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Samurai 8 – la légende de Hachimaru #1-2

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Manga de Masashi Kishimoto et Akira Okubo
Kana (2019), 200p./volume, série finie en 5 volumes (3 parus en France).

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Projet très ambitieux scénarisé par l’auteur de Naruto, cette série prévue au long court à dû s’arrêter abruptement après seulement cinq volumes parus. Dotée de gros défauts que l’on constate dès le premier tome, l’univers et les concepts graphiques sont néanmoins assez passionnants et dotés de grande qualités. Le démarrage rappelle par moment un autre auteur un peu barré qui avait proposé il y a pas mal d’années une oeuvre aussi impressionnante qu’incompréhensible: le Orion de Masamune Shirow.

Hachimaru est un jeune handicapé. Relié à une machine qui le maintient en vie, il passe ses journées dans les mondes virtuels des jeux vidéo, couvé par un père inquiet. Jusqu’au jour où survient un étrange chat samouraï qui l’enjoint à se faire seppuku pour montrer sa bravoure et de devenir un samouraï-cyborg…

Index of /uploads/manga/samurai-8-tales-of-hachimaru/chapters/1Dès les premières pages de Samuraï8 on tombe sur des marques du Shonen avec son jeune garçon chétif et un peu otaku, la relation à l’autre sexe qui oblige à sortir de ses habitudes, le sacrifice et la rébellion contre l’autorité traditionnelle… Outre des dessins plutôt dans le haut du panier, ce qui distingue cette série c’est son approche original des histoires de Bushido mêlant tradition et grosse SF lorgnant vers le cyberpunk! En effet, dans ce monde la plupart des personnages semblent être des cyborgs extrêmement sophistiqués et équipés de corps se régénérant dans un matériau malléable et pouvant adopter des formes changeantes, un peu comme la nano-armure d’Iron Man… Accompagnés par une sorte d’animal-totem leur procurant armement et protection, ils doivent utiliser leur âme, une sorte de boule d’énergie gardée dans leur abdomen pour activer un katana de puissance. Mine de rien ces idées permettent beaucoup de possibilités, d’abord en matière de design, très très élégant et de variation sur des thèmes moraux et philosophiques propres au code des Samouraï, parlant de corps et d’esprit, d’âme, de cœur, etc.

Le premier volume est, disons le franchement, très laborieux et nous perd par une accumulation d’événements, de changements de temporalité et de personnages avant que l’on ait le temps de comprendre où on a mis les pieds. L’éditeur ayant eu la bonne idée d’insérer un résumé et rappel des personnages au début du tome deux, je ne saurais que vous conseiller de démarrer directement au second volume qui donne toutes les explications bien plus posément et entame une intrigue de façon moins échevelée. L’irruption d’un méchant terriblement puissant et charismatique renforce l’attrait de cet épisode qui rassure sur le potentiel d’une série partie pour une quête entre les planètes pour éviter la destruction de l’univers, rien que ça!ᴀʏʀs on Twitter: "The first chapter of “Samurai 8: Hachimaruden ...

Sachant que la série s’est arrêtée prématurément j’espère vraiment que les auteurs sont parvenue à construire une intrigue correcte alors que la richesse du monde permettait un développement assez conséquent. Pour ma part après un premier tome qui m’a franchement ennuyé, je me suis bien régalé sur le second et continuerais volontiers jusqu’au bout pour assister à des combats qui s’annoncent titanesques et hautement originaux.

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***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Le lama blanc

La trouvaille+joaquim
BD de Jodorowsky et Georges Bess
Les Humanoïdes associés (1989-2008), 255p., comprend les cinq volumes de la série.
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Le lama blanc fait partie de ces grands ancêtres dont personne ne parle trop mais que tout le monde respecte, ne serait-ce que par l’aura de ses deux auteurs, le mystique Jodorowski et le très grand Georges Bess dont c’est la seconde publication (la première déjà avec Jodo). Ce qui frappe le plus c’est la maturité du dessin de Bess qui ne sera guère meilleur après. On sent l’école Giraud, Serpieri et les italiens dans ces traits que gâchent (je le dis franchement) des couleurs vraiment criardes… On peut expliquer ce choix par l’époque et les possibilités techniques mais aussi par le souhait de donner une image psychédélique aux séquences mystiques de voyage astral et tout ce qu’on peut assimiler à du fantastique. Cela peut se défendre mais il reste que sur un plan purement graphique, si je ne suis jamais favorable à des trahisons de recolorisations commerciales, ici l’éditeur serait bien inspiré de proposer au dessinateur d’envisager de reprendre sa quadrichromie…

