****·Cinéma·La trouvaille du vendredi·Rétro

La Trouvaille du vendredi #9

La trouvaille+joaquim
 Last exile/Skyland

La thématique aérienne tombée par hasard sur cette semaine (lundi et mercredi) me donne envie de vous parler de deux Anime, l’un français et l’autre japonais. Deux perles de l’animation qui ont quelques années maintenant et qui ont l’immense mérite de plaire autant aux jeunes qu’aux adultes tant la qualité des scénarios, d’écritures mais bien évidemment aussi le graphisme sont parmi les plus élevés que j’ai vus dans une série d’animation.

 

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Last Exile date de 2003 et est issu du prolifique studio Gonzo, spécialisé dans l’introduction d’animation 3D dans des dessins animés (technique aujourd’hui répandue grâce au « cell shading », technique qui permet d’appliquer des textures de dessin animé sur des formes 3D: on gagne en fluidité, souvent sur des objets mécaniques ou des décors, tout en gardant une cohérence graphique du dessin animé). Une suite (« Silver wings« ) a vu le jour en 2011 et hausse la qualité encore plus haut grâce à une évolution technique logique (dix ans d’écart) mais surtout par un univers et un scénario bien plus travaillés.

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Le pitch est simple: dans un monde où les nations sont en guerre au travers de combats aériens chevaleresques dont tout le monde a oublié l’origine, un  jeune pilote de « vanship » (sortes de motos aériennes) et sa sœur partent à la recherche de l’Exile, mythique navire perdu qui pourrait mettre fin à tous les conflits…

Doté d’une direction artistique et d’une fluidité d’animation très au-dessus de la moyenne des anime de l’époque (et même d’aujourd’hui…), Last Exile parle aux enfants au travers du destin de ces deux orphelins et plus encore dans la seconde saison avec la famille de pirates qui tourne autour de l’héroïne et du thème de l’amitié, central dans Last Exile – Silver wings. Mais personnellement, outre le design général rétro-futuriste très appétant, c’est la dimension politique qui m’a fasciné, un peu sur la première mais Tags: Anime, Gonzo (Studio), Last Exile, Delphine Eraclea, Alex Rowe, Official Artsurtout sur la seconde saison: relativement décrochée chronologiquement de la première, elle suit les aventures d’une éternelle optimiste espiègle, Fan, super crack du pilotage et son amie d’enfance Gisé, prises avec son clan de pirates du ciel, dans une guerre de domination entre deux nations.

La réflexion (qui reprend certaines théories impérialistes napoléoniennes ou nazies de la pacification du monde par la conquête) est très intéressante et les enjeux de fidélité, de ce qui est bien et mal, des moyens pour parvenir à des buts politiques, sont passionnants et vraiment subtiles. Le méchant convainc autant par sa puissance que par ses paroles et personne n’est en mesure de contester ses objectifs finaux de paix universelle… L’esthétique générale est d’une innovation et d’une délicatesse folle (les textes sont écrits dans un alphabet empruntant au grec ancien) et les épisodes font tous référence à des coups d’échec. Ce sont des détails mais qui illustrent l’ambition de cohérence des auteurs.Résultat de recherche d'images pour "gonzo last exile"

Le côté fantastique est plus présent dans la première saison avec la Guilde, sortes d’elfes aux capacités physiques et technologiques beaucoup plus importantes que les humains et qui régit les affrontements comme arbitre des guerres. Beaucoup de choses sont laissées dans une semi-explication dans Last Exile, mais la qualité des personnages, l’originalité totale de l’univers en font une série à voir véritablement, si possible avec vos enfants, à partir de 8 ans (attention, un épisode un peu sanglant sur la fin de la première saison).

 

 

Skyland est due à un studio d’animation éphémère qui a produit cette série et le très bon film Renaissance avant de fermer boutique.

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La série créée par Emmanuel Gorinstein, emprunte énormément à l’univers Star Wars et à la thématique d’Akira (les enfants mutants) mais parvient à créer un univers graphique innovant grâce à cette terre éclatée en milliers de « blocs » permettant de détailler une multitude d’ambiances et thématiques.

