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Frieren #1-2

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Manga de Kanehito Yamada et Tsukasa Abe
Ki-oon (2022) – Shogakukan (2020), 208p., série en cours, 2/6 volumes parus

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bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Après une quête qui dura des années, l’elfe Frieren et ses compagnons d’arme rentrent victorieux: le roi des démons a été vaincus. Une nouvelle ère de paix s’ouvre sur le Royaume. Pourtant la condition de quasi-immortelle de Frieren la rend hermétique aux évènements de ce monde, sa relation au temps et aux autres est différente. Bientôt elle voit partir ses amis rattrapés par le temps des mortels. Que va t’elle faire du reste de sa vie?

Frieren (tome 1) - (Tsukasa Abe / Kanehito Yamada) - Shonen [LA PARENTHÈSE,  une librairie du réseau Canal BD]Pour la sortie de cette série qui propose une approche novatrice de la fantasy, l’éditeur Ki-oon a mis le paquet. Outre l’assez habituelle sortie simultanée des deux premiers volumes, certains ont pu voir passer sur les réseaux sociaux un impressionnant kit presse dont vous pouvez avoir un aperçu sur des vidéos unboxing. Outre ce que vous y voyez, s’ajoute carrément un médaillon métal et un petit art-book très joli. Je ne reviendrais pas sur le très intéressant débat sur le rôle des « influenceurs » et des kit presse que l’Apprenti Otaku a lancé (vous pouvez lire ça sur son blog et je vous invite à y participer). A titre personnel je m’interroge toujours sur l’intérêt de ces kits certes très créatifs mais qui, en série très limitée et non vendus, ne touchent qu’une très faible minorité de lecteurs et laissent la place à une indécente spéculation lors d’inévitables reventes jouant sur la frustration. Comme sur la BD il est toujours préférable de sortir en simultané plusieurs versions d’un album, y compris des tirages très limités luxueux qui trouveront toujours des fana très heureux de débourser de grosses sommes. Par exemple l’édition Tirage de tête très luxueuse de la très alléchante République du Crâne est à 179€. C’est fréquent en BD et les éditeurs manga pourraient sans risque proposer de tels kits (probablement pour des sommes inférieures).

Frieren est un shonen s’approchant du seinen de part son approche féminine et relationnelle du personnage principal, en visant le lectorat cible du shonen soit environ 10-12 ans. Graphiquement le trait des personnages est assez élégant et certaines cases laissent entrevoir un dessin encré très précis qui frustre un peu au regard de l’ensemble des deux premiers volumes. Ces derniers subissent ce que l’on voit fréquemment en manga, une impression qui semble trop légère, laissant des traits presque estompés, comme usée, affaiblissent le dessin. Les arrière-plans sont eux assez basiques, très rectilignes et industriels, utilisant des textures certes de qualité mais qui là encore n’aident pas à habiller les pages. Il ressort de ces pages une impression un peu vaporeuse, peut-être recherchée car elle correspond tout à fait à l’atmosphère générale de la série.

Frieren -1- Volume 1Sur la première page on nous explique ainsi que la Quête est achevée et l’objet de la série sera de suivre cette elfe millénaire qui voit passer les siècles lentement, comme un spectateur extérieur alors que les humains qui l’entourent vieillissent, aiment, souffrent,… Rapidement séparée de ses compagnons d’armes, elle va se retrouver malgré elle associée à des apprentis qui la forceront à s’impliquer dans leur formation et dans une nouvelle quête vers le royaume des Démons. L’aspect émotionnelle est le plus intéressant dans Frieren, en imaginant ce qu’un tel être pouvait ressentir alors que les risques de la vie ne sont pas les mêmes que ceux d’un humain.

Au croisement du Dernier des Dieux (pour la déconstruction), de la Quête de l’Oiseau du Temps (pour l’apprentissage) et de Carbone & Silicium ou Origin (pour le témoin immortel), ce manga revêt un aspect philosophique au travers d’une narration très lente, contemplative, jouant sur le stoïcisme de son personnage. Si l’ensemble est assez froid le manga réussit parfaitement à nous faire ressentir la distance de l’elfe vis à vis du monde et cette envie de comprendre ce qui fait les humains. Un peu d’action point en fin de second volume et permet de dynamiser un peu le tout qui sinon nous implique peu. L’équilibre est ténu pour les auteurs mais l’on saisit bien ce qu’ils visent et pour peu qu’ils rythment un peu plus leur récit Frieren revêt un intérêt certain et sort indéniablement des pelletées d’histoires de fantasy.

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Le dernier des dieux #4

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p., série achevée en 4 volumes.

Voici enfin venue la conclusion (partielle) de cette sublime saga dont vous trouverez la chronique des deux précédents ici. Et avant d’entrer dans le vif du sujet on peut d’ors et déjà déflorer qu’ici commence seulement l’exploration de ce monde de Cain Anun, dont l’auteur confesse en post-face n’avoir qu’abordé l’écume (ce qu’on ressent volontiers à la lecture du background). Le quatrième tome est plus court et agrémenté d’une histoire annexe dessinée par un second dessinateur. D’autres albums sont donc à prévoir pour notre plus grand plaisir!

Attention SPOILERS!

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Coup de coeur! (1)Nous avions laissé la Compagnie séparée et attaquée par un gigantesque Dragon… Depuis le premier tome Phillip Kennedy Johnson a démontré son envie de ruptures permanentes et aussitôt ouvert cet ultime chapitre voilà nos yeux passionnés rappelés à la dure réalité en voyant ce qu’est devenu le glorieux et si héroïque Haakon le honni, gardien des fae. En bon sadique destructeur de mondes, le scénariste ne cesse de briser ses plus beaux personnages, de révéler mensonges et infamies, au risque de nous laisser à la fin épuisés par tant de soubresauts…

Plus court que les autres, ce tome va ainsi nous dérouler la confrontation finale et les dernières et non des moindres révélations sur le péché originel. Je ne déflorerait pas tout mais si la partition graphique et le grandiose de cette bataille magique font toujours briller les mirettes, on ressent tout de même que l’on est en bout de ligne avec le gros des chocs émotionnels désormais derrière nous et une conclusion nécessairement un peu décevante. L’auteur garde encore quelques twist bien placés mais ce sont plus que jamais les textes intercalaires qui apportent la plus value en nous donnant envie de nous replonger en Cain Anun, quelle que soit la légende qui nous sera contée.The Last God #12 Preview - The Comic Book Dispatch

On pourra dire que cela fait très longtemps qu’un auteur n’aura su réinventer si brillamment des thèmes éculés de la fantasy, des elfes aux fées, en donnant le sentiment d’avoir touché le graal d’une légende de fantasy enfin adulte, complexe, une sorte de Watchmen du Seigneur des Anneaux qui en déconstruisant les mythes aura su les sublimer. Une quadrilogie majeure, à lire impérativement.

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Les Enfers: au royaume d’Hadès

La BD!

Histoire complète en 46 pages écrite par Clotilde Bruneau et dessinée par Diego Oddi. Parution le 10/11/2021 aux éditions Glénat, dans la collection La Sagesse des Mythes, dirigée par Luc Ferry.

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Merci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’Enfer, c’est les outres

La mythologie grecque a laissé une empreinte marquante sur la fiction encore aujourd’hui. Ces innombrables mythes, sont devenus pour beaucoup la quintessence de la narration à travers les âges, transformés de telle sorte que l’on prend aujourd’hui plaisir à les redécouvrir sous leur forme originelle.

Prenez Hadès par exemple. Toutes les histoires modernes tendent à le dépeindre de façon péjorative, majoritairement en tant qu’antagoniste, alors que les mythes grecs ne souffrent initialement pas de ce biais. Souvent comparé à Satan en fiction moderne, le Hadès classique est au contraire une figure plutôt neutre, bien qu’intransigeant vis à vis de son rôle et de la nature intrinsèque et inévitable du principe qu’il représente.

Bien loin du Caïn rongé par la jalousie, et l’amertume d’avoir été relégué aux Enfers, Hadès est au contraire dépeint comme un régent juste et sévère du monde souterrain, et l’un des seuls dieux, si ce n’est le seul, à ne pas avoir trompé son épouse, ni fait preuve d’une cruauté infondée envers les hommes. Son royaume, censé être impénétrable (mais bien entendu visité par bien des héros de la mythologie), est doté d’une géographie tout singulière et d’une histoire foisonnante qui méritaient certainement un album à part entière.

Cet album nous plonge donc dans les méandres sinueux des fleuves qui irriguent et encerclent les Enfers, et nous fait découvrir ses différentes régions. Nous avons également droit aux différents mythes qui y sont liés, de Tantale à Sisyphe en passant par les Danaïdes.

Malgré la structure du récit à tiroirs, où une digression en appelle une autre, l’album possède un fil rouge, qui permet de conserver un semblant de structure dramatique tout au long. Le dossier en fin d’album, intitulé « Hadès ou le monde grec face au non-sens de la mort », est complet mais digeste et parvient à rester succin lorsqu’il dépeint des caractéristiques méconnues du dieu grec de la Mort.

En résumé, Les Enfers: au royaume d’Hadès est un album synthétique et très instructif sur une figure tristement controversée et incomprise de la mythologie grecque. Peut être dispensable pour les experts hellénistes, mais idéal pour tout lecteur souhaitant se cultiver.

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Le dernier des dieux #2-3

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p. 3 tomes parus sur 4.

L’édition Urban reprend 3 volumes US par édition reliée. Lire la critique enthousiaste du premier volume.

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Coup de coeur! (1)A peine remis du choc du premier volume de cette saga on replonge dans cette dark fantasy qui allie une trame simple telle le Seigneur des Anneaux (l’itinéraire contraint d’une confrérie mal assortie vers la source du Mal) à une analyse du mythe proche du travail de Bourgier et David sur Servitude. Je parlais dans le précédent billet d’une alternance de deux époques, il faut en fait compter le récit en rythme ternaire, lui incluant la lecture des longues chroniques historiques qui révèlent le passé de ce monde à l’agonie. The Last God (2019-) No.6 - Comics de comiXology: WebCes intermèdes jouent du rythme recherché, brisant la continuité et renforçant la confusion mentale du lecteur (dont je vais parler plus bas). Il y a étrangement une forme de huis-clos dans la Geste de cette pauvre reine déchue qui remonte le cours de sa vie et de ses trahisons passées. A mesure que l’on parcours le fleuve du temps on découvre un par un les héros du mythe révélés dans leur plus simple appareil. Surtout on observe un univers étonnamment familier, un monde où seule la force domine, où la Nature est méprisée et ses protecteurs exterminés, génocidés. Un monde où la magie ne peut être que noire et où bien peu d’espoir survient. Dans le volume deux on apprend dans une séquences de sublimes planches, la cosmogonie de cette terre, en un mélange entre la Genèse et le Silmarillion. Car le matériau de Cain Anun n’est guère original et Philip Kennedy Johnson propose avant tout à ses lecteurs un travail sur le mensonge (savoureux pour un américain du temps de Trump…).

Subtile, le scénariste ne se contente pas de répéter la formule qui pourrait devenir lassante. Si son héros Tyr est à l’image de son apparence, un odieux barbare sans morale et voué entièrement à sa propre gloire, ce n’est pas le cas de tous les personnages. On a bien entendu un peuple elfique montré comme relativement pacifique et victime des hommes dont il n’y a rien à attendre. Les auteurs arrivent bien à proposer des variations sur les thématiques archi-balisées de la fantasy, notamment ces Archenains, affreux cannibales primaires et violents. Mais une des originalités de ce projet repose sur un travail sur la langue. Là encore rien de révolutionnaire pour un lecteur habitué à la littérature fantasy, mais suffisamment pour bâtir, tel Tolkien, une solidité de background qui donne toute sa saveur à la quête initiatique. Là entrent en jeu les récits intercalés qui laissent l’auteur se faire plaisir dans des narrations prenantes et révélatrices.DC's Phillip Kennedy Johnson Talks Building a Deep and Epic Fantasy  Adventure in The Last God

Le miroir entre les deux époques, travaillé avec malice par le dessinateur qui donne des apparences à la fois proches à la fois distinctes à ses deux générations, joue du lecteur en le perdant dans les méandres du temps, ne sachant jamais bien où et quand il est. Il en ressort une concentration qui nous implique plus que le simple récit (finalement attendu) ne le laissait présager. On se laisse alors guider avec grand plaisir, sur des planches au cadrage serré fait de nombreuses interactions entre les personnages avant de fréquentes irruptions graphiques dantesques en pleines pages, qui emportent son lot de morts et blessés.Review: What Lies Beneath The Pinnacle Revealed In 'Last God #5' – COMICON

Récit aussi puissant graphiquement que dans son propos, Le dernier des dieux est jusqu’ici un projet ambitieux et d’un format idéal, sans défauts apparents et montrant un impressionnant travail sous des apparences sommes toutes classiques. Un récit de bruit et de fureur où l’espoir ne brille guère, tant et si bien que l’on se demande bien comment ces fétus de paille pourront corriger ce qui a été fait et quelle est cette faute originelle, si terrible, dont on nous parle depuis les premières pages…

L’édition US comporte douze chapitre et et le format relié Urban se conclura dès le prochain tome en novembre… avant la série spin-off déjà fort alléchante!

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Le dernier des dieux #1

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Comic de Philip Kennedy Johnson, Ricardo Federici et Sunny Gho (coul).
Urban (2021) 70p.

bsic journalismMerci aux éditions Urban pour cette découverte.

L’album au format franco-belge s’ouvre sur une superbe carte du monde de Cain Anuun et insère au milieu des trois chapitres de nombreux textes de background, légendes, récits et chants qui approfondissent largement l’expérience de lecture. On aurait aimé un cahier créatif mais en tant que tel l’album est fort joli avec sa couverture épique et son élégante typographie. A noter qu’outre le format BD cette série s’inscrit dans le Black label dont elle confirme une nouvelle fois la qualité très largement supérieure au canon DC.

Cela fait trente ans que les Traquedieux ont vaincu le Dieu du Vide et la Pestefleur. Trente ans que le roi Tyr règle sans partage sur Cain Anuun en sa capitale Tyrgolad. Eyvindr est un enfant de la paix, un enfant des héros. Et le jour où la peste reparaît sur la terre des hommes, son monde, sa légende s’effondre…

Le mois dernier Urban, le label DC comics de Dargaud, publiait simultanément deux albums au format original, très proche du format franco-belge avec une approche artistique également très européenne. Le Decorum de Hickman proposait une SF ésotérique ambitieuse mais complexe, tant par son graphisme que par sa construction. Comme une illustration de la règle du « plus simple est plus fort » Le dernier des dieux prend le contre-pied de son collègue en installant un récit linéaire et extrêmement lisible sur un univers d’une richesse très profonde. Si l’on peut souvent reprocher aux comics de privilégier la forme sur le fonds, on peut dire qu’ici Philip Kennedy Johnson  et Ricardo Federici s’approche du sommet que constitue la saga tout juste achevée Servitude en matière de construction d’univers.

S’ouvrant sur le récit de la saga des Traquedieux on nous prévient immédiatement que tous les mythes comportent leurs mensonges. Toute l’histoire qui s’ensuit part de ce postulat simple mais diablement efficace de déconstruction du mythe: le lecteur prévenu très tôt va devoir trier entre les images qu’il voit, ce qu’on lui raconte et les légendes écrites dans les textes de background. Se construire son propre récit à partir de mensonges. Ainsi la BD va alterner entre deux époques progressant en miroir: celle du jeune gladiateur Eyvindr découvrant peu à peu les mensonges sur lesquels il a bâti ses victoires et ses rêves et celle de la reine et des Traquedieux progressant vers leur destin, un destin sans doute bien différent des récits mythifiés.

Pour raconter cela l’italien Ricardo Federici (qui a pris la suite de Serpieri sur la série Saria) utilise une technique très réaliste rehaussée par de superbes couleurs qui épousent parfaitement les traits d’aspect crayonnés. On sent une sensibilité européenne qui rappelle parfois un Esad Ribic, aussi à l’aise dans les expressions faciales que dans la dynamique des corps. Surtout il crée un design monstrueux particulièrement réussi malgré la nécessité de tentacules et autres aberrations organiques, souvent vulgaires dans les imaginaires graphiques. Ici la texture rocailleuse, écailleuse, permet de superbes planches de combats épiques où lames s’entrecroisent avec fluides divers, magiques ou aqueux, quand ils ne rencontrent pas des animaux fantastiques que les textes de background ont auparavant bien enrichis pour en faire bien plus que des décors de combat.

Il ressort de ce premier tome une richesse rarement vue qui se paie le luxe de correspondre à l’élégance graphique évidente. Ainsi les défauts récurrents du genre comics disparaissent totalement avec une matière qui vous happe dans un récit d’une très grande fluidité au service d’un projet passionnant, aux origines des mythes. Partis sur des bases fabuleuses on ne voit pas ce qui pourrait faire dérailler le duo dans une série partie pour être un classique immédiat.

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The storyteller: Sorcières

Rufus Stewart

Cette rubrique vous présente un album jeunesse en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique.

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_376333Comme pour le précédent de la collection, l’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une bio et une page d’intentions des auteurs et la couverture originale. En matière de bonus, comme très souvent dans les comics, on est bien plus maigre que sur le premier tome, avec seulement quelques planches noir et blanc. Ici ce n’est pas trop gênant du fait de l’explication systématique des auteurs en début d’histoire.

C’est la semaine Halloween Talia et on va donc parler de sorcières! Peux-tu me dire en deux mots ce que tu as retenu de ce nouveau Storyteller par rapport à celui dédié aux dragons?

Dans les deux albums on a quatre histoires de différentes régions du monde et d’époques différentes. Sur cet album il y a deux histoires avec des formats particuliers, avec des textes dans les images et une où les pages sont inclinées par rapport à la lecture habituelle.

Justement les formats des quatre histoires sont très originaux. Peux-tu m’en parler?

Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"La première histoire n’est pas vraiment une BD, c’est plus un conte. Le texte est très différent, il suit la trace du dessin, nous oblige parfois à tourner le livre. La police est aussi très différente, elle est dessinée et peut changer à chaque mots. J’ai bien aimé ces pages…

Visuellement laquelle des histoires as-tu préféré? Et par rapport aux dessins du Storyteller: Dragons?

La première et la quatrième pour les dessins et la manière de raconter l’histoire. La dernière aussi est bien dessinée même si certains personnages le sont moins, peut-être volontairement pour les rendre méchants. La dernière m’a fait penser à l’histoire matriochka et aux contes russes.

Et les sorcières, finalement sont-elles méchantes ou gentilles? Quelle relation ont-elles avec les humains?

Dans la plupart on croit qu’elles sont méchantes et en fait ont des raisons. Seule Baba-Yaga est totalement méchante et ne pense qu’à elle. Elles sont souvent amoureuses d’un humain.

Il y a pas mal de références à des mythes, des films et personnages des contes. En as-tu reconnu certains?

La Baba-Yaga et Cendrillon dans la quatrième histoire. Il y a le Maître des brumes de Tomi Ungerer aussi sur l’histoire de l’Ile et la légende de Tir Na Nog.

Pour finir je me demande si finalement dans cet album les sorcières ne sont pas plus des représentantes de la Nature que des êtres maléfiques?

Oui c’est vrai. La sorcière des neiges fait venir le froid et les tempêtes et les humains n’y sont pas adaptés. Le seigneur de la forêt veut protéger la foret des humains. A l’inverse dans l’histoire de l’île fantôme elles ont besoin de l’humain et ses histoires pour reconstruire leurs cités.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

  • L’oie magique et le maître de la forêt:

Cette première histoire est un peu particulière puisqu’elle adopte plus la forme du conte jeunesse illustré que de la BD. S’il y a bien quelques bulles, l’essentiel du travail de l’auteur porte sur une mise en page et en texte impressionnants. J’aime toujours quand le texte prends une dimension graphique dans les BD et c’est absolument le cas ici (…on pense d’ailleurs au boulot qu’a dû représenter la traduction d’un tel album!). Si les dessins sont superbes, l’histoire de cette princesse protégeant son frère d’une sorcière avec en fonds le conflit entre civilisation humaine destructrice de la Nature et peuple magique des forêts est un peu alambiquée avec une continuité logique parfois difficile à suivre. C’est dommage car cela risque d’être un peu compliqué pour de jeunes lecteurs. L’univers enfantin et du conte sont en revanche parfaitement rendus, avec une mention spéciale pour le design du roi de la forêt!

  • La sorcière des neiges:

Format très original à nouveau avec une histoire en format à l’italienne avec un aspect estampes puisque cela se passe au japon. J’ai bien aimé le dessin et le thème de l’amour impossible entre humain et être surnaturel. L’histoire la plus solide et intéressante.

Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"

  • L’Ile fantôme:

Je crains pas mal ce genre de dessins aux traits épais… Hormis cela l’histoire de cet Résultat de recherche d'images pour "storyteller sorcières"homme arrivé sur l’île d’Avalon, hors du temps, et du pouvoir de l’imaginaire humain pour construire la réalité de cet endroit (thème qui rejoint le concept global du Petit peuple vivant de l’imaginaire) est plutôt intéressante et parlera sans difficulté aux enfants. Probablement l’histoire la plus exotique du recueil, qui peut ouvrir les jeunes sur les mythes celtiques.

  • Vassilia la belle:

Une variation sur le mythe de la sorcière Baba-Yaga, ici une affreuse exploiteuse un peu bête, dans une histoire mélangée avec la jeune fille maltraitée par sa belle-mère et ses filles. Des concepts connus des enfants et faciles à lire donc. On perd un peu le côté Nature et Sorcière mais les dessins sont très sympa et le personnage de Baba-Yaga est toujours sympa à voir.


Globalement j’ai préféré ce recueil à celui des dragons. Peut-être plus simple d’approche pour les jeunes et graphiquement un ton au-dessus.

A partir de 8 ans

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The storyteller: Dragons

Rufus Stewart

Cette nouvelle rubrique vise à présenter un album jeunesse  en regard croisé parent/enfants. Mes deux zozo parlent donc d’un album en mode question-réponse, puis vous trouverez en fin d’article mon avis dans un format plus classique. En espérant que ça vous plaise. N’hésitez pas à me donner votre avis et idées sur la formule en commentaires!

  • Ma fille c’est « Talia » (c’est un pseudo): à onze ans elle a aime beaucoup Buddy Longway, La Rose écarlate, les Mythics, Harmony, les carnets de Cerise, Dragon Ball ou Flying Witch…

Anthologie de légendes
Kinaye (2019) – Boom Studio (2016), 126 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Kinaye pour cette découverte.

couv_371977L’ouvrage comporte quatre histoires avec pour chacune une page d’intentions des auteurs (assez indispensable!) et la couverture originale. L’ouvrage se termine par un making-of de 23 pages comprenant des pages noir et blanc de chaque histoires avec un commentaire du dessinateur et des couvertures alternatives. Très riche comme d’habitude chez cet éditeur et cela permet d’entrer dans le processus de création et enrichit la portée de l’album.

Coucou Talia! Nouvelle lecture de chez Kinaye avec des légendes de dragons. Maintenant que tu as grandi est-ce que tu lis et aime encore les contes?

Oui j’aime bien mais c’est vrai que je n’en lis plus beaucoup. J’aime bien quand il y a une narration. Les passages avec le vieux monsieur sont rigolo, comme à la fin de l’histoire du ver où on voit le dragon de l’histoire dans un bocal cher le narrateur…

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"A quelles époques et lieux se situent ces histoires?

La première histoire me fait penser à l’inde (note: en fait ce sont des amérindiens). Je pense que ça se situe au Moyen-Age. La seconde doit se dérouler en Angleterre à l’époque des croisades. La troisième se situe en Russie, peut-être à l’époque des romains. La dernière au Japon à l’époque des samuraï.

Visuellement c’est très différent. Lesquelles t’ont plus attiré ou pas?

Dans la première histoire le dragon est joliment dessiné, contrairement au japonais qui est un peu fouillis. J’ai bien aimé l’histoire du ver parce qu’elle est originale, ce n’est pas vraiment un dragon et que l’histoire est plus développée avec moins de combats. Et je l’ai trouvée bien dessinée.

Est-ce que tu vois des points communs à ces histoires?

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"Ce sont des dragons méchants qui sont tués par des héros. Il y a deux garçons et deux filles. Les deux premières histoire se terminent plutôt mal pour le héros et son père, les deux autres se finissent bien

Et les dragons, est-ce qu’ils ressemblent à ceux qui sont dans ton imaginaire?

Je sais qu’il peut y avoir plein de sortes de dragons mais pour moi c’est plutôt comme Tugarin (dans la deuxième histoire) avec des ailes et une grande queue (comme dans les Royaumes de feu que je suis en train de lire). Normalement les dragons sont plutôt comme des animaux, ils ne parlent pas aux humains. Mais dans les légendes ils leur parlent. Dans l’album les deux premier dragons ne parlent pas, dans les deux histoires de filles ils parlent et ont une personnalité.


Voilà pour le retour de la choupette… et le vieux qu’est-ce qu’il en dit?

Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"Jim Henson est un mythe dans le monde de la TV, du cinéma et de l’imaginaire aux Etats-Unis. C’est lui qui a créé le Muppet Show et Dark Crystal, mais aussi l’émission de TV The Storyteller où un vieux monsieur incarné par l’acteur John Hurt racontait des histoires à son chien parlant au coin du feu. Cette tradition de récits pour les enfants s’est prolongée grâce à Boom! studio en une série d’anthologie développant quatre histoires sur un thème commun. Contrairement à la plupart des éditeurs de comics en France qui piochent essentiellement dans le catalogue d’un gros éditeur partenaire, le petit Kinaye fait un sacré boulot de défrichage parmi l’ensemble des labels de comics indépendants et nous trouve des projets de qualité.

La réussite de cet album est de proposer des variations assez différentes (même graphiquement) sur la figure du Dragon. Les légendes du monde le présentent parfois comme une bête féroce, parfois comme l’incarnation du Démon/Satan, parfois comme un esprit protecteur, sous forme de dinosaure, de serpent, de ver… Ce qui intéresse c’est la confrontation symbolique du Résultat de recherche d'images pour "the storyteller dragons"héros (tantôt le père amérindien, tantôt le chevaliers en recherche de rédemption, etc) au monstre, avec la portée symbolique qu’elle revêt. Dans toutes ces histoires, aux différents niveaux de lecture comme tout conte qui se respecte, la relation au père est présente. Le récit en lui-même est parfois un peu obscure, notamment du fait de dessins originaux mais pas toujours très lisibles. Les enfants apprécieront probablement la variété d’univers et de style graphique même si la fin pas toujours très claire peut les laisser circonspects en raison d’une narration très verbeuse. Il y a deux écoles en matière de contes: ceux qui considèrent que les enfants s’adaptent à la complexité pour peu qu’ils aient des supports imaginaires connus sur lesquels se reposer et ceux qui pensent qu’un conte doit respecter des formes et une structure connue. Je n’ai pas d’avis préconçu mais probablement que tous les contes de ce recueil ne plairont pas à tous les enfants. Personnellement le premier, celui du serpent-tonnerre m’a le plus touché, à la fois visuellement et dans son récit. Il est certain que les auteurs ont fait un travail remarquable pour rechercher un univers visuel issu de folklores particuliers et l’explication liminaire apporte beaucoup pour comprendre la démarche, que vous pourrez expliquer ensuite à vos enfants. Cette série qui se poursuivra avec les thèmes des sorcières, des géants et des fées, est une invitation au voyage dans les contes et légendes du monde et en cela très rafraîchissante.

A partir de 8 ans

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Hoplitea

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BD de Laurent Arthaud et Patrice Martinez,
Northstar comics (2016-…), 152 p., 2 volumes parus, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Northstar pour cette découverte.

 

couv3D_Hop2-600x600Hoplitea est un comic semi-pro dont l’histoire éditoriale a commencé par un financement participatif et la publication par épisodes, avant d’être publié en recueil par l’éditeur associatif Northstar. Le travail éditorial est sérieux et comporte une galerie de couvertures alternatives, un carnet de croquis, des fiches personnages et un texte de notes d’intention du scénariste en fin de chapitres ainsi qu’une préface. Un petit historique de production aurait pu être intéressant également.

Hoplitéa, la lionne de Sparte est une guerrière immortelle descendant des dieux grecs de la guerre Arès et Athéna.Au sein d’équipes de super-héros européens elle va affronter des menaces qui cherchent à prendre le contrôle du monde…

Résultat de recherche d'images pour "hoplitea marti"Avec les comics de super-héros il ne faut pas craindre le kitsch. Depuis l’origine et encore aujourd’hui les plus grands héros américains portent encore souvent le slip et des costumes objectivement ridicules. Une fois accepté cela on peut replacer cette création originale vaguement nationaliste pour ce qu’elle est et apprécier l’engagement et la passion des auteurs à proposer une BD de super-héros qui reprenne les codes du genre en les transposant à la sauce européenne. Et c’est cela la première originalité d’Hoplitéa, celle d’aller piocher les noms, costumes et pouvoirs des héros dans la mythologie et imaginaire français et européen. Les américains ont Captain america, les européens ont Star1,… Les pouvoirs et concepts de personnages (les auteurs semblent en avoir un bon paquet en stock) sont loin d’un simple repompage de héros existant chez Marvel/DC, ce qui illustre une véritable recherche d’originalité.

L’autre réussite des deux albums repose sur l’acceptation des drames et l’importance des méchants. Le scénariste sait qu’une bonne histoire doit comporter un bon méchant et s’y atèle en n’hésitant pas à tuer des personnages à rythme régulier, chose rare dans les histoires de super-héros. Du coup l’intensité monte d’un cran et accroche le lecteur dans des intrigues relativement différentes entre le tome 1 et le 2, mais toujours autour d’une conspiration maléfique pour éliminer les héros et prendre le pouvoir sur la Terre.

Résultat de recherche d'images pour "hoplitea marti"J’ai été surpris par la différence entre un premier album assez mythologique (l’antagoniste est Achiclès, dieu olympien ayant les caractères d’Achile et d’Heraclès) avec un style graphique proche du manga, et un second bien plus technologique et français (autour du royaume astral, Roncevaux et Milady de Winter) dont le dessin s’oriente vers les canons du comic… avec, je dois le dire une petite dégradation de qualité du dessin. Sur ce plan, si le design général est très réussi, le dessin est très inégal, proposant par moment de superbes pages où visages et anatomies sont très propres, quand deux cases plus loin l’on trouve d’assez grosses lacunes techniques. Résultat de recherche d'images pour "hoplitea marti"Je rappelle qu’il s’agit d’une BD non professionnelle et très clairement certains comics du Big Two ne font pas mieux graphiquement. Personnellement je préfère le style du premier tome qui me semble mieux maîtrisé, peut-être car moins exigeant techniquement. On sent néanmoins un travail et une progression qui peuvent donner de très beaux résultats d’ici quelques temps.

Je reconnais que le les premières pages m’ont moyennement engagé (je suis très exigeant sur le dessin) et ai été progressivement conquis par une histoire et une construction générale d’univers et d’intrigue vraiment bien faits. Pas de soucis de ce côté là pour la suite (un tome 3 est annoncé), c’est très rafraîchissant et avec un peu de travail le côté inégal du dessin (notamment sur les arrière-plans un peu plats) devrait être corrigé. Je souhaite en tout cas plein de choses à des auteurs courageux qui proposent une idée résolument novatrice dans un genre archi-codé.

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