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Le livre des merveilles

La BD!
BD d’Etienne le Roux et Vincent Froissard
Soleil (2021), 76p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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Un vieil homme tire péniblement une carriole en rejoignant Rimini où l’attend un navire. Au jeune homme fasciné par son accoutrement et qui offre de l’aider, l’oriental raconte alors le fabuleux voyage qu’il entreprit enfant vers l’Orient où à la cour du grand Kubilaï Khan, le plus grand empereur que le monde n’ait jamais connu, celui qui se faisait appeler Marco Polo il parcourut le monde et des merveilles inimaginables…

Bam! Il est des livres qui restent bloqués dans vos mains, refusant de se refermer, les yeux comme collés aux planches que l’on ne finit pas de parcourir à la découverte de nouvelles merveilles. Comme le précédent du duo, un couple artistique qui est en train de poser sa marque dans l’univers de la BD! Les deux ont commencé dans l’écurie Delcourt à la grande heure des albums SF en compagnie des Lauffray (le Serment de l’ambre c’est eux qui l’ont repris à sa suite), Le Roux d’abord aux dessins avant de migrer vers la plume quand son comparse Froissard a officié essentiellement aux couleurs avant de commencer à dessiner épisodiquement, déjà avec son style actuel marqué par une matière et un effet de flou saisissant, affinant sa technique pour arriver aujourd’hui avec clairement le plus bel album (si ce n’est le meilleur?) de l’année entamée.

Bien arrivé dans la toujours esthétique collection Métamorphose, Le livre des merveilles est graphiquement proche de la Mille et unième nuit, qui revisitait déjà un récit mythique et du précédent qui illustrait le récit de voyage d’un aventurier allemand. On voit que la recette ne change pas mais se précise pour le duo. Ce qui marque chez Vincent Froissard c’est outre son utilisation d’une technique artisanale dont l’aspect flouté peut rappeler une Cruchaudet, une maîtrise de la profondeur sidérante. Sur un découpage généreux proposant de très grandes cases, proches du format manga avec parfois deux-trois vignettes voir des pleines pages, on se retrouve happé par un monde décrit de manière poétique, aux contours toujours imprécis, nimbé de voiles permanents qui découpent des silhouettes itinérantes quand ce ne sont pas des géants dont on distingue le contour lointain. Chacun de ses dessins est construit avec la volonté de nous immerger en proposant un grand nombre de plans qui font vivre des décors tous incroyables. La variété des décors permet ainsi subtilement de reprendre les estampes chinoises qui s’insèrent parfaitement dans le style du dessinateur. On pourra noter une gamme de couleurs assez ternes qui sont rehaussées par une utilisation de fins fils d’argent ou d’or donnant un relief qui fait presque sortir les personnages et éléments du cadre. Il ressort de cette technique très particulière et multiple un effet de trois dimensions rarement vu en BD.

Alternant entre le petit voyage du vieillard et ses quelques péripéties et l’immense périple de vingt-quatre ans de Marco Polo à travers l’Asie le récit est bien entendu très narratif, sur un texte très finement ciselé qui nous envoie dans ces pays de cocagne semi-fantastiques. Car le récit (et son illustration graphique) abonde d’éléments qui semblent sortis de l’imaginaire du voyageur… à moins qu’il n’illustre la réalité d’un monde inimaginable? C’est ce double jeu entre le récit historique et l’imaginaire fantastique participe à faire de cet album one-shot (et qui aurait-pourrait donner lieu à une suite sans forcer l’intrigue) un formidable dépaysement à la lisière entre l’adaptation et la fantasy. Jusqu’à un dénouement d’une grande intelligence qui interroge sur la réalité du récit et mets en abyme la vie passée du vieillard et celle débutant du jeune apprenti, bouclant parfaitement et logiquement un projet parfait jusqu’à la dernière page.

C’est bien sur d’abord les phénoménales planches qui font au premier chef de cet album un chef d’œuvre graphique mais elles s’appuient sur une narration d’une grande fluidité qui ferait dévorer l’album si notre regard n’était pas bloqué sur les mille et un détails des dessins. Magnifique ouvrage qui fait honneur au mythique récit de Marco Polo, Le livre des merveilles est (pour l’instant) le sommet de la carrière des deux artistes et un album indispensable à votre bibliothèque. Et l’on se demande bien lequel des innombrables récits picaresques de la littérature ils vont vouloir adapter par la suite pour notre immense plaisir.

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Lecture COVID: Tango #1

La BD!

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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BD de Matz et Philippe Xavier,
Le Lombard (2017), 64 p. par album., 4 albums parus.
Un TT noir&blanc est édité pour chaque volume.

La série Tango a de plutôt bons échos et j’avais profité d’une offre de l’éditeur sur la plateforme Iznéo pour le télécharger. J’en ai donc profité pour rattraper ce retard. Tango démarre très bien en nous plongeant dans de magnifiques paysages de l’altiplano agrémentés d’une narration en vignette dans le style où excelle Matz, comme sur sa série phare Le tueur. Ces deux éléments sont la grande réussite de l’album qui introduit un mystérieux gringo, très classe, très mystérieux dans un bled perdu où la vie s’écoule dans le calme du désert. Cette ambiance nous happe avec le réalisme du dessin de Xavier. Il faut dire, les deux auteurs ont effectué un voyage documentaire avant l’album (un cahier graphique en fait mention, accompagné de photos, en fin d’ouvrage). Si le personnage du solitaire philosophe et désabusé analysant le monde et ses contemporains est désormais connu, le grand mystère qui entoure ce personnage nous maintient en haleine avec l’espoir d’une série lorgnant sur XIII ou Jason Bourne où l’on suivrait un super action-man désireux de se faire oublier. Malheureusement dès la seconde moitié de l’ouvrage on tombe un peu de notre nuage pour constater que nous avons finalement affaire à une banale affaire d’anciens associés en quête de vengeance. Du coup on ne comprend pas bien les talents de combat et de tir de Tango et l’on craint que les prochains albums ne soient qu’une série de one-shot sans véritable concept derrière hormis peut-être de nous présenter des cartes postales. Si magnifiques soient-elles, il reste indispensable de proposer quelque chose de neuf pour attirer le lecteur sur une série. Pour l’instant ce premier tome ne convainc pas, mais le potentiel peut se révéler par la suite.

