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Sirènes & Vikings #4: La Vague invisible

La BD!

Quatrième tome de 56 pages de la série initiée et dirigée par Gihef. Scénario de Nicolas Mitric, dessins de Francesco Trifogli et Maria Francesca Perifano. Parution le 24/03/2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

bsic journalismMerci aux Humanos pour leur confiance.

Sherlock Viking

Quatrième itération du conflit entre guerriers norrois et arpenteuses des mers pour cette collection signée Gihef. Cette fois, nous faisons la rencontre de Lydveig dont le quotidien tranquille est soudainement bousculé lorsque les hommes du Roi Hardeknud la ramènent manu militari devant le monarque sanguinaire. 

Ce dernier a fait mander la jeune mère de famille pour ses talents particuliers, talents dont elle se serait bien passée mais qui font pourtant partie d’elle. Il s’avère étonnamment que Lydveig est la fille d’Aasbjorn, le plus redouté des traqueurs norrois, capable de mener à bien les enquêtes les plus insolubles. Et si le Roi a initialement fait appel à lui ce n’était pas pour une broutille: Hardeknud souhaite retrouver la créature responsable du meurtre sanglant de son fils aîné, Swenborg. Le Roi est en effet persuadé qu’une sirène a le sang de son héritier sur les mains, lui qui se targue d’en avoir massacré une de chacune des huit castes et qui en expose les dépouilles au dessus de son trône. 

Aasbjorn semblait avoir identifié la caste de sirènes en cause, mais il a été lui-même occis par l’un de ces monstres, probablement par la coupable elle-même. Lydveig dont la fille est retenue en otage par le roi, doit mener sa propre enquête en usant des facultés inculquées par son intransigeant paternel, et chercher au-delà des apparences la réponse à ce mystère. 

Cependant, une femme plongée dans un monde d’hommes doit redoubler d’efforts, de stratégie et de détermination pour tirer son épingle du jeu. Y parviendra-t-elle ?

Meutres en eaux troubles

Après trois albums généralement centrés autour du conflit séculaire entre (vous l’aurez deviné) Sirènes et Vikings, et ayant pour thème l’amour contrarié entre deux membres de ces peuples ennemis, la série prend un nouveau tournant pour se transformer en whodunit médiéval, façon Le Nom de la Rose.

L’héroïne réticente mais douée est propulsée à son corps défendant au cœur d’une enquête risquée, dans un microcosme qui lui est hostile (l’on sait toutefois aujourd’hui que les femmes vikings vivaient au même rangs que les hommes et occupaient des places similaires dans la société, participant même à leurs raids armés:)

L’univers, travaillé depuis trois tomes, est en place, la présence de personnages récurrents aidant à densifier le tout. Avec un certain recul sur la série, on parvient à en dégager une thématique centrale plutôt manichéenne, à savoir le joug du patriarcat, ce qui dans certaines configurations, peut aller à l’encontre des réalités historiques, comme on vient de le démontrer plus haut. Néanmoins, il demeure très opportun pour une BD d’Entertainment comme celle-ci de questionner des thématiques actuelles. 

Ainsi, les sirènes, qui sont donc exclusivement de sexe féminin, vivent sous le joug d’un père aussi tyrannique que tentaculaire (non Cthulhu, rassied-toi!), bien que leur microcosme exploite les mâles, appelés tritons, uniquement pour leur semence. Ces derniers sont dépeints comme des créatures frustes, barbares et violentes (à l’exception de Gildwin, dans le tome 3), ce qui n’est pas sans rappeler une certaines catégorie de la population humaine soumise aux affres de la testostérone.

Chaque tome met donc en scène une femme devant s’affranchir d’un despote ou en tous cas d’un monde qui ne la considère pas à sa juste valeur (Blodughada dans le tome 3, Freydis dans le tome 2 et Borglinde dans le tome 1). 

Au contraire, les hommes, paradoxalement à leur statut de vikings, sont généralement dépeints comme cruels, lâches, lorsqu’ils ne sont pas carrément monstrueux, et même les plus sympathiques d’entre eux finissent par céder à la corruption et à l’infamie. Comme nous le disions, la critique est bienvenue, mais le prisme manichéen teinte le propos. 

Le changement de paradigme, avec cette enquête, dynamise l’anthologie en changeant la structure habituelle de l’album. Cependant, là aussi, on note des petites incohérences graphiques que l’on pourrait qualifier de faux raccords, qui écornent un tant soit peu la crédibilité du scénario: par exemple, lorsque la protagoniste explique avoir remarqué un détail sur l’un des suspects lors de sa première rencontre avec lui, l’on se sent, comme dans tous les bons polars, surpris, intrigué et piqués au vif de n’avoir pas su remarquer ce détail nous aussi. Mais lorsque l’on rebrousse chemin jusqu’à la dite rencontre, on s’aperçoit que…ce détail n’y est pas ! Comme si le dessinateur avait dessiné en lisant le script au fur et à mesure, car ce genre de décalage se reproduit plusieurs fois au long de l’album. 

Le mystère en lui-même est maintenu sur au moins les deux tiers de l’album, avec ce qu’il faut de fausses-pistes, toutefois, sans grande surprise, la révélation passe par la moulinette thématique en 

SPOILER

faisant de la victime le véritable monstre. 

FIN DU SPOILER

Côté graphique, la partition est assurée avec une qualité qui demeure constante. Ce quatrième album, s’il participe à renforcer un univers qui était attractif dès le premier tome, révèle néanmoins des failles de conceptions et des redondances thématiques malgré un virage tenté par les auteurs au travers de l’enquête. 

****·Manga·Service Presse

My broken Mariko

esat-west
Manga de Waka Hirako,
Ki-oon (2021) – One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les éditions Ki-oon ont eu un coup de cœur pour ce premier one-shot d’une jeune mangaka et ont particulièrement soigné l’édition. Outre un dossier de presse aux petits oignons, le volume proprement dit a une jaquette gaufrée avec sa superbe illustration de couverture et ajoute au manga un passionnant et profond entretien et last but not least, le premier manga dessiné par elle, une histoire courte dont elle parle dans l’entretien. On ne peux pas demander plus pour entrer dans la tête de l’autrice et tout cela mérite un Calvin!

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Lorsqu’elle entend à la télévision que sa meilleure amie Mariko s’est donné la mort, Tomo n’en croit pas ses oreilles. Les deux amies se connaissent depuis l’école, dans une relation intime où la fragilité de Mariko a répondu au besoin maternel de Tomo. Dévastée, la jeune femme décide alors de se rendre chez le père tortionnaire, alcoolique, de Mariko pour récupérer l’urne funéraire de son âme sœur…

My Broken Mariko - BD, informations, cotesSur le suicide, sujet particulièrement sensible au Japon, il y a deux approches possibles. Celle de Guillem March l’an dernier était fantastique et allégorique en se concentrant sur la suicidée. Celle de Waka Hirako se focalise sur celle qui reste, Tomoyo. la sensibilité de cette histoire est surprenante d’autant que l’autrice n’y va pas par quatre chemins: Mariko a eu une vie brisée par un père dément d’alcool, victime de violences quotidiennes, de viol incestueux et bien entendu de harcèlement psychologie culpabilisateur… Un cocktail tristement classique dans ce genre de cas et l’on comprend vite que ce suicide est un soulagement pour la victime. Le manga n’aborde pas le pourquoi ni les raisons familiales et sociétales de ce phénomène mais se concentre sur le souvenir de la disparue et la difficulté à accepter la réalité du deuil par son amie. Le scénario prend ainsi la forme d’un road-story nerveux où le trait hargneux, comique et subtile selon les séquences, accompagne magnifiquement une traversée de l’esprit fiévreux de Tomo qu’il nous est proposé d’accompagner.

Outre le ton étonnamment plutôt léger qui facilite notre voyage, la surprise vient de la personnalité du personnage principal. Hirako explique dans l’entretien final ses références culturelles résolument occidentales, voir franco-belges pour ce qui est de la BD (citant Frederik Peeters ou Vivès, deux auteurs à la technique et à l’expressivité très fortes). Et l’on ressent dans ce personnage ce trait très peu japonais, avec une jeune fille masculine, refusant de se soumettre au sacro-saint respect des anciens et des traditions. En cela cette histoire est assez rock-n’roll et il est agréable de savoir qu’elle a parlé aux lecteurs japonais (le manga a été un grand succès et a été primé) tellement il semble destiné à un lectorat européen, tant dans le dessin que dans la narration.

TheFrenchPhenom on Twitter: "J'ai été très touché par le manga "My Broken  Mariko" qui raconte l'histoire d'une femme qui essaie de surmonter le  suicide de sa meilleure amie. C'est bourré de momentsLe découpage reflète l’intrusion subite de souvenirs dans la tête de Tomo, comme possédée par une douleur psychologique qu’elle ne parvient pas à contrôler. Les jolis moments de tendresse succèdent aux sauvetages violents de Mariko par son amie. Soucieuse de ne pas tomber dans un gros pathos, l’autrice ne parle presque pas de culpabilité, plutôt d’incrédulité devant l’inéluctable, l’incapacité à voir venir ce qui nous semble pourtant à nous lecteurs inéluctable. On sent ainsi la complexité à dissocier un quotidien d’une analyse qui nécessite du contexte. Mariko se précipitant dans les bras du premier tortionnaire venu dès qu’elle a atteint l’âge adulte, convaincue qu’elle mérite sa situation, Tomo incapable d’anticiper les conséquences d’une vie détruite et se contentant de jouer les pompiers.

On ressort de cette lecture touchés par ces deux vies, amusé aussi par les grimaces du personnage principal et ses acrobaties cartoonesques. Dans ce récit intime on ressent la sensibilité et la grande intelligence de l’autrice dans la façon de raconter des ressentis intérieurs, une tempête dans une tête, sans plomber à aucun moment le lecteur. Rarement un entretien avec un auteur aura autant donné envie de poursuivre une bibliographie. Ce récit court et plein d’amour marque la naissance d’une véritable autrice que l’on suivra avec grande attention.

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