***·Comics·East & West·Nouveau !

Avengers #2: Tour du monde

Deuxième tome de la série écrite par Jason Aaron, et dessinée par David Marquez et Ed McGuiness, dont un épisode dessiné par Sara Pichelli. L’album comprend les épisodes 7 à 12, parution le 21/10/2020 aux éditions Panini

Lames de fond

Après leur combat cataclysmique contre les Célestes, les Avengers reprennent leur souffle alors que retombent les poussières cosmiques de leur affrontement. 
Suite à cette crise sans précédent, un nouveau groupe d’Avengers s’est formé: le trio de tête composé de Captain America, Iron Man et Thor, suivi de près par des piliers du groupe tels que Black Panther, Doctor Strange, Captain Marvel et Miss Hulk, et un petit nouveau en la personne du tout récent Ghost Rider, Robbie Reyes. 

A peine installés dans leur nouveau QG, qui n’est rien de moins que la carcasse éternelle du tout premier Céleste ayant foulé le sol terrestre, les Avengers s’organisent pour mieux protéger le monde en évitant si possible de reproduire les erreurs du passé. Mais sauver le monde est une tâche ingrate, et les Avengers ne tarderont pas à le découvrir lorsqu’un ancien allié va faire surface, littéralement. 


Namor, souverain du royaume d’Atlantis et ancien avenger, refait parler de lui avec grand fracas. Connu pour son caractère ombrageux peu prompt aux concessions, le Sub-Mariner ne supporte plus les dégâts causés aux océans par les hommes de la surface, et entend bien leur en interdire l’accès, quitte à faire quelques victimes au passage. Pour cela, il a réuni son propre groupe de surhumains aquatiques, s’opposant directement aux Avengers. 

Namor est un personnage ambigu aux allégeances changeantes. D’abord vu comme un antagoniste, il finira par rejoindre les héros qu’il aura tenté de détruire, avant qu’il ne soit révélé qu’il combattait déjà les nazis aux cotés de Captain America au sein des Envahisseurs. Plus récemment, Namor avait cédé à l’influence du Phoenix lors de son arrivé sur Terre (Avengers vs X-men) et utilisé son pouvoir pour noyer le Wakanda sous un tsunami, ce qui lui a valu la haine inextinguible de Black Panther, qu’il retrouve dans cet album en sa qualité de président du groupe. 

L’affrontement écologique prend donc ici une tournure toute personnelle, sachant que les héros ne seront pas dans leur élément, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Avengers, passés et présents

Après un démarrage aux enjeux dantesques, Jason Aaron poursuit sa saga vengeresse en revoyant l’échelle cosmique à la baisse pour un arc plus terre à terre. Il n’en oublie toutefois pas de glisser des petits implants çà et là, pour bien rappeler au lecteur que quelque chose de grand se prépare. 

L’album s’ouvre avec un flash-back explorant le concept-phare du scénariste, à savoir les Avengers Préhistoriques. Peu utile pour la compréhension de l’ensemble, ce flash-back aura au moins le mérite d’éclaircir un tant soit peu les origines de ces héros précurseurs. Aussi fun soit ce concept d’Avengers préhistoriques, le seul bémol qui demeure après lecture est le côté parfois trop invraisemblable qui s’en dégage. Certes, tout fan de comics est plus que largement habitué à suspendre son incrédulité, il n’en reste pas moins que certains éléments auraient pu être mieux amenés (je pense à certains détails de temporalité, ou au langage qui est vu comme un don qui aurait émergé soudainement chez une certaine catégorie d’individus, sans plus de détails). 

Le cœur de l’album, à savoir la bataille contre Namor, remet immédiatement les choses à leur pas de course et nous amène une myriade de nouveaux personnages, dont la Winter Guard, héros russes souvent rivaux des Avengers, et se paye même le luxe d’introduire (de nouveau) l’Escadron Suprême, ce qui promet son lot de batailles épiques. 

Jason Aaron n’en a toutefois pas que pour l’action et prend du temps pour développer certaines intrigues interpersonnelles, comme le duo Miss Hulk/Odinson, Stark/Danvers, et nous surprend même avec un duo Ghost Rider/Odin ! 

L’introduction de Blade en guise de cliffhanger nous laisse entrevoir un troisième volume axé sur le surnaturel. La suite bientôt !

Comics·Mon vide-grenier livresque

Mon vide-grenier livresque #2

vide-grenier

Cette semaine Fifty propose le thème de l’horreur. Pas un genre que je cherche particulièrement mais en revanche au travers du Thriller et du fantastique (pas mal de BD inspirées par l’univers de Lovecraft ici…).

Du coup je ressort un article dont je suis assez fier sur les graphic novels du fabuleux illustrateur croate Esad Ribic, qui a produit il y a quelques années un huis-clos sous-marinier horrifique de tous les diables:

couv_98850

Le billet

Une critique aussi chez Anotherwhisky.

Comics·Graphismes·Guide de lecture·Rétro

Esad Ribic: panorama des graphic novels

d58528cec41febe6019cc635df02c6bdJ’ai découvert Esad Ribic sur les conseils d’un libraire à propos de Thor: le massacreur de dieux. Dire que j’ai été soufflé (à la fois par le scénario et par le graphisme) est un euphémisme, si bien que la découverte de l’artiste croate m’a donnée envie de voir ses œuvres précédentes (le dernier auteur comics qui m’a entraîné ainsi dans un rétro important c’était Tim Sale, que je suis depuis même s’il ne produit plus grand chose (« Captain America: Blanc«  aux dernières nouvelles). Rapidement je suis tombé sur le triptyque « Loki » (2004), « Silver Surfer Requiem » (2007), « Namor, voyage au fond des mers » (2008), trois réinterprétations de seconds couteaux très charismatiques de Marvel, trois publications Panini… forcément plus éditées comme à la très mauvaise habitude de l’éditeur. On trouve ainsi les ouvrages en relativement bon état à des prix vite prohibitifs sur le Web… Bref.

Les ouvrages sont en peinture directe et commencent à dater. Pourtant dès Loki l’on voit la puissance technique de l’auteur, qui a su depuis simplifier son trait vers un style plus BD (sur Thor et ses illustrations récentes). La qualité des cadrages, du trait, du dynamisme font que Ribic est très très loin de n’être qu’un peintre et aurait des leçons à donner à un maitre de la tempe d’Alex Ross en matière de mise en scène.

9928132326526bb485788701df37a8a8-painter-artist-storyboard

Ainsi dans « Namor », variation assez classique du huis-clos horrifique en sous-marin, le découpage et la mise en scène sont plus qu’essentiels puisque de décors il n’y a presque pas! Tout est dans les visages (mêmes gros plans torturés et ravageurs que dans Loki ou même Thor) et les cadrages sens dessus dessous qui créent une véritable atmosphère paranoïaque et inquiétante. Namor devient une créature démoniaque et invincible (on est proche du Ghor du « massacreur de dieux« ) avec un traitement hyper-réaliste qu’utilise par exemple au cinéma M. Night Shyamalan sur Incassable. « Namor » (titré « the depth » en VO) est l’histoire d’un scientifique en quête de gloire qui souhaite prouver au monde que le mythe d’Atlantide n’existe pas. La descente en sous-marin dans la fosse des Marianne va confronter l’équipage à ses peurs et le scientifique à son cartésianisme (grosso modo le même sujet – en moins fantastique – que le très bon « Sanctuaire«  de Bec et Dorison). Le scénario est un voyage en tension vers la folie et l’irrationnel. Le dessin est un exercice de style de mise en ombres et en contrastes des visages de cet équipage. 2fryreqTantôt dans le noir absolu, tantôt dans la lumière blafarde des lampes, Ribic travaille ici la lumière puisque son histoire n’est qu’ombre et lumière (les monstres tapis dans la première face à la lumière de l’esprit rationnel). Si l’on peut tiquer sur un usage immodéré des « gros yeux » et une difficulté à distinguer ses personnages par moment, Esad Ribic livre néanmoins ici une partition impressionnante que l’on n’a pas l’habitude de trouver dans la production BD américaine.

silver20surfer20requiem20420cover

Changement de ton total sur Silver surfer (réalisé un an avant), dont le thème est plus intellectuel, se penchant sur les devoirs d’une puissance, sur la guerre, l’amitié et le sens de la vie. Graphiquement, si l’on est cette fois dans les immensités galactiques ou planétaires, Ribic focalise déjà son travail sur les contrastes, notamment avec les reflets du monde sur le mercure du Surfer. L’on sent le projet moins contraignant et l’artiste se livre à de sublimes tableaux de nébuleuses ou de conflits spatiaux gigantesques. Cet album est bien plus raccroché à l’univers Marvel puisque interviennent les 4 fantastiques, Spidey ou encore Dr Strange et l’humour n’est pas absent contrairement à Namor. L’ouvrage est couvert d’une belle mélancolie et comme sur Namor l’alchimie entre scénario et illustration est évidente.

Loki, le plus ancien des trois, est aussi le plus ambitieux. Véritable renaissance de Frazetta sous les pinceaux de Ribic, l’album projette la vision de la victoire de Loki sur les dieux d’Asgard et sa confrontation à la réalité du pouvoir et du regard des autres. planchea_228600On est dans du médiéval pur, oubliez la vision Marvel et plus encore MCU, ici on est dans la tradition directe du mythe. Esad Ribic apporte déjà ses expressions torturées en gros plans, ses couloirs sombres, ses colonnades surexposées. On est essentiellement en huis clos et les décors peuvent paraître austères, cyclopéens, mais c’est pour mieux se centrer sur le drama, le théâtre à l’ancienne, fait de monologues, de confrontations. Tragédie grecque transposée à Asgard, Loki est une lecture intellectuelle, qui se mérite. L’on pourrait regretter la présentation manichéenne de Loki (mais n’est-ce pas le caractère de ce dieu dans la mythologie?) dans la plume d’un auteur de comics américain, mais le cheminement est néanmoins réel jusqu’à la fin, théâtrale, majestueuse, cynique. Cet album se rapproche plus du Silver surfer par sa dimension « divine » et introspective et est une œuvre à lire, très étrangère à l’esprit des comics et qui encore une fois démontre une alchimie rare d’un auteur et d’un illustrateur au style très européen.maxresdefault

Cette trilogie (qui n’en est pas une) est réellement un monument graphique et artistique qui mériterait une réédition. En attendant, les trois sont dénichables par des moyens « détournés » sur les réseaux…

note calvinnote calvinnote calvinnote calvinnote calvin