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Jusqu’au dernier

BD du mercredi

BD de Jérôme Felix et Paul Gastine
Grand Angle (2019), 72 pages, one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Grand Angle pour leur confiance.

couv_374030L’édition de cet album est minimaliste (pour l’édition classique), avec pour unique bonus la couverture de l’édition luxe en dernière page. Le dossier presse très intéressant donne des infos très sympathique sur la création et la relation entre les deux auteurs ainsi que sur le boulot sur la couverture qui n’a pas été une mince affaire. La grosse pagination peut expliquer la réticence de l’éditeur à augmenter encore les frais mais c’est toujours dommage de ne pas proposer quelques prolongements sur les éditions classiques. Concernant la couverture je trouve qu’étrangement c’est loin d’être la plus intéressante et percutante qui a été retenue, tant sur une question de couleur que d’ambiance graphique. Outre la version classique ce sont donc trois versions qui sortiront: la collector grand-format avec un cahier graphique de huit pages environ et deux éditions de libraires (Slumberland et Bulle du mans). A noter enfin que les auteurs prolongeront l’aventure western avec un album intitulé A l’ombre des géants et semblant se dérouler dans la neige…

L’ère des cowboys touche à sa fin avec l’arrivée du train qui va rendre inutiles les longues transhumances à travers le continent. Russel le sait et il a préparé sa retraite. Mais lorsque le hasard met un gamin dans ses pattes il se retrouve pris dans un engrenage où la réalité cupide de son époque le rattrape et où la vengeance va le sommer de faire des choix violents…

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Je trouvais jusqu’ici l’année BD un peu faiblarde après la sortie du magnifique Nympheas noirs dès janvier… puis plus grand chose de très remarquable. La fin d’année étant propice aux grosses sorties, je n’attendais pourtant pas ce joyau de western classique qui montre que les grande genres (western, SF, fantastique) accouchent souvent des plus grands albums et que la différence entre un très bon album et un grand album tient à peu de choses. Jérôme Felix est un scénariste d’expérience avec quelques vingt ans de carrière derrière lui. On sent ainsi dans la solidité d’une intrigue mince comme un western ce savoir faire dans l’agencement des cases et de la narration. Tous les grands films du genre au cinéma l’ont montré, ce sont les atmosphères, les regards, les interactions qui distinguent ces mille et unes histoires similaires de vengeances. Ses personnages sont très solides dans Jusqu’au dernier et l’on ne sait jamais si la caractérisation tient au travail graphique phénoménal de son comparse, au sien ou aux deux… Le rôle du scénariste est toujours ingrat lorsque l’on a devant les yeux de telles planches qui nous incitent à oublier le travail amont pour ne voir que le jeu des acteurs.

Résultat de recherche d'images pour "jusqu'au dernier gastine"Car Paul Gastine est un sacré bosseur. Contrairement à d’autres virtuoses du dessin il n’est pas passé par les prestigieuses écoles Emile Cohl, les Gobelins ou les Arts décoratifs. Comme Ronan Toulhoat il part d’un dessin amateur pour devenir après quelques albums l’un des tout meilleurs dessinateurs en activité dans la BD franco-belge. Il suffit de voir l’évolution de son dessin entre le premier tome de sa précédente série l’Héritage du diable et ce western pour voir le chemin parcouru. Cela fait longtemps que je n’ai vu une telle qualité technique et artistique. Pourtant l’excellent Dimitri Armand nous a comblé avec son Texas Jack l’an dernier. Mais le travail de Gastine sur les visages, les regards (le cœur des westerns), la physionomie de chaque personnage qui semble vivre à chaque déformation du visage, à chaque geste sont sidérants de justesse. Certains dessinateurs Résultat de recherche d'images pour "paul gastine"travaillent à partir de véritables romans-photos redessinés. Ce n’est probablement pas le cas ici au vu de la technique (très classique) utilisée et pourtant l’on a l’impression à chaque case de voir une séquence de film. Ce trait réaliste est en outre rehaussé par un choix de couleurs extrêmement élégantes et adaptées au moment. Que ce soit sur ses décors (les mille et un petits détails comme cet effet de plongeon lors de la chute du pont) ou les « acteurs », le dessinateur a pris un plaisir perfectionniste manifeste.

Felix et Gastine ont produit avec Jusqu’au dernier leur chef d’œuvre classique, digne d’un Howard Hawkes, et il n’est pas dit qu’ils puissent rééditer cet exploit tant on approche de la perfection en BD. Ils le savent certainement. A partir de ce niveau il est dangereux de poursuivre sur la même piste au risque de se répéter (c’est le cas de Brugeas et Toulhoat dernièrement). Personnellement je partirais très volontiers sur un prochain western avec eux en attendant d’autres univers et vous invite très vivement à monter sur votre cheval direction Sundance…

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Et un aperçu de l’évolution du dessinateur entre le premier et le dernier tome de l’Héritage du diable