BD·La trouvaille du vendredi

Heraklès

BD d’Edouard Cour
Akileos (2012), 150p. 3 volumes parus.

Couverture de Herakles -1- Tome 1

Akiléos privilégie les petits formats couverture souple, ce qui permet de grosses paginations, des cases au large format et un rabat de couverture. Des annexes en fin d’album (qu’il sera bon de consulter avant la lecture) indiquent une cartographie des travaux et le dramatis personae bien utile étant donné les noms toujours très particuliers de la mythologie grecque. La couverture des trois volumes de la série sont stylisées mais pas forcément ce qu’on a fait de plus engageant en matière de BD. Existe en intégrale cartonnée et intégrale collector cartonnée grand format.

Alcide, plus connu sous le nom d’Heraklès (« Gloire d’Héra ») est un demi dieu contraint d’assumer des travaux que son cousin Eurysthée lui impose sur ordre d’Héra. Géant bourru et pas très fin mais doté d’une force démesurée, il va parcourir les mythes de la Grèce avec une bonhomie déconcertante.

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"J’ai découvert Akiléos avec la saga Block 109 de Ronan Toulhoat et Vincent Brugeas. A Angoulême j’ai tenté le Brane Zéro de Mathieu Thonon qui fut une tout aussi bonne découverte et m’a incité à m’intéresser plus en détail au catalogue d’Akiléos. Parmi les BD de l’éditeur cet Heraklès m’a intrigué, pas du tout pour sa couverture, mais par-ce que les mythes m’intéressent, les variations aussi et que le dessin semblait sympa.

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"Bien m’en a pris car cette adaptation relativement littérale (la fourchette de personnages décrite en Annexes des trois volumes est assez impressionnante et personnellement j’avoue m’y être perdu…) a le mérite tout à la fois d’être une vraie réussite graphique, d’être fort drôle et de nous replonger dans l’action d’une aventure connue de tous. Chez Edouard Cour Heraklès est une sorte de géant un peu bête, un peu primal, mais totalement invincible. Une sorte d’Obelix grec (si je peux me permettre cette inversion) qui colle des baffes et ne comprend pas pourquoi on est méchant avec lui. Un colosse au cœur tendre mais à la rage… « herculéenne » (certaines séquences de combat olympien peuvent rappeler un certain Dragon-ball avec ces mandales galactiques express). L’auteur utilise un humour d’anachronismes, dans les dialogues surtout. Ses quelques comparses et la muse qui l’accompagne permettent des échanges verbaux aux petits oignons

je suis rassuré, j’avais un doute, mais ta stupidité est bel et bien sans limite. Manger un scorpion sans enlever le dard, si c’est pas con çà!

Résultat de recherche d'images pour "herakles cour"Les chapitres représentent les travaux et permettent un jeu avec le lecteur sur une histoire connue… sauf d’Heraklès! On le voit alors dans des situations grotesques, doté d’une volonté infinie, courant une année après la biche aux sabots d’airains, nettoyant les écuries sans se rendre compte des étrons posés par les taureaux. Hercule continue sans se préoccuper des conséquences, tel un enfant. Heureusement que ses amis l’aident (pour l’histoire cachée)! Mais on a autant de plaisir à rigoler qu’à se rafraîchir les péripéties d’un mythe que peu connaissent en intégralité (les jeunes pourront même découvrir via cette BD… même si les dialogues sont parfois fleuris).

Graphiquement on est dans un dessin dépouillé drôle en lui-même (les membres d’Hercule sont des arbres), ne serait-ce que par les onomatopées (les petits « paf » quand il colle un ENORME coup de gourdin). On est dans le style Blain comme sur Quai d’Orsay et son art du mouvement, entre le comique de situation et le mime. Avec des dessins aérés, parfois très sombres en hachures sauvages, parfois très colorés les albums se lisent avec grand plaisir, sans effort et l’on peut apprécier les jolies couleurs et la pâte humoristique des crayons de l’auteur. Cette série est vraiment un agréable bonbon à lire à plusieurs et que vous pouvez offrir sans hésiter sous le sapin pour être sur de surprendre.

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Ar-men: l’enfer des enfers

BD d’Emmanuel Lepage
Futuropolis (Gallimard), 96p. + 1DVD documentaire.

couv_312102Ar-men est le phare le plus à l’ouest de la Bretagne. Un phare construit de main d’homme au milieu du XIX° siècle sur un rocher de quelques dizaines de mètres, au milieu des flots. De sa construction à sa dernière occupation, c’est le récit d’une partie de la Bretagne, d’une culture, d’une persévérance et d’un lien des hommes à la mer qui nous est relaté. C’est également le récit d’un homme et de ses fantômes.