Au début du XX° siècle l’empire britannique pose ses fusils sur le plateau du tibet. Un couple de jeunes anglais souhaitant rencontrer la culture tibétaine se retrouve pris dans une razzia de pillards. Ils décèdent laissant seul un enfant confié à une famille locale. Élevé en vrai tibétain, Gabriel Marpa aura un destin unique, mystique, celui de la réincarnation du dernier grand maître des arts mystiques…

Le lama blanc - BD, informations, cotesRevenons à nos moutons pour cette saga en cinq volumes dont une suite (second cycle, prévu dès la fin du premier) a été donnée récemment par les mêmes auteurs et semble-t’il assassinée par la critique comme un délire sénile de Jodorowsky… Je prolongerais ma lecture du premier cycle par le second pour vous donner mon avis.

Les trois premiers volumes du Lama blanc sont passionnants de souffle, le scénariste employant les techniques de la grande aventure exotique et de la fantasy pour emmener le lecteur dans les premières années (terribles de souffrance, comme tout ce que fait Jodo!) de Gabriel. L’histoire nous fait suivre donc l’apprentissage de ce jeune tschilinga, réincarnation du dernier Maître alors que la lamasserie a été accaparée par un usurpateur qui trahit toutes les valeurs du bouddhisme. Pour qui a lu les autres œuvres du chilien et notamment les Méta-Barons, on trouve déjà l’essence de ses obsessions, avec cet enfant tout puissant devant assumer une souffrance inouïe, seul, rejeté par les siens et dont acquisitions de compétences supra-naturelles fera naître un être supérieur. Hormis dans le dernier tome qui tombe un peu dans un prosélytisme mystico-boudhique faute de combattant (ne jamais oublier l’adversité dans une histoire!), Jodo arrive à parler de spiritualité comme dans toute histoire de mages et de dragons. On adopte facilement cette vision des expériences extra-corporelles (expérimentées par l’auteur lui-même et utilisées dans une autre de ses sagas majeure, Alef-Thau) et du monde immatériel.

Serie Le Lama Blanc [ALADIN, une librairie du réseau Canal BD]La grande réussite est donc, appuyé sur les magistrales planches de Bess, cette description des tissus, de décors fascinants des traditions tibétaines et de cette nature impressionnante! Postulant une société dont les mythes et la religion abritent des effets magiques totalement réels sur le monde, le duo va jusqu’à incarner le yéti, formidablement imaginé, pourchassé par le père adoptif de Gabriel. La grande tragédie n’est jamais loin chez Jodo et le héros sera contraint par le destin à des actes qu’il réprouve. Se déroulant sur plusieurs décennies, le scénario marque des ruptures assez brutales sans que l’on ne soit perdu et se structure selon l’ancienne habitude en BD de sous-parties avec titres, sans doute destinées à la prépublication en magazine. On peut regretter la disparition assez rapide des personnages fort réussis des mentors de Gabriel et deux derniers albums où Jodo se perd un peu en son fumoir de Haschich… Mais force est de reconnaître que l’ensemble respire l’originalité (la tibetan fantasy?) et une solidité Le Lama Blanc - Intégrale 40 ans - BDfugue.comde narration, malgré le thème et les mantras fréquents qui étaient un vrai risque de perdre l’attention du lecteur. Par moments, lors de l’irruption du monde occidental, on se prend à penser qu’une plus grande linéarité classique, envoyant Gabriel en Angleterre puis revenant accomplir son destin, aurait pu hausser encore l’œuvre. Cela aurait impliqué probablement une série de dix tomes.

Le Lama blanc a donc quelques défauts lorsque le héros atteint les pouvoirs de la sagesse ultime et quelques hésitations de direction dans le recit. Trop puissant trop tôt il devient moins intéressant de suivre un personnage que plus rien ne peut atteindre. Mais la force des planches, l’ambition des auteurs, leur entièreté dans ce qu’ils veulent raconter, nous font néanmoins convoler avec eux avec grand plaisir sur les hauts plateaux tibétains. Avec une grosse envie de suite…

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*****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Rio

BD du mercredi
BD Louise Garcia et Corentin Rouge
Glénat (2016/2019), 62/78 p, Série finie en 4 volumes.

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mediathequeJe profite de la sortie récente du quatrième et dernier tome de cette saga sociale sur une favela brésilienne pour chroniquer l’ensemble d’une série que je ne connaissais pas, n’attendais pas et qui m’a littéralement bluffé, tant visuellement que scénaristiquement. D’ors et déjà une des révélations de cette année!

La favela de Beija Flor est une terre de non droit, une cité autonome dans Rio de Janeiro où les gangs ont établi leur loi et leur organisation autonome. Rubeus et sa sœur Nina naissent dans cette jungle où personne ne peut dire si le plus dangereux vient des trafiquants ou de la police militaire corrompue. Une sombre malédiction semble peser sur cette famille qui ira de tragédie en tragédie, aux couleurs de la violence endémique du Brésil de ses cités où bien malin peut déterminer où est le bien et où est le mal…

Résultat de recherche d'images pour "rio corentin rouge"Pour commencer si les dessins choisis pour les couvertures de cette série sont moyennement attrayants, le titre est particulièrement mal choisi et assez feignant. Si l’action se situe à Rio, c’est surtout la favela Beija flor qui est l’acteur principal de cette chronique familiale, mythologique, sociale, policière… que l’on ne peut définir tant sa richesse nous emmène visiter un nombre de thème impressionnants sur seulement quatre albums. Le modèle de Rio est surtout celui des séries policières comme The Wire ou bien entendu le cinéma social de Fernando Meireles et sa Cité de dieu. Je précise cela car il est dommage que le premier outil de communication de cette BD qu’est la couverture n’attire pas plus de lecteur pour en faire une tête de gondole qu’elle mériterait…

Ce qui marque donc dans Rio c’est la profusion de personnages (à commencer par la favela que l’on respire, ressent, grâce à une reconstitution absolument documentaire de Corentin Rouge) et une construction qui interdit toute anticipation. Comme une chronique du lieu, on nous parle de corruption, de l’influence des ONG, de la dureté de la vie des enfants de rue, de l’absence d’Etat, de trafic, de violence, de culture brésilienne,… Image associéeTout intéresse les auteurs qui baladent leur focale sur l’océan de sujets et de personnages. Le fil conducteur est bien ce Rubeus dont la mère, indicateur de la police a été tuée par l’officier corrompu qui la faisait chanter, ordure magnifique que l’on apprendra à connaître avec ses faiblesses tout comme le héros n’est pas un ange non plus. Car dans cette série rien n’est manichéen, tout est bien et mal car on ne juge pas. La constante est la violence inhérente au lieu et à sa société qui oriente les action de tout le monde, avec ses passions, ses petites faiblesses, son humanité. La cohérence scénaristique qui donne toute sa force au scénario repose sur le réalisme des décisions des protagonistes. Il n’y a pas plus de personnage principal que secondaire dans Rio car tous ont pour rôle de faire comprendre un contexte. Au risque de dérouter le lecteur qui est lancé dans les premières pages sur une histoire de vengeance familiale et constate bien vite que ce destin est bien chaotique, bien incertain.

Cette densité de contexte est photographiée par la technique impressionnante de Corentin Rouge, élève des Arts décoratifs tout comme Lauffray, Bajram et d’autres qui ont pour point commun leur maîtrise technique infaillible qui donne un mouvement et une précision aux décors comme aux anatomies et font des planches des films. A chaque case l’on est impressionné par des traits, pas nécessairement fouillés, qui sont d’une telle justesse que l’on a l’impression d’un photo-réalisme. Quand une scène est vue sur trois ou quatre cases de plans différents, les personnages et objets sont positionnés au millimètres, avec une gestion de l’éclairage et des perspectives identiques. Une précision et une exigence qui impressionnent. Résultat de recherche d'images pour "rio corentin rouge"Si les japonais ont inventé le mouvement, les cadrages, la mise en scène seules permettent d’atteindre la même efficacité sans les artifices typiques du manga, ces lignes de mouvement. Chaque détail permet de donner un mouvement, un bruit, une impression. Rien n’est délaissé, à commencer par les visages, ribambelle de trognes tantôt puissantes, tantôt déglinguées, mais que l’on a toujours le sentiment d’avoir vues dans la vraie vie. Un art du mouvement et une précision varandienne qui impressionnent.

On peut chercher des éléments perturbants, des défauts dans cette série, comme ces scènes récurrentes autour de la sorcière qui paraissent hors cadre, avant de réaliser que tout trouve sa place dans le puzzle scénaristique. Je n’attendais rien de particulier en commençant ma lecture et constate en refermant le dernier tome que cela fait longtemps que je n’ai pas eu une telle densité en BD (peut-être depuis Servitude, ou les Compagnons du Crépuscule…), avec le sentiment que chaque album est différent tout en faisant progresser une trame que l’on ne peut pas lire mais qui nous transporte au Brésil en plein documentaire. Une série impressionnante et un dessinateur extrêmement doué qu’il faudra surveiller de très près dans les années à venir.

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Shipwreck

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Comic de Warren Ellis et Phil Hester
Snorgleux éditions (2019), 120 p. one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Snorgleux pour cette découverte.


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Pas forcément désireux de lire tout ce que la galaxie de petits éditeurs français de comics dénichent j’ai été attiré par une couverture très énigmatique et graphiquement réussie. L’éditeur m’a permis de découvrir cet album one-shot au format numérique, aussi je ne parlerais pas de la fabrication, simplement des habituelles pages de making of graphique. Des notes d’intention des auteurs auraient été appréciées dans un ouvrage hautement mystérieux, jusqu’à son dénouement.

Le docteur Charpentier ouvre les yeux sur un monde énigmatique, presque désert, où étape après étape des protagonistes lui racontent qui il est et ce qu’il fait là. La mort rôde sur ce monde étrange où on l’accuse de différents maux. Qui est-il? Que fait-il ici? Est-ce le Purgatoire après sa mort? Pour le savoir il devra affronter ses démons et sa lâcheté…

Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Shipwreck se présente comme une nouvelle variation sur le voyage entre les dimensions, avec le même point de départ que la série à succès Black Science. Comme les comics indé adorent les anti-héros, nous avons ici un grand savant qui a conçu une « maille » capable d’ouvrir une brèche entre les dimensions. Le problème c’est qu’il ne sait plus où il est et que la réalité présentée par Warren Ellis est incertaine. Quel récit est véridique? La temporalité est-elle linéaire ou inversée? C’est la grande réussite de ce récit que de nous balader dans ce monde de pierres et de Motels parcouru par des nuées de corbeaux et mille autres détails qui semblent indiquer que Charpentier a entamé son voyage dans les Cercles des Enfers… Entre récit scientifique donc et parcours ésotérique, le lecteur balance jusqu’à la conclusion, aidé en cela par de magnifiques planches très torturées et au découpage chaotique de Phil Hester. Le morbide est là et plusieurs scènes sont assez gores, laissant pourtant le héros de marbre. Un flic, une vamp ou une scientifique locale vont tenter de le mettre sur les traces de son destin, à l’image du superbe album de Flao Essence. Résultat de recherche d'images pour "hester shipwreck"Car ce sont les rencontres qui vont faire avancer le récit et découvrant par bribes ce qui a amené Charpentier ici.

Les dessins sont donc une des forces de l’album. Je ne connaissais pas cet auteur qui propose un très intéressant travail de contrastes et sur les différents plans de ses cases (avec un point noir en revanche pour des pages de chapitres vraiment atroces avec des cartons blancs énormes et très laids). Cet univers parallèle est fascinant, avec ses grandes étendues, ses formes circulaires et ce découpage en « portes » qui nous le présente. Étrangement, la seconde partie de l’album tombe dans un réalisme scientifique qui brise un peu la magie de l’incertitude. C’est étrange car la chute reste fortement interprétative et que l’ensemble de l’album repose sur les hypothèses que peut se faire le lecteur. Du coup j’ai été un peu déçu sur le parti pris par le scénariste de briser l’inconnu. Shipwreck reste néanmoins une très belle immersion de lecture, souvent fascinante thématiquement et visuellement.

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