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Uncanny X-Force # 2: La Saga de l’Ange Noir

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Uncanny X-Force est une série Marvel, écrite par Rick Remender et dessinée par Jérôme Opeña et Mark Brooks. L’édition française est assurée par Panini Comics dans la collection Marvel Deluxe. Le volume 2 est paru le 06/04/2016, contient 194 pages et compile les numéros 11 à 19 parus en 2010. La critique du volume 1 est ici.

Apocalypse programmée

La X-Force est un escadron clandestin émanant des célèbres X-Men, dédié à l’élimination des menaces envers les mutants, qui (à l’époque de la série) ont été décimés par Wanda Maximoff, la Sorcière Rouge.

Cet état de fait a poussé les mutants dans leurs derniers retranchements, conduisant à la radicalisation de certains d’entre eux, parmi lesquels leur leader Scott Summers, alias Cyclope, qui était autrefois connu pour son idéalisme hérité de son mentor Charles Xavier.

Wolverine, lui, n’a jamais été un idéaliste. Il prie certes pour le meilleur, mais au fond de lui, son instinct le pousse à envisager le pire, façonné qu’il est par toutes les tragédies qu’il a traversées. Aussi prend-t-il sur lui de réunir sa propre version de X-Force, à l’insu même de Cyclope, afin de protéger de façon proactive le peu qu’il reste de mutants…et le monde, accessoirement.

Pour ce faire, il rassemble Warren Worthington III, alias Angel, membre fondateur des X-men, sa compagne Elizabeth Braddock, alias Psylocke, et le mystérieux Fantomex, issu comme Wolverine du programme Arme Plus, auxquels s’adjoindra le délirant Wade Wilson alias Deadpool, et ce quelques années avant son entrée fracassante au box-office cinématographique.

Dans le premier volume, Wolverine et ses assassins-ou plutôt ses farouches défenseurs de la cause mutante-affrontaient une résurgence du terrifiant Apocalypse, aussi connu sous le nom d’En Sabah Nur, un vieil ennemi des X-Men, mutant aussi ancien que puissant, dont la philosophie darwiniste le place en opposition directe avec la vision intégrationniste et pacifique de Xavier. Apocalypse est également connu pour forcer des mutants à devenir ses cavaliers (Mort, Guerre, Peste et Famine), ce qu’il a infligé à plusieurs X-men, notamment Angel, qu’il transforma en Mort. Il faut également noter qu’Apocalypse et si dangereux et si prévalent qu’il existe une ligne temporelle, jugée quasi-inévitable, dans laquelle il règne en maître sur un monde dévasté.

Après sa dernière défaite, En Sabah Nur avait réussi à revenir d’entre les morts, cette fois sous la forme… d’un enfant, tout à fait oublieux de son passé morbide, même si ses partisans s’échinaient à le reconditionner pour qu’il redevienne le tyran qu’il était.

Après avoir douloureusement lutté contre les Cavaliers Ultimes d’Apocalypse, la X-Force est parvenue à atteindre En Sabah Nur, s’apercevant par la même occasion de sa nouvelle condition. Se déchirant entre eux, ils ont du répondre à cet épineux dilemme éthique: peut-on tuer un enfant pour sauver le monde ? Est-il acceptable de supprimer un être encore innocent pour prévenir ce qu’il n’a pas encore fait ?

La réponse sera trouvée par Fantomex, qui face au refus de Wolverine et Psylocke et à l’hésitation d’Angel, prendra la décision de supprimer l’enfant d’une balle entre les deux yeux, sans état d’âme, suivant ainsi sa programmation de Sentinelle, en quelque sorte.

Ange déchu

Ce que les mutants radicaux ignorent, c’est que cet acte a déclenché un processus inéluctable dont il devront souffrir les conséquences. En effet, supprimer définitivement Apocalypse n’a fait que provoquer l’ascension de son successeur désigné, en la personne d’Angel, en qui il avait implanté une Graine de Mort issue de ses maîtres Célestes. Pour éviter à la personnalité de Warren d’être totalement effacée au profit de celle d’Archangel, X-Force va devoir tenter l’impossible et récupérer une Graine de Vie dans le futur, et pas n’importe lequel: la fameuse Ere d’Apocalypse.

Sauf que, règle dramatique oblige, rien ne va se passer comme prévu, Archangel ayant ses propres plans pour l’avenir.

La Saga de l’Ange Noir est fascinante à plus d’un titre. Tout d’abord, les dessins somptueux de Jérôme Opeña, qui servent avec brio la narration âpre de Remender. Ensuite, l’histoire en elle-même, qui est un concentré de ce que Remender a fait de mieux dans sa carrière d’auteur.

Lorsqu’on lit ses œuvres, il apparaît assez clairement que Remender tourne autour d’un certain nombre de thématiques qu’il affectionne (ou qui le terrifient, sans doute). La première et celle de la déchéance du héros, perverti par une influence interne qui lui a été imposée.

En effet, on retrouve souvent ce concept dans plusieurs de ses séries (Archangel dans X-Force, bien entendu, Sentry, et Banshee dans Uncanny Avengers, Ant-Man dans Secret Avengers, Hank Pym dans Rage of Ultron, et bien entendu tous les héros dans Axis), comme si la figure héroïque se devait inévitablement de choir face à un monde intrinsèquement mauvais.

La seconde thématique, qui est un corollaire de la première, est celle de l’inné contre l’acquis, que l’on voit traitée grâce au personnage d’Evan, clone d’En Sabah Nur. Evan, en plus de représenter la faute originelle dont découlent tous les ennuis ultérieurs des héros (notez qu’Evan choisit assez ironiquement l’alias Genesis) représente un défi personnel pour Fantomex, qui en clonant l’enfant qu’il avait assassiné et en veillant à ce qu’il soit élevé positivement, voulait s’assurer que l’inné pouvait être supplanté par l’acquis, le ramenant à son propre conditionnement par le programme Arme Plus.

L’intrigue se veut haletante, les héros étant constamment sur le point d’être vaincus, la situation est à chaque page plus désespérée, jusqu’à un final à la fois tragique et émouvant.

Enfin, ce qui fait d’Uncanny X-force une lecture importante, c’est la portée qu’elle aura pour le marvelverse, vu que ses ramifications s’étendront jusqu’à sa période Marvel Now ! à savoir dans la série Uncanny Avengers.

Rick Remender aura construit son intrigue sur plusieurs séries de très bonnes factures, allant crescendo jusqu’à la mini-série Axis, qui a malheureusement été un échec en demi-teinte, notamment du fait de l’interventionnisme éditorial qui a vidé l’event de sa substance. Mais c’est une autre histoire !

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Uncanny X-force: la solution apocalypse

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Comic de Rick Remender, Jerome Opena, Esad Ribic, …
Panini (2015)/ Marvel (2010), 261 p.
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Contient les épisodes Uncanny X-force 1-10 et Wolverine Road to Hell. L’album comprend le contenu éditorial classique chez Panini à savoir une introduction contextualisant, la bio des trois principaux auteurs (Remender, Opena et Esad Ribic) et une galerie de couvertures alternatives, ainsi qu’un diagramme de lecture des albums Deluxe Panini sur les X-men et X-force. Rien d’exceptionnel mais la beauté des couvertures et des planches suffit à rendre le volume agréable.

L’X-force a été reformée par Wolverine pour mener les opérations nécessitant de se salir les mains, ce que refusent de faire les X-men de Cyclope réfugiés sur leur île d’Utopia. Financée par le richissime Angel et épaulé par le mercenaire immortel Deadpool, la télépathe Psylock et l’espion androïde Fantomex, la X-Force se retrouve au premier plan pour empêcher le retour du premier mutant Apocalypse…

En entamant cet album j’avais tout à la fois bon espoir devant un casting pareil et les très bons échos trouvés sur les blogs pour cet arc,tout en craignant une équipe de mutants que je ne connaissais guère. Pour vous rassurer il s’agit d’un excellent Marvel, relativement accessible pour peu que vous ayez Wikipedia pas loin pour se renseigner sur quelques personnages. Qui plus est, et c’est assez rare pour le souligner, c’est un album surprenant à plus d’un titre.

