***·BD·Nouveau !·Numérique·Rapidos

BD en vrac #5

  • 2617_couvJakob Kayne #1: la Isabella

La jolie couverture à l’ancienne est efficace et semble proposer de la grande aventure maritime. La focale mise sur le héros avec son masque (qui n’est dans la BD pas aussi important que cette couverture le laisse penser) laisse de côté le cœur de l’intrigue du premier tome: le siège de la cité des Inquisiteurs par les forces du Sultan. Et c’est le principal problème de ce très joli album, on ne sait pas bien vers quoi on va. En effet, si l’univers est plutôt original avec cet affrontement féodo-religieux entre les Omeykhim (inspirés des ottomans du XVIII° siècle) et une Inquisition dirigée par Torquemada qui remplace tout à la fois le Vatican et l’ensemble des puissances catholiques, l’intrigue de ce premier volume se contente de nous montrer les capacités extraordinaires de Jakob Kayne, dernier descendant d’un peuple disparu, les « mange-mémoire » qui outre la possession d’artefacts magiques, ne peut jamais être reconnu… Quelques éléments fantastiques et mystérieux (comme ces hommes-poissons dont on ne sait absolument rien), l’infiltration de Jakob pendant le siège de la cité inquisitrice et c’est tout. On a l’impression d’un album en milieu de cycle ou d’un one-shot en raison de l’absence d’éléments introductifs. Ce n’est pas dramatique mais il faudra attendre la suite pour une série plutôt prometteuse (prévue en trois tomes indépendants) qui sait nous allécher par divers éléments assez sympathiques (même si un peu patchwork) en plus d’un dessin et d’un design donc très sympa.

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  • Conan: La fille du géant de gel

Après la fabuleuse version du toujours bon duo Toulhoat/Brugeas, Robin Recht nous propose un volume assez personnel, extrêmement graphique, dont le scénario est plus un concept qu’une histoire. C’est la concrétisation graphique de grands schémas mythologiques qui intéresse l’auteur, donnant une liberté absolue dans la personnification de la féminité, de la relation homme/femme, de la virilité rageuse des guerriers du Nord et jusqu’au divin.

Ayant opté pour la version grand format noir et blanc cet aspect est encore renforcé puisque l’on se retrouve dans un travail artistique très poussé, uniquement de contrastes et d’expérimentation de textures, proche de ce qu’à pu proposer un Frank Miller sur 300 par exemple. Résultat de recherche d'images pour "la fille du géant de gel recht"Sur un champ de bataille il ne reste plus qu’un homme debout, un colosse brun, un cimmerien. Comme à chaque fois la fille du géant de gel vient chercher ce héros pour le sacrifier à son père. Elle est nue, belle, Conan la pourchasse mais elle semble inatteignable, à travers la neige et la montagne. Ce jeu du chat et de la souris est celui d’une déesse face à un humain. Mais la fin de cette histoire est-elle vraiment inéluctable?… Après ma lecture je ne regrette pas cette version superbe, un magnifique boulot de Glénat et de l’auteur. Pourtant les couleurs que je trouvais un peu passées donnent une lisibilité à ces planches et je dirais malheureusement que les deux versions ne sont pas superflues pour ceux qui aiment suffisamment ce dessinateur. D’une lecture très rapide puisque le récit est essentiellement graphique, la fille du géant de gel vaut le coup. Notamment pour le travail sur le texte graphique, ce qu’on appelle onomatopées mais qui prend ici une véritable dimension visuelle, partie prenante du dessin, presque organique. L’album de Robin Recht n’est pas un récit épique mais plutôt un concept mythologique, comme un artbook expérimental, le lâcher prise d’un auteur qui a mis beaucoup d’envie dans son travail.

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****·BD·Guide de lecture·Nouveau !·Service Presse

Midnight Tales #1 et #2

BD concept de Mathieu Bablet & le Label 619
Ankama (2018), 2 vol. parus, environ 130 p./vol, série en cours.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette découverte.

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Ankama fait partie des éditeurs que j’aime bien car ils soignent leurs productions et lancent des projets originaux, même si je n’accroche pas avec toutes leurs publications. On a donc ici de gros volumes au format comics et papier épais non glacé, une table des matières, couverture à rabats et bibliographie pour aller plus loin. La maquette est très sympa et donne envie avec une alternance de courtes BD, de nouvelles et de textes documentaires ou pseudo-journalistiques qui participent grandement à la matière de cet univers, comme sur le Chateau des Etoiles par exemple. Une bibliographie est insérée sur le rabat à la fin des ouvrages. Hormis deux-trois pages avec un problème de chevauchement d’impression des textes (à moins que ce soit fait exprès pour l’ambiance trouble?) c’est nickel et mérite un Calvin pour l’édition.

Depuis la nuit des temps l’Ordre de Minuit rassemble les sorcières sur la planètes pour protéger notre réalité des puissances d’entre les mondes, ce qu’on appelle les esprits ou démons. En différents points du globe ces jeunes filles voient se chevaucher leurs vies personnelles, leurs difficultés et les dangers de leurs missions de protectrices. Ce sont les chroniques de l’Ordre qui vous sont relatées ici.

Chaque volume rassemble l’équipe du Label 619 dans un ensemble de BD et de contenu hétéroclite fidèle à ce que propose Ankama depuis quelques temps avec Doggy Bags et Gorcery par exemple. Le projet est chapeauté par Mathieu Bablet (qui produit presque tous les scénarii) en visant à développer un univers global autour de cette confrérie et du monde parallèle. L’originalité du projet, outre de rassembler textes et BD est de s’intéresser à des questions sociétales en différents points du monde et d’aborder les sorcières via leurs problèmes humains. Les personnages étant essentiellement des filles le focus est mis sur la perception féminine, les relations mères-filles, l’enfantement, etc. Je constate d’ailleurs que beaucoup de publications du label 619 semblent adopter ce point de vue féminin.

C’est orienté jeunes adultes et c’est particulièrement bien écrit! La maturité créative de ces jeunes auteurs est assez impressionnante, quand aux dessins si quelques cadors mettent le curseur très haut, l’ensemble est plus qu’honnête. Je ne suis pas forcément féru d’ouvrages multi-auteurs mais j’ai été totalement conquis pas le projet, son ambition et le sérieux de sa réalisation.

  • Volume 1

Le volume comprend quatre histoires de fantômes liées à l’Ordre de Minuit, une nouvelle et des articles traitant des femmes en Inde, des mythes des cités englouties, d’un type de fantôme et des sources historiques de la magie.

The last dance: la première histoire relate les aventures d’un groupe de jeunes lycéennes en proie aux problèmes de leur âge alors qu’un Esprit annonciateur de malheurs apparaît. Le dessin de Guillaume Singelin, de type manga, est très propre, dynamique et efficace. On entre bien dans ce monde de spirit slayers.

Samsara: la seconde, dessinée par Sourya voit une équipe de sorcières indiennes accompagner les âmes des morts vers leur dernier voyage. Je ne suis pas passionné pas la société indienne et suis un peu resté en retrait, même si la variation orientale des démons reste originale.

  • Nightmare from the shore: Mathieu Bablet seul aux commandes nous propose un petit apocalypse autour d’un couple d’amies un peu perturbées par leurs conditions sociales et qui passent un pacte avec un démon sorti des eaux… pour le pire. Toujours ces fascinantes pérégrinations urbaines décadentes dont il a le secret.

  • Devil’s garden #1: enfin Gax nous raconte l’histoire de la fille du Diable, Lilith, sur le point de rejoindre son géniteur alors qu’un chevalier de l’Ordre surgit pour empêcher la catastrophe. Très bonne ouverture de l’univers fantastique, un peu brouillon visuellement (l’esprit graph du Label 619, on aime ou pas) mais qui dessine de très bonnes perspectives.

  • Volume 2

Midnight-tales-volume-2-ankama-extraitWitch O’Winchester: histoire de maison hantée dessinée par le génial Florent Maudoux, la première BD du recueil nous raconte la chronique de la veuve de la famille Winchester (la carabine) contrainte de bâtir une maison tentaculaire si elle ne veut pas mourir. C’est très beau comme d’habitude même si l’on aurait aimé en savoir plus sur cette jeune guide membre de l’Ordre.

  • L’étrange cas de M. Bartholomew: des sorcières égyptiennes sont contactées par un riche occidental envoûté et rendu minuscule. L’histoire est un peu anecdotique et permet surtout de parler de la mythologie égyptienne, du monde des morts et de l’histoire coloniale de l’Egypte.

