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Les spectaculaires prennent l’eau

BD du mercredi
BD de Regis Hautière, Arnaud Poitevin (et Christophe Bouchard).
Rue de sèvres (2018), 54 p. série Les spectaculaires #3.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

Alors que la crue de la seine plonge les policiers du préfet Lépine les pieds dans l’eau, le criminel insaisissable « le Marsoin » se joue des forces de police pour piller banques et musées grâce à des machines fantastiques… Le préfet fait alors appel aux Spectaculaires, dont le succès dans l’affaire de a Divine Amante a fait grand bruit.

Les Spectaculaires est une série qui semble partie pour gagner en maturité et se bonifier à chaque album. Le second tome qui transposait l’action hors de la capitale apportait une fraîcheur qui manquait au premier, et avec ce troisième tome on monte encore d’un cran. Avec des personnages récurrents que les auteurs ont la bonne idée de faire légèrement évoluer (le plus souvent de par les améliorations de leurs costumes), on ne se repose pas sur ses lauriers des running-gags, présents mais sans l’insistance qui tuerait l’humour. On reste dans le registre qui fait le succès de la série: une bande de bras cassés qui surnagent grâce à l’intelligence de la fille du groupe, Pétronille. Hautière en profite pour placer une petite attaque féministe à l’encontre des mœurs bien paternalistes de l’époque incarnées par le Préfet de police de Paris Louis Lépine qui imagine difficilement une fille faire la nique à ses troupes et au grand méchant de l’histoire, le Marsoin.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"Bien entendu, à côté de l’habillage historique (on retrouve des personnages réels et des lieux entrés dans l’imaginaire collectif dans chaque album), ce sont bien les personnages qui font le sel de la série. Avec un méchant très réussi (en mode Moriarty de Myazaki pour ceux qui connaissent), des héros totalement monolithiques pris individuellement mais proposant des scènes souvent tordantes lorsqu’ils rentrent en action, Les spectaculaires prennent l’eau est une vraie bonne lecture familiale où l’on rit sans se forcer. Signe de la prise de confiance et du plaisir des auteurs dans la réalisation de l’album, on trouve une nouveauté dans une habitude très Astérix: l’introduction de visages familiers donnés à des personnages de l’histoire (Blier ou De Funès par exemple). Dans ce monde rétro et vaguement steampunk tous les personnages semblent plus bêtes et les situations les plus absurdes les unes que les autres et le scénariste parvient néanmoins à proposer une véritable enquête policière qui se tient, à côté de Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires prennent l'eau"nombreux comiques de situation et de langue (les palabres autour du nom du méchant, les effets imprévus de la radio de Pipolet ou le Batmobile…).

Sur le dessin, les teintes sont plutôt ternes du fait des séquences nocturnes ou pluvieuses mais le design général est toujours aussi drôle, notamment les engins sur lesquels Arnaud Poitevin semble très concentrés. La colorisation de Bouchard apporte beaucoup à ce style crayonné et cartoon qui colle parfaitement à l’ambiance déglingue et débile de ce monde naïf.

On finit par prendre ses petites habitudes avec les Spectaculaires qui mine de rien au bout de trois albums est déjà devenue une série classique dont on imagine mal un album raté. Tant que le plaisir réciproque est là il y a peu de risque.

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Saint-Barthélémy

BD du mercredi

BD Pierre Boisserie et Eric Stalner
Les Arènes (2016-2018), 174 p., série complète en 3 tomes.

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Merci aux éditions Les Arènes pour cette découverte.

 

Couv_343545Très belle édition intégrale des Arènes, avec une couverture toilée et titre gaufré au vernis sélectif sous une jaquette avec illustration originale. La quatrième est illustré par des vers de Voltaire dans la Henriade. Les trois tomes s’enchaînent comme trois chapitres (sans les couvertures originales des albums). L’ouvrage se termine par un cahier graphique de croquis de  six pages. Très joli travail même si du fait du sujet et du sérieux de la BD j’aurais apprécié une préface ou un texte de contexte historique en accompagnement. L’éditeur pourra toujours prendre cette initiative dans une future réedition.

Alors que les protestants ont marqué une étape importante dans la guerre civile qui les oppose aux seigneurs catholiques, sous le regard calculateur de la Couronne, le mariage de leur chef Henri roi de Navarre (futur Henri IV) avec la sœur du roi Charles IX va donner lieu à un assassinat planifié des principaux chefs de guerre huguenots à Paris, le 24 août 1572. Ce récit nous rend témoins de ces évènements au travers des yeux d’Elie Sauveterre, un jeune noble dont la famille est impliquée des deux côtés de la religion…

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Je ne suis pas très attiré par les BD historiques classiques de chez Glénat, leur préférant des œuvres plus sombres ou penchant vers la fantasy comme le Roy des Ribauds ou Servitude. Mes très bonnes relations avec l’éditeur Les Arènes (qui publie peu mais globalement de très bons albums sur des projets d’auteurs) me permettent de découvrir cette BD que je n’aurais probablement pas ouvert en librairie. Comme quoi on gagne à sortir de ses habitudes…

Si Saint-Barthélémy est sorti en trois albums, le découpage et la chronologie des évènements en fait plus un gros one-shot qui mérite grandement d’être lu d’une traite. Une lecture concentrée et rapide tant ce survival est dense et tortueux, comme les ruelles de Paris que le Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"personnage principal parcourt dans tous les sens afin d’accomplir sa mission et échapper aux fanatiques guisards. Pour qui ne connaît pas bien cette partie de notre histoire, le complexe jeu politique entre les membres de la couronne (le roi fou Charles IX d’un côté, son frère guisard et futur Henri III ou la Reine-mère Catherine de Medicis de l’autre), les protestants (Henri de Navarre futur Henri IV) ou les rajouts narratifs du scénariste Pierre Boisserie) pourra paraître très complexe. Pourtant la construction scénaristique et l’intelligence de mettre la focale sur Elie de Sauveterre et le drame familial qu’il découvre permettent au lecteur une lecture agréable qui aide à suivre en parallèle un récit d’action dramatique entrecoupé des débats ciselés dans les chambres du Louvre.

La grande force de cette BD est de nous mettre en plein cœur d’un des évènements majeurs de l’histoire de France et de l’histoire du christianisme (les Arènes avaient déjà publié une histoire politique de l’Église que j’ai chroniqué ici). La puissance visuelle du film de Chéraud La reine Margot est dans toutes les têtes et il est toujours difficile d’aborder cet évènement sans citer le film. Les auteurs y parviennent en se concentrant sur le témoignage de Sauveterre. https://i2.wp.com/sdimag.fr/Img_PAO/Matos_BD/SaintBarthe%CC%81lemy_T2_pl3.jpgL’histoire peut être répartie en trois thèmes: les errements de ce dernier dans Paris et son témoignage des massacres, l’évolution presque heure par heure de cette nuit et des jours qui l’entourent ainsi que les motivations politiques des différents responsables politiques, enfin, pour cadrer le tout, le récit de la fratrie de Sauveterre, répartie entre les trois parties de la BD et dont les révélations expliqueront en partie les décisions d’assassinats. Encore une fois la subtilité des discussions politiques est vraiment remarquable! Si le fanatisme est bien sur au cœur du récit (avec quelques exagérations graphiques de Stalner dans les séquences de foules), tout est politique et l’on comprend vite que la finalité de l’affaire reste bien la prise du trône de France: dans un contexte de guerre civile qui affaiblit la couronne Valois avec un souverain fou sur le trône, dynasties protestantes comme catholiques cherchent à récupérer la dignité royale à l’aune d’une crise majeure.

Résultat de recherche d'images pour "saint-barthélémy stalner"Avant de commencer la lecture je ne voyais pas bien l’intérêt d’une BD sur un évènement en particulier. J’ai été détrompé en découvrant une remarquable construction aux multiples points d’intérêt, notamment graphiques. Eric Stalner propose des planches très détaillées avec notamment des visages impressionnants. La colorisation est un atout majeur des planches en apportant élégance et détails à des encrages déjà très maîtrisés du dessinateur. On pourra tiquer sur quelques tics comme ces textures sanglantes omniprésentes même sur les habits des nobles qui n’ont pas quitté le Louvre mais cela participe à une ambiance morbide de folie collective qu’avait déjà fort bien représenté Corbeyran sur son Charly 9. N’ayant rien lu de Stalner précédemment, je découvre un dessinateur confirmé et de caractère. Les quelques faiblesses des arrières-plans ou de décors seront mis à sa décharge sur la quantité de travail de l’ensemble du projet.

D’une lecture complexe, cette BD donne le sentiment d’un temps suspendu, de minutes de conciliabules politiques en même temps que du déroulement des massacres. Une sorte de théâtre dramatique en trois actes. Un ouvrage maîtrisé de bout en bout, jusque dans le travail d’édition. La portée du projet peut sembler restreinte du fait d’un cadre serré, presque documentaire, mais l’ampleur historique de l’événement suffit à balayer ces impressions en aboutissant à une BD importante.

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