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Mind MGMT #3: Savoirs opératifs et leurs impacts sur l’individu

Troisième volume de 328 pages de la série réalisée par Matt Kindt. Comprend les épisodes 25 à 36, parution le 07/01/21 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

bsic journalism

Merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette découverte!

Management vertical des capacités corticales

Après un tome 1 vertigineux et un tome 2 fracassant, Matt Kindt vient apporter la touche finale à son œuvre phare. Après avoir découvert les ramifications du Mind Management, Meru, jeune écrivaine en mal d’inspiration, a découvert avec effroi son implication passée dans l’organisation et le caractère récursif de son parcours depuis qu’elle l’a quittée. [SPOILERS!]

Forcée par Henri Lyme de revivre sans cesse les mêmes évènements dans une suite implacable de lavages de cerveaux et d’enquêtes futiles, Meru Marlow est parvenue à briser le cercle en apprivoisant ses formidables capacités psychiques. Avec d’autres anciens agents du Management, elle s’est mise à la poursuite (ou vice versa) d’un redoutable agent surnommée l’Effaceur, déterminée à faire renaître l’organisation.

Alors que la course au recrutement bat son plein, il semblerait bien que Meru et son escouade improvisée aient été pris de cours par les facultés adverses. Après une embuscade meurtrière, l’équipe de Meru est mal en point, laissant l’héroïne seule pour contrer l’Effaceur et son armée d’agents psychiques.

Toutefois, Meru a prouvé par le passé qu’elle était pleine de ressource, et surtout, tenace. La jeune femme, forte de ses souvenirs d’agent retrouvés, va remonter à la source du Mind MGMT, et obtenir des atouts de taille dans son combat, tandis que l’Effaceur avance sûrement ses pions sur l’échiquier, sûre de sa victoire.

Bataille au centre de l’Esprit

Après nous avoir plongés dans des abîmes de paranoïa et de complots, Matt Kindt se décide enfin à lever les doutes de son héroïne tout en nous éclairant sur les origines du Mind MGMT, et plus précisément sur ce qui a déraillé. L’auteur explore donc cette fois encore le caractère corrupteur du pouvoir, et fait réaliser à sa protagoniste que même (et surtout) des intentions louables peuvent se transformer en ignominie si on les laisse être teintées par des intérêts personnels.

Kindt revitalise donc le comics indépendant en mêlant super-pouvoirs et intrigues politiques, en superposant réflexion philosophique et remise en question de la réalité. Une œuvre incontournable qui aura mis du temps à parvenir jusqu’aux lecteurs français, mais l’attente en valait la peine !

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Mind MGMT: Guerres psychiques et leurs influences invisibles

esat-westPremier tome de 329 pages, comprenant les douze premiers numéros de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parution le 19/03/2020 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Where is my Mind ?

Depuis la publication de son best-seller, dans lequel elle résout des meurtres jusque-là non-élucidés, Meru Marlow cherche le rebond, la nouvelle inspiration qui lui fera noircir les pages de ce roman qu’elle espère, et, au passage, qui l’aidera à payer son loyer.

Seulement, la gestation de cette nouvelle œuvre est plus délicate que ce que la jeune femme avait pressenti. Les jours s’égrainent, tant et si bien que la hype de son premier roman a laissé la place à un vide existentiel qu’elle a grand mal à combler.

Toutefois, un jour a priori comme un autre avachie devant son écran de télévision, Meru tombe sur la commémoration d’un incident qui a laissé le monde entier sans voix: il y a deux ans, les passagers du « Vol 815 » ont posé le pied au sol amnésiques. Plus étonnant encore: l’un des passagers, Henry Lyme, s’est volatilisé durant le vol, sans laisser aucune trace.

Meru y voit là les prémisses d’un roman-fleuve, une enquête passionnante qui sera la base de son nouveau roman. Toutefois, en débutant ses investigations, Meru va s’apercevoir qu’elle a posé le doigt sur une couture qui pourrait détricoter la nature même de la réalité telle qu’on la connaît. Et bien vite, les agents du Mind Management, soucieux de maintenir le statu-quo tant qu’il sert leurs intérêts, vont se mettre à sa poursuite.

