu dommage car si l’on apprend beaucoup de choses sur l’époque artistique (et les sœurs Morisot, toutes deux peintres exposant) le personnage, sans doute plus intéressant qu’un Manet déjà Résultat de recherche d'images pour "edouard manet et berthe jaffredo"largement étudié par ailleurs, aurait mérité plus d’attention du scénariste. L’on profite du reste de plein de petites scènes illustrant la petite histoire dans la grande, démystifiant ces grands noms en les faisant douter, essayer, renoncer (Berthe a finalement détruit une grande partie de ses premières œuvres). Et si les deux artistes se sont sans doute inter-influencés, l’album tourne beaucoup autour de Manet.

Je suis rarement friand de la BD biographique, de l’histoire de l’art ou reprenant les romans classiques. J’ai pourtant eu grand plaisir à plonger das une époque et une relation peu connue et à découvrir une dessinatrice efficace dans ce style « Glénat ». Album bien conçu et élégant de la couverture à la dernière page, il se déguste lentement et donne envie d’aller se renseigner sur les artistes et cette époque charnière qui a vu naître le monde artistique moderne.

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Nympheas noirs

BD du mercredi
BD de Fred Duval et Didier Cassegrain
Air Libre – Dupuis (2019),

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La collection Air Libre de Dupuis est une valeur sure de la BD, proposant à la fois des BD garanties de qualité, appuyées sur une fabrication luxueuse (formats one-shot, pagination importante, maquette élégante et aérée,…). Mêmes remarques donc que pour les cinq branches de coton noir chroniqué récemment. Une édition dite « Tirage de tête » a été éditée, limitée à une jaquette comportant une illustration différente de la couverture originale. Bien maigre contenu pour une collection s’adressant plutôt à des fans de BD exigeants et vu le travail d’adaptation demandé il y avait certainement du contenu à proposer. A noter que de courtes vidéos (1 minute chacune) making-of de l’album sont disponibles sur la chaîne Youtube de l’éditeur.

Elles sont trois femmes, habitant Giverny, le foyer créatif mythique de Monet. Trois prisonnières d’un village-musée qui rêvent de s’en échapper. Lorsqu’un notable est retrouvé mort dans le ruisseau, les secrets sont fouillés par les enquêteurs de la police qui découvrent une histoire qui se rattache par chaque virgule à la peinture impressionniste du maître…

Résultat de recherche d'images pour "nympheas noirs cassegrain"J’ai pris le temps de lire confortablement cet album que tous ont signalé comme majeur depuis sa sortie. Je n’ai pas lu le roman et découvrais ainsi cette intrigue policière redoutable. Et je vous conseille de faire de même, de profiter d’un environnement serein, de prendre le temps de savourer cet objet, son atmosphère, ses couleurs magnifiques qui habillent une narration sur laquelle le travail de Fred Duval, grand scénariste que ses séries grand public ne doivent pas masquer, est conséquent, subtile et apporte un mystère que seuls les lecteurs du roman pourront démêler. En effet, l’on devine à la lecture de l’album un texte originel jouant sur l’absence de description pour semer la confusion. Or en BD c’est impossible. Comment alors se jouer du lecteur lorsqu’on lui montre les personnage, les actions, les décors?

C’est là qu’intervient le dessin, sublime, de Didier Cassegrain dont le travail de colorisation prends le dessus sur un trait particulier sur lequel certains pourront tiquer. Le dessinateur installe ainsi une atmosphère calme où l’on sent presque le bruissement du vent dans les feuilles des arbres, dans un jeu sur la lumière omniprésent. Résultat de recherche d'images pour "didier cassegrain nympheas"Le lecteur se retrouve en apesanteur, suit avec plaisir le chien Neptune gambader avec les enfants, avec la mamie, comme un trait d’union de cette petite communauté hors du temps.  Les touches de couleur vive sont partout dans ces tableaux, impressionnistes forcément, sur une technique au crayon qui donne une texture que j’adore. Cassegrain propose un découpage serré pour le besoin du récit et montre une technique irréprochable, faisant parler les vieilles pierres et par moment des effets de perspective sur les personnages. Seule bémol, une étonnante atténuation des couleurs à mesure que l’on avance. Aux premières cases éclatantes succèdent des planches plus délavées. Je ne sais si c’est dû à un problème d’impression ou à une volonté de l’illustrateur mais c’est dommage.

A la précision subtile du dessin réponds un scénario au millimètre, à la fois invisible et cérébral, de ceux qui nous font plaisir en nous faisant souffrir! Les joies du polar sont celles de la recherche et l’on jour avec le trio d’auteurs à comprendre où l’on nous mène, pariant sur la piste la plus évidente, trop grosse, cherchant à être plus malin que le scénario à trouver untel bien louche… Quand la BD procure autant de plaisir simple on peut dire qu’elle atteint la perfection et s’inscrit pour longtemps dans les albums qui comptent dans une bibliothèque.

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…les auteurs planchent actuellement sur l’adaptation d’un autre roman de Bussi, se déroulant à la Réunion…

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Le caravage

BD du mercredi

BD de Milo Manara
Glénat (2015-), 52 p., 2 vol parus, série finie.

Couv_351631Couv_241292A l’occasion de la parution du tome 2 de conclusion de cette histoire dessinée par le maître Manara j’ai entrepris la lecture du double album dans son intégralité. Si j’admire le talent de l’artiste italien, comme beaucoup sa bibliographie m’a déçu et je ne parle que des albums non érotiques. La saga ultra violente de Jodorowsky sur les Borgia dépeignait les mêmes lieux (Rome et l’Italie) un siècle avant où Manara reprenait déjà ses thématiques graphiques à la fois fascinantes et redondantes: la plèbe, les ruines de la Cité, les paysages de l’Italie, la violence et la crudité de la vie. Peu attiré par le sujet je profite de l’occasion pour découvrir un double album apaisé où l’on découvre les mœurs de l’époque mais aussi beaucoup le quotidien artistique, le travail des peintres de la Renaissance que l’on n’a jamais aussi bien vu en action.

Michelangelo Merisi arrive à Rome en provenance de Milan après une formation dans l’atelier d’un disciple du Titien. Jeune homme fougueux, ambitieux, son talent est rapidement repéré par un cardinal humaniste qui tente de le protéger de son envie de vérité qui le mets en danger face à deux ennemis: l’intégrisme de la foi et les souteneurs des prostituées qu’il utilise comme modèles…

Les BD sur le Moyen-Age ont ceci de fascinant qu’elles ont souvent un côté naturaliste qui dénote totalement avec les images d’Épinal ou de la Fantasy anglo-saxone. Elles permettent en outre de mettre en lien une vie quotidienne crue et simple avec des œuvres ou événements mis sur des piédestal dans les musées ou narrés par la Geste historique officielle. A ce titre l’album de Milo Manara sur le Caravage ressemble à la magnifique trilogie de Luigi Critone sur François Villon, où l’on retrouvait en outre un style graphique italien de paysages vaporeux (visuels qui inspirent aussi Marini sur sa série Scorpion). Il y a beaucoup de similitudes dans le traitement de ces deux personnages, grands artistes inspirés et hommes simples, soumis à des pulsions violentes qui les entraînent dans des déboires judiciaires. Seule l’admiration de puissants seigneurs humanistes les sauve de leurs démons. La violence des époques, la sexualité et la corruption de sociétés basées sur la force  et la religion sont dépeintes dans ces deux séries.

Dans Caravage les deux albums sont relativement distincts, et c’est ce qui rend la série intéressante. Si les décors romains occupés par des foules besogneuses ont déjà été illustrés par Manara dans d’autres BD, le second album intitulé « Grâce » (dans l’attente de la grâce judiciaire du Caravage suite à son combat du premier album), se déroule dans le sud, entre les territoires lumineux du château de Malte et les villages de Sicile. Quand le premier volume se situait au cœur du pouvoir et des arts, la suite nous dépeint une société d’ordre militaire, celle des chevaliers de Malte, et montre combien ce monde de la Renaissance tout juste échappé du Moyen-Age est morcelé, éloigné et illustre l’absence de Nation italienne à l’époque. Le découpage est un peu abrupte avec une continuité assez décousue et des deus ex machina qui indiquent que Manara reste un grand dessinateur avant d’être un grand scénariste. Mais l’histoire est intéressante et prends par moment la forme de récits d’aventure et de cape et d’épée de par la propension violente du grand peintre. L’auteur a la bonne idée de ne pas faire de sa série  un précis d’histoire de l’art qui aurait étouffé la vision épique. Avec un premier tome plus porté sur l’acte de création et un second plus aventureux, la lecture s’enchaîne très légèrement.

Le Caravage - Tome 2 de Milo ManaraLes dessins ne sont pas les plus précis qu’ait réalisés Manara mais son style est toujours aussi clair, esthétique et ses colorisations rendent parfaitement des ambiances toutes particulières, celle des paysages méditerranéens ou des intérieurs du XVII° siècle, avec nombre de citations graphiques de Piranese et d’autres peintres de la Renaissance. La plèbe permet au dessinateur de montrer les belles formes habituelles de ses demoiselles, mais sans excès, restant sur son sujet. Les expressions faciales en revanche sont réellement très percutantes.

Manara s’est toujours intéressé à la création et l’histoire de l’art (le Giuseppe Bergman critiqué sur ce blog portait déjà sur le sujet). Sa description de l’homme Caravage plus que du peintre permet un récit populaire d’une époque fascinante. Très équilibrée, sa série est probablement l’une des plus intéressantes et accessible de la bibliographie du maître de l’érotisme, associant intérêt graphique, historique et artistique. Il est bien dommage que Glénat n’ait pas anticipé la publication d’une intégrale augmentée pour les fêtes de Noël tant Caravage ferait un très beau cadeau.

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Natures Mortes

BD de Zidrou et Oriol
Dargaud (2017), 62 p.

couv_297432Album au format large et à la pagination relativement importante, doté d’une postface de Roser Domenech, professeur d’histoire de l’art en catalogne et spécialiste du peintre Vidal Balaguer. L’éditeur a doté l’album d’une couverture toilée sur l’édition grand public. Très belle édition assez classieuse et qui renforce l’album.

Barcelone, 1930, atelier du peintre Joaquim Mir. Le vieil homme raconte à son jeune modèle l’étrange histoire de son ami, le peintre maudit Vidal Balaguer, l’un des plus talentueux membres de la Colla del Safra, un groupe d’artistes catalans. Une histoire liée à une toile et à sa muse disparue de façon mystérieuse…

Pour leur troisième collaboration Zidrou et Oriol (illustrateur espagnol dont le vrai nom est Hernández Sánchez) nous font entrer dans le monde de la peinture espagnole, au travers d’une histoire sur un mode policier teinté de fantastique. L’envie des auteurs était de rendre hommage à ce peintre inconnu à qui le postfacier tente de redonner ses lettre de noblesse en organisant des expositions. Le texte de cet historien de l’art est très intéressant et l’on y apprend qu’un certain  Pablo Picasso avait déjà repéré Balaguer… Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Zidrou (dont je découvre progressivement la bdgraphie) construit le récit en une court enquête sur la disparition de la muse que l’on peut voir en couverture: Balaguer l’aurait-il tué, comme il aurait fait disparaître d’autres personnes apparaissant sur ses peintures? Sous ce prétexte l’album nous introduit dans le milieu artistique de Barcelone à la fin du XIX° siècle. L’on a maintenant l’habitude de parcourir Montmartre dans des BD françaises, parfois aussi le milieu artistique américain, plus rarement l’espagnol. C’est chose faite et si ce n’est pas véritablement révolutionnaire, l’immersion picturale (grâce au trait et aux couleurs incroyables d’Oriol qui fait un travail impressionnant pour coller au style impressionniste) de l’album est fascinante. L’on a réellement le sentiment de pénétrer des peintures de l’époque et l’illustrateur espagnol intègre des productions originales du peintre afin de pousser encore plus loin l’entrelacement.

Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Intéressé par cette histoire de peintre méconnu j’ai cherché quelques informations, d’abord sur les sites de BD, puis plus largement. L’absence de références au peintre m’a intrigué, alors j’ai poussé un peu… jusqu’à découvrir le fin mot de l’histoire. Non ce n’est pas un spoil (la BD reste vraiment excellente et se savoure pour elle-même), mais Victor Balaguer n’a jamais existé et ses peintures sont d’Oriol lui-même! L’espagnol souhaitait faire une BD rendant hommage au (vrai) peintre Joaquim Mir, peu connu en France et a proposé cette mystification à Zidrou. Les deux compères se sont alors associé à un vrai galeriste et un vrai chercheur espagnols pour pousser le projet. Ainsi une vraie exposition a vu le jour avec de vraies-fausses toiles de Balaguer, crées par Oriol. C’est un site espagnol qui vend la mèche et j’avoue que cette histoire m’a totalement bluffé. C’est la première fois que je vois un tel montage en BD et l’album mérite d’être lu rien que pour cela mais absolument pas que!

Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Natures Mortes est une grande réussite, d’abord graphique, qui nous régale et m’a fait découvrir (encore… 🙂 un grand dessinateur espagnol dont l’album Les trois fruits m’intéresse beaucoup et que je vais lire dès que possible. L’album est également très poétique, avec ce personnage qui doute de sa réalité et qui nous fait voir encore une fois que le talent va souvent avec une inadaptation. La création est personnelle mais doit être vendue pour vivre, dilemme que connaissent tout les peintres. Balaguer refuse cela et se retrouver alors enfermé dans sa peinture au propre comme au figuré. Enfin, l’idée de l’enquête ajoute un piment qui fait dévorer les 60 pages bien trop vite. Et nous fait regretter que la base de l’histoire soit finalement fictive car l’on aurait aimé en apprendre plus sur ce peintre…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

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Le Horla

BD de Guillaume Sorel
Rue de Sèvres (2014)

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Guillaume Sorel a une étrange carrière dans la BD. Illustrateur/peintre de grand talent doté d’un style très particulier, il avait débuté de manière remarquée avec le Lovecraftien « L’Ile des morts » mais n’a jamais depuis réellement été considéré parmi les grands. Ses choix, il est vrai (toujours tournés vers l’univers de la folie et du fantastique très proche de Lovecraft), ont été particuliers et pas franchement grand public. Personnellement ses one-shot (Mother, Typhaon) chez Casterman ont mes faveurs. Depuis quelques années il semble s’orienter vers l’adaptation littéraire et sa collaboration avec Serge Le Tendre sur « J’ai tué Abel » a été une grande réussite. Une critique pour Iznéo me donne l’occasion de me replonger dans son univers graphique si dérangeant et si beau, sur « Le Horla »… qui ne pouvait être illustré que par lui !

planchea_208522.jpgL’illustration de couverture, étonnamment très classique, incite peu à l’ouverture de l’album… Pourtant dès la première page, la pâte, la matière très caractéristiques de Guillaume Sorel fascinent. Prenant le temps d’installer ses ambiances, ses lumières campagnardes, l’auteur flatte les pupilles sur chaque case. Habitué des destructions de cadre sur le modèle d’Olivier Ledroit (tous deux sont passés entre les mains du scénariste Froideval coutumier de ces découpages), il crée ainsi des surgissements fantastiques dans un ensemble très sage. Tout cela est fort maîtrisé et Sorel dont les perspectives et anatomies n’ont jamais été le fort, livre ici probablement ses planches les plus techniquement maîtrisées. Probablement l’un des coloristes les plus talentueux de sa génération, il est étonnant qu’il n’ait jamais collaboré avec un autre dessinateur. Graphiquement dominé par les rouges et les ambres chers à Sorel, l’album est essentiellement contemplatif, comportant peu de textes, l’inquiétude reposant pour l’essentiel sur les ambiances, les visages et les paysages.le_horla

Le scénario suit fidèlement le récit de Maupassant mais fait le choix (du fait du rôle du visuel) de renforcer le côté fantastique. Qui n’aurait pas lu la nouvelle se trouverait devant un ouvrage entièrement fantastique, la représentation de l’être et son explication étant matérialisés ici quand le texte original n’était qu’un récit de l’esprit du narrateur. C’est habile, cohérent avec l’univers de Guillaume Sorel et donne à l’album un intérêt différent de la simple adaptation. Peu attiré par les adaptations littéraires en BD, j’ai été très agréablement surpris par cet album, au-delà de ma seule fascination graphique pour l’un de mes auteurs préférés.

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Critique effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semainehébergé cette semaine chez Mille et une frasques!