 

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Mahad et Léna sont deux adolescents rebelles qui rejoignent un équipage de pirates-rebelles qui contestent l’autorité dictatoriale de la Sphère sur le Skyland. Léna est dotée de pouvoirs mentaux puissants et Mahad est un pilote hors paire. Ils vont partir à la recherche de leur mère emprisonnée dans la forteresse de Karzem et combattre le redoutable Ocelot…

La particularité de cette série (comme beaucoup d’animation TV de nos jours) est d’être intégralement en 3D avec capture de mouvement. Le studio à l’origine était spécialisé dans le jeu vidéo et a utilisé ses technologies pour créer des histoires. Ainsi le « cell shading » est encore plus appuyé que sur Skyland. Le principal défaut est sur les visages, non « capturés »… Si l’animation des personnages est excellente, les expressions sont ainsi un peu figées et on perd la liberté que propose l’animation traditionnelle comme sur Last Exile. En revanche le moteur 3D utilisé permet une gestion des ombres très esthétique. Avec des moyens limités d’une production TV on arrive à une fluidité et un dynamisme que seule permet l’animation par ordinateur.

Image associéeC’est bien l’univers créé qui fait la force de cette série française. La qualité des décors et la transposition d’une culture et d’un imaginaire français (le navire des pirates du ciel s’appelle Saint-Nazaire et l’un des épisodes voit les héros dans un Paris détruit par exemple) montrent que l’on sait proposer des créations universelles non américanisées ou japonisées. La référence appuyée aux Jedi et à Star Wars pourra en lasser certains mais c’est tellement assumé que l’on pourra plutôt parler de réinterprétation. Surtout, le design général des personnages, vaisseaux et surtout les décors, sont vraiment de très bon gout. Quand on prend de bonnes références on ne peut que produire du bon! Et si l’on compare justement cette série aux séries Star Wars animées en 3D, on est ici franchement au dessus sur tout les plans.

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Ces des séries ayant passé la furie de l’actualité, on peut les trouver dans de très beaux et complets coffrets collector pour vraiment pas cher (environ 16€ pour chaque coffret). Une bonne occasion de se faire plaisir en découvrant des séries de très grande qualité.

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****·BD·Graphismes·Mercredi BD

Natures Mortes

BD de Zidrou et Oriol
Dargaud (2017), 62 p.

couv_297432Album au format large et à la pagination relativement importante, doté d’une postface de Roser Domenech, professeur d’histoire de l’art en catalogne et spécialiste du peintre Vidal Balaguer. L’éditeur a doté l’album d’une couverture toilée sur l’édition grand public. Très belle édition assez classieuse et qui renforce l’album.

Barcelone, 1930, atelier du peintre Joaquim Mir. Le vieil homme raconte à son jeune modèle l’étrange histoire de son ami, le peintre maudit Vidal Balaguer, l’un des plus talentueux membres de la Colla del Safra, un groupe d’artistes catalans. Une histoire liée à une toile et à sa muse disparue de façon mystérieuse…

Pour leur troisième collaboration Zidrou et Oriol (illustrateur espagnol dont le vrai nom est Hernández Sánchez) nous font entrer dans le monde de la peinture espagnole, au travers d’une histoire sur un mode policier teinté de fantastique. L’envie des auteurs était de rendre hommage à ce peintre inconnu à qui le postfacier tente de redonner ses lettre de noblesse en organisant des expositions. Le texte de cet historien de l’art est très intéressant et l’on y apprend qu’un certain  Pablo Picasso avait déjà repéré Balaguer… Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Zidrou (dont je découvre progressivement la bdgraphie) construit le récit en une court enquête sur la disparition de la muse que l’on peut voir en couverture: Balaguer l’aurait-il tué, comme il aurait fait disparaître d’autres personnes apparaissant sur ses peintures? Sous ce prétexte l’album nous introduit dans le milieu artistique de Barcelone à la fin du XIX° siècle. L’on a maintenant l’habitude de parcourir Montmartre dans des BD françaises, parfois aussi le milieu artistique américain, plus rarement l’espagnol. C’est chose faite et si ce n’est pas véritablement révolutionnaire, l’immersion picturale (grâce au trait et aux couleurs incroyables d’Oriol qui fait un travail impressionnant pour coller au style impressionniste) de l’album est fascinante. L’on a réellement le sentiment de pénétrer des peintures de l’époque et l’illustrateur espagnol intègre des productions originales du peintre afin de pousser encore plus loin l’entrelacement.

Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Intéressé par cette histoire de peintre méconnu j’ai cherché quelques informations, d’abord sur les sites de BD, puis plus largement. L’absence de références au peintre m’a intrigué, alors j’ai poussé un peu… jusqu’à découvrir le fin mot de l’histoire. Non ce n’est pas un spoil (la BD reste vraiment excellente et se savoure pour elle-même), mais Victor Balaguer n’a jamais existé et ses peintures sont d’Oriol lui-même! L’espagnol souhaitait faire une BD rendant hommage au (vrai) peintre Joaquim Mir, peu connu en France et a proposé cette mystification à Zidrou. Les deux compères se sont alors associé à un vrai galeriste et un vrai chercheur espagnols pour pousser le projet. Ainsi une vraie exposition a vu le jour avec de vraies-fausses toiles de Balaguer, crées par Oriol. C’est un site espagnol qui vend la mèche et j’avoue que cette histoire m’a totalement bluffé. C’est la première fois que je vois un tel montage en BD et l’album mérite d’être lu rien que pour cela mais absolument pas que!

Résultat de recherche d'images pour "natures mortes oriol"Natures Mortes est une grande réussite, d’abord graphique, qui nous régale et m’a fait découvrir (encore… 🙂 un grand dessinateur espagnol dont l’album Les trois fruits m’intéresse beaucoup et que je vais lire dès que possible. L’album est également très poétique, avec ce personnage qui doute de sa réalité et qui nous fait voir encore une fois que le talent va souvent avec une inadaptation. La création est personnelle mais doit être vendue pour vivre, dilemme que connaissent tout les peintres. Balaguer refuse cela et se retrouver alors enfermé dans sa peinture au propre comme au figuré. Enfin, l’idée de l’enquête ajoute un piment qui fait dévorer les 60 pages bien trop vite. Et nous fait regretter que la base de l’histoire soit finalement fictive car l’on aurait aimé en apprendre plus sur ce peintre…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

 

*****·BD

Shi

BD de Zidrou et Homs
Dargaud (2017)shi-tome-1-au-commencement-etait-la-colere

Fabrication Dargaud classique incluant dans la première édition un cahier graphique présentant le travail sur la couverture. Élégante tranche et 4° de couverture avec indication d’un cycle en 4 tomes (format idéal pour éviter de tomber dans la machine à Cash éditoriale), l’éditeur se calant sur la pratique de Rue de Sèvres, en espérant que cela fasse tache d’huile. La couverture n’est pas la plus manquante du moment mais reste efficace.

L’intrigue de Shi alterne entre aujourd’hui et le Londres victorien, où l’on suit la quête d’une jeune et belle aristocrate fille d’un redoutable militaire de Sa Majesté, pour retrouver une asiatique intrigante que sa route a croisé lors d’une visite à l’exposition universelle… Les auteurs utilisent cette mise en place pour nous dévoiler une haute société centrée sur son succès et écrasant la misère du monde de leur dédain. Une société décadente et flamboyante à la fois, où seule la réussite et le respect des normes sociales ont de l’importance. Le travail ethnographique est fort réussi et l’immersion shi-t-1-au-commencement-c3a9tait-la-colc3a8re-zidrou-homs-bc3a9bc3a9-mortau sein de ces salons brillants est saisissante. L’on est pas loin de ce que propose la série « The Knick » sur ce plan, entre le conservatisme des élite et une modernité explosant dans un empire au faîte de sa puissance. N’attendez pas de savoir de quoi il retourne dans ce tome introductif et laissez vous simplement porter par une description et des dialogues très inspirés et surtout par le trait magnétique de l’espagnol José Homs.

cy7rgkzxgaiizufEncore une découverte ibère qui va alimenter ma théorie de l’école hispanique… Ce dernier a surtout officié sur l’adaptation de Millenium, dont le style m’avait intrigué à l’époque. Je regrettais sur de précédentes critiques de Comics le caractère non fini ou faibles techniquement de pas mal de productions outre-atlantique, et l’on peut sans soucis comparer ici avec une technique irréprochable et des encrages extrêmement élégants. Les arrières-plans et personnages sont détaillés et l’artiste se plait autant à dresser des trognes libidineuses que de charmantes demoiselles dévêtues. Tout ça a du style, de l’élégance, du dynamisme, bref, du talent. Les personnages sont tous extrêmement charismatiques et différents dans leurs traits et Homs nous croque avec une aisance incroyable les mimiques de ses héros. Tout cela nous donne envie de connaître vite la suite d’une série qui a tout pour réussir, probablement bien au-delà du premier cycle annoncé. Bravo les artistes, ça c’est de la BD!

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Fiche BDphile