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BD en vrac #19: Le moine mort – Ira Dei 4 – Jylland

La BD!

Salut les bdvores! Fournée de BD médiévales aujourd’hui, avec deux dessinateurs très graphiques et une découverte en terre viking.

  • Le moine mort #1 (Morvan-ScieTronc/Glénat) – 2021, 48p., série en cours.

badge numeriqueJe suis de plus en plus difficile avec Jean-David Morvan… comme avec tous les autres très bons scénaristes devenus plus solo-éditeurs que créateurs en perdant de vue le travail de préparation et de sélection de ce qu’est un bon album et en croyant pouvoir être sur tous les fronts. Quand on dit auteur prolifique ce n’est pas toujours en bien. Morvan aligne les projets personnels en mettant le pied à l’étrier à de jeunes auteurs et c’est tout à son honneur. Mais défricher les talents n’exige pas forcément d’aligner les scénarii sur ses épaules au risque de se noyer et de perdre en qualité… Bref, admettre des erreurs chez des primo scénaristes c’est normal quand on chronique un album. Chez un vétéran il n’y a pas d’excuse à proposer une simple introduction, si belles soit elle, sur un album entier au prix où sont aujourd’hui les BD. Surtout, la place et le confort doivent être justifiés par une progression narrative. Ce qui manque clairement à ce premier tome du Moine mort!

Le récit prend la forme désormais classique du narrateur monastique modèle Le Nome de la rose qui témoigne de la croisade fondamentaliste d’une Église imaginaire mais bien inspirée du pire de notre Histoire. Sous des pinceaux réellement inspirés du jeune ScieTronc (qui avait déjà impressionné sur le premier Boris Vian, déjà scénarisé par Morvan), on en restera donc là après 48 pages où l’on ne fait que découvrir l’univers tout en architectures et contre-plongées visiblement inspiré par les dessins du Piranese (qui donne son nom au héros). C’est beau mais c’est maigre. C’est vraiment dommage car graphiquement l’univers mis en place accroche réellement notre intérêt en s’appuyant peut-être sur le design semi-historique de la série Game of Thrones, mais surtout sur un sens du cadrage qui permet de donner un cachet fou à la plupart des cases. Il n’aurait fallu que quelques séquences de plus pour semer l’envie de découverte au lieu de quoi l’effet retombe un peu comme un soufflet en oubliant l’envie. Difficile donc de se prononcer sur une série pas vraiment commencée. Il faudra donc attendre le second tome pour se faire réellement un avis.

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  • Ira Dei #4:  mon nom est Tancred (Brugeas-Toulhoat/Dargaud) – 2021, 54p., 2 cycles parus.

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Alors que le Strategos Maniakès revient sur le terrain les dissensions continuent entre les différents chefs mercenaires alors que le moine revient assisté d’un sicaire dont la cible reste mystérieuse…

Toujours compliqué de rester objectif lorsque j’ai entre les mains un album du duo Brugeas-Toulhoat qui propose toujours un niveau de réalisation très professionnel. C’est tout leur mérite quand on repense à la complexité du contexte et de l’intrigue qui évite toute linéarité. Avec ma formation d’historien j’imagine la difficulté d’appréhension de cette histoire de stratégie médiévale pour un lecteur qui n’aurait pas les références historiques. On peut prendre cela comme de la fantasy 100% imaginaires mais ça reste assez ardu. Reste donc une écriture tout à fait fluide et surtout ces planches explosives que seul Ronan Toulhoat propose parmi les dessinateurs réalistes actuels! En héritier de Lauffray, son plaisir du dessin se transmet dans des découpages toujours originaux, libres, rageurs, dont on ne se lasse pas. La finesse des détails et des décors habillent un encrage sauvage qui ne donne qu’une envie, continuer à savourer ses albums quoi qu’ils traitent! Si la stratégie machiavélique ravira les amateurs, le déroulement de ce tome reste un peu chaotique en ballotant le lecteur qui ne sait pas trop pourquoi on nous présente telle scène et pourquoi tel personnage disparaît soudain. Ce volume manque un peu de continuité, ce qui participe à l’inconfort sans doute recherché. La conclusion anticipée de la série a probablement joué également pour précipiter une fin un peu au milieu du gué qui ne résout vraiment rien. On sort ainsi de ces deux cycles (qu’il vaut mieux voir comme une vraie quadrilogie tant les quatre albums sont liés) vaguement déçu avec l’impression d’avoir participé par une fenêtre à une séquence historique sans début et sans fin. Un peu frustrant même si la qualité de ces albums restent dans le haut du panier en matière de bd médiévale.

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  • Jylland #1: Magnulv le bon (De Roover-Klosin/Anspach) – 2021, 44p., série prévue en 4 tomes.

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bsic journalismMerci aux éditions Anspach pour cette découverte.

Dans un thème très à la mode (appuyé sur des séries TV à succès), Jylland nous propose une nouvelle incursion dans l’univers des vikings, peuple qui ne cesse de fasciner les créateurs. Pour ses débuts en BD le polonais autodidacte Przemyslaw Klosin propose des planches sacrément pro. Si les couleurs n’arrangent pas forcément un dessin classique mais parcouru de visages très caractérisée, l’ensemble ne souffre pas de défauts majeurs dans une technique tout à fait remarquable. Ainsi le personnage principal, un machiavel à tresses, fils d’un roi viking mourant qui a choisi d’adopter la religion catholique et de renoncer aux coutumes du northland, imprime sa marque par une trogne brutale sans être caricaturale.  Si les autres personnages se distinguent surtout par leur coiffure (qui peut du coup prêter à confusion entre deux personnages), on sent un effort d’identification sur les rôles.

L’originalité de ce premier tome est donc le traitement de la christianisation pour ce peuple attaché aux traditions. L’itinéraire de ce second fils revanchard fait se rejoindre la jalousie familiale et le rejet de la nouvelle religion pacifique. Le scénariste lance des pistes intéressantes sur la sédentarisation et le passage de ce peuple de pilleur à un peuple commerçant, qui sera peut-être développé dans la suite de l’histoire. D’une lecture agréable, ce premier Jylland est donc une plutôt bonne surprise qui parvient à nous intéresser dans un océan d’albums sur les navigateurs de drakkars.

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**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #18

La BD!

Salut les bdvores! Pour démarrer cette jolie (et froide) semaine je vous propose une fournée spéciale SF avec une nouveauté Drakoo, le retour de Travis, ma série chouchou de chez Duval, la suite de la reprise Sillage par le virtuose Pierre-Mony Chan  et une découverte one-shot bien sympa…

  • Akkad (Clarke/Le Lombard) – 2021, 120p., one shot.

En 2027 la Terre n’est plus qu’un champ de ruine, depuis l’apparition d’aliens géants surgissant d’un autre espace-temps et « gelant » des pans entiers de la planète… La dernière chance de l’Humanité réside dans un programme secret visant à doter de jeunes gens de capacités intellectuelles dépassant les normes de l’espèce…

Cet album fait partie des inspirations librairies, ces feuilletages rapides qui vous disent « prends moi » sans rien en savoir, avec un résultat à quitte ou double. Avec l’activité du blog et le suivi de l’actualité ces moments deviennent rares et j’en profite chaque fois que cela se présente… Si la couverture reflète très bien ce one-shot de SF « temporelle » (genre que j’adore, au même titre que Brane Zéro, Unité Z ou Alter), présentant les cinq « enfants » mutants, un ton gris bien froid qui habille toutes les cent pages du volume, et la grosse bébête… elle en résume aussi les limites comme pas mal de blockbusters ciné qui mettent tout dans leur affiche. Bon public, j’ai beaucoup aimé le trait épuré mais précis de Clarke qui rappelle les bonnes SF Delcourt des années 2000 (la seule première page montre la maîtrise technique du dessinateur sur les éléments mécaniques et architecturaux) et n’ai pas souffert d’une certaine monotonie des décors de destruction du fait de cadrages serrés provoquant le huis-clos et mettant en valeur des encrages Akkad - BDfugue.comprofonds très chouettes. Les quelques séquences d’action pas du tout centrales donnent une respiration à une narration construite sur le mystère constant, la technique scientifique et les allusions cryptiques des scientifiques. Les codes du récit conspirationniste sont maîtrisés et le tout est heureusement porté par un art des dialogues tout à fait percutant. Et bien tout ça semble bien sympa vous dites vous! Oui, avec les limites inhérentes au genre et au format. Tout le monde n’est pas Bajram et à ma connaissance hormis quelques adaptations de romans SF magistraux, UW1 reste une singularité dans un genre qui exige une maîtrise scientifique et scénaristique très élevée. Comme les volumes cités plus haut Akkad jouit des mêmes atouts pour qui aime les concepts SF sophistiqués mais aussi des mêmes manques à savoir une conclusion frustrante qui fait tirer la moue devant le nombre de questions laissées en suspens et quelques facilités dans la résolution d’une intrigue par définition compliquée. Reste pourtant une réalisation sans faute, élégante, rythmée, fort alléchante et assez lisible qui titille suffisamment notre envie d’énigmes spatio-temporelles.

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  • Teleportation .inc #1: perdus en translation (Latil-Sordet/Drakoo) – 2021, 48p., tome 1/2 paru.

bsic journalismMerci aux éditions Drakoo pour leur confiance.

Drakoo alterne entre les très bonnes surprises issues des collaborations avec des auteurs de romans reconnus et des séries à la qualité et à l’originalité plus discutables dans le sillage du grand manitou Arleston. Teleportation inc. me faisait plutôt envie au vu des premières planches et du pitch qui proposait une idée assez novatrice, celle d’agent de récupération d’usagers de téléporteurs en fuite. Après lecture, si les dessins sont plutôt rigolo et efficaces malgré un aspect un peu plat (… ce qui n’avait pas empêché le Warship Jolly Rogers de Miki Montllo d’être une superbe série) et des des décors vides, c’est surtout sur le déroulé de l’intrigue que ça coince avec une enquête à laquelle on a du mal à accrocher du fait d’ellipses et d’une narration assez erratiques. Si l’humour et l’action sont au rendez-vous, les auteurs ne nous donnent pas franchement les clés pour suivre les séquences qui s’enchaînent sans qu’on comprenne bien de quoi il retourne. On finit la lecture un peu frustré avec l’impression d’une lecture-consommation. Laissons une chance au tome deux qui arrive très vite (au mois d’août prochain) et qui pourra peut-être donner une cohérence à l’ensemble.

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

Bon, je vous préviens tout de suite, Travis fait partie de mes séries chouchoutes mitonnées par l’orfèvre Fred Duval dont le talent commence à ressembler à celui d’un Van Hamme quand on voit ce qu’il arrive à faire sur des thèmes a priori tout à fait déjà vus… Après un cycle mexicain en demi-teinte, Travis repartait pour l’espace il y a un an vers la Mission Europe dont on entend parler depuis le tout premier cycle. De l’art de jointer des trames diverses et surtout de réunir les deux univers jumeaux, celui du camionneur rouquin et celui de la plus mortelle des hispano-irlandaises, Carmen MacCallum. Car l’équipe créative de Travis n’avait jamais été aussi loin dans le crossover, si bien qu’on se demande si Carmen ne va pas finir par pointer le bout de son nez sous les dessins toujours parfaitement efficaces de Quet. Ce volume est très orienté action puisqu’il consiste en une chasse (très prenante) de la blondasse transformée en serveur biologique des données cryptées du machiavel Dario Fulci par la tueuse Thundercat… Sous la protection de Vlad qui s’en prend plein la poire sans ses nanomachines, on traverse l’Europe, on bave devant les joujou techno de la tueuse et on réfléchit (quand-même) aux implications des manipulations génétiques qui ont abouti à la création de véritables créatures fantastiques (Centaures entre autres!) dans un univers SF. On pourra tiquer, les lecteurs de la série Carmen ne seront pas surpris, mais il reste que Travis est toujours une valeur sure de l’anticipation grand public et un vrai bon plaisir de BD! Ce cycle s’avère plutôt bon et on a hâte de lire la suite!

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  • Travis #15: La femme qui en savait trop (Quet/Duval) – 2021, 46p., cycle 5 tome 2.

La série Sillage se vend très bien depuis son premier tome et a mené à l’apparition d’une galaxie de séries parallèles qui risquent de vous perdre comme moi si vous n’êtes pas un habitué malgré un avertissement en page de titre indiquant que ce tome se situe entre les tomes 2 et 3 de la série mère. Pour résumer: la série principale suit les enquêtes de l’agent spécial Nävis et compte 20 tomes. Les Chroniques de sillage fait venir une ribambelle de guest graphiques pour des short-stories (6 tomes). Nävis raconte la jeunesse de l’héroïne avec Munuera aux dessins (6 tomes).

Ces Premières armes sont des histoires solo présentant les premières missions de l’agent Nävis et dont le mérite premier est de permettre un retour du virtuose Pierre-Mony Chan, tellement apprécié sur l’excellente série Cross fire. Ce second opus se situe dans l’univers des pirates de l’espace et s’adresse clairement à un public Young adult avec une jeune Nävis invincible, directe, irrespectueuse, bien décidée à régler cette affaire qui lui fait perdre son temps… C’est donc bien sur les planches que vous allez baver devant une technique et un design parfaits du dessinateur qui semble se régaler en proposant des cases d’une minutie… encore améliorée par la colorisation sublime d’Alice Picard. L’attelage des deux auteurs est clairement une pépite graphique derrière laquelle se range le vétéran Morvan sur des textes un peu (trop) bavards et langage d’jeunz. Quand on voit la dynamique du dessin très influencé par le Manga, on est surpris que le format manga n’ait pas été essayé par l’éditeur pour élargir le public dans une démarche proche de celle d’Urban.

On prend donc un superbe plaisir visuel autant que thématique avec tout de même une perte d’informations croisées pour ceux qui ne suivent pas la série principale à laquelle on fait fréquemment référence… Une bonne série, qui a le mérite du format one-shot mais sur laquelle les auteurs devraient faire attention à ne pas réserver leurs intrigues au seul public fidèle.

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Et ou tuera tous les affreux…

La BD!
BD de JD Morvan et Ignacio Noé,
Glénat (2021),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

Cette adaptation avec toujours Morvan au clavier et cette fois l’argentin Ignacio Noé aux crayons est le dernier des quatre albums prévus pour une sortie rapprochée pour les vingt ans de la mort de Vian. Lire le préambule de mon premier billet sur cette série pour les détails éditoriaux. Du fait du Covid la parution des quatre tomes prévus en 2020 a été décalée.

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Rock est beau comme un dieu. Toutes les femmes veulent son corps. Mais cet esprit décidé s’est promis de ne pas perdre sa virginité avant ses vingt ans. Lorsqu’il est enlevé et forcé à donner sa semence, commence une enquête autour de disparitions, qui les mènera lui et ses amis dans le sillage d’une bien étrange clinique…

Et on tuera tous les affreux - cartonné - Jean-David Morvan, Ignacio Noé, Ignacio  Noé - Achat Livre ou ebook | fnacFort surprenant albums que celui-ci, qui navigue entre enquête de détective, série Z érotique et science-fiction impliquée… Comme je l’avais signalé sur le premier opus il est difficile de savoir dans quelle mesure la matière première contraint le scénariste de cette histoire totalement absurde, rocambolesque et pour finir assez ridicule… On comprend assez rapidement l’aspect parodique de la chose, avec ces très beaux – et très numériques – dessins de Noé (qui a déjà travaillé avec JD Morvan sur les Chroniques de sillage et les trois tomes d’Helldorado). L’argentin a été recrutée pour sa science anatomique et on peut dire que ces Ken et Barbies sont plantureux, beaux, parfaits, comme cette Amérique d’Epinal qui nous est présentée, les personnages arborant soit un sourire « émail-diamant » (pour les gentils) soit des trognes patibulaires et grognant (pour les méchants). Si les écrits de Vian sont souvent marqués par leur aspect érotique, Ignacio Noé est en terrain connu, lui qui excelle dans l’exercice avec sa carrière commencée dans les histoires d’humour très chaudes.

Si les planches sont globalement assez agréables (on passera sur des arrière-plans ébauchés avec des techniques numériques un peu faciles…), l’histoire se perd progressivement du fait d’une pagination obèse pour un tel projet. La première moitié (soit l’équivalent d’un album) se laisse lire avec plaisir pour peu qu’on entre dans la parodie appuyée. Mais une fois l’enquête en mode club des cinq aboutie, on se perd dans des longueurs qui insistent sur des traits des personnages déjà bien compris, des invraisemblances assez dommageables à la linéarité de l’intrigue et des successions de planches de nu et de sexe qui deviennent franchement lassantes avec des personnages exclusivement nus sur plus de trente pages. J’avais trouvé cela lourdingue sur le Conan de Gess, il en est de même ici. On pourra arguer le plaisir des yeux et que dans le deux cas on a affaire à des adaptations d’écrits pas très subtiles. Il reste qu’en tant qu’album de BD une pagination classique aurait permis de condenser ces scories (tiens, comme sur le premier!).Docteur Boris et Mister Sulli…Vian : la java des bombes graphiques –  Branchés Culture

La parodie est un art compliqué. Sur le récent Valhalla hotel ou sur Lastman ça passe assez bien. Ici on finit par douter du second degré. J’aime pourtant les histoires de savants fous et de SF déglinguée, pour peu quelles soient vues comme des loisirs à la lecture facile. Et on tuera tous les affreux adopte une structure trop longue et compliquée (avec ses césures en mode feuilleton) pour nous maintenir à flot. Dommage car en plus condensé l’ouvrage aurait beaucoup gagné.

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La Geste des princes-démons#1: le prince des étoiles

La BD!
BD de JD. Morvan, Paolo Traisic et Fabio Marinacci (coul).
Glénat (2020), série en cours, 55p./album

D’après les romans de Jack Vance.

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Kirth Gersen a vu ses parents disparaître dans la fureur d’une attaque de l’armée du terrible Attel Malagate. Résolu à se venger, il a forgé son corps et son esprit dans l’unique but d’éliminer le pirate sanguinaire qui a ruiné sa vie. Pour cela il devra parcourir la galaxie sur la piste des plus terribles criminels, ceux qu’on appelle les princes-démons…

Le projet avait tout pour allécher l’amoureux de Science-fiction que je suis! L’adaptation d’un des maîtres de la littérature SF par Jean-David Morvan, le très éclectique scénariste et directeur de collection (Conan c’est lui) avec aux crayons un jeune italien aux visions proches du gothique Sloane , une couverture inspirée par Druillet autant que Matteo Scalera, tout semblait destiné à assouvir les envies de space-opéra coloré et épique. Une intrigue simple tournée vers l’action, un héros-assassin, bref, le feuilletage en librairie m’a immédiatement convaincu…

Las, cette lecture est clairement une des grosses déceptions de ces derniers mois! Les dessins n’y sont pour rien puisque Paolo Traisci réussit parfaitement une partition attendue tant dans la dynamique que dans le design général. Citons tout de même le rôle loin d’être mineur du coloriste Fabio Marinacci dont on se demande par moments si ce n’est pas lui la véritable star graphique de l’ouvrage tant en quelques panorama spatiaux il arrive à nous projeter dans cet « Au-delà » empli d’aventures et de mystères. La seule séquence introductive arrive à nous accrocher par sa simplicité, sa rage et la pertinence des designs technologiques.

Le soucis est donc clairement à rechercher du côté d’un scénario hautement laborieux. Ainsi une fois l’introduction passée on se retrouve avec une pseudo enquête pour retrouver le grand méchant, sans que le pourtant chevronné Morvan ne s’embête à nous installer une ambiance, un fil à dérouler. On nous balance au beau milieu d’une situation qu’on ne comprend pas et on poursuit un héros que l’on n’a pas pris le temps d’apprécier faute d’acte de bravoure. On reste ainsi tout à fait extérieur à une intrigue que le scénariste semble tracer en oