**·***·Manga·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

esat-west

 

  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

 

  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

note-calvin1note-calvin1

 

  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

****·BD

Castelmaure

La BD!

Récit complet en 152 pages, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Alfred. Parution le 14/10/2020 aux éditions Delcourt

Histoires à dormir debout

Zéphyrin est un mythographe, dont la mission est de parcourir le royaume de Castelmaure, en quête d’histoires orales à retranscrire pour la postérité. Ainsi, il s’entretient avec qui y consent, pour écouter les récits des anciens et forger l’Histoire du royaume. 

Il y a quelques années, Zéphyrin s’était donné une mission bien particulière: celle de retrouver le Roi Eric, monarque adoré par son peuple, disparu dans de mystérieuses circonstances. Après avoir fait chou blanc durant dix ans, le mythographe s’est résolu à reprendre ses activités normales, mais les histoires qu’il entend ça et là ne font qu’épaissir le mystère autour de Castelmaure…

En effet, depuis que le Roi s’est évanoui dans la nature, laissant sa sœur Éléanore régner en intérim avec son époux Marcus, une incessante tempête s’est installée autour du château, qui fut dès lors déserté. Zéphyrin entend également parler du Chasseur Errant, que de nombreux sujets auraient aperçus dans les forêts, avec un sorcière acariâtre. L’historien entend également l’anecdote disant que toutes les femmes du royaume tombèrent enceintes le même jour, ce qui conduisit à de nombreuses tragédies et des enfants mort-nés…pour la plupart. 

Peu à peu, ces histoires singulières vont s’entrecroiser et se télescoper, pour former ultimement la légende de Castelmaure. 

Les parts de vérité dans le gâteau du mythe

On ne présente plus Lewis Trondheim, dont la bibliographie est jalonnée de succès critiques et éditoriaux. L’auteur nous plonge ici dans un récit choral au croisement du conte médiéval fantastique et du thriller, dans lequel chaque détail à son importance. A la manière d’un détective, Zéphyrin va faire office de fil rouge dans cette intrigue, dont les circonvolutions bien emmenées conduisent le lecteur vers un final satisfaisant où tout finit par prendre sens. 

Le scénariste convoque des thèmes connus, comme celui de la différence, d’autres un peu plus touchy comme ceux de la maladie mentale et du remord, le tout en cohérence avec le récit. L’album en lui-même y gagne donc en authenticité, grâce aux personnages bien campés et à l’alternance des situations, tantôts drôles, tantôt grandiloquentes et dramatiques. 

Certains arcs narratifs, notamment ceux de Théodore et Nathanaelle, trouvent une résolution un tant soit peu abrupte dans le feu de l’action, mais cela ne nuit pas à la cohérence du tout, qui conserve une allure de fresque maîtrisée de bout en bout. 

Le dessin d’Alfred réussit à lui seul à établir l’univers de Castelmaure, grâce à un trait épuré et à des décors qui laissent la plupart du temps admiratif. 

Sorti l’an dernier après avoir été repoussé, Castelmaure offre un plaisir de lecture conséquent pour qui aime les intrigues chorales et le ton décalé de Lewis Trondheim. 

**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

note-calvin1note-calvin1

  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

couv_414058

Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

couv_422498

bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

***·BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

*****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Tracnar & Faribol #1

Jeunesse

BD de Benoit du Peloux
Bamboo (2020), 86 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Une bien belle édition avec ce large format qui propose une impression de grand qualité avec un dessin crayonnés-aquarelle pas simple à rendre. Très joli logo-titre  avec un en-tête qui promet une série. Un très joli cahier graphique de 8 pages termine l’album. Un habillage général qui mets en appétit et mérite un Calvin.

couv_389539

Il était une fois au royaume d’Arican, un roi tombé veuf sous les charmes de la belle Perfidy. Celle-ci captura l’âme de la jeune princesse Felicity à qui était promise la couronne. Voilà que tout était bien… jusqu’à ce qu’elle croise sur son chemin deux coquins, voleurs et bandits, le loup Tracnar et le renard Faribol, bien loin de se douter qu’ils allaient rien de moins que sauver le royaume…