Résultat de recherche d'images pour "x-force la solution apocalypse"Tout d’abord l’écriture de ces épisodes est remarquable et nous fait retrouver un Rick Remender comme on le connaît, drôle, exigeant, limite intello. L’album est structurés autour d’une première histoire qui confronte directement X-force aux Cavaliers d’Apocalypse puis avec des mission one-shot qui déroulent les conséquences de cette confrontation. Sans être didactique, le scénariste se mets néanmoins à la portée du grand-public en insistant sur les caractères et les relations de ses personnages. Et ceux-ci sont tous intéressants, sauf peut-être un Logan qui, un peu à contre-emploi, se content de de jouer les boss, ce qui ne lui va pas. Si Deadpool et Fantomex sont très drôles dans leurs réparties décalées (ils font un peu double emploi mais le duo est efficace tout le long, sans en faire des caisses et en permettant d’en éliminer un des deux de temps en temps sans perdre la case humour) le plus intéressant reste la relation Psylock/Angel: ce dernier a été jadis Cavalier d’Apocalypse qui lui donna des ailes de métal et une puissance redoutable. Depuis le mutant est schizophrène, gardant au fonds de son esprit la personnalité du méchant Archangel qui ne demande qu’à prendre possession de ce corps pour aller réinstaurer une ère d’Apocalypse. Cela permet de dépasser le désormais connu débat entre les héros Résultat de recherche d'images pour "x-force la solution apocalypse ribic"partisans de la puissance assumée des mutants et ceux qui veulent cohabiter avec les humains. La relation amoureuse s’ajoute à la thérapie psychique d’Angel et le thème du ver dans le fruit. Comment faire confiance à l’un de ses plus puissants membres quand on sait qu’il peut nous trahir à chaque instant? On retrouve la problématique Jean Grey/Cyclope mais cela reste très intéressant à suivre. Ce qui est plus surprenant ce sont les états d’âme de ces bad-boys & girls de l’univers X-men… La raison d’être du X-Force ce sont les sales missions et Wolverine est connu pour être le plus insensible et pulsionnel des mutants. Du coup la spécificité « adulte » de l’équipe retombe un peu alors qu’en face les méchants sont particulièrement réussis.

Il est intéressant de lire avec un certain recul cet album paru au milieu des années 2000 et portant sur des recoins assez pointus de l’univers Marvel. Pour ceux qui ont vu la récente (et excellente!) série Legion sur Netflix vous retrouverez beaucoup de thématiques, que ce soit l’univers mental intérieur, mais aussi directement l’entité passionnante du Roi Ombre, de même que des proximités avec le jeu sur les réalités de Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "uncanny x-force ribic"La structure du récit se rapproche assez de ce que fait Valiant, avec des intrigues assez simples mais des épisodes qui enrichissent tous l’ensemble cohérent. Si l’intrigue ne se termine pas vraiment à la clôture du volume, l’évolution (prévisible) reste très intéressante de par la richesse des personnages. Du coup on a assez envie de poursuivre sur les volumes suivants, surtout que les dessins semblent aussi qualitatifs que ceux de ce premier opus.

Car graphiquement la bar est mise très haut, avec notamment une première partie de Jerôme Opena très impressionnante et qui renvoie Esad Ribic au niveau de rajout industriel… Aucun des intervenants ne fait tache dans le décors mais il est vrai que la partie sur le combat contre les cavaliers est une vraie pépite visuelle et textuelle, peut-être encore Résultat de recherche d'images pour "uncanny x-force billy tan"plus belle que sur Seven to Eternity. Je reconnais que la partie sur « Le monde » (sorte d’intelligence artificielle ayant bâtie un monde intérieur comme une sorte de dimension parallèle) m’a laissé stoïque et le dessin du croate un peu en service minimum (hormis sur les magnifiques couvertures) ne suffit pas à renforcer l’intérêt… contrairement aux deux courts récits dessinés par Rafael Albuquerque et surtout Billy Tan avec ses faux airs de Guillaume Sorel. La solution Apocalypse est vraiment un superbe volume qui a le grand mérite de ne pas vous perdre. Je n’irais pas jusqu’à parler de porte d’entrée mais l’on prend un grand plaisir en compagnie de ces freaks. Ce n’est pas si souvent qu’un album Marvel est aussi cohérent et construit et l’on ne va pas bouder son plaisir.

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Seven to Eternity #3

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Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2019), Ed US Image comics (2018), 3 vol parus.

couv_367583Le troisième tome de l’odyssée mortifère d’Adam Osidis et du Roi fange arrive enfin et je peux vous rassurer de suite: Jerôme Opeña est de retour en intégralité sur ce volume après un intermède très dommageable sur le précédent livre. La couverture puissante invoque le retour du grand archiviste (la mort) entraperçu sur le premier tome. Comme d’habitude, après un lancement attirant avec un prix à dix balles et moultes bonus, Urban nous sert ensuite le service minimum: album, couvertures de chapitres en brut et quelques couv’ alternatives. Je parlais cette semaine de Daniel Maghen, on en est loin et on se demande en quoi consiste le boulot d’éditeur. Bref…

Après la mort de la reine blanche, Garils, le roi fange est libéré de ses liens et peut maintenir son emprise sur Adam Osidis, de plus en plus convaincu qu’il doit lui faire confiance. La quête des sources de Zhal les conduits chez les pirates du ciel, dirigés… par le propre fils du roi Fange. Alors que ce dernier montre encore une fois sa capacité à prendre soin de ses dévoués, la fraternité continue la poursuite, sans savoir qui de Garils ou d’Osidis sera le plus dangereux…

Rick Remender est sans conteste pour moi le plus impressionnant des scénaristes américains en activité. Loin de la notoriété d’un Mark Millar qui peine souvent à aboutir ses exceptionnelles idées, il est une sorte d’aristocrate du comics, ayant officié sur beaucoup de séries de super-héros mais œuvrant depuis des années dans l’indépendant avec une exigence graphique et thématique assez hors du commun. Beaucoup ont pointé le caractère pessimiste, voir dépressif de ses bouquins, ce qui est vrai. Comme tout grand auteur il y a des constantes dans on œuvre, comme la filiation, la responsabilité paternelle et l’insoluble recherche du bon choix…

Il y a de tout cela dans Seven to eternity, série exigeante et dont on sent la recherche de difficulté à chaque choix d’écriture ou de dessin. Il en découle un univers visuel unique proposant des versions totalement originales de grands concepts tels que les pirates, la mort, les ancêtres… Surtout (je le dis dans une critique que deux!) cette série est dotée d’un méchant que je vais qualifier d’aussi charismatique et fascinant que le Thanos du film Infinity war! Sans être le seul moteur de cette histoire, le roi fange permet au scénario de maintenir une tension permanente autour des choix du héros, le torturé Adam Osidis qui tôt dans la série fera le choix de sauver le tyran pour se sauver et sauver sa famille.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity 3 opena tomber de haut"Dans les deux précédents tomes Osidis était un être en questionnement, assumant difficilement ses choix. L’intervention brutale du fils de Garils et la menace immédiate qu’il fait peser sur son « sauveur », de même que le sauvetage du clan Osidis par les hommes du dictateur poussent le héros à passer à l’action, résolument, pour sauver son « ami ». La subtilité de Remender est de ne pas surjouer le machiavélisme du méchant. Il juxtapose simplement les faits (l’action positive de Garils sur la vie d’Osidis) et les idées. Il confronte Osidis comme un pragmatique face aux idéologues incarnés par Gobelin et la reine blanche. Le lecteur est perturbé comme jamais, se retrouvant dans la peau du personnage sans aucun élément lui permettant de déterminer objectivement ce qui est bien et ce qui est mal. Complexe et intellectuellement passionnant!

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity image"Graphiquement Opeña est au top, même si on regrettera des arrière-plans assez vides. Mais ses personnages sont tellement travaillés et surtout le design de chaque créature, personnage, architecture, sont tellement originaux et réussis qu’on lui pardonne volontiers cette économie (… qui permet sans doute de tenir une cadence correcte entre chaque volume). Seven to eternity surprend constamment, que ce soit dans la violence crue, le décalage entre le récit a posteriori d’Osidis qui ouvre chaque chapitre et l’action que l’on découvre. Surtout, Remender nous propose un récit éminemment politique dans lequel on peut trouver sans difficulté un commentaire de notre monde, du rapport des citoyens au pouvoir et du rôle des élites entre esprit visionnaire dictatorial et réponse aux demandes des administrés. Dans une amérique trumpiste fascisante comme jamais on ne peut que saluer la capacité de cet auteur à dresser une analyse si adulte dans un habillage de dark fantasy de loisir. Ce n’est pas si souvent que l’on peut lire de la BD d’aventure à la réflexion si poussée. Pour moi il s’agit de la série la plus réussie de Remender avec le génial Tokyo Ghost.

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Seven to Eternity #2

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2018), Ed US Image comics (2016), 2 vol parus

seven-to-eternity-tome-2Je vais aller droit au but sur les deux points négatifs de cet album: l’intervention d’un nouvel illustrateur sur les deux chapitres centraux de l’album (de qualité très moyenne) et la maigreur des bonus proposés au regard des superbes couvertures originales (qu’Urban a choisi de détourer alors que la version US était mise en page au format affiche de cinéma) et des interviews et croquis du t1. Les couvertures alternatives en fin d’album ne compensent pas vraiment ce manque.

Ceci étant dit, parlons de l’album et de la suite du périple des Mosak après leur enlèvement du Roi Fange (la critique du premier tome est ici). Comme je l’avais expliqué, l’univers est touffu, le nombre de concepts très important, mais puisqu’on est dans le second volume ce contexte nous est désormais un peu plus familier. Nous reprenons le voyage alors que des morts ont eu lieu dans la communauté et qu’Adam Osidis est suspecté de vouloir se soumettre au Maître des murmures pour sauver sa vie (il est très malade). Très vite ils sont attaqués et seront contraints de se séparer et c’est bien l’objet de ce volume pour le scénariste (qui semble construire son intrigue un peu comme dans LOW, avec séparation en plusieurs récits parallèles): les trahisons ou suspicions de trahisons au sein de cette « famille » comme Gobelin aimerait la voir.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity trahison"Le design général est toujours aussi puissant et si le scénario prends plus de temps et propose moins de pages démentielles que l’introduction, la relation avec Garils, le maître des murmures, est centrale et absolument fascinante. Ce colosse sème le doute avec une telle subtilité que le lecteur n’a absolument aucun moyen de savoir s’il est sincère ou manipule les autres. Sans doute un peu des deux et c’est ce qui en fait un méchant incroyable. Avec Seven to eternity Remender est en train d’inventer un nouveau concept: l’anti-méchant, pendant du anti-héros et auquel on tendrait à s’attacher!

Nouveau concept de ce volume, le marais, sorte de monde parallèle omniprésent qui peut corrompre l’âme de ceux qui s’y sont physiquement noyés. Via ce « personnage » les auteurs développent le background sans non plus en dévoiler beaucoup. La lecture reste exigeante et demande de la concentration tant on ne nous fais pas beaucoup de cadeaux explicatifs. Mais les réponses viennent plus loin.

Résultat de recherche d'images pour "seven to eternity harren"Par certains éléments on revient vers une fantasy plus classique (le village des elfes ailés, proches de la nature) et des thèmes récurrents chez Remender (l’écologie), qui font un peu perdre de l’originalité. Ces passages correspondent aux deux sections centrales dessinées par James Harren et c’est là que le bas blesse. Malheureusement situées en plein cœur du récit, qui plus est avec plusieurs scènes d’action importantes, ce graphisme vraiment pas terrible brise la lecture à la fois thématiquement et quand à l’immersion dans cet univers fantastique. La section finale dessinée par Opena et mettant en face Osidis et ses choix est très puissante et permet de revenir dans l’histoire mais cette rupture de milieu d’album est dommageable sur le plaisir global. J’espère vraiment que cette incursion n’est que passagère et que Opena réalisera l’entièreté du prochain album (à paraître cet été aux Etats-Unis). Du coup je retire un « calvin » à la note du premier tome, sur une série qui reste néanmoins majeure.

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Seven to Eternity

East and west

Comic de Rick Remender et Jerome Opena
Urban (2017) – Image comics (2016), 2 vol paru/3

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Album au format classique Indies Urban, couverture attirante même si on a vu plus inspiré (Urban avait bossé sur Tokyo Ghost en présentant une couverture différente de l’édition américaine et une édition N&B, ici ils reprennent exactement la couve originale). Comme habituellement on a du contenu additionnel avec une postface très intéressants de Rick Remender qui parle du travail de création (comme sur Low et Tokyo), dix pages de croquis de Jerome Opena et 6 couvertures alternatives. Par contre on aurait aimé avoir les illustrations des fascicules originaux. Enfin, petit soucis sur l’étalonnage des couleurs d’impression, c’est un peu fade si l’on compare à la version numérique. Clairement Urban est un peu passé à coté niveau éditorial ce coup ci, ce qui est inhabituel. Peut-être la volonté de sortir très rapidement le bouquin (parution en février aux USA, en novembre en France). L’éditeur reproduit le même tarif à 10€ pour le premier volume que sur ses autres parutions Indies, c’est super intéressant et bon coup pour attirer le lecteur. Malin.

seventoeternity-187521-1.jpgJe crois que je me suis encore fait prendre dans les filets de Rick Remender moi… Attiré par la couverture assez réussie (surtout en édition N/B chez Urban) j’ai pris l’album pour une critique sur Iznéo (en numérique donc). Assez sceptique sur les premières pages du fait d’un style graphique et de colorisation assez interchangeable sur pas mal de comics « industriels » et d’un monde de type Fantasy, au bout de quelques chapitres j’ai commencé à entrer dans un univers vraiment très original, subtile, à la fois en matière de design et sur les  thématiques. Sur une trame classique (un tyran voit des rebels se liguer contre lui), l’apport de Remender est celui de l’intelligence: le grand méchant, le « Maître des murmures« , n’a aucune force autre que celle de proposer à ses congénères d’assouvir leurs désir intimes. Lorsque ceux-ci acceptent ils deviennent des « capteurs » pour ce « Roi fange » qui peut ainsi voir, entendre, sentir au travers de millions d’individus. Quel pouvoir! Seven to eternity parle donc de la soumission volontaire et de la liberté individuelle (thème déjà central sur Tokyo Ghost). L’ensemble de l’intrigue repose sur ce concept de proposition, de torture intérieure que les personnages s’infligent seuls et qu’ils sont seuls à pouvoir résoudre… Le thème de la famille (et du père absent/défaillant) reste également central, véritable obsession et fil rouge du scénariste sur tous ses albums, de même que le pouvoir dictatorial qui soumet par la terreur, la délation, l’asservissement aliénant.

img_2223-e1460161093363-600x910Il faut reconnaître que l’entrée en matière est ardue, l’histoire commençant par un long passage du journal du héros fourmillant de termes spécifiques à l’univers, puis enchaîne sur une situation déjà installée. L’univers visuel est très original, organique, poussiéreux, et mêle fantasy (la magie est partout, un peu comme dans Lanfeust) et technologie type post-apocalyptique (fusils, pièces mécaniques). Dès les premières pages le héros va mourir, les méchants gagnent avant que l’on ne sache sur quelle terre on a mis les pieds… Bref, on est perdu et il faut attendre la confrontation avec le Maître des murmures (tous les termes sont vraiment poétiques et évocateurs) et l’incroyable retournement de situation pour pleinement entrer dans l’univers et l’histoire. Le lecteur est souvent malmené chez Remender et Seven to eternity ne déroge pas à la règle. C’est touffu, rapide. Ce plein demande une concentration particulière sur les premières pages mais provoque un vrai sentiment de satisfaction esthétique et intellectuelle. Rapidement on sent que l’on n’a pas affaire qu’à une énième série fantastique.

005_seventoeternity03Graphiquement Jerôme Opena (qui a déjà travaillé avec Remender sur la série parodique Fear Agent et dont le style me fait de plus en plus penser au grand Travis Charest) produit une partition assez impressionnants et le travail de création d’univers est sidérant! La Fantasy est souvent assez feignants avec ses nains, elfes et autres mages vaguement nécromants. Ici les marqueurs sont totalement détournés dans un sens jamais vu. Le joueur de flûte est à ce titre tout à fait marquant, de même que les acolyte d’Adam Osidis, chacun dotés de pouvoirs très recherchés. L’inventivité est de chaque instant, les auteurs ayant essayé d’innover à chaque objet, chaque pouvoir (comme ces flèches-serpent ou ces « clous » portant une partie de l’âme et du pouvoir des défunts).

Dans Seven to eternity le lecteur est surpris. Les premières pages montrent ainsi la défaite terrible des héros, les suivantes celle du maître des murmures… Pendant ces aventures l’on rencontrera des poulpes volants, des hiboux magiciens ou des dinosaures géants portant un portail quantique dans la gueule… Finalement cet ouvrage me fait penser au récent Jupiter Legacy de Mark Millar, qui mine de rien a renouvelé le genre super-héroïque avec la même intelligence et le même engagement que le mythique Watchmen. Seven to eternity pourrait suivre la même voie pour le domaine de la fantasy.

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Un autre avis chez Merry et Kloë. et Atelier comics