Jeunesse·Rétro

Alienor Mandragore

BD de Séverine Gauthier et Thomas Labourot
Rue de sèvres (2015-2017), 3 volumes parus

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Les albums des éditions Rue de sèvres sont toujours propres, bien finis. Indication du format one-shot, du nombre d’albums, couverture sympa dans l’esprit BD jeunesse. RAS.

J’ai déjà dit sur ce blog combien les BD scénarisées par des femmes se distinguent de celles de l’autre sexe (très majoritaires dans le métier). Un ton particulier, une finesse, l’attention à des détails, bref… Aliénor est de celles-ci. Sur un thème et un humour décalé très proche de la série Kaamelott ou d’Asterix, les auteurs nous emmènent en forêt de Broceliande (cœur de la Bretagne mythique), avec la fille de Merlin, dont le pouvoir vient d’apparaître: elle entend les mandragores, très prisées des mages et autres fées (dont la vilaine Morgane). Pas de bol, en tirant la plante, le cri tonitruant de la mandragore tue Merlin sur le coup! S’ensuivent des péripéties pour redonner vie au magicien, avec des figures telles que le jeune Lancelot, la godiche Viviane, dame du Lac, l’Ankou (incarnation de la mort dans le mythe breton)… et le fantôme de Merlin qui ne veut pas admettre sa propre mort…

On nage en plein troisième degré, moins appuyé que sur la série d’Alexandre Astier mais tout aussi déjanté. Les dialogues sont savoureux et le sens de la pause des auteurs vaut son lot de bons éclats de rire à la lecture (j’adoooore l’ermite!). Sur les deux premiers albums je dirais que le second est un ton en deçà, mais l’ambiance générale permet une série au long court, sachant que chaque tome peut se lire séparément.

alic3a9nor-mandragore-t2-case-page-10Niveau dessin on retrouve un peu de Munera alliant traits fins très précis et style cartoon. Les décors et détails sont particulièrement clairs, bien plus que les personnages dont la silhouette est étrange par moment. Mais pas grave, c’est l’esprit général qui compte et là c’est très réussi. Aliénor, plutôt conçu pour un public ado, peut aisément se lire en famille et par un adulte.

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Fiche BDphile

BD·Comics·Guide de lecture

BD: l’école hispanique?

Profitant des grâces d’une bibliothèque, j’ai découvert récemment la BD Jazz Maynard, étant complètement passé à côté à l’époque car… je croyais qu’il s’agissait d’une BD sur la musique!

C’est une véritable découverte graphique que l’album dessiné par le barcelonais

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Ignacio Roger, tant je n’avais jamais vu un tel dynamisme associé à une maîtrise technique depuis les grandes heures de Masamune Shirow sur Appleseed 4 (et la mythique baston au couteau à l’épée). Enfin, réflexion faite si, et récemment… sur le Blacksad d’une autre duo espagnol… Même maîtrise technique (anatomies, perspectives,…), même utilisation de l’encrage, même goût pour les ombres, enfin, même ahurissante lisibilité lors des scènes dynamiques… Du coup, interloqué, je me suis penché sur une hypothèse farfelue, celle d’une Ecole ibère en matière de graphisme BD.blacksad_02_iz_24139-3thoom

Après un tour d’horizon je vois cette liste d’auteurs récents d’origine hispanique ou sud-américaine: Guarnido (Blacksad), Roger (Jazz Maynard), Jose Luis Munuera (Sous le signe de la Lune, Les Campbell,…), Montllo (Warship Jolly Roger), Marcial Toledano (Tebori), Guillermo Gonzalez Escalada (le Chevalier à la licorne), José Homs (Shi), Joe Madureira, Joe Quesada, Ignacio Noé, Juan Gimenez,…

tumblr_nw2vd8e2xc1sbbfwho3_12801Ok, tous n’ont pas la même technique des premiers cités. Mais tous (ou presque) ont fait parler de leurs BD sur le plan graphique et notamment par une technique sans accrocs. Lorsque l’on regarde les techniques des illustres « comics-illustrators » que sont Quesada et Madureira la proximité est saisissante avec Guarnido et Roger dans cette approche d’un trait avec forte utilisation des noirs et un mélange de traits presque cartoon et hyper précis à la fois. Chacun sait que Guarnido a bossé chez Disney et que les studios d’animation sont gros consommateurs d’artistes de talent et extrêmement formateurs sur le plan technique. Je ne connais pas les bio de tous les dessinateurs cités dans ce billet mais m’est avis que de telles techniques ne s’acquièrent pas que par leur seule formation ou par l’observation.

A partir de là, beaucoup d’autres hypothèses sont possibles: l’influence du comics (lui-même totalement redigéré depuis les années 80 par une foule d’illustrateurs étrangers ou d’origine latino-américaine) sur les auteurs espagnols? Le poids en France de la Ligne claire par contraste avec d’autres influences outre-pyrénées?

Toujours est-il que ces illustrateurs poussent très loin le dynamisme et la « mise en vie » de leurs cases en prouvant que les mangaka ne sont désormais plus seuls maîtres à bord. Roger est pour moi une énorme claque graphique, la première depuis Ronan Toulhoat ces dernières années et je vous invite à suivre de très près ses prochaines créations.