Comics·Mon vide-grenier livresque

Mon vide-grenier livresque #2

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Cette semaine Fifty propose le thème de l’horreur. Pas un genre que je cherche particulièrement mais en revanche au travers du Thriller et du fantastique (pas mal de BD inspirées par l’univers de Lovecraft ici…).

Du coup je ressort un article dont je suis assez fier sur les graphic novels du fabuleux illustrateur croate Esad Ribic, qui a produit il y a quelques années un huis-clos sous-marinier horrifique de tous les diables:

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Le billet

Une critique aussi chez Anotherwhisky.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !

Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p., Série Servitude en cours, 5 tomes parus sur 6.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo

BD·Mercredi BD·Rétro

Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo

Jeunesse·Rétro

Alienor Mandragore

BD de Séverine Gauthier et Thomas Labourot
Rue de sèvres (2015-2017), 3 volumes parus

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Les albums des éditions Rue de sèvres sont toujours propres, bien finis. Indication du format one-shot, du nombre d’albums, couverture sympa dans l’esprit BD jeunesse. RAS.

J’ai déjà dit sur ce blog combien les BD scénarisées par des femmes se distinguent de celles de l’autre sexe (très majoritaires dans le métier). Un ton particulier, une finesse, l’attention à des détails, bref… Aliénor est de celles-ci. Sur un thème et un humour décalé très proche de la série Kaamelott ou d’Asterix, les auteurs nous emmènent en forêt de Broceliande (cœur de la Bretagne mythique), avec la fille de Merlin, dont le pouvoir vient d’apparaître: elle entend les mandragores, très prisées des mages et autres fées (dont la vilaine Morgane). Pas de bol, en tirant la plante, le cri tonitruant de la mandragore tue Merlin sur le coup! S’ensuivent des péripéties pour redonner vie au magicien, avec des figures telles que le jeune Lancelot, la godiche Viviane, dame du Lac, l’Ankou (incarnation de la mort dans le mythe breton)… et le fantôme de Merlin qui ne veut pas admettre sa propre mort…

On nage en plein troisième degré, moins appuyé que sur la série d’Alexandre Astier mais tout aussi déjanté. Les dialogues sont savoureux et le sens de la pause des auteurs vaut son lot de bons éclats de rire à la lecture (j’adoooore l’ermite!). Sur les deux premiers albums je dirais que le second est un ton en deçà, mais l’ambiance générale permet une série au long court, sachant que chaque tome peut se lire séparément.

alic3a9nor-mandragore-t2-case-page-10Niveau dessin on retrouve un peu de Munera alliant traits fins très précis et style cartoon. Les décors et détails sont particulièrement clairs, bien plus que les personnages dont la silhouette est étrange par moment. Mais pas grave, c’est l’esprit général qui compte et là c’est très réussi. Aliénor, plutôt conçu pour un public ado, peut aisément se lire en famille et par un adulte.

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Fiche BDphile

Comics·Graphismes·Guide de lecture·Rétro

Esad Ribic: panorama des graphic novels

d58528cec41febe6019cc635df02c6bdJ’ai découvert Esad Ribic sur les conseils d’un libraire à propos de Thor: le massacreur de dieux. Dire que j’ai été soufflé (à la fois par le scénario et par le graphisme) est un euphémisme, si bien que la découverte de l’artiste croate m’a donnée envie de voir ses œuvres précédentes (le dernier auteur comics qui m’a entraîné ainsi dans un rétro important c’était Tim Sale, que je suis depuis même s’il ne produit plus grand chose (« Captain America: Blanc«  aux dernières nouvelles). Rapidement je suis tombé sur le triptyque « Loki » (2004), « Silver Surfer Requiem » (2007), « Namor, voyage au fond des mers » (2008), trois réinterprétations de seconds couteaux très charismatiques de Marvel, trois publications Panini… forcément plus éditées comme à la très mauvaise habitude de l’éditeur. On trouve ainsi les ouvrages en relativement bon état à des prix vite prohibitifs sur le Web… Bref.

Les ouvrages sont en peinture directe et commencent à dater. Pourtant dès Loki l’on voit la puissance technique de l’auteur, qui a su depuis simplifier son trait vers un style plus BD (sur Thor et ses illustrations récentes). La qualité des cadrages, du trait, du dynamisme font que Ribic est très très loin de n’être qu’un peintre et aurait des leçons à donner à un maitre de la tempe d’Alex Ross en matière de mise en scène.