Ceux qui croivent savoir se trompent

Meru ne l’a pas encore réalisé, mais elle va bientôt découvrir une effrayante et silencieuse conspiration. Le Mind MGMT, entité anonyme, insaisissable, regroupe des agents dotés de capacités mentales hors-normes, formés à toutes sortent de techniques de manipulation, de coercition et de déstabilisation.

Certains de leurs agents sont capables, par exemple, de guérir n’importe quelle blessure par la seule force de leur volonté. D’autres encore ont le don d’anticiper l’avenir en décryptant les pensées de toutes les personnes autour d’eux, ou de créer des commandes subliminales par le biais de messages publicitaires ou de romans, manipulant ainsi les masses.

L’influence du Mind MGMT et ses ramifications sont insondables, quiconque étant susceptible de s’être fait effacer la mémoire, pour peu qu’il ou elle ait représenté une gêne. Meru est donc confrontée d’emblée à un ennemi invisible, invincible, même, qui peut prédire ses actions et jouer avec sa réalité comme bon lui semble.

Ainsi, les frontières du vrai et du faux se confondent-elles au fil des pages, au fur et à mesure que la jeune enquêtrice fauchée soulève les pierres que le MGMT aura bien voulu semer sur son chemin.

Encore une fois, Matt Kindt fait la retentissante démonstration de son talent d’auteur, en livrant une œuvre conceptuelle fourmillante de détails. L’ambiance y est pesante, et la paranoïa telle que l’on se surprend à revenir régulièrement en arrière, incertain de ce que l’on vient de lire un chapitre auparavant.

L’auteur pose patiemment les strates successives de son récit, alternant fausses pistes et révélations, certaines scènes posées dans un chapitre ne prenant sens que grâce à la nouvelle perspective apportée par une information jusqu’alors cachée. Dans Mind MGMT, la réalité perd de sa substance, elle se vide même de son sens étant donné qu’un souvenir peut être effacé, tronqué, altéré, ou tout bonnement fabriqué.

A l’ère de la toute-puissante information confrontée au péril de la Fake News, à l’heure des Deep Fakes et des algorithmes prédictifs, Mind MGMT vient apposer un filtre paralogique sur un questionnement quasi aporétique: où est la Vérité ?

Malgré une méta-narration maîtrisée de bout-en-bout, le graphisme de Kindt n’est clairement pas son point fort. On se laisse néanmoins porter par le trait esquissé et les chaudes aquarelles, qui accentuent encore le goût d’irréel qui traverse ce roman graphique d’une portée tout à fait étourdissante. Une lecture aussi dense que déroutante !

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Hope one #1

BD du mercredi
BD de ‘Fane et Isabelle Rabarot
Comic Buro/Glénat (2019), 68p. couleur, 1/2 volumes parus.

couv_354106-1mediathequeLa jolie couverture très poétique de cet album et la maquette élégante (comme toujours chez Comix Buro) donnent envie d’ouvrir l’album. A noter que le studio d’Olivier Vatine publie désormais en tant que tel ses albums, dans le cadre d’une sorte de Join-venture avec Glénat, ce dernier gérant la fabrication quand tout le travail éditorial est intégré chez Comix-Buro. L’auteur ‘Fane a déjà collaboré avec le studio sur le diptyque Streamliner qui avait joui d’une excellente audience à sa sortie. Vatine travaille toujours en « famille » et je dois dire que si sa régularité d’auteur peut agacer, sa qualité artistique pour lancer projets, auteurs et collections impressionne.

Megan se réveille d’un sommeil de 49 ans, amnésique. Son hôte lui dit qu’elle était volontaire sur le projet Hope, anticipation d’un apocalypse nucléaire sur Terre et destiné à recommencer l’humanité avec une équipe triée sur le volet. Mais Megan a peur. Elle doute, elle panique. Elle veut sortir de cette station spatiale, cercueil autour d’une planète devenue inhabitable…

Résultat de recherche d'images pour "'fane hope one"Hope One est une version d’un genre très balisé: le huis-clos paranoïaque post-apocalyptique, ici transposé dans un vaisseau en orbite. Beaucoup de très bons films notamment sont sortis sur cette intrigue (récemment Cloverfield lane)et il est difficile de surprendre tant les hypothèses sont peu nombreuses et basées principalement sur la capacité de l’auteur à focaliser l’attention du lecteur sur le personnage principal et son esprit perturbé. Pour moi la réussite d’un tel album réside ainsi surtout dans l’efficacité et le respect des canons du genre. Faute d’originalité il faut parfaitement exécuter la figure de style.