Tracnar & Faribol (Vagabondage en contrées légendaires #1) • Benoît Du  PelouxLe ton est donné est connu: le campagnard Benoit de Peloux avait très envie de conter une aventure entre Perrault et Rabelais, au pays des rois et des reines mais aussi des brigands et des parleurs, des cuisiniers et des lingères. Mais ce n’est pas parce que tout ceci est familier qu’il est facile de le raconter à nouveau. Surtout, intéresser petits et grands comme l’ambitionne Peloux n’a rien d’évident. Et pourtant ce premier album d’une série qui va sans aucun doute se poursuivre au vu de sa qualité plaira au lecteur adulte comme aux jeunes.

Pour cela il y a d’abord les dessins, aquarelles sur crayonnés, superbes et précis tant dans les couleurs chatoyantes du château que dans la forêt enneigée et les terriers enracinés. L’auteur, habitué au dessin animalier sur les séries Zoé et Pataclop ou Triple Galop dans l’écurie Bamboo est parfaitement à l’aise avec les trombines caricaturales et grimaçantes de ses animaux anthropomorphes. La recette de Disney marche autant dans Blacksad qu’ici et la caractérisation animalière des tempéraments fait rire les adultes et comprendre rapidement aux enfants à qui ils ont affaire. Les aventures de Tracnar et Faribol donnent lieu bien entendu à moultes cabrioles, cascades et combats à coups de cruchons et de broche à cochons… Rabelais (ou Kaamelot!) n’est donc jamais loin tant les deux énergumènes recherchent plus la bonne pitance qu’un hypothétique trésor. Car les gens du peuple se contentent de peu et connaissent la valeur du concret…

30 Millions d'amis...la Bd Animalière / Tracnar et Faribol Vs. Richard au  pays des livres magiques - Conseils d'écoutes musicales pour Bandes  DessinéesLa bonne idée de Peloux repose sur cette fusion entre la princesse, jeune fille mal élevée et agaçante et Faribol, le renard peureux et malin. Par des péripéties que vous découvrirez la princesse se retrouve à parler par la voix du renard ce qui donne lieu à moultes quiproquos et situations décalées bien drôles. La progression dramatique est remarquable et la lecture se passe à une vitesse folle tant les séquences s’enchainent logiquement et avec fluidité, sans aucune faute de gout. Car outre la qualité technique et la bonne idée de faire se dérouler l’aventure en hiver (permettant ainsi une économie non négligeable de moyens pour créer des décors pourtant fort jolis), l’auteur propose un design remarquable tant dans les costules que dans le style des personnages. Encore une fois ce n’est pas parce que l’on croque un récit moyenâgeux que l’aspect général coule de source. Ici tout semble à la fois connu et original. Le trait léger y est sans doute pour beaucoup mais l’on a vu beaucoup d’autres histoires si proches de Walt Disney ou hésitant sur le réalisme. Le dessinateur est clairement à l’aise avec l’univers qu’il a créé et son envie transparaît dans le carnet graphique où il raconte les étapes de création, ses hésitations et ce qu’il faut s’attendre à trouver dans de prochains albums.

On sort de ce conte totalement enchanté, le sourire aux lèvres, les yeux caressés par ces si jolies planches et l’on n’a qu’une envie, de retourner dans le terrier de Faribol déguster un fumeux gigot…

***·BD·Nouveau !

Buyan, l’île des morts

La BD!

Histoire complète en 196 pages, écrite par Xabier Etxeberria et Martin Etxeberria, dessinée par Martin Etxeberria. Parution le 06/11/2019 aux éditions Akileos.

Nul homme n’est une île

Maansi vient de la lointaine Nénétsie, une province inhospitalière située par-delà la toundra. A cette époque, le continent eurasien est en proie à de violentes guerres de conquêtes, initiées par l’empereur mongol Genghis Khan et perpétuées par son petit-fils, Batu Khan.

Maansi, qui vivait une existence paisible au sein de sa tribu et auprès de son épouse Sudam, s’est retrouvé pris dans la tourmente de la guerre, entre les conquérants mongols et les seigneurs slaves qui défendaient leurs terres gelées. Désormais veuf, Maansi entame un périple à travers la toundra afin d’atteindre la mythique Buyan, l’île par laquelle transitent les morts, dans l’espoir d’y retrouver sa femme. Il sera accompagné par son fidèle ami Noho, un chien-loup aussi futé qu’attachant.

Durant son périple, Maansi devra éviter les embûches et les dangers mortels qui arpentent les plaines glaciales: les soldats mongols d’une part, et les bogatyrs (chevaliers slaves) d’autre part. Il fera la rencontre d’autres âmes errantes comme lui, et fera face à des échos surgis de son douloureux passé.

Le Royaume des loups et des cygnes

Comme vous l’aurez compris, Buyan nous promet une épopée faite de grands espaces blancs, propices aussi bien à l’introspection qu’à de grandes scènes de bataille entre slaves et mongols. De ce côté là, nous ne pouvons être déçus, notamment grâce à l’écriture des frères Etxeberria, couplée à un dessin un aéré et reprenant parfaitement les codes de l’animation.

Dès le premier acte, les auteurs posent les jalons d’une intrigue politique, où les jeux d’influence et de conquête sont à même de déterminer le sort du continent tout entier. Cependant, ce contexte historico-politique, passionnant au demeurant, ne sera pas davantage exploité et servira simplement de toile de fond à l’odyssée de Maansi, qui n’a finalement que faire des hommes de pouvoir et de leurs ambitions.

Le thème du deuil est ici central, mais traité de façon à éviter le pathos qui y est généralement associé. En fiction, la vengeance est souvent corollaire du deuil, et Buyan arrive à nous surprendre assez habilement de ce côté-là.

L’irruption du fantastique se fait assez tardivement dans l’album, car, durant les deux premiers tiers, le lecteur est encore en droit de considérer que Buyan n’est qu’un mythe, et que le voyage de Maansi relève davantage du pèlerinage symbolique que d’une véritable quête pour retrouver son amour perdu.

Buyan, l’île des morts va vous emmener dans les steppes glacées de ce qui deviendra plus tard la Russie, dans une quête mêlant mythologie et Histoire. Une belle découverte chez Akiléos !

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez le sur Decitre, librairie en ligne, achat et vente livres

**·****·*****·BD·Graphismes·Nouveau !·Rapidos·Rétro·Service Presse

BD en vrac #8

  • Les métamorphoses 1858 #2

Ouvrage lu en numérique sur Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_361238Ce second tome arrive seulement quelques mois après le premier volume de cette aventure steampunk sous la forme d’une enquête dans l’imaginaire fantastique du XIX° siècle, où l’on passe de l’Ile du Docteur Moreau à Jack l’éventreur en passant bien sur par Jules Verne… On a laissé les deux frères embarqués dans une société secrète d’érudits, sur un aéronef en route vers le Portugal. Dès l’ouverture du second album on est replongé dans ce qui marque cette série: son découpage très innovant qui participe à un habillage général et donne du corps à l’histoire. L’histoire familiale des deux héros se détaille avec des flash-back où l’on apprend les relations orageuses avec le paternel, alors que les objectifs des différents membres de la société secrète s’avèrent troubles. Lorsque nos héros se retrouvent agressés par des créatures encore plus étranges que les « cyborgs » rencontrés à Paris la réalité bascule  et l’on ne sait plus trop bien ce qui est explicable et ce qui frôle le démoniaque… Les auteurs Alexie Durant et Sylvain Ferret connaissent leurs gammes en matière de fantastique et d’effets horrifiques (… bien gores!). « Tournée » comme un film, cette BD apporte un dynamisme certain en jouant sur nos références imaginaires en sachant titiller nos envies d’aventure steampunk et de fantastique sans tomber dans le plagiat de ce qui a déjà été fait. La fabrication sent la passion, du titre en latin jusqu’aux annexes qui prolongent l’intrigue. Quand originalité rime avec efficacité, il ne faut pas bouder son plaisir!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • Saccage (Peeters/Atrabile) 2019

couv_361269Saccage est un rêve… ou un cauchemar? Dans sa préface Frederik Peeters explique le pourquoi de cet album et quelques grilles de lecture (malgré son caractère très personnel, ce texte vous aidera un peu à saisir ce que vous vous apprêtez à découvrir). Cette lecture, toute fascinante qu’elle soit n’en reste pas moins totalement hermétique malgré les quelques lignes de suivi qui nous sont données, principalement cet homme jaune et l’enfant qui l’accompagne. L’album, qui est pour moi plus un art-book qu’une BD, a cela de fascinant qu’il semble donner une matière aux visions intérieures d’un artiste, avec toutes ses références plus ou moins évidentes (un inca de Tintin par ci, Bruegel par là en passant par les animaux-insectes de Dali…). Il est d’ailleurs intéressant de prolonger la lecture jusqu’à la page de remerciements où l’auteur s’essaye à une liste non exhaustive de ses inspirations, beaucoup dans l’art classique, un peu dans la BD. Résultat de recherche d'images pour "saccage peeters"C’est cet aspect conscient qui est le plus intéressant dans l’expérience de lecture de ce pandémonium graphiquement sublime. Je n’avais rien lu de Frederik Peeters et je découvre l’un des dessinateurs les plus talentueux du moment. Utilisant le stylo-bille comme un retour confortable à une technique qui semble le satisfaire (pour le travail des textures), Peeters nous propose une immersion visuelle où l’étrange se mélange au sublime dans un itinéraire fatigant tant le nombre d’éléments par page nous donne parfois l’impression de parcourir un album Où est Charlie?… Une expérience visuelle vraiment superbe que je conseille à tout amoureux du dessin.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv


  • La saga de Grimr (Moreau/Delcourt) 2017

couv_308484Gros carton critique de l’année 2017 (Fauve du meilleur album à Angoulême 2018), cet album en solo de l’auteur du très réussi Singe de Hartlepoole nous présente la misère de l’Islande, terre désolée victime de la fureur de la Terre, ses volcans et ses geysers, ses tremblements de terre, la rigueur de son climat… Cette histoire assez sombre d’un orphelin doté d’une force colossale, volcan humain décidé à être quelqu’un, repose beaucoup sur le dessin, très particulier, des paysages d’Islande, ses coulées de lave, ses névés, ses landes caillouteuses. Sur Le Singe le style de Jérémie Moreau passait par-ce que c’était une farce. Ici on est dans la Saga, le récit mythique des héros islandais, ce qui peut justifier ce trait grossier. Mais j’ai eu néanmoins beaucoup de mal avec ces planches épaisses, ces personnages bovins et ces couleurs très ternes. Je reconnais la technique (issue de l’animation) de Moreau sur les plans et mouvements des personnages. Mais cela reste trop fruste pour moi. L’album a de toute évidence nécessité un gros boulot et une implication de son auteur (comme tous les albums de la collection Mirages de Delcourt), l’idée d’une Saga en cours de construction, avec ce poète qui reconnaît la destinée de Grimr malgré les heurts d’une époque et société très violentes, injuste, superstitieuse, tout cela est plutôt intéressant mais la partie graphique entache trop le projet pour en faire véritablement un bon album…

note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

*****·BD·Nouveau !

Ira dei #2: la part du diable

BD du mercrediBD de Vincent Brugeas et Vincent Toulhoat
Dargaud (2018), 54 p., 2 vol parus, premier cycle terminé.

L’illustration de couverture est très réussie, plus pertinente que celle du premier volume), reprenant à la fois le thème et la colorimétrie de la série (j’aime toujours quand il y a une homogénéité dans une série) mais surtout proposant un sujet énigmatique et très révélateur de l’album. Un vitrail dessiné très élégant en début d’album rappelle les protagonistes. Ce tome clôt officiellement un premier cycle d’une série prévue en quatre cycles minimum.

Après avoir conquis Taormine en Sicile, Tancrède est intégré à l’armée du Strategos Maniakès. Poursuivant sa propre vengeance en enfermant le moine dans une cage, il voit les alliances se faire et se défaire, chacun jouant sa propre partition au sein de ce théâtre de reconquête militaire.

Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"Le duo Brugeas/Toulhoat est décidément impressionnant. Non content d’une productivité hors norme (on est à une moyenne de 2 albums par an), ils parviennent à produire des BD grand public sur des sujets et traitement pour le moins risqués… Paradoxalement si leur BD la plus mainstream (Chaos Team: des barbouzes dans un contexte post-apo après l’arrivée des extra-terrestres) est leur seul semi-échec commercial, ils choisissent ensuite un polar médiéval très sombre et une épopée diplomatico-stratégique dans la méditerranée Byzantine de l’an Mille!

Le premier tome d’Ira Dei était une vraie réussite, inattendue pour ma part et qui reprenait pas mal de tics graphiques et scénaristiques du couple d’auteurs. La part du diable parvient à rehausser encore le niveau en complexifiant une intrigue déjà touffue, notamment via le ressort des aller-retour: l’album débute sur la grande bataille de Syracuse et nous montre par morceaux quelles inimitiés, quels retournements d’alliances, quels machiavélismes ont mené à ce morceau de bravoure épique qui renverrait presque le Conan des deux compères sorti au printemps au rang de bleuette Nouvelle vague… Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"La lecture de l’album demande de la concentration même si le dessin, toujours aussi clair et précis facilite le parcours oculaire. La grande force de ce volume et le véritable changement par rapport à leurs productions précédentes est l’absence de héros et une impossibilité pour le lecteur de définir le centre de l’intrigue. La multitude de personnages secondaires, bien plus charismatiques et éclairés que les deux centres antagonistes que sont Tancrède et Etienne, crée une toile renforcée par une chute inattendue qui ressemble plus à un to be continued qu’à une fin de cycle. La série sera en effet construite sur des cycles « géographiques » changeant de théâtre des opérations à chaque diptyques, dans une trame néanmoins suivie.

Le personnage de Tancrède est un peu en retrait dans ce volume, en laissant la part belle (comme souvent chez Brugeas&Toulhoat) aux femmes, manipulatrices, belles, intelligentes, face à une brochette de mâles violents et tous plus retors les uns que les autres qui font chercher en vain quelque chose qui se rapprocherait le plus d’un héros. Dans cet univers machiavélique où chaque acteur semble être le précepteur de Sun Tzu, très peu de manichéisme, ce qui est rare dans ce genre de BD et très agréable.

Graphiquement Ronan Toulhoat n’en finit plus à chaque album de nous régaler. Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je suis adepte des encrages forts et ce que j’aime chez ce dessinateur c’est son trait très instinctif allié à une utilisation discrète du numérique, dans la colorisation notamment et dans la réalisation d’arrière-plans jamais délaissés: il y a une telle vie dans chacune des cases que l’on prolonge la lecture pour scruter chaque détail. L’autre grande force du dessinateur est son sens du mouvement, à la fois par des effets graphiques très maîtrisés (eyfish, lignes de vitesse) et par un découpage en travelings qui crée une vraie immersion.Résultat de recherche d'images pour "toulhoat la part du diable"

La part du diable est peut-être l’album le plus abouti du duo (je sais, je dis ça à chacun de leurs albums…), à la fois exigeant, complexe, visuellement renversant de détails et de précision, proposant à la fois de sombres débats stratégico-conspirationistes et des scènes de bataille grandioses… On ne sais plus s’il faut souhaiter des changements d’horizons pour ces auteurs tant ils nous régalent en proposant à chaque album des créations qui respirent la passion. Personnellement je suis leurs aventures les yeux fermés et pour l’instant je n’ai jamais été déçu.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

Aeka: Hiver rouge

BD de Fuat Erkol, Christian Simon et Fabrizio Cosentino
Kamiti (2018), 48 p.

bsic journalismMerci aux éditions Kamiti pour cette découverte.

Couverture de Aeka - Hiver rougeAeka a fait l’envoi d’un Service de presse de la part du nouvel éditeur Kamiti en plus du très bon Red Sun que j’avais chroniqué. Je ne suis pas forcément fana de la période Japon médiéval mais cela m’a permis une découverte. La très jolie couverture est bien en phase avec l’histoire et dotée d’un vernis sélectif. La maquette est très propre, la quatrième de couverture intrigante. Très bon travail d’édition… hormis une ou deux coquille que l’on pardonnera à l’un des premiers albums de l’éditeur.

Alors que l’on célèbre la fête des dragons comme chaque année, Aeka voit sa famille massacrée devant ses yeux par un énigmatique guerrier masqué, aussi impitoyable qu’invincible. Enlevée par lui, elle va être entraînée aux arts guerriers par son propre ennemi, jusqu’à ce qu’elle soit capable de le terrasser. Mais l’homme semble lié au passé qui a vu la défaite des hommes sur les Dragons…

Aeka est une histoire de vengeance, de sabre et de dragons. Pas mal comme pitch. L’album commence pourtant assez lentement, voir même de façon assez banale pour ce genre d’univers, juste de quoi nous faire toucher du doigt la personnalité forte de l’héroïne et le contexte semi-fantastique du japon des samouraï. J’ai cru un moment que l’on verserait dans une énième histoire de Shogun et d’histoire d’honneur… Mais dès l’irruption du guerrier, en une scène assez réussie, on est accroché. Résultat de recherche d'images pour "aeka cosentino"L’album se lit assez vite avec la formation de la jeune fille qui doit apprendre à se surpasser et développer ses sens, quasi surnaturels dans des décors sylvestres. Si elle n’a rien de révolutionnaire, l’intrigue est intéressante, comportant suffisamment de mystère pour donner envie de poursuivre et le scénario avance à un rythme bien équilibré en progression. La mise en scène est du reste efficace.

Sur le dessin j’ai eu un peu de mal en revanche. Rien de honteux, l’illustrateur sait tenir des crayons, mais on est plus dans la qualité moyenne d’un album de fantasy de chez Soleil que sur le précédent album de Kamiti. Tout le monde ne peux pas avoir le même niveau et quand on voit l’illustration de couverture  et la qualité des encrages on peut gager que Fabrizio Cosentino a de la marge de progression, d’autant que sur la maîtrise de la mise en scène il n’y a rien à redire, c’est lisible et parfois même assez sympathique pour certaines planches. J’avais lu le premier Monde de Maliang sur lequel j’avais trouvé les dessins très réussis et malheureusement tiqué sur la reprise (par Consentino) avec des dessins manquant de technique. Pourtant quand on voit la page web de l’auteur il y a clairement du potentiel, notamment dans la colorisation numérique.

En résumé, on a ici un album de fantasy assez classique tendance adolescents, qui ne sort pas forcément du lot de la production grand public mais reste d’une lecture agréable et dont la progression scénaristique sait attirer vers les prochains volumes, avec un contexte mystérieux qui peut faire gagner la série en qualité dans le temps. Et pour peu que le japon médiéval vous botte vous pourrez passer un très bon moment en compagnie d’Aeka.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml