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Les compagnons du crépuscule – Intégrale

BD François Bourgeon.
Delcourt (1984-2021), 272p. Intégrale.

La trilogie des Compagnons du Crépuscule est composée du Sortilège du bois des Brumes (1984), des Yeux d’étain de la ville glauque (1986) et du Dernier chant des Malaterre (1989), sortis tous trois en version brochée après publication dans la revue (A suivre) de Casterman, les deux premiers volumes comportant douze pages de bonus. Les ouvrages sortent ensuite en version reliée. Après un conflit de l’auteur avec son éditeur le catalogue de Bourgeon est repris par les éphémères éditions 12Bis avant d’être récupéré par Delcourt après 2010. Après l’intégrale 12 bis de 2010 qui ne comprend que les pages des BD, Delcourt sort une version toilée agrémentée de bonus et cette année une nouvelle version de 2021.9782413001850-001-x

Celle-ci dura dit-on cent ans… ainsi commencent les chroniques des Compagnons du crépuscule, trio de rêveurs parcourant la France de 1300. Un pays en guerre, un pays de légendes plus que de croix. C’est sur les pas du chevalier, d’Anicet et de la rousse Mariotte que François Bourgeon bâtit sa légende d’orfèvre de la langue ancienne comme du dessin. Une trilogie mythique, exigeante, que tout amoureux de BD se doit de connaître!

Coup de coeur! (1)François Bourgeon est un auteur unique de par une bibliographie résumée à trois séries. Trois séries majeurs qui se remarquent par le phénoménal travail documentaire qu’elles ont demandé, y compris pour la dernière, le cycle de Cyann, dans le genre SF. La trilogie des Compagnons du Crépuscules paraît juste après la conclusion du cycle historique des Passagers du vent (sa prolongation récente n’ayant que peu de liens). Je vous renvoie à mes précédents billets sur l’auteur sur ce point.

Un pas vers la Bédéthèque idéale. Episode 2. - Voyage au centre de la BDL’intégrale comprend donc trois volumes, malheureusement sans aucun bonus pour l’édition 12 bis que je possède. La dernière édition Delcourt qui sort ce mois-ci semble mieux équipée mais je ne saurais vous renseigner sur les annexes…

Nous rencontrons Mariotte, la véritable héroïne (les femmes, toujours les femmes chez cet auteur on ne peu plus féministe et moderne sans jamais tomber dans l’anachronisme!) dès les premières pages du Sortilège du bois des Brumes, qui devient rapidement fidèle d’un chevalier errant ayant voué sa vie à combattre la malmort et les Trois forces, obscure puissance fondatrice du monde structurant un Moyen-Age parcouru de paganisme et de légendes. Car ce breton d’adoption qu’est Bourgeon adopte un univers fantastique (ou plutôt onirique) réaliste que reprendront des années plus tard ses disciples intellectuels sur Servitude. Ses fae et autres Douars sont transcrits comme des créatures probables. Si le versant magique et monstrueux qui fait le sel des deux premiers volumes se situe dans les rêves du chevalier, étrangement relié à ses compagnons par l’esprit, il n’en vise pas moins à imaginer un autre monde fait des mêmes pulsions sexuelles et violentes que ce XIV° siècle. Sommé par des lutins aussi lubriques que cannibales de chasser le grand démon qui les harcèle, le chevalier sans visage partira dans un voyage initiatique où le souvenir de la mort atroce de sa belle continue de le hanter… Remarquablement structuré sur un format classique de quarante six-planches, ce premier volume pose les bases d’un univers où la langue revêt une aussi grande importance que le dessin.

Compagnons du crepuscule (les) #3: le dernier chant des malaterre |  9782356480620 :: BdStock.frDans le second volume, les Yeux d’étain de la ville glauque, le trio s’allie à une jeunette et part en une revisitation de la cité dYs où les Douars ont mis les lutins en esclavage. Structuré en un parallèle fort complexe entre la quête des Compagnons et celle d’un garçon mystérieux, ce second tome est plus magique et moins prenant que le précédent et perdant un peu son lecteur dans les arcanes du temps et de l’espace. Tant graphiquement que dans les thèmes abordés, on a un peu de mal à entrer dans cette aventure.

Le troisième tome, d’une pagination triple et structuré en quatre parties, est le chef d’œuvre absolu de l’auteur voir de toute la BD franco-belge. Création d’un auteur au sommet de son art, Le dernier chant des Malaterre est de ces très rares chocs que la BD peut procurer et qui rendent difficiles les lectures suivantes. Véritable somme historique, sociologique, conte d’une sophistication folle qui raccroche l’Histoire à la Légende et inscrivant subtilement la destinée des Compagnons dans ceux du mage Merlin, l’album est d’une lecture exigeante, tant par son langage proche de l’ancien français que par le nombre d’allusions qui se rejoignent finalement et par l’intrication des intrigues. De son envie de Moyen-Age François Bourgeon reste cohérent avec le soupçon fantastique et boucle l’histoire de son chevalier sans que l’on sache bien si le tout était dans son esprit dès l’origine ou (plus brillant encore) s’il a raccroché une histoire à ses premières idées. Difficile de résumer l’intrigue de cet ultime opus qui décrit autant le quotidien brut des gens de l’époque qu’une intrigue amoureuse et politique dans l’ombre des donjons.

Les Compagnons du Crepuscule 3 Le Dernier Chant des Malaterre 1 par  Francois Bourgeon | Bandes dessinées de sexe en françaisJe parlais de la langue. La qualité littéraire et presque poétique de ces ouvrages reste unique dans l’histoire de la BD. Jouant tout à la fois sur le langage vulgaire de l’époque et sur une musique de la langue qui forme comme des alexandrins, l’auteur régale les oreilles autant que les yeux. Rarement la finesse et la précision du trait comme du texte auront été autant à l’unisson. Si le dessin évolue bien évidemment pour trouver sa maturité pleine dans Malaterre, le texte est magnifique dès le début.

L’univers décrit dans la trilogie est rude et donne le sentiment d’un documentaire caméra à l’épaule. L’auteur ne nous aide guère en coupant parfois une scène, créant des hors champ frustrants et des ellipses qui demandent de rester concentré pour bien saisir l’évolution de l’intrigue. On reste sidéré par les détails qu’ils soient langagiers, de coutumes, de décors ou d’habits. En cela les Compagnons du Crépuscule donnera naissance bien plus tard aux magnifiques séries récentes Servitude et L’Age d’or où l’on retrouve cette envie de réalisme et de poésie, cet aspect documentaire, cette place des femmes et ce rattachement à la Légende…

Les Compagnons du crépuscule, tome 2nd | Le Dino BleuVous l’avez compris, si la trilogie dans son ensemble vaut le détour, Le dernier chant des Malaterre vaudrait une critique à lui seul tant il est une perfection de culture, d’art et de narration. Il n’est pas étonnant que Bourgeon ait ensuite voulu partir dans les étoiles avec le Cycle de Cyann où il tenta de reproduire ce réalisme dans un univers SF… sans le même succès selon moi. Un des derniers géants de la BD, bien moins médiatique que d’autres, Bourgeon doit être lu par tout amateur du neuvième art et l’ultime tome des Compagnons du crépuscule se doit de figurer dans toute bibliothèque, au risque d’entraîner relecture sur relecture…

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La grande peste

La BD!
BD de Cedric Simon et Eric Stalner
les Arènes (2021), série achevée en deux volumes (128p et 113p.)

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Merci aux éditions Les Arènes pour leur confiance!

Entre 1347 et 1352 la Peste noire ou Mort noire s’étend sur l’Europe, emportant 25 millions d’habitant et laissant les territoires déserts et ravagés. Baldus et Alixe sont témoins de ces évènements. Victimes et bourreaux, ils incarnent leur époque et pourchassent le quatrième Cavalier de l’Apocalypse par qui dit-on arrive la Grande Peste…

La grande Peste - BD, informations, cotesEric Stalner est féru d’histoire et incarne dans son style graphique un passage entre la BD historique classique de chez Glénat et une évocation fantastique plus proche des Lauffray, Montaigne et Alice époque Troisième Testament. Dans un thème proche (l’odyssée de témoins d’un grand évènement historique) sa Saint-Barthélémy m’avait beaucoup plu dans sa capacité à créer une histoire intéressante qui ne soit pas qu’un prétexte.