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Ainsi dans « Namor », variation assez classique du huis-clos horrifique en sous-marin, le découpage et la mise en scène sont plus qu’essentiels puisque de décors il n’y a presque pas! Tout est dans les visages (mêmes gros plans torturés et ravageurs que dans Loki ou même Thor) et les cadrages sens dessus dessous qui créent une véritable atmosphère paranoïaque et inquiétante. Namor devient une créature démoniaque et invincible (on est proche du Ghor du « massacreur de dieux« ) avec un traitement hyper-réaliste qu’utilise par exemple au cinéma M. Night Shyamalan sur Incassable. « Namor » (titré « the depth » en VO) est l’histoire d’un scientifique en quête de gloire qui souhaite prouver au monde que le mythe d’Atlantide n’existe pas. La descente en sous-marin dans la fosse des Marianne va confronter l’équipage à ses peurs et le scientifique à son cartésianisme (grosso modo le même sujet – en moins fantastique – que le très bon « Sanctuaire«  de Bec et Dorison). Le scénario est un voyage en tension vers la folie et l’irrationnel. Le dessin est un exercice de style de mise en ombres et en contrastes des visages de cet équipage. 2fryreqTantôt dans le noir absolu, tantôt dans la lumière blafarde des lampes, Ribic travaille ici la lumière puisque son histoire n’est qu’ombre et lumière (les monstres tapis dans la première face à la lumière de l’esprit rationnel). Si l’on peut tiquer sur un usage immodéré des « gros yeux » et une difficulté à distinguer ses personnages par moment, Esad Ribic livre néanmoins ici une partition impressionnante que l’on n’a pas l’habitude de trouver dans la production BD américaine.

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Changement de ton total sur Silver surfer (réalisé un an avant), dont le thème est plus intellectuel, se penchant sur les devoirs d’une puissance, sur la guerre, l’amitié et le sens de la vie. Graphiquement, si l’on est cette fois dans les immensités galactiques ou planétaires, Ribic focalise déjà son travail sur les contrastes, notamment avec les reflets du monde sur le mercure du Surfer. L’on sent le projet moins contraignant et l’artiste se livre à de sublimes tableaux de nébuleuses ou de conflits spatiaux gigantesques. Cet album est bien plus raccroché à l’univers Marvel puisque interviennent les 4 fantastiques, Spidey ou encore Dr Strange et l’humour n’est pas absent contrairement à Namor. L’ouvrage est couvert d’une belle mélancolie et comme sur Namor l’alchimie entre scénario et illustration est évidente.

Loki, le plus ancien des trois, est aussi le plus ambitieux. Véritable renaissance de Frazetta sous les pinceaux de Ribic, l’album projette la vision de la victoire de Loki sur les dieux d’Asgard et sa confrontation à la réalité du pouvoir et du regard des autres. planchea_228600On est dans du médiéval pur, oubliez la vision Marvel et plus encore MCU, ici on est dans la tradition directe du mythe. Esad Ribic apporte déjà ses expressions torturées en gros plans, ses couloirs sombres, ses colonnades surexposées. On est essentiellement en huis clos et les décors peuvent paraître austères, cyclopéens, mais c’est pour mieux se centrer sur le drama, le théâtre à l’ancienne, fait de monologues, de confrontations. Tragédie grecque transposée à Asgard, Loki est une lecture intellectuelle, qui se mérite. L’on pourrait regretter la présentation manichéenne de Loki (mais n’est-ce pas le caractère de ce dieu dans la mythologie?) dans la plume d’un auteur de comics américain, mais le cheminement est néanmoins réel jusqu’à la fin, théâtrale, majestueuse, cynique. Cet album se rapproche plus du Silver surfer par sa dimension « divine » et introspective et est une œuvre à lire, très étrangère à l’esprit des comics et qui encore une fois démontre une alchimie rare d’un auteur et d’un illustrateur au style très européen.maxresdefault

Cette trilogie (qui n’en est pas une) est réellement un monument graphique et artistique qui mériterait une réédition. En attendant, les trois sont dénichables par des moyens « détournés » sur les réseaux…

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Comics·East & West·Guide de lecture·Rétro

The red star

East and west
Comic de Christian Gossett et Archangel Studio
Publiés en France par SEMIC (2000/2008). 2 Vol/4. .

redstar-treasury-pr-1-d1aae-665x1024The red star est un ovni dans la production de comics, à la fois par ses éléments créatifs et par sa vie éditoriale compliquée.
La série comprend:
Battle of Kar Dathra’s Gate (correspondant aux 4 premiers épisodes reliés dans le premier tome publié chez SEMIC).
Nogorka (correspond aux épisodes 5 à 8 publiés dans le volume 2 chez SEMIC).
Prison of souls (inédit).
Sword of lies (inédit).
Les deux derniers volumes ne sont disponibles à la vente que sur le site du studio en VO, ou en prix spéculé sur les sites d’occasion… Des one-shot courts dans l’univers de Red star sont parus, jusqu’en 2013 et différentes rééditions collector sont éditées par l’auteur. Attention, la complexité des textes rend la lecture en VO un peu compliquée.

Dans un univers fantastique inspiré de l’Union soviétique, Maya, une sorcière officiant dans l’Armée de l’étoile rouge comme « générateur d’énergie » des formidables forteresses volantes, se remémore la bataille de Kar Dathra durant laquelle son marin le héros de guerre Marcus a péri. Lorsqu’elle apprend que la divinité protectrice de l’Union des Républiques de l’Etoile Rouge a sauvé Marcus, elle entreprend une odyssée pour le retrouver.

C032012_redstarette série fut l’une des premières à être conçue en studio avec l’aide de l’ordinateur pour les éléments techniques. Il s’agit d’une vraie réussite tant graphique que thématique, de part les liens avec l’histoire récente qui créent un certain réalisme et le caractère épique de cette histoire mythique et guerrière. L’alliance de traits proches du crayonné, de visuels souvent époustouflants et des bâtiments et engins parfaitement rectilignes dans un design industriel, ne laisse pas de marbre dans un paysage des comics où l’originalité est rare. Les éléments d’une grande histoire tragique sont là avec cette guerre perdue dans le territoire nationaliste d’Al Istan (inspiré de l’Afghanistan ou de la Tchétchénie), les mensonges d’une nation construite sur des mythes, la bataille des divinités protectrices et la quête de Maya pour retrouver l’esprit de son mari avec les éléments de l’amour universel… le tout porté par un design réellement réussi.
maya-antares-red-star-comics-mLe fait d’avoir associé le côté historique et austère avec des éléments de fantasy (des sorcières destructrices, des esprits, des entités divines bien réelles) renforce l’attrait en permettant d’en faire à la fois une série grand public et exigeante. Je vous la conseille vivement, même si vous devez vous contenter des deux premiers épisodes publiés chez SEMIC, avec l’espoir qu’un grand éditeur français voit l’intérêt de publier l’intégralité dans un format chouette!

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Comics·East & West

Monstress

East and west
Comic de Marjorie Liu et Sana Takeda
Delcourt comics 2017 (Première édition US Image comics 2015)
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Gros volume relié de belle facture (magnifiques couvertures de Sana Takeda) avec vernis sélectif, comprenant les volumes 1 à 6 de l’édition américaine. Delcourt reprend ici l’édition reliée US, dont le volume 2 est sorti en juillet 2017 et prévu en octobre pour l’édition française.

Monstress c’est Maïka demi-loup, une arcanique capturée par les sorcières Comaea lors de la dernière guerre entre les deux peuples. Semblant dotée de pouvoirs proprement terrifiants liés au passé trouble de ce monde et de ses dieux anciens, elle va tenter de remonter son passé entre les feux croisés de ses poursuivants humains et les gardiens de la Cour du Soir…

Si vous n’avez rien compris c’est normal, l’histoire et le monde construits par les deux auteures sont extrêmement touffues et l’on peut regretter (une fois n’est pas coutume dans les comics) qu’elles n’aient pas pris plus de temps pour poser leur univers tellement celui-ci est riche. Les factions sont nombreuses et graphiquement très bien identifiées. Les noms et évènements envoyés au lecteur attisent la curiosité le poussent à avancer dans une lecture qui peut parfois être dure à suivre du fait des nombreuses ellipses, placement des bulles peu précis entre les personnages (qui parle?), les narrations. C’est assez classique de la narration comics et l’image doit souvent venir appuyer le récit pour aider le lecteur. Ici étrangement, alors que c’est bien le graphisme fascinant de Sana Takeda qui fait ouvrir le bouquin, un caractère peu fini, brouillon (même sentiment que sur Descender) n’aide pas la lecture. Ce point noir énoncé, rien de grave néanmoins, tant l’on peut gager que la lecture de l’entièreté du récit permettra de combler ces lacunes.22185496-_sx540_

Monstress est surprenant en ce qu’il est très trompeur graphiquement. En effet, si le style de l’illustratrice utilisant fortement (et excellemment) la colorisation informatique  avec des textures posées est résolument original et élégant, ce n’est pas a proprement parler sa technique (assez moyenne) qui attire mais l’univers construit, le design général, proprement unique. L’on pourrait trouver des similitudes avec l’univers d’un Olivier Ledroit, foisonnant, surchargé, où chaque centimètre doit être « habillé ». Ainsi si les arrière-plans, les scènes de bataille sont clairement gribouillés, cela est compensé par ses aplats informatiques 19870241-_sy540_qui donnent une matière à l’ensemble. Le design des personnages, fait de mythologies angéliques, de manga enfantin et assez inspiré par l’univers des jeux-vidéo japonais, est réellement ce qui retient l’attention. Et puis dans Monstress les chats sont trop forts et j’adore les chats!

Au final je dirais que cet album hybride (d’inspiration Manga mais de facture totalement comics) reprend les défauts de ces derniers mais est porté par un design , un monde et une histoire vraiment intéressants, qui hormis les couvertures de chapitre magnifiques, manque un peu de chocs graphiques.

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Fiche BDphile