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Le troisième œil #2: le veilleur du crépuscule

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2022), 144 p., série prévue en 3 volumes.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Ce second tome (sur trois) est l’exemple caricatural de ce que peut donner un dessinateur de talent en roue libre et sans contrainte ni d’un scénariste ni d’un scénario et repose la question du rôle de l’éditeur dans la cohérence d’un projet éditorial. Car ce Troisième œil ne semble pas être un projet éditorial mais uniquement une envie graphique. Situation étonnante lorsqu’on se souvient qu’après la trilogie Sha, Ledroit s’était aventuré sur une série SF post-apo en solitaire qui s’était arrêtée au tome un faute d’un lectorat suffisant et un parti pris risqué. Série injustement avortée qui jouissait d’une structure scénaristique très correcte, cette Porte écarlate fera peut-être refléchir l’auteur alors qu’il entame le tome de conclusion d’une série où il aura mis pas moins de deux-cent pages avant de commencer son histoire. De mémoire de lecteur BD je n’ai jamais vu un tel phénomène (hormis sans doute en manga), qui risque fort logiquement de dissuader beaucoup de monde de s’aventurer sur une série aussi bancale. C’est bien simple, si le premier tome (de cent pages) correspond à l’ouverture d’un album généralement réglée en une dizaine de planches, le second met le même nombre de planches (certes très belles) à reproduire grosso-modo la même structure: une itinérance nocturne semi-psychédélique à contempler à Le troisième oeil tome 2 - BDfugue.comtravers son troisième œil le paris occulte et le voile surnaturel qui couvre notre monde. On pourra reconnaitre la tendre histoire d’amour qui donnera au héros un motif de se battre (les passages les plus solides au niveau de l’intrigue, les plus impliquant et, guère surprenant, les plus solides graphiquement) et des combats très brefs, avant de déclencher les personnages secondaires, l’enquête de police sur les cadavres étranges et les antagonistes quarante pages seulement avant la conclusion…

Cette chute très crue, lorgnant vers la radicalité d’un Requiem Chevalier-vampire, n’est certes pas fine (on aura oublié avec Wika combien Ledroit règne sur un monde de cuir gothique nihiliste) mais a enfin les atours d’une BD et donne envie de démarrer enfin cette série. L’avantage c’est qu’avec l’inflation vraisemblable on peut s’attendre à cent-cinquante voir deux-cent pages d’un combat chaotique grandiloquent qui peut suffire à sauver in-extrémis cette trilogie. Les cadres sont là et hormis l’interrogation du pourquoi des deux-cent pages perdues on est parés pour un gros ride sous acide bien gore, bien déviant, pour un apocalypse new-Age en grande pompe. Les quelques fulgurances de mise en scène et la liberté absolue de l’auteur peuvent laisser optimistes et la qualité indéniable des planches devraient suffire à trainer les réticents. Pour la cohérence générale et la place prise sur les étagères on demandera une immense tolérance. A ce stade on est donc sur le fil entre la possibilité d’une bonne série et l’achèvement d’un nanar psycho-ésotérique. Morale de l’histoire: l’équilibre scénariste-dessinateur est souvent justifié…

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Le troisième œil #1: la ville lumière

La BD!
BD d’Olivier Ledroit
Glénat (2021), 102 p., série prévue en 3 volumes.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Le monde visible n’est que la partie superficielle de l’univers. Parmi nous certaines personnes ont ouvert leur Troisième oeil qui leur permet de voir la réalité de notre monde, un monde magique composé de courants d’énergie magnifiques… comme de créatures-vampires redoutables! Mickaël Alphange est de ceux-là. Jeune apprenti restaurateur d’art il se retrouve soudain plongé dans une effervescence qui l’enthousiasme et devra se former pour résister aux menace qui se cachent derrière le Voile…

Olivier Ledroit est un des artisans les plus impressionnants et durables de la BD franco-belge. Sorte de chaînon entre la génération des fondateurs de Metal Hurlant (il avait d’ailleurs participé à une rencontre vidéo avec Philippe Druillet lors de la sortie de Wika) et la nouvelle génération, il a toujours assumé son influence Gothique/Metal et Dark Fantasy/Lovecraft sans que l’on puisse déceler quels artistes ont pu l’influencer. Alors que Miura vient de disparaître, le français était de la même génération et avait commencé les Chroniques de la Lune Noire la même année que Berserk, créant quelques années plus tard un Requiem Chevalier Vampire dont le graphisme et l’ambiance extrême en font un cousin directe du anti-héros à l’épée géante. Longtemps cantonné à un public amateur de noirceur métal, Olivier Ledroit est revenu il y a quelques années à un aspect plus grand public grâce à sa série Wika où il montrait sa capacité à se renouveler non tant par ses traits que par l’apport de nouvelles techniques. Délaissant pour trois tomes l’univers fantasy qui a fait son succès il choisit de reprendre un style qui a permis son chef d’œuvre, Xoco, récit totalement lovecraftien au graphisme réaliste.Editions Glénat on Twitter: "Vous les voyez aussi n'est-ce pas ? ... Vous  aussi, vous voyez Paris comme je le vois ? 🌔 Le Troisième œil - Acte 1, La  Ville lumière.

Pour son premier scénario solo le breton propose un long trip visuel qui s’il nous ébahi esthétiquement comme toujours, peut laisser dubitatif quand à une intrigue tout à fait gelée. Long de cent pages, l’album commence excellement sur les bases d’un Highlander mystérieux monté comme un film d’action avant de nous faire pénétrer dans un milieu ésotérique feutré fait de canapés cuir, de belles cannes et d’érudit à la barbe impeccablement taillée… L’habillage est indéniablement agréable et il n’en faudrait guère plus pour nous happer dans une spirale d’action nocturne. Pris dans son propre trip graphique, Ledroit choisit pourtant de nous plonger dans une odyssée psychédélique à travers le temps et l’espace en oubliant un peu son histoire qui se https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH956/le-troisieme-oeil-o.ledroit-glenat-p25-6b36e.jpg?1621401346conclut après avoir fait juste connaissance avec le héros mais aucunement avec la moindre problématique ou antagoniste. Du coup on referme l’album certes comblé par ce très joli art-book mais avec l’impression d’avoir lu un très long teasing de l’éditeur. Un peu frustrant.

Un auteur comme Olivier Ledroit a besoin de place (pour rappel la quadruple pleine page de son dernier album!) et de la place il en a, avec une histoire qui commence après un prologue de vingt pages (doubles pages de titres, pages de citations de David Lynch, Frank Herbert ou Socrate inclus)! Le nombre de doubles-pages est tel qu’on pourrait presque parler de nouveau format d’album en parlant de ce Troisième Œil… Mais ce qui a pu lasser chez un des plus grands maîtres du scénario, Alejandro Jodorowsky, passe également difficilement ici. On comprend le propos de l’ouverture au monde mystique et du voyage astral, largement documenté en BD comme ailleurs… cela n’en fait pas pour autant une histoire. On attendra donc (avec plus ou moins d’impatience) le second tome après ce vrai-faux départ qui jouit pourtant de tout l’habillage et le potentiel pour nous emballer pour peu que, désormais sans scénariste, Olivier Ledroit n’oublie pas sa seconde casquette.

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