Allié à Cedric Simon depuis plusieurs albums qui adaptent le patrimoine littéraire national, Stalner revient donc pour un diptyque inégal dont on ne comprend pas toujours la structure. Si le premier gros volume – qui laisse de la place à l’artiste pour s’exprimer confortablement et globalement avec un grand plaisir pour le lecteur – intéresse sous sa forme de cours d’histoire très pédagogique et illustratif de différents évènements qui accompagnèrent la Peste (les buchers de sorcières, les sectes de flagellants, les danses de Saint-guy qui ont inspiré Guérineau récemment), la bascule du second tome vire au quasi-fantastique et laisse un peu dubitatif quand à l’objectif des auteurs. Accompagnant son scénario de cartes destinées à appuyer historiquement son contexte, Cedric Simon réussit ainsi comme historien, moins comme scénariste. La Grande Peste T. 2 - Par Éric Stalner et Cédric Simon - Les (...) -  ActuaBDCar si le démarrage est plutôt inspiré en proposant des fièvres graphiques impliquant le Cavalier de l’Apocalypse dans des allégories parlantes, la quête qui s’ensuit autour d’un artefact lié à cette fin du monde et aux personnages semble un peu hors sol et nous sortir de l’intérêt du contexte. Ce qui fonctionne c’est bien d’illustrer (comme dans Saint-Barthélémy) la réalité crue d’une époque ravagée, là où Stalner excelle avec ses gueules de gueux et ses féroces chevaliers.

En outre l’itinéraire mental des personnages devient peu cohérent entre les deux tomes. Si l’on comprend le traumatisme du rescapé Baldus et la vengeance de la féministe Alixe, on ne sait ensuite plus bien si l’on a migré dans un récit fantastique, la contextualisation se délitant et l’intérêt avec. On ne comprend ainsi pas bien le découpage en deux volumes qui semblent ne pas viser le même projet. Si le plaisir est là dans le tome un (notamment pour les amateurs de Stalner), on est un peu perdu dans cette quête artificielle et vaguement grandguignolesque dans le second volume où les beaux paysages et ma maîtrise graphique du dessinateur ne suffisent plus à maintenir notre attention. Inégal disais-je…

 

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Manga en vrac #18: Toilet Bound Hanako-Kun #3 – Elio le fugitif #2 et 3 – La guerre des mondes #2

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  • Toilet-Bound Hanako-Kun #3 (Aidalro/Pika) – 2021 série en cours, 3/15 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Pika pour leur confiance.

toilet-bound-hana-kun-3-pikaLa chronique des deux premiers volumes se trouve ici.

J’avais été comme mes camarades de blog assez enjoué par ma découverte des deux premiers volumes sortis cet été. En entamant ce troisième tome je découvre que contrairement aux précédents le mystère des archives de 16h s’étale sur plusieurs chapitres qui forment l’intégralité de ce volume, ce qui change pas mal la donne en matière de rythme. Ce qui était présenté comme des histoires courtes avec rotation rapide de l’action et des personnages s’installe plus dans la durée, avec approfondissement notamment dans la recherches qu’entreprend Nene sur son maître-allié Hanako. Ce jeune esprit qui nous est décrit ici comme ni plus ni moins que le chef des Mystères de l’école est depuis le début fort mystérieux et on va ainsi se retrouver dans son passé pour comprendre comment il est devenu un esprit. Les pages du volumes sont toujours très agréables dans leur mise en scène destructurée et fourmillant de détails. L’humour et l’action sont en revanche un peu en retrait et j’ai découvert cette intrigue un peu moins enthousiaste, je dois le reconnaître. La difficulté de ce format était dès le début de parvenir à s’inscrire dans la longueur car autant on a regretté le format très court d’un Tetsu & Doberman autant pour Toilet Bound une tomaison sur les doigts de la main aurais sans doute suffi. Je dis cela alors qu’aucune intrigue au long court n’a eu le temps de se mettre en place, aussi il faudra voir (je rappelle que la série compte déjà quinze volumes au japon, ce qui laisse à Pika le temps de développer sa licence)

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  • Elio le fugitif #2-3 (Hosokawa/Glénat) – 2021, série en 5 volumes, terminée au Japon

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

elio-fugitif-2-glenatImpression mitigée et assez tranchée sur les deux volumes, qui recoupent au final le sentiment du premier volume. Le second tome est très faible (du niveau d’un calvin) même s’il met enfin en place une véritable intrigue liée à des vengeances dynastiques. Ce qui était attendu jusqu’ici s’étoffe donc un peu avec un descriptif politique de l’époque qui habille un peu une fuite tout à fait linéaire et que les quelques combats très hachés et coins d’humour shonen ne suffisent pas à rythmer. On attendait soit un récit historique à la Vinland Saga soit un prétexte en mode baston avec des personnages de jeux vidéo… on est au final entre deux et ce n’est guère satisfaisant, d’autant que les dessins juste correctes ne relèvent pas vraiment l’intérêt. Le personnage d’Elio dont le second degré touchait plutôt juste (un jeune gamin hyper-fort qui semble à peine réaliser dans quelles situations il est et s’en sort toujours haut la main) est ici plutôt effacé.

Sur le troisième volume on reprend de l’intérêt avec une histoire qui devient beaucoup plus structurée, simple mais cohérente avec une progression, des flashback sur les personnages et un final qui prépare un affrontement d’arène que l’on imagine aboutir la série sur les deux prochaine volumes. Si du coup le manga se laisse lire plus agréablement, les combats tout à fait rageurs, exagérés (les personnages sont presque aussi forts que dans Dragon ball!) souffrent d’un montage très haché et peu lisible, le lecteur devant fréquemment revenir en arrière avec l’impression d’avoir manqué des cases. Il ressort de tout cela l’impression d’une série de grande consommation destinée à ravir les boulimiques en attendant un prochain tome de Vinland Saga mais sans aucune ambition particulière.

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  • La guerre des Mondes (Ihara-Yokoshima/Ki_oon) – 2021, 170p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Ki_oon pour leur confiance.

guerre_des_mondes_2_ki-oonLa chronique du premier volume (détallant notamment la très jolie édition) est ici.

Ce second tome continue sur la même tonalité que le premier à savoir une course du personnage principal (témoin-photographe) parmi les populations fuyant devant l’avancée meurtrière des martiens. L’intrigue est donc tout à fait linéaire et construite autour des destructions terrifiantes et des quelques lueurs d’espoir qui surgissent avant d’être étouffées. Quelques morceaux de bravoure humaines (un peu désespérées) viennent donc pimenter ce qui pourrait devenir redondant et on enchaîne ces cent-soixante-dix pages à grande vitesse et un plaisir non feint. Les dessins, pas virtuoses mais très correctes et portés par des cardages  qui appuient le désespoir et le drame absolu portent ainsi bien ce récit qui confirme sa qualité et intrigue (pour qui ne se souviendrait pas par cœur du récit original) quand à son dénouement…

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****·BD

Castelmaure

La BD!

Récit complet en 152 pages, écrit par Lewis Trondheim et dessiné par Alfred. Parution le 14/10/2020 aux éditions Delcourt

Histoires à dormir debout

Zéphyrin est un mythographe, dont la mission est de parcourir le royaume de Castelmaure, en quête d’histoires orales à retranscrire pour la postérité. Ainsi, il s’entretient avec qui y consent, pour écouter les récits des anciens et forger l’Histoire du royaume. 

Il y a quelques années, Zéphyrin s’était donné une mission bien particulière: celle de retrouver le Roi Eric, monarque adoré par son peuple, disparu dans de mystérieuses circonstances. Après avoir fait chou blanc durant dix ans, le mythographe s’est résolu à reprendre ses activités normales, mais les histoires qu’il entend ça et là ne font qu’épaissir le mystère autour de Castelmaure…

En effet, depuis que le Roi s’est évanoui dans la nature, laissant sa sœur Éléanore régner en intérim avec son époux Marcus, une incessante tempête s’est installée autour du château, qui fut dès lors déserté. Zéphyrin entend également parler du Chasseur Errant, que de nombreux sujets auraient aperçus dans les forêts, avec un sorcière acariâtre. L’historien entend également l’anecdote disant que toutes les femmes du royaume tombèrent enceintes le même jour, ce qui conduisit à de nombreuses tragédies et des enfants mort-nés…pour la plupart. 

Peu à peu, ces histoires singulières vont s’entrecroiser et se télescoper, pour former ultimement la légende de Castelmaure. 

Les parts de vérité dans le gâteau du mythe

On ne présente plus Lewis Trondheim, dont la bibliographie est jalonnée de succès critiques et éditoriaux. L’auteur nous plonge ici dans un récit choral au croisement du conte médiéval fantastique et du thriller, dans lequel chaque détail à son importance. A la manière d’un détective, Zéphyrin va faire office de fil rouge dans cette intrigue, dont les circonvolutions bien emmenées conduisent le lecteur vers un final satisfaisant où tout finit par prendre sens. 

Le scénariste convoque des thèmes connus, comme celui de la différence, d’autres un peu plus touchy comme ceux de la maladie mentale et du remord, le tout en cohérence avec le récit. L’album en lui-même y gagne donc en authenticité, grâce aux personnages bien campés et à l’alternance des situations, tantôts drôles, tantôt grandiloquentes et dramatiques. 

Certains arcs narratifs, notamment ceux de Théodore et Nathanaelle, trouvent une résolution un tant soit peu abrupte dans le feu de l’action, mais cela ne nuit pas à la cohérence du tout, qui conserve une allure de fresque maîtrisée de bout en bout. 

Le dessin d’Alfred réussit à lui seul à établir l’univers de Castelmaure, grâce à un trait épuré et à des décors qui laissent la plupart du temps admiratif. 

Sorti l’an dernier après avoir été repoussé, Castelmaure offre un plaisir de lecture conséquent pour qui aime les intrigues chorales et le ton décalé de Lewis Trondheim. 

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BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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Sang royal (intégrale)

La BD!

A l’occasion de la sortie de l’intégrale d’une des dernières séries de Jodoroswky, magnifiquement mise en image par Liu Dongzi, je vous propose de relire ma chronique de la série:

BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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Tracnar & Faribol #1

Jeunesse

BD de Benoit du Peloux
Bamboo (2020), 86 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo pour leur confiance.

Une bien belle édition avec ce large format qui propose une impression de grand qualité avec un dessin crayonnés-aquarelle pas simple à rendre. Très joli logo-titre  avec un en-tête qui promet une série. Un très joli cahier graphique de 8 pages termine l’album. Un habillage général qui mets en appétit et mérite un Calvin.

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Il était une fois au royaume d’Arican, un roi tombé veuf sous les charmes de la belle Perfidy. Celle-ci captura l’âme de la jeune princesse Felicity à qui était promise la couronne. Voilà que tout était bien… jusqu’à ce qu’elle croise sur son chemin deux coquins, voleurs et bandits, le loup Tracnar et le renard Faribol, bien loin de se douter qu’ils allaient rien de moins que sauver le royaume…

Tracnar & Faribol (Vagabondage en contrées légendaires #1) • Benoît Du  PelouxLe ton est donné est connu: le campagnard Benoit de Peloux avait très envie de conter une aventure entre Perrault et Rabelais, au pays des rois et des reines mais aussi des brigands et des parleurs, des cuisiniers et des lingères. Mais ce n’est pas parce que tout ceci est familier qu’il est facile de le raconter à nouveau. Surtout, intéresser petits et grands comme l’ambitionne Peloux n’a rien d’évident. Et pourtant ce premier album d’une série qui va sans aucun doute se poursuivre au vu de sa qualité plaira au lecteur adulte comme aux jeunes.

Pour cela il y a d’abord les dessins, aquarelles sur crayonnés, superbes et précis tant dans les couleurs chatoyantes du château que dans la forêt enneigée et les terriers enracinés. L’auteur, habitué au dessin animalier sur les séries Zoé et Pataclop ou Triple Galop dans l’écurie Bamboo est parfaitement à l’aise avec les trombines caricaturales et grimaçantes de ses animaux anthropomorphes. La recette de Disney marche autant dans Blacksad qu’ici et la caractérisation animalière des tempéraments fait rire les adultes et comprendre rapidement aux enfants à qui ils ont affaire. Les aventures de Tracnar et Faribol donnent lieu bien entendu à moultes cabrioles, cascades et combats à coups de cruchons et de broche à cochons… Rabelais (ou Kaamelot!) n’est donc jamais loin tant les deux énergumènes recherchent plus la bonne pitance qu’un hypothétique trésor. Car les gens du peuple se contentent de peu et connaissent la valeur du concret…

30 Millions d'amis...la Bd Animalière / Tracnar et Faribol Vs. Richard au  pays des livres magiques - Conseils d'écoutes musicales pour Bandes  DessinéesLa bonne idée de Peloux repose sur cette fusion entre la princesse, jeune fille mal élevée et agaçante et Faribol, le renard peureux et malin. Par des péripéties que vous découvrirez la princesse se retrouve à parler par la voix du renard ce qui donne lieu à moultes quiproquos et situations décalées bien drôles. La progression dramatique est remarquable et la lecture se passe à une vitesse folle tant les séquences s’enchainent logiquement et avec fluidité, sans aucune faute de gout. Car outre la qualité technique et la bonne idée de faire se dérouler l’aventure en hiver (permettant ainsi une économie non négligeable de moyens pour créer des décors pourtant fort jolis), l’auteur propose un design remarquable tant dans les costules que dans le style des personnages. Encore une fois ce n’est pas parce que l’on croque un récit moyenâgeux que l’aspect général coule de source. Ici tout semble à la fois connu et original. Le trait léger y est sans doute pour beaucoup mais l’on a vu beaucoup d’autres histoires si proches de Walt Disney ou hésitant sur le réalisme. Le dessinateur est clairement à l’aise avec l’univers qu’il a créé et son envie transparaît dans le carnet graphique où il raconte les étapes de création, ses hésitations et ce qu’il faut s’attendre à trouver dans de prochains albums.

On sort de ce conte totalement enchanté, le sourire aux lèvres, les yeux caressés par ces si jolies planches et l’on n’a qu’une envie, de retourner dans le terrier de Faribol déguster un fumeux gigot…

***·BD·Nouveau !

Buyan, l’île des morts

La BD!

Histoire complète en 196 pages, écrite par Xabier Etxeberria et Martin Etxeberria, dessinée par Martin Etxeberria. Parution le 06/11/2019 aux éditions Akileos.

Nul homme n’est une île

Maansi vient de la lointaine Nénétsie, une province inhospitalière située par-delà la toundra. A cette époque, le continent eurasien est en proie à de violentes guerres de conquêtes, initiées par l’empereur mongol Genghis Khan et perpétuées par son petit-fils, Batu Khan.

Maansi, qui vivait une existence paisible au sein de sa tribu et auprès de son épouse Sudam, s’est retrouvé pris dans la tourmente de la guerre, entre les conquérants mongols et les seigneurs slaves qui défendaient leurs terres gelées. Désormais veuf, Maansi entame un périple à travers la toundra afin d’atteindre la mythique Buyan, l’île par laquelle transitent les morts, dans l’espoir d’y retrouver sa femme. Il sera accompagné par son fidèle ami Noho, un chien-loup aussi futé qu’attachant.

Durant son périple, Maansi devra éviter les embûches et les dangers mortels qui arpentent les plaines glaciales: les soldats mongols d’une part, et les bogatyrs (chevaliers slaves) d’autre part. Il fera la rencontre d’autres âmes errantes comme lui, et fera face à des échos surgis de son douloureux passé.

Le Royaume des loups et des cygnes

Comme vous l’aurez compris, Buyan nous promet une épopée faite de grands espaces blancs, propices aussi bien à l’introspection qu’à de grandes scènes de bataille entre slaves et mongols. De ce côté là, nous ne pouvons être déçus, notamment grâce à l’écriture des frères Etxeberria, couplée à un dessin un aéré et reprenant parfaitement les codes de l’animation.

Dès le premier acte, les auteurs posent les jalons d’une intrigue politique, où les jeux d’influence et de conquête sont à même de déterminer le sort du continent tout entier. Cependant, ce contexte historico-politique, passionnant au demeurant, ne sera pas davantage exploité et servira simplement de toile de fond à l’odyssée de Maansi, qui n’a finalement que faire des hommes de pouvoir et de leurs ambitions.

Le thème du deuil est ici central, mais traité de façon à éviter le pathos qui y est généralement associé. En fiction, la vengeance est souvent corollaire du deuil, et Buyan arrive à nous surprendre assez habilement de ce côté-là.

L’irruption du fantastique se fait assez tardivement dans l’album, car, durant les deux premiers tiers, le lecteur est encore en droit de considérer que Buyan n’est qu’un mythe, et que le voyage de Maansi relève davantage du pèlerinage symbolique que d’une véritable quête pour retrouver son amour perdu.

Buyan, l’île des morts va vous emmener dans les steppes glacées de ce qui deviendra plus tard la Russie, dans une quête mêlant mythologie et Histoire. Une belle découverte chez Akiléos !

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Un auteur...

Sang royal

BD du mercredi
BD de Jodorowsky et Dongzi Liu
Glénat (2010-2020), 2 cycles de 2 tomes parus, 54p. par album.

Je remercie les éditions Glénat qui m’ont permis de lire la version numérique du dernier tome de la série.

badge numeriqueLe projet original comprenait deux albums, suite à quoi un second cycle a été publié avec sept ans d’attente entre le troisième et le quatrième. Le premier cycle suit donc la tragédie d’un roi incestueux et le second sa descendance destinée à le tuer…

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Le roi Alvar est un conquérant né qui ne tolère pas la défaite. Semblant enfanté des dieux, il va pourtant tomber sous le coup d’une malédiction après la trahison de son cousin. Indomptable, soumis à aucune morale, Alvar prendra femmes et enfantera pour la gloire de son titre et peut-être pour l’amour véritable. Mais le monde des hommes est plein de duplicité et c’est en croyant suivre son destin qu’il ira à sa ruine. Découvrez la légende d’Alvar, le roi mendiant, le plus grand d’entre les grands…

Cette courte série qui aura attendue longtemps sa conclusion, sans doute en raison de la flamboyance graphique du chinois Liu Dongzi, est au cœur de l’œuvre de Jodorowsky, vieux maître qui n’en finit plus de nous proposer son univers fait de sang et de sexe, une œuvre sans morale, blasphématoire, provocatrice. Il y a les adeptes de Jodo et ceux qui le fuient, las de ses outrances sanglantes, de sa fascination pour les mutilations, pour les relations incestueuses et les amours impossibles. La profusion de séries BD qu’il a créé se répète bien entendu… mais ne serait-ce que par-ce qu’il a un vrai talent pour attirer de grands dessinateurs et transposer dans différents contextes ses obsessions, il arrive souvent à nous transporter dans son monde, avec plaisir.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""On retrouve beaucoup de choses déjà vues dans Sang Royal. La force de la série (outre donc des planches toutes plus magnifiques les unes que les autres) c’est sa concision et sa cohérence. Conçue comme un drame en deux actes (pour chaque cycle), la série nous présente la sauvagerie du roi, prêt à tout pour assouvir ses envies dont un amour improbable avec une paysanne va enclencher l’engrenage infernal qui le mènera à sa perte à la toute fin. Si le premier diptyque est assez sobre question fantastique et se concentre sur les relations incestueuses d’Alvar avec sa fille, le second voit poindre des créatures surnaturelles et gagne en héroïsme guerrier. L’ensemble reste très homogène y compris graphiquement malgré l’écart entre le premier et le dernier album.

Résultat de recherche d'images pour "sang royal dongzi""Ce qui m’a plu également c’est l’absence totale de d’autocensure de Jodorowsky, qui assume de montrer ce qui doit être, de façon moins malsaine que dans certaines saga (les Méta-Barons pour le pas les citer). Les scènes de sexe sont élégantes, les batailles sont des boucheries réalistes et rapides, les mutilations sont soit racontées soit intégrées à l’histoire avec un rôle central pour la suite. L’œuvre de Jodo n’est pas pour les fillettes et Sang Royal n’échappe pas à la règle. Le sang et l’épée siéent parfaitement à cette histoire sans héros, où le mythe s’incarne dans la force brute et où le roi tout puissant se trouve victime de ses pulsions amoureuses en considérant ses enfants avec bien peu d’égard. C’est également une série épique avec un art du dessinateur pour raconter les combats entre corps parfaits. Cet auteur est fascinant dans son radicalisme… Série graphiquement superbe avec un dessin qui esthétise l’horreur en l’atténuant, Sang Royal est surprenante en ce que jamais l’on ne sait ce que le scénariste va imposer à ses personnages. Étonnamment méconnue, elle mérite d’être découverte en attendant peut-être une prochaine collaboration avec le prodige Liu Dongzi.

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BD en vrac #8

  • Les métamorphoses 1858 #2

Ouvrage lu en numérique sur Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_361238Ce second tome arrive seulement quelques mois après le premier volume de cette aventure steampunk sous la forme d’une enquête dans l’imaginaire fantastique du XIX° siècle, où l’on passe de l’Ile du Docteur Moreau à Jack l’éventreur en passant bien sur par Jules Verne… On a laissé les deux frères embarqués dans une société secrète d’érudits, sur un aéronef en route vers le Portugal. Dès l’ouverture du second album on est replongé dans ce qui marque cette série: son découpage très innovant qui participe à un habillage général et donne du corps à l’histoire. L’histoire familiale des deux héros se détaille avec des flash-back où l’on apprend les relations orageuses avec le paternel, alors que les objectifs des différents membres de la société secrète s’avèrent troubles. Lorsque nos héros se retrouvent agressés par des créatures encore plus étranges que les « cyborgs » rencontrés à Paris la réalité bascule  et l’on ne sait plus trop bien ce qui est explicable et ce qui frôle le démoniaque… Les auteurs Alexie Durant et Sylvain Ferret connaissent leurs gammes en matière de fantastique et d’effets horrifiques (… bien gores!). « Tournée » comme un film, cette BD apporte un dynamisme certain en jouant sur nos références imaginaires en sachant titiller nos envies d’aventure steampunk et de fantastique sans tomber dans le plagiat de ce qui a déjà été fait. La fabrication sent la passion, du titre en latin jusqu’aux annexes qui prolongent l’intrigue. Quand originalité rime avec efficacité, il ne faut pas bouder son plaisir!

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  • Saccage (Peeters/Atrabile) 2019

couv_361269Saccage est un rêve… ou un cauchemar? Dans sa préface Frederik Peeters explique le pourquoi de cet album et quelques grilles de lecture (malgré son caractère très personnel, ce texte vous aidera un peu à saisir ce que vous vous apprêtez à découvrir). Cette lecture, toute fascinante qu’elle soit n’en reste pas moins totalement hermétique malgré les quelques lignes de suivi qui nous sont données, principalement cet homme jaune et l’enfant qui l’accompagne. L’album, qui est pour moi plus un art-book qu’une BD, a cela de fascinant qu’il semble donner une matière aux visions intérieures d’un artiste, avec toutes ses références plus ou moins évidentes (un inca de Tintin par ci, Bruegel par là en passant par les animaux-insectes de Dali…). Il est d’ailleurs intéressant de prolonger la lecture jusqu’à la page de remerciements où l’auteur s’essaye à une liste non exhaustive de ses inspirations, beaucoup dans l’art classique, un peu dans la BD. Résultat de recherche d'images pour "saccage peeters"C’est cet aspect conscient qui est le plus intéressant dans l’expérience de lecture de ce pandémonium graphiquement sublime. Je n’avais rien lu de Frederik Peeters et je découvre l’un des dessinateurs les plus talentueux du moment. Utilisant le stylo-bille comme un retour confortable à une technique qui semble le satisfaire (pour le travail des textures), Peeters nous propose une immersion visuelle où l’étrange se mélange au sublime dans un itinéraire fatigant tant le nombre d’éléments par page nous donne parfois l’impression de parcourir un album Où est Charlie?… Une expérience visuelle vraiment superbe que je conseille à tout amoureux du dessin.

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  • La saga de Grimr (Moreau/Delcourt) 2017

couv_308484Gros carton critique de l’année 2017 (Fauve du meilleur album à Angoulême 2018), cet album en solo de l’auteur du très réussi Singe de Hartlepoole nous présente la misère de l’Islande, terre désolée victime de la fureur de la Terre, ses volcans et ses geysers, ses tremblements de terre, la rigueur de son climat… Cette histoire assez sombre d’un orphelin doté d’une force colossale, volcan humain décidé à être quelqu’un, repose beaucoup sur le dessin, très particulier, des paysages d’Islande, ses coulées de lave, ses névés, ses landes caillouteuses. Sur Le Singe le style de Jérémie Moreau passait par-ce que c’était une farce. Ici on est dans la Saga, le récit mythique des héros islandais, ce qui peut justifier ce trait grossier. Mais j’ai eu néanmoins beaucoup de mal avec ces planches épaisses, ces personnages bovins et ces couleurs très ternes. Je reconnais la technique (issue de l’animation) de Moreau sur les plans et mouvements des personnages. Mais cela reste trop fruste pour moi. L’album a de toute évidence nécessité un gros boulot et une implication de son auteur (comme tous les albums de la collection Mirages de Delcourt), l’idée d’une Saga en cours de construction, avec ce poète qui reconnaît la destinée de Grimr malgré les heurts d’une époque et société très violentes, injuste, superstitieuse, tout cela est plutôt intéressant mais la partie graphique entache trop le projet pour en faire véritablement un bon album…

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