Chaque nouvel album d’Emmanuel Lepage est désormais un événement dans la sphère bdphile. Auteur entier ne recherchant pas la facilité, doté d’une technique sans faille et d’une sensibilité esthétique qui ne fait pas de doute, il parvient livre après livre à parler de ses passions et questionnements très personnelles dans des œuvres passionnantes. Je le suis depuis la Terre sans mal, magnifique voyage ethnographique en terre d’Amazonie (pour moi son plus bel album) mais j’avais passé mon chemin sur ses carnets de voyages, genre qu9782754823364_p_1.jpg‘il a entamé il y a quelques années et qu’il peaufine désormais en des albums à cheval entre la fiction et le reportage. La Lune est blanche, relatant l’expédition en Antarctique de l’Institut Polaire qu’il a suivie (à travers une BD agrémentée de photographies de son frère)  m’avait littéralement passionné et j’ai entrepris de reprendre mon retard. Son dernier album inspiré des Voyages d’Ulysse m’avais laissé sur ma fin, trop réflexif. Ar-men est cette fois beaucoup plus classique et forme l’une de ses plus belles réussites.

Dès l’introduction, très cinématographique, Lepage laisse exploser son talent, sa maîtrise des plans aériens, de couleurs maritimes éclatantes en suivant une mouette progressant  et nous emmenant de la pointe du raz à l’île de Sein et jusqu’au phare proprement dit. planches_58153.jpgLà, deux hommes et une jeune fille résident dans un fut de dix-mètres de diamètre au milieu des flots… Chaque soir une grosse vague risque de briser la porte ou jusqu’aux vitres de la lanterne. Pourtant ils sont là pour sauver des vies, celles de marins au large qu’ils guident par leur lumière salutaire. La vie dans le phare est rapidement relatée avant d’entamer le récit à la jeune fille des légendes bretonnes de la ville d’Ys, de Dahut et de l’ensevelissement par les eaux, puis de la construction du phare il y a un siècle en creusant barre de fer à la main une roche battue par les flots. C’est une véritable aventure, du même souffle que celle de l’Endurance que j’ai chroniqué sur ce blog, qui nous est relatée via des planches toutes plus magnifiques, tantôt historiques, tantôt naturaliste (les flots, les oiseaux, le vent). Lepage est breton et fusionne avec sa terre, comme jamais dans cet album. L’on sent le lien aux éléments qui unit ces hommes simples de Sein, cette nécessité de vivre sur la mer, de la mer, pour la mer. Ironie de leur situation, ces marins vivaient des naufrages et vont vivre par et pour le phare destiné à éviter ces naufrages…

182985491Lepage sait agencer l’histoire, le mythe, le contemplatif et le cheminement personnel de ses personnages en une alchimie parfaite, passionnante, graphiquement superbe et variée. Et ici l’album prend une dimension supérieure lorsqu’est révélé brutalement le passé du gardien. Tout en subtilité, en maîtrise Emmanuel Lepage réalise alors un grand album comme son talent, humain, sensible.

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NB: l’album a été lu en numérique ce qui m’empêche malheureusement de mettre 5 calvin…

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Hariti

BD de Igor Szalewa Et Nicolas Ryser
Glénat (2001-2004), 3x46p.

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Dans l’Afrique des légendes, des fétiches et de la magie, la sorcière Hariti, stérile, va tout faire pour connaître l’amour maternel. Mais son pacte avec les puissances ancestrales est risqué. Si elle est prête à tous les sacrifices, les dieux l’entendent-ils ainsi?

La série de Ryser et Szalewa, injustement méconnue, propose d’entrer dans une Afrique entre croyances traditionnelles et vaste cosmogonie fondatrice. Car au travers du personnage archétypal de la sorcière Hariti (qui a des ressemblances avec Karaba, la sorcière de Kirikou, qui a pu influencer les auteurs ici) c’est bien le mythe originel de l’enfantement du monde, de l’Homme et du peuple africain qui est proposé. Les décors nous emmènent du pays de cocagne interdit aux hommes à l’arbre aux fruits défendus et le monde des esprits. Les sortilèges peuvent ôter la conscience aux rois et les corps fusionner avec les racines. Cet univers, bien que très coloré sous les pinceaux magnifiques de Nicolas Ryser (dont c’est la première BD) est sombre, rocailleux, fait d’épines et des traits torturés d’une Hariti vieillissante au travers des trois albums qui s’étirent sur une vingtaine d’années.

hariti3L’intrigue est par moment difficile à suivre (notamment dans le tome 1) en raison de sauts temporels ou d’action assez brutaux. Cela peut être vu comme une faille du scénario ou comme une volonté de s’inscrire dans le récit mythique où le temps n’a pas de valeur, pas de norme. La relation entre la fille et la marâtre, la jalousie exclusive et l’amour ambigu sont montrés avec subtilité derrière ces cases  à la force tribale. Mais le personnage central demeure celui de la sorcière Hariti: rarement un anti-héros aussi sombre aura été assumé de la sorte et bien peu de choses permettent au lecteur de s’y attacher! Elle fait le mal, revancharde, puissante, tenant tête à des divinités décidément dures avec les hommes. Et si l’amour entre les Adam et Eve de l’histoire peut laisser un fil positif à cette légende, l’ensemble reste résolument pessimiste, comme dans la plupart des mythes de l’humanité…

Le trait de Ryser est volontairement exagéré, les corps déformés semblent chercher à reproduire les figures des fétiches de bois, créant une atmosphère propice à dérouler cette histoire. Dans Hariti pas de fausse pudeur d’ailleurs, les hommes sont le plus souvent nus et parés de quelques bijoux et bracelets, ce qui permet à l’auteur de travailler ses corps magnifiquement.

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Les arrière-plans souvent en peinture directe sans encrages peuvent paraître parfois un peu brouillons en regard des superbes personnages. L’ensemble nous transporte pourtant dans un imaginaire africain, fait d’aridité, de villages de terre et de forêts piquantes et asséchées.

Hariti est une excellente surprise aux superbes graphismes chatoyants qui montrent un illustrateur de caractère et une grande lisibilité des cases. Histoire primordiale que l’on voit peu en BD (l’Asgard de Dorison et Meyer possédait également cet élément mythologique fascinant), Hariti est un projet qui mérite de s’y arrêter, œuvre d’un travail original, sincère, talentueux et qui m’a fait découvrir un illustrateur que je vais essayer de suivre sur sa série Les derniers Argonautes.

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Comics·Mon vide-grenier livresque

Mon vide-grenier livresque #2

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Cette semaine Fifty propose le thème de l’horreur. Pas un genre que je cherche particulièrement mais en revanche au travers du Thriller et du fantastique (pas mal de BD inspirées par l’univers de Lovecraft ici…).

Du coup je ressort un article dont je suis assez fier sur les graphic novels du fabuleux illustrateur croate Esad Ribic, qui a produit il y a quelques années un huis-clos sous-marinier horrifique de tous les diables:

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Le billet

Une critique aussi chez Anotherwhisky.

BD·C'est lundi...·Comics·Jeunesse·Manga

C’est lundi, que lisez-vous? #4

Un peu noyé sous la gestion du blog et des lectures tout azimut (grâce notamment à Iznéo et aux services de presse), j’ai manqué de temps pour suivre la chronique « c’est lundi ». Petit rattrapage donc…

1. Qu’ai-je lu la semaine passée ?

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Deux nouveautés (dont une pour Iznéo et la suite des Spectaculaires dont le premier tome a été chroniqué ici), et je suis très content d’avoir repris Hariti dont j’avais acheté le premier volume il y a plus de 10 ans (!!) et que je n’avais pas continué pour je ne sais quelle raison. Excellente série du coup, que je vais chroniquer bientôt sur les Trouvailles du vendredi. Enfin l’album du dingue Kim Jung Gi (découvert via Twitter avec ses dessins NB incroyables!),

2. Que suis-je en train de lire en ce moment?

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Le dernier Tuniques Bleues (bien longtemps que j’en ai pas lu, mais j’adore cette série), un Lupano (fait-il des albums moyens?) et le Lepage en espérant qu’il se rachète après la déception d’Ulysse. Et puis je commence à rattraper les sorties de l’automne avec Nils 2 (qui nécessite de relire le 1 je pense).

3. Que vais-je lire ensuite ?

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J’ai tenté le coup de JL crise d’identité en voyant des critiques dithyrambiques sur le web, une BD pour la rubrique Trouvaille du vendredi et le manga de Shin’ichi Sakamoto, un des rares mangaka qui me fait très envie, après la claque Ascension. Du coup je me remets au manga avec l’apparemment hardcore Sun-Ken Rock…

Et vous? Toujours dans l’orgie de la rentrée ou vous avez fini de digérer? Donnez vos lectures du moment en commentaires, ça m’intéresse!

BD·BD de la semaine·Nouveau !

Shalin

BD de David et Bourgier
Soleil (2017), 50p.

couv_312847La maquette est toujours aussi élégante, avec pour la première fois de la série un personnage de dos. Également comme d’habitude un extrait de texte ancien introduisant le peuple Riddrak cette fois-ci. Pas de glossaire (peut-être dans le t6?). Comme expliqué sur le précédent article concernant Servitude, le tirage de tête à venir est vivement conseillé pour profiter pleinement de la finesse des extraordinaires dessins…

Après le siège d’Al Astan qui a vu la fuite des Fils de la terre, après  l’exil des Drekkars accompagnant l’Hégémon Sekal d’Aegor et les esclaves Riddrak libérés, toutes ces factions semblent se diriger vers Shalin, la cité sortie des sables du désert. Là, alors que le navire Iccrin transportant F’lar et Kiriel atterrit en catastrophe, une rude négociation commence entre les différents peuples. Le félon Othar de Vériel commence le siège de Shalin et Sékal commence un intriguant voyage solitaire aux confins du désert…

Le cinquième tome de Servitude est là, tragiquement car ce devrait être le dernier (zut) et que c’est finalement l’avant-dernier (youpi): les auteurs expliquent en petite post-face qu’ils ont été contraints de scinder le dernier album en deux parties pour éviter de repousser la sortie d’un volume de 100 pages. Personnellement cela ne m’aurait pas gêné mais l’on peut imaginer que l’éditeur a souhaité une telle solution. 9782302065055_pgPas grave, on replonge dans le royaume des Fils de la terre et l’on ne va pas s’en plaindre. A la fermeture de l’album la frustration est immense. D’abord par-ce que cet album coupé en deux ne se clôt pas vraiment (logique). Mais surtout par-ce que le rythme reste celui adopté depuis le début: lent mais fourmillant de détails, mystérieux, soulevant autant de question qu’il en pose. Comment vont faire les auteurs pour boucler avec brio un tel monument? Personnellement je leur fais confiance étant donné le sans faute total de cette série.

Cet album est un peu différent des autres puisqu’il s’agit principalement de discussions entre seigneurs et chefs de guerre (Vériel et les Drekkars, les mercenaires qui l’accompagnent, le chef Riddrak et le roi Arkanor,… Peu de découverte ethnologiques cette fois hormis les magnifiques passages muets montrant des éléments de la vie pratique des gens de ce monde (cuisson des briques, marchands dans leur échoppe, gestion de l’eau). Car l’une des spécificités de cette série c’est l’intérêt tout particulier porté au détail et à la cohérence de chaque société. C’est en cela que je la comparais à l’œuvre de Bourgeon. Alors oui il y a des batailles toujours excellemment bien menées, il y a des paysages contemplatifs, un peu moins de décors (on est dans le servitudet5-4.jpgdésert) mais des trognes toujours incroyables (et très balafrées!). Tout est frustrant dans Servitude, avec des auteurs maîtres de l’ellipse, qui permet sans doute de tenir cette intrigue et cette ambiance si particulière. Le combat s’interrompt au premier coup d’épée, des personnages charismatiques disparaissent brutalement (là encore un peu de Game of Throne), des scènes muettes intrigantes restent sans explication, des personnages majeurs n’intervenant que sur une page… On voudrait le même espace que celui dont a joui Bablet sur Shangri-la, des volumes de 80 pages… mais le travail incroyable déjà accompli aurait sans-doute signifié des attentes de 5 ans par album.

Dans Shalin l’on comprend un peu mieux les intérêts des différentes factions et notamment les évènements du tome 3 (qu’éclairent pas mal les bonus intégrés au second tirage de tête rassemblant les tomes 3 et 4). Mais Servitude est un tout formidablement ficelé et plus qu’aucune autre série il est conseillé de lire l’ensemble des tomes depuis le premier. Une telle maîtrise scénaristique sur plus de deux-cent pages au total est vraiment un tour de force. Pas un plan, pas une phrase, pas un arrière-plan n’est inutile, tout se tient, tout se relie. Vous pouvez avoir une phrase ou une scène graphique illustrant ou expliquant une séquence du tome 1 ou 3 par exemple. Quel plaisir pour le lecteur que de voir une telle harmonie! Ce tome illustre également la complexité des personnages, sans aucun manichéisme. Toute décision s’explique, toute trahison est logique selon la morale du personnage. Hormis Othar de Vériel il n’y a pas réellement de méchant dans Servitude. Car l’objet de la série est bien la servitude volontaire de ces différents peuples auprès du Créateur dont l’intervention pointe enfin dans les toutes dernières cases…

11887859_879954945387684_5514333905975523886_nServitude, je ne le dirais jamais assez, est une lecture totalement indispensable à tout amateur de BD, quel que soit son genre de prédilection. Une lecture relativement exigeants, qui demande de s’immerger dans un monde total (je renvoie à mon précédent billet sur ce point). Je ne mets pas 6 Calvin par-ce que j’ai pas le droit mais bon… 🙂

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mo

BD·BD de la semaine·Rétro

Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo