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Ira dei #1: l’or des Caïds

BD de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat
Dargaud (2018), 64 p., 2 vol paru, cycle 1 terminé.
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Le couple d’auteurs BD Brugeas/Toulhoat est l’un des mes favoris depuis pas mal d’années maintenant, après la découverte uchronique Block 109... et toutes leurs autres séries que j’ai lu avec grand plaisir malgré quelques défauts parfois. Après un échec sur la (pourtant excellente) série SF Chaos Team qui a remis en question pas mal de choses chez eux, ils ont été acclamés par la critique et le public avec leur polar mafieux médiéval Le Roy des Ribauds. Ronan Toulhoat ayant une productivité proprement hallucinante (il doit en être à une moyenne de 2-3 albums par an avec des paginations d’environ 100 pages par album…), il remets le couvert cette année avec un premier opus d’une nouvelle série médiévale (le second arrive en fin d’année il me semble) avant la sortie d’un album sur l’univers de Conan le Barbare cet été chez Glénat.

En l’an Mille la Méditerranée est au carrefour des peuples et de l’Histoire: l’empire Byzantin encore puissant occupe les îles italiennes face aux seigneurs occidentaux et aux musulmans. En Sicile le siège d’une cité stratégique va permettre au seigneur Normand Tancrède de fomenter sa vengeance contre un ennemi mystérieux, dans une alliance trouble avec l’Eglise…

Résultat de recherche d'images pour "toulhoat ira dei"J’avais laissé le premier cycle du Roy des Ribauds sur une note mitigée. La sortie d’un nouvel album ne m’a guère surpris, en revanche, qu’il se situe encore au Moyen-Age et la description de l’éditeur ne m’avaient pas donné envie, pour la première fois concernant ce duo! J’étais donc assez sceptique et pas du tout sur d’acheter l’album. Quelques visites sur le forum bdgest et des retours assez positifs, mais surtout le fait que la série s’articule sur des cycles de 2 albums m’a convaincu de me laisser tenter, notamment pour la graphisme toujours aussi classe de Ronan Toulhoat. Et donc?

iradeip22Je dirais que si le style scénaristique et graphique ressemblent au Roy, le côté ouvert, la structure en aller-retours entre passé et présent, les couleurs de la Sicile rendent la série suffisamment attrayante pour distinguer Ira Dei. Il est d’ailleurs surprenant que l’éditeur des séries historiques (Glénat) ne se soit pas laissé tenter tant le travail documentaire est sérieux (Brugeas a une formation d’historien pour ceux qui en doutaient). Le principal défaut de la série est donc bien d’arriver après le Roy des Ribauds, ce qui en atténue la fraicheur. Cela contentera parfaitement les fans d’action et d’aventure médiévale, ceux qui attendaient de la nouveauté seront un peu déçus.

Pour ne pas faire un faux procès et critiquer cette BD pour ce qu’elle est et non pour ce qui était attendu, elle reste un excellent moment de lecture, doté de plans très forts comme Toulhoat sait les faire, notamment lors des scènes de siège et de bataille. Les ombres et lumière sont toujours aussi beaux et si les arrières-plans sont un peu délaissés (rapidité de production oblige), le niveau reste très élevé. Personnellement j’aime toujours autant le graphisme de cet artiste. Ce qui me plait dans ses dessins publiés sur Facebook et dans ses premiers album c’est le côté barbare que l’on perd un peu à mesure que le lectorat s’agrandit je pense. L’incursion chez Conan me démentira peut-être. Cet album permettra (je l’espère) à de nouveaux lecteurs de découvrir ce duo talentueux et pour les familiers il se lira un peu comme le nouvel opus d’un XIII ou d’un Largo Winch: sans surprise mais avec plaisir. Comme je l’ai dit dans un précédent billet, un lecteur n’attend pas la même chose de tous les auteurs. Aux très bons on peut demander de l’excellence.

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Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo

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Le Roy des Ribauds -III

BD de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat
Akileos (2015-2017), série Le Roy des Ribauds, 3/3 volumes parus (cycle 1).

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Les plus grands sportifs sont réputés pour passer leur temps à s’entraîner. Il semble qu’il en soit de même avec certains illustrateurs. Ronan Toulhoat est de cette trempe, ne lâchant jamais son dessin et progressant visuellement à chacune de ses publications. Nombre de grands maîtres (Hermann pour ne pas le citer) ne bougent pas d’un pouce entre leurs débuts et leur crépuscule. D’autres évoluent, pas toujours dans le bon sens. Je ne me hasarderais pas à parler de facilités, mais plutôt de conception de l’art, qui est pour certains une prise de risques, une mise en difficulté. Ronan Toulhoat ne se mets pas a proprement parler dans cette situation, œuvrant depuis des années maintenant avec son compère Vincent Brugeas, fameux couple artistique qui se connaît par cœur. Ils se font plaisir en allant dans ce qu’ils aiment. Cela signifie pourtant des changements de registre (SF, médiéval, militaire,…) et il suffit de constater l’acquisition technique qu’a prise Ronan Toulhoat (qui est devenu pour moi l’un des plus impressionnant illustrateurs BD du circuit, ne serait-ce que par son côté prolifique) depuis Block 109. Il travaille sans arrêt, comme en témoigne sa page Facebook où il publie quotidiennement ses échauffements et expérimentations.

roy-des-ribauds2-01-1024x363A ce titre, Le Roy des Ribauds volume II paru l’an dernier est sans doute ce qu’il a fait de mieux jusqu’ici. Non que le volume III tout juste sorti soit mauvais, très loin de là, mais on ne constate pas d’amélioration, ce qui est la première fois (qui aime bien châtie bien). royribauds-3-10Le jeu des couleurs (plus discutables que sur les deux premiers volumes) est sans doute en cause. Le parti pris de couleurs quasi-monochromes (quand les cases chatoyaient sur Chaos Team ou Les Divisions de fer) m’a surpris, tout comme le focus visuel sur le manteau bleu que l’on retrouve dans beaucoup de scènes et qui dilue a mon sens la très grande force de Toulhoat que sont les encrages. Depuis le premier tome je pense que cette série devrait connaître une édition NB et cette clôture de cycle confirme mon ressenti.

Le volume III est une résolution des intrigues ouvertes dans les deux premiers et peut paraître moins flamboyant à ce titre par une certaine linéarité et par le nombre de batailles qui laissent quelque peu de côté les intrigues de couloir qui faisaient la grande force du scénario. Idem pour les personnages charismatiques relativement absents. Enfin, l’ouverture finale préparant un cycle 2 conforte cette impression mitigée. royribauds-3-7Il est toujours plus difficile de terminer une histoire que de la commencer et le quasi sans faute des deux premiers volumes ne laissait pas droit à l’erreur. On était pas loin des 5 « Calvin »!

Ce volume III reste néanmoins d’un très bon niveau graphique, d’un dynamisme toujours aussi impressionnant et de séquences d’action aux plans uniques et d’un grand plaisir. Et le cycle dans son ensemble a apporté un grand renouvellement dans le monde de la BD en proposant un polar mafieux médiéval aux allures de blockbuster intelligent.

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