L’amulette: retour de Bablet tout seul pour une assez courte histoire qui donne lieu à quelques fascinantes visions de l’autre monde. Trop court pour être vraiment marquant mais cela permet d’introduire le plus intéressant article depuis le lancement de la série, celui sur la Society for Psychical Research.

Résultat de recherche d'images pour "mathilde kitteh midnight tales" Devil’s garden #2: la suite du précédent, dessiné cette fois par Mathilde Kitteh, nous présente une Midnight girl Thaï extrêmement puissante et qui ne parvient à contrôler son pouvoir qu’en s’épuisant dans les drogues et l’activité. Elle se retrouve contrainte de cohabiter avec l’âme de l’une de ses victimes avant l’intervention de l’Ordre. La séquence est un peu redondante mais permet de développer un peu le background de l’Ordre de Minuit.

Le volume s’achève sur une passionnante réflexion sur le passage des esprits à la religion et de la religion à la science dans l’Égypte antique.

 

La critique du T3 est ici.

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*****·BD·Nouveau !

Conan: Le colosse noir

BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Dargaud (2018), one shot, 64 p. + cahier bonus avec la première édition.

9782344012475-lL’album à la superbe couverture sanguine s’ouvre immédiatement sur la BD juste après la page de titre. Les éléments complémentaires seront donc à la fin, avec d’abord une dernière planche magnifique, totalement « frazetienne », puis une double page détaillant la genèse de la nouvelle de Robert E. Howard qui a inspiré cet album ; ensuite une série d’illustrations hommages et enfin quelques courtes précisions sur la collection avec les albums parus et à paraître (… où n’apparaît pas l’album dessiné par Robin Recht dont l’illustration de couverture a fortement émoustillé les réseaux sociaux – et pas que la couverture…). L’intérieur de couverture propose la carte du monde de Conan, ce qui n’est pas inutile étant donné le scénario très politique de l’album.

Lorsque le roi Shevatas atteint l’antique de Kuthchemes il va réveiller la puissance d’un ancien sorcier noir. L’équilibre des cités-Etats et des nations du désert va être rompu par ce nouveau conquérant. Enrôlé comme mercenaire dans une armée, Conan le cimmerien va se retrouver défenseur de la reine et dernier rempart contre cette puissance maléfique…

Résultat de recherche d'images pour "conan toulhoat"Comme pour Elric, je suis totalement ignorant des écrits de Howard et ne connais Conan que par Frazetta et le film de John Milius. Ainsi je n’ai aucun passif romantique avec le personnage et si l’imaginaire créé par l’illustrateur américain me fascine comme tout le monde, c’est surtout pour le couple Brugeas/Toulhoat que j’ai été attiré par cet album. En effet, tout dans leurs œuvres précédentes me paraît amener à cet album et sa lecture m’a confirmé cela: l’encrage puissant, la dynamique des cadrages, l’érotisme et la tension musculaire des personnage de Ronan Toulhoat reflètent totalement cet univers guerrier de l’âge Hyborien.

Si le dessinateur nous a maintes fois montré son talent et son envie de batailles furieuses, jamais ses planches n’ont été aussi noires, organiques (les nuées noires omniprésentes), avec un découpage laissant la place (18 pages tout de même) à cette description titanesque de batailles que seul un Olivier Ledroit auparavant avait su monter à ce niveau apocalyptique dans les premiers tomes des Chroniques de la Lune noire. On est ici en cinémascope, avec de très larges plans d’un magnifique désert noirci par les milliers de soldats des deux armées. A côté, les batailles d’Ira Dei ou du Roy des Ribauds ressembleraient presque à la Guerre des boutons…

Résultat de recherche d'images pour "conan toulhoat"Pourtant cet album réalisé en 2016 (le lancement de la collection Conan, dirigée par JD Morvan, a été retardé pour des raisons de droits) n’est pas le plus poussé graphiquement de Toulhoat. Les arrières-plans et les décors en particulier sont parfois un peu rapidement illustrés. Pourtant les auteurs font preuve d’une implication totale, comme cette séquence d’introduction quasi-muette où les dessins encrés se mélangent aux crayonnés pour représenter les fantômes du passé de la vieille cité. Ronan Toulhoat (dont la productivité est réellement sidérante, je ne cesserais de le rappeler) s’est clairement concentré sur les personnages et l’action de premier plan et sa maîtrise de l’outil numérique parvient à compenser le travail économisé sur le fonds. Résultat de recherche d'images pour "conan toulhoat"Surtout, sa récente technique de colorisation qui ne m’avait pas convaincu sur ses derniers albums, trouve ici toute sa pertinence: le monde de Conan est fruste et raffiné, violent et érotique… les aplats de couleurs rouge/bleu/orangé posent une ambiance mythique appuyée par les encrages de l’illustrateur qu’il n’est plus besoin de souligner (on a par moment des souvenir du 300 de Frank Miller). Cela est rehaussé par maintes volutes très fines qui habillent magnifiquement les costumes et décors en réduisant la nécessité de précision. Je ne m’étendrais pas sur la maîtrise anatomique et des costumes de l’illustrateur que ses lecteurs habitués connaissent. A noter qu’une édition n&b est disponible (et m’a beaucoup fait hésiter) et je pense après lecture que la version couleur est plus forte.

Résultat de recherche d'images pour "conan toulhoat"L’histoire pourrait trancher avec cette ambiance graphique. Vincent Brugeas a choisi d’établir un contexte diplomatique et guerrier complexe, qui permet d’ajouter de la subtilité à une intrigue sommes toutes sommaire (un sorcier cherche à conquérir une princesse…). Ne connaissant pas la nouvelle d’origine je ne peux dire quelles ont été les contraintes d’adaptation mais personnellement j’aurais aimé plus de fantastique, plus de noirceur païenne liée au sorcier… Mais parvenir à associer une gigantesque bataille, les débats diplomatico-stratégiques de la première partie et un cadre général en un seul one-shot de 64 pages est une sacré réussite. Cela car nous a été épargnée une introduction au personnage, ce qui n’aurait pas été nécessaire puisque la collection Conan propose différentes visions d’un même univers. Personnellement, ce qui m’apparaît comme le meilleur album du duo à ce jour donne très envie de prolonger le plaisir sur les autres volumes, surtout lorsque l’on voit les noms de ceux qui prendront la suite…

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****·Graphismes·Littérature

Une bible

Livre illustré de Philippe Lechermeier et Rebecca Dautremer
Gauthier Languereau (2014), 400 p.

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Gauthier Languereau est un éditeur dangereux: a peu près tout ce qu’il édite fait pleurer les yeux et révèle un travail d’édition très impressionnant. C’est bien entendu le cas avec ce très gros livre, aussi imposant que le texte-source sur lequel il se base: la Bible. Mais ici le texte fondateur n’est que le matériau d’origine, comme Alice au pays des merveilles l’était pour l’œuvre musicale d’Ibrahim Maalouf « Au pays d’Alice« : une inspiration pour une œuvre originale réappropriée. Le principe de l’adaptation en somme. Le volume présenté ici regroupe les deux ouvrages « L’ancien testament » et « le Nouveau testament« .

Résultat de recherche d'images pour Et sur ce plan il faut dire que le travail est considérable. Les textes sont vraiment réussis, de synthèse et d’inspiration visuelle, en écho aux illustrations à la fois très libres et toujours puissantes de Rebecca Dautremer, qui s’emploie ici à panacher les techniques et les styles visuels. Je regarde le travail de l’illustratrice depuis pas mal d’années sur des albums jeunesse mais n’ai pas suivi en détail ses expérimentations. Il me semble pourtant que ce projet est l’occasion pour elle de se faire plaisir un variant ses créations qui s’éloignent par moment totalement du trait qui l’a fait connaître. D’abord car beaucoup des images Résultat de recherche d'images pour sont monochromes, voit noir sur blanc. Parfois un crayonné, parfois un travail photographique retouché, beaucoup d’illustrations aux tons gris encadrés comme de vieilles photos… et aussi d’immenses pleines pages explosant de couleurs. Il y a du Dali dans certaines créations et si l’iconographie s’éloigne pas mal de celle qu’on imagine pour les événements de la Bible, la cohérence d’ensemble, artistique, est vraiment réussie. Graphiquement il s’agit donc bien plus d’un travail autour de la Bible que d’une illustration de la Bible.

Résultat de recherche d'images pour Une bible est présenté comme « un roman » par l’éditeur. Je dirais plutôt comme un mythe. L’auteur a une volonté manifeste de pédagogie. Ainsi chaque séquence clé, chaque personnage majeur de la Bible sont expliqués en un court texte ou paragraphe au sein d’une magnifique maquette très aérée mais travaillée par Taï-Marc le Tanh (le conjoint de l’illustratrice) de la typographie à quelques subtiles éléments graphiques. Nous avons ici un très gros et très beau livre idéal à offrir (en précisant qu’il ne s’agit aucunement de La bible mais bien d’Une bible!). L’ouvrage est bien destiné à la culture générale, à connaître les mythes fondateurs de ce texte comme les deux auteurs s’étaient auparavant attaqués aux princesses et au petit Poucet. C’est un travail éminemment humaniste de synthèse  du récit du texte religieux. Logiquement, la deuxième partie de l’ouvrage est plus éloignée du texte source.Résultat de recherche d'images pour

Je je saurais que trop conseiller l’investissement vue la qualité générale de l’ouvrage qui vous permettra de découvrir (y compris en famille) ces contes issus de notre culture commune. Je dirais que seules les illustrations de Dautremer, par moment un peu inquiétantes, pourraient dissuader les lus jeunes. Hormis cela, profitez de ce cadeau pour vous plonger dans un beau livre plein de belles histoires et de belles images.

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****·BD·La trouvaille du vendredi

La trouvaille du vendredi #4

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


BD d’Edouard Cour
Akileos (2012), 150p. 3 volumes parus.

Couverture de Herakles -1- Tome 1

Akiléos privilégie les petits formats couverture souple, ce qui permet de grosses paginations, des cases au large format et un rabat de couverture. Des annexes en fin d’album (qu’il sera bon de consulter avant la lecture) indiquent une cartographie des travaux et le dramatis personae bien utile étant donné les noms toujours très particuliers de la mythologie grecque. La couverture des trois volumes de la série sont stylisées mais pas forcément ce qu’on a fait de plus engageant en matière de BD. Existe en intégrale cartonnée et intégrale collector cartonnée grand format.

Alcide, plus connu sous le nom d’Heraklès (« Gloire d’Héra ») est un demi dieu contraint d’assumer des travaux que son cousin Eurysthée lui impose sur ordre d’Héra. Géant bourru et pas très fin mais doté d’une force démesurée, il va parcourir les mythes de la Grèce avec une bonhomie déconcertante.

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"J’ai découvert l’éditeur Akiléos avec la saga Block 109 de Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas. A Angoulême j’ai tenté le Brane Zéro de Mathieu Thonon qui fut une tout aussi bonne découverte et m’a incité à m’intéresser plus en détail au catalogue d’Akiléos. Parmi les BD de l’éditeur cet Heraklès m’a intrigué, pas du tout pour sa couverture, mais par-ce que les mythes m’intéressent, les variations aussi et que le dessin semblait sympa.

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"Bien m’en a pris car cette adaptation relativement littérale (la fourchette de personnages décrite en Annexes des trois volumes est assez impressionnante et personnellement j’avoue m’y être perdu…) a le mérite tout à la fois d’être une vraie réussite graphique, d’être fort drôle et de nous replonger dans l’action d’une aventure connue de tous. Chez Edouard Cour Heraklès est une sorte de géant un peu bête, un peu primal, mais totalement invincible. Une sorte d’Obelix grec (si je peux me permettre cette inversion) qui colle des baffes et ne comprend pas pourquoi on est méchant avec lui. Un colosse au cœur tendre mais à la rage… « herculéenne » (certaines séquences de combat olympien peuvent rappeler un certain Dragon-ball avec ces mandales galactiques express). L’auteur utilise un humour d’anachronismes, dans les dialogues surtout. Ses quelques comparses et la muse qui l’accompagne permettent des échanges verbaux aux petits oignons

je suis rassuré, j’avais un doute, mais ta stupidité est bel et bien sans limite. Manger un scorpion sans enlever le dard, si c’est pas con çà!

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"Les chapitres représentent les travaux et permettent un jeu avec le lecteur sur une histoire connue… sauf d’Heraklès! On le voit alors dans des situations grotesques, doté d’une volonté infinie, courant une année après la biche aux sabots d’airains, nettoyant les écuries sans se rendre compte des étrons posés par les taureaux. Hercule continue sans se préoccuper des conséquences, tel un enfant. Heureusement que ses amis l’aident (pour l’histoire cachée)! Mais on a autant de plaisir à rigoler qu’à se rafraîchir les péripéties d’un mythe que peu connaissent en intégralité (les jeunes pourront même découvrir via cette BD… même si les dialogues sont parfois fleuris). Le troisième volume se déroule après les travaux et développe me semble-t’il une intrigue hors des textes mythologiques. C’est intéressant de voir le destin tragique de ce grand enfant qui cherche la tranquillité mais se trouve voué aux passions d’Héra. Car si son corps est invincible, son cœur ne l’est pas…

Graphiquement on est dans un dessin dépouillé drôle en lui-même (les membres d’Hercule sont des arbres), ne serait-ce que par les onomatopées (les petits « paf » quand il colle un ENORME coup de gourdin). On est dans le style Blain comme sur Quai d’Orsay et son art du mouvement, entre le comique de situation et le mime. Avec des dessins aérés, parfois très sombres en hachures sauvages, parfois très colorés les albums se lisent avec grand plaisir, sans effort et l’on peut apprécier les jolies couleurs et la pâte humoristique des crayons de l’auteur. Cette série est vraiment un agréable bonbon à lire à plusieurs et que vous pouvez offrir sans hésiter sous le sapin pour être sur de surprendre.

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BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Ar-men: l’enfer des enfers

BD d’Emmanuel Lepage
Futuropolis (Gallimard), 96p. + 1DVD documentaire.

couv_312102Ar-men est le phare le plus à l’ouest de la Bretagne. Un phare construit de main d’homme au milieu du XIX° siècle sur un rocher de quelques dizaines de mètres, au milieu des flots. De sa construction à sa dernière occupation, c’est le récit d’une partie de la Bretagne, d’une culture, d’une persévérance et d’un lien des hommes à la mer qui nous est relaté. C’est également le récit d’un homme et de ses fantômes.

Chaque nouvel album d’Emmanuel Lepage est désormais un événement dans la sphère bdphile. Auteur entier ne recherchant pas la facilité, doté d’une technique sans faille et d’une sensibilité esthétique qui ne fait pas de doute, il parvient livre après livre à parler de ses passions et questionnements très personnelles dans des œuvres passionnantes. Je le suis depuis la Terre sans mal, magnifique voyage ethnographique en terre d’Amazonie (pour moi son plus bel album) mais j’avais passé mon chemin sur ses carnets de voyages, genre qu9782754823364_p_1.jpg‘il a entamé il y a quelques années et qu’il peaufine désormais en des albums à cheval entre la fiction et le reportage. La Lune est blanche, relatant l’expédition en Antarctique de l’Institut Polaire qu’il a suivie (à travers une BD agrémentée de photographies de son frère)  m’avait littéralement passionné et j’ai entrepris de reprendre mon retard. Son dernier album inspiré des Voyages d’Ulysse m’avais laissé sur ma fin, trop réflexif. Ar-men est cette fois beaucoup plus classique et forme l’une de ses plus belles réussites.

Dès l’introduction, très cinématographique, Lepage laisse exploser son talent, sa maîtrise des plans aériens, de couleurs maritimes éclatantes en suivant une mouette progressant  et nous emmenant de la pointe du raz à l’île de Sein et jusqu’au phare proprement dit. planches_58153.jpgLà, deux hommes et une jeune fille résident dans un fut de dix-mètres de diamètre au milieu des flots… Chaque soir une grosse vague risque de briser la porte ou jusqu’aux vitres de la lanterne. Pourtant ils sont là pour sauver des vies, celles de marins au large qu’ils guident par leur lumière salutaire. La vie dans le phare est rapidement relatée avant d’entamer le récit à la jeune fille des légendes bretonnes de la ville d’Ys, de Dahut et de l’ensevelissement par les eaux, puis de la construction du phare il y a un siècle en creusant barre de fer à la main une roche battue par les flots. C’est une véritable aventure, du même souffle que celle de l’Endurance que j’ai chroniqué sur ce blog, qui nous est relatée via des planches toutes plus magnifiques, tantôt historiques, tantôt naturaliste (les flots, les oiseaux, le vent). Lepage est breton et fusionne avec sa terre, comme jamais dans cet album. L’on sent le lien aux éléments qui unit ces hommes simples de Sein, cette nécessité de vivre sur la mer, de la mer, pour la mer. Ironie de leur situation, ces marins vivaient des naufrages et vont vivre par et pour le phare destiné à éviter ces naufrages…

182985491Lepage sait agencer l’histoire, le mythe, le contemplatif et le cheminement personnel de ses personnages en une alchimie parfaite, passionnante, graphiquement superbe et variée. Et ici l’album prend une dimension supérieure lorsqu’est révélé brutalement le passé du gardien. Tout en subtilité, en maîtrise Emmanuel Lepage réalise alors un grand album comme son talent, humain, sensible.

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NB: l’album a été lu en numérique ce qui m’empêche malheureusement de mettre 5 calvin…

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

D’autres avis chez: Mo‘,Brize, Blandine, Jérôme, Antigone, Lecturissime, Bricabook,

***·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

La trouvaille du vendredi #2

La trouvaille+joaquim

La Trouvaille c’est un trésor que vous avez gardé dans votre mémoire, une pépite de votre bibliothèque et qui mérite d’être offerte à l’appétit de vos lecteurs. Une pause de fin de semaine hors du brouhaha des publications récentes…


Hariti

BD de Igor Szalewa Et Nicolas Ryser
Glénat (2001-2004), 3x46p.

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Dans l’Afrique des légendes, des fétiches et de la magie, la sorcière Hariti, stérile, va tout faire pour connaître l’amour maternel. Mais son pacte avec les puissances ancestrales est risqué. Si elle est prête à tous les sacrifices, les dieux l’entendent-ils ainsi?

La série de Ryser et Szalewa, injustement méconnue, propose d’entrer dans une Afrique entre croyances traditionnelles et vaste cosmogonie fondatrice. Car au travers du personnage archétypal de la sorcière Hariti (qui a des ressemblances avec Karaba, la sorcière de Kirikou, qui a pu influencer les auteurs ici) c’est bien le mythe originel de l’enfantement du monde, de l’Homme et du peuple africain qui est proposé. Les décors nous emmènent du pays de cocagne interdit aux hommes à l’arbre aux fruits défendus et le monde des esprits. Les sortilèges peuvent ôter la conscience aux rois et les corps fusionner avec les racines. Cet univers, bien que très coloré sous les pinceaux magnifiques de Nicolas Ryser (dont c’est la première BD) est sombre, rocailleux, fait d’épines et des traits torturés d’une Hariti vieillissante au travers des trois albums qui s’étirent sur une vingtaine d’années.

hariti3L’intrigue est par moment difficile à suivre (notamment dans le tome 1) en raison de sauts temporels ou d’action assez brutaux. Cela peut être vu comme une faille du scénario ou comme une volonté de s’inscrire dans le récit mythique où le temps n’a pas de valeur, pas de norme. La relation entre la fille et la marâtre, la jalousie exclusive et l’amour ambigu sont montrés avec subtilité derrière ces cases  à la force tribale. Mais le personnage central demeure celui de la sorcière Hariti: rarement un anti-héros aussi sombre aura été assumé de la sorte et bien peu de choses permettent au lecteur de s’y attacher! Elle fait le mal, revancharde, puissante, tenant tête à des divinités décidément dures avec les hommes. Et si l’amour entre les Adam et Eve de l’histoire peut laisser un fil positif à cette légende, l’ensemble reste résolument pessimiste, comme dans la plupart des mythes de l’humanité…

Le trait de Ryser est volontairement exagéré, les corps déformés semblent chercher à reproduire les figures des fétiches de bois, créant une atmosphère propice à dérouler cette histoire. Dans Hariti pas de fausse pudeur d’ailleurs, les hommes sont le plus souvent nus et parés de quelques bijoux et bracelets, ce qui permet à l’auteur de travailler ses corps magnifiquement.

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Les arrière-plans souvent en peinture directe sans encrages peuvent paraître parfois un peu brouillons en regard des superbes personnages. L’ensemble nous transporte pourtant dans un imaginaire africain, fait d’aridité, de villages de terre et de forêts piquantes et asséchées.

Hariti est une excellente surprise aux superbes graphismes chatoyants qui montrent un illustrateur de caractère et une grande lisibilité des cases. Histoire primordiale que l’on voit peu en BD (l’Asgard de Dorison et Meyer possédait également cet élément mythologique fascinant), Hariti est un projet qui mérite de s’y arrêter, œuvre d’un travail original, sincère, talentueux et qui m’a fait découvrir un illustrateur que je vais essayer de suivre sur sa série Les derniers Argonautes.

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