Sur ce plan l’album est très réussi et montre une grande maturité, notamment scénaristique, de ‘Fane qui déroule son intrigue progressivement dans un faux-rythme constitué de coupures temporelles destinées à nous rendre impossible toute appréciation d’une continuité. L’idée est de nous faire ressentir la désorientation de son héroïne. Le cadrage de l’intérieur du vaisseau (assez réussi et détaillé) nous interdit toute exploration de l’environnement, qui ne transparaît que subrepticement par le hublot. et par des plans extérieurs de la station. Là encore dans une technique éprouvée, le lecteur ressent l’angoisse en étant obligé d’imaginer ce que peut être le hors champ.

Résultat de recherche d'images pour "'fane hope one"Tout se passe donc entre les deux personnages et rapidement on réalise que Megan est totalement dépendante de ce que lui dit Adam. Celui-ci, d’un physique et d’une allure très bienveillante, bonhomme, rassure dans un premier temps, avant que Megan ne panique et nous fasse douter de lui. Quelques éléments font monter la pression, comme ces cachets qu’il lui fait avaler ou le fait de se réveiller chaque jour nue dans son lit sans se souvenir du comment… Adam agit normalement, en technicien de vol qu’il est, opérant des sorties spatiales, suivant le protocole de contact des autres Hope en orbite autour de la Terre, mais chaque fois il est impossible à Megan d’en savoir plus. Il lui explique que son amnésie et l’isolement spatial provoquent une paranoïa qu’il lui faut contrôler. Qui dit vrai?

J’avais feuilleté Streamliner et avais moyennement accroché sur les dessins, pas assez précis. ‘Fane est très clairement dans la filiation Vatine, avec des visages parfois presque sans contours, de beaux encrages mais une certaine économie du trait qui se repose sur la très jolie colorisation d’Isabelle Rabarot (coloriste de Vatine et figure incontournable Image associéede la collection Série B Delcourt à l’époque). Je trouve cela dommage et reprocherais donc la même chose à cet album qu’aux dernières BD d’Olivier Vatine: une qualité graphique un peu gâchée. On pourra dire que la sortie rapprochée des deux volumes de la série (le second était annoncé pour mai, on peut prévoir une sortie à l’automne) justifie une réalisation rapide. En outre on voit déjà une progression du trait de l’auteur depuis sa précédente série.

En conclusion, Hope one s’avère un album très formaté, comme tout bon blockbuster ciné, surfant sur des ressorts psychologiques éprouvés mais très bien maîtrisés. Hormis l’atypique Mort vivante (en raison du graphisme unique de Varanda), les albums de Comix Buro, comme ceux de Série B autrefois, n’ont pas une grande ambition mais assurent le job tant graphiquement que par leurs concepts. Je le disais en introduction le risque des histoire à twist final est d’être déçu. Il faudra voir le prochain album pour savoir où on en est après le cliffhanger attendu. D’ici là cet album jouit d’une réalisation tout à fait solide, qui donne du plaisir et fait attendre la suite. C’est ce qu’on attend avant tout…

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Paris 2119

BD du mercredi
BD Zep et Dominique Bertail
Rue de sèvres (2019), 72 p. One shot.

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Très joli livre chez un éditeur, Rue de Sèvres, qui soigne ses productions. Une biblio des auteurs est présente en fin d’album et la citation de quatrième reflète parfaitement l’intrigue… au contraire de la couverture, plutôt réussie mais complètement à côté du sujet. Enfin bon, l’objet d’une couverture est d’attirer le lecteur et sur ce plan c’est efficace, la technique de Bertail faisant des étincelles. Le titre en revanche me laisse sans voix, je croyais que seuls les séries Z SF des années 70 utilisaient encore cela… pourquoi ne pas l’avoir tout simplement appelé Transcore? Une version luxe est éditée, avec un cahier graphique de 8 pages et une colorisation différente de l’album « normal », au lavis bleu habituelle de Bertail.

En 2119 l’humanité a tenté de solutionner la surpopulation et le problème climatique par l’invention de la téléportation. Désormais chacun peut se déplacer instantanément n’importe où sur Terre. Tristan, lui est un nostalgique du XXI° siècle et se méfie de Transcore. Lorsqu’il est témoin d’un meurtre la réalité de son monde semble se dérober sous ses pieds…

Résultat de recherche d'images pour "bertail paris 2119"J’ai découvert Dominique Bertail sur Ghost Money, sa formidable série d’anticipation avec Thierry Smolderen (déjà au scénario de la fabuleuse série Gipsy avec Marini). J’y avait beaucoup aimé son trait, alliance d’hyperprécision SF et d’artisanat parfois tremblotant. Surtout sa technique de colorisation en lavis bleuté donne une atmosphère unique à ses planches, d’un professionnalisme redoutable. Sur cette dernière on retrouvait également comme point commun avec Paris 2119 l’esprit de l’Anticipation: la transposition de thèmes hyper-actuels dans un futur pas si éloigné et qui laisse loin le romantisme du Space-Opera. Comme sur les albums de Fred Duval on a affaire à un monde à la fois utopique (par les formidables outils technologiques utilisés aussi quotidiennement que nos smartphones ou enceintes Bluetooth) et dystopique dans la situation catastrophique d’Etats policiers utilisant les réseaux omniprésents pour maintenir un ordre social où les laissés pour compte pourrissent dans les bas-fonds des Cités alors que la situation climatique est apocalyptique.

L’intrigue est assez proche de celle de Klon que j’ai chroniqué l’an dernier, dans une filiation K.Dickienne évidente. La grande difficulté de la SF est qu’elle pose souvent de passionnants pitch sans savoir les résoudre. C’était un peu le problème de Klon, que réussit à éviter le scénario de Zep que je n’attendais pas à ce niveau de finesse. On retrouve dans Paris 2119 la subtilité de l’approche de Minority Report: proposer autant une intrigue paranoïaque rondement menée qu’un univers formidablement décrit et poussé. Le nombre de détails et éléments de contexte donnent véritablement corps à ce monde réaliste en s’appuyant sur un paysage parisien corrigé par le siècle mais très reconnaissable et qui aide à rapprocher ce temps du notre. Je dirais que c’est Bilal qui a ces dernières années présenté le plus de propositions de ce type mais avec ses mêmes autour du terrorisme que l’on ne retrouve pas ici. Zep a l’intelligence de se concentrer sur son unique sujet en se focalisant sur son personnage principal, très réussi dans son archétype. Cela grâce au trait de Bertail qui se passionne pour les designs futuristes, costumes et personnages toujours très différents.

Résultat de recherche d'images pour "bertail paris 2119"C’est l’autre force de cet album, le design. L’élégance des concepts, dans un thème littéraire qui pousse au crime du mauvais goût, est permanente et contrairement à Klon donc qui virait par moments dans le kitsch, c’est bien le dessinateur qui donne vie à ces rues et couloirs de métro. On se passionne comme jamais à parcourir ces endroits connus et habillés à la mode de 2119, à transposer nos visions de 2019 dans cette extrapolation fascinante pour qui aime la Science-fiction. Tous les éléments visuels ne sont pas expliqués, laissant un peu de poésie graphique agrémentée de quelques citations (la casquette du chevaucheur d’Arzach).

Tout se lit avec grande facilité, malgré quelques rebondissements exactement placés dans le déroulé et les quelques séquences d’action sont très pêchues, tout cela étant la marque de deux auteurs en maîtrise totale de leur art. Et si la chute fera débat je la trouve personnellement très réussie, à la fois intelligente, logique et pleine d’espoir (… avec encore, une citation à Blade Runner cette fois). Paris 2119 est au final une vraie réussite que je n’attendais pas et qui me donne bien envie d’aller rattraper mon retard sur les albums de Zep-scénariste. Mon premier coup de cœur de ce début d’année, qui frôle les cinq Calvin!

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L’avis de Sambabd.

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Klon

BD de Corrado Mastantuono
Mosquito (2018), 126p.

bsic journalismMerci aux éditions Mosquito pour cette découverte.

couv_319963Le sympa envoi de l’éditeur Mosquito, grand défricheur des talents graphiques italiens et d’ailleurs, me permet de découvrir l’artiste Corrado Mastantuono, dont la couverture de l’album Klon est particulièrement réussie: énigmatique, dynamique et colorée. Il a publié récemment en France la série fantasy Elias le Maudit qui a plutôt de bonnes critiques et préalablement des albums de genre proches de la BD américaine des années 50.

Son style est assez classique et j’avoue que si les couleurs de l’album sont très sympa, les images que l’on peut voir de ses autres séries, notamment western et polar montrent que c’est probablement en noir et blanc qu’il faut apprécier son talent. Le design général de l’album (qui est de la SF dystopique) est plutôt rétro, rappelant les BD SF des années 70-80, avec un petit côté Gillon/Moebius/Manara: une simplicité du trait, une certaine statique des mouvements en même temps qu’une grande précision anatomique et d’occupation de l’espace. Mastantuono a commencé dans l’animation et a travaillé chez Disney, et cela se voit dans cette maîtrise générale des cases.

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Dans un futur proche, les multinationales imposent leurs vues de gré ou de force aux gouvernements. Le ministre de la santé italien est pourtant un incorruptible. Chargé d’installer un nouveau système de sécurité imparable au ministère, l’anarchiste punk Rocco Basile assiste à une tentative d’assassinat et devient la cible d’une officine qui le pourchasse sans relâche. Mais pour ce nihiliste passablement shooté, la réalité n’est pas ce qu’elle semble être…

L’intrigue de Klon est un peu perturbante par sa linéarité et par les effets de brouille que provoquent les sauts de réalité: le lecteur, comme le personnage, ne sait pas tout au long de l’album à quel saint se vouer, ce qui est réel et ce qui est rêvé, le pourquoi de cette fuite sans fin… L’histoire est très directement issue de l’univers de Philip K. Dick, teintée du pessimisme politique italien d’une société gangrenée par la corruption, l’affairisme et les mafia. C’est donc bien une BD d’une grande originalité que nous propose Mosquito, à la fois par ses thèmes et par son dessinateur, à peu près inconnu de ce côté ci des Alpes. Image associéeIl plane une drôle d’atmosphère dans cet album qui débute par un long monologue du personnage principal commentant la société et ses contemporains tel un sage que les drogues auraient rendu extralucide. L’auteur affuble son héros d’une coiffure digne de Ziggy Stardust, d’un cache poussière sorti d’un Sergio Leone et de cernes qui ne le rendent pas franchement sympathique… Surtout, sa passivité chronique en font plus un témoin d’une machination infernale qu’un crack de l’informatique qu’il est censé être. Comme souvent dans les histoires conspirationnistes le scénario malmène ses marionnettes et son lecteur avec. C’est un peu frustrant car si des coups de théâtre surviennent dans cette course effrénée de 130 pages, ils ne reposent jamais sur des décisions du héros. Finalement cela correspond bien à la psychologie du personnage, extérieur à son environnement et à son existence, c’est cohérent avec l’intrigue, mais je trouve qu’il manque une petite étincelle pour véritablement immerger le lecteur.  La chute de l’histoire est néanmoins bien menée et terriblement cynique.

Graphiquement Mastantuono maîtrise sa partition et le style du dessin respire une certaine classe. J’ai eu un peu de mal néanmoins avec le design général de ce futur qui fait un peu daté. C’est une histoire de goût, là encore on sort des styles hyper-technologiques courants dans la BD de SF pour une apparence Old-school vue chez Moebius par exemple (j’ai retrouvé quelques ambiances de la regrettée série L’histoire de Siloé de Servain et Letendre).

Résultat de recherche d'images pour "mastantuono klon"Au final nous avons une bonne histoire de SF paranoïaque assez classique qui permet de découvrir le travail d’un auteur au grand potentiel. Ce n’est pas la BD de la décennie mais un travail honnête pour des lecteurs curieux de découvrir la BD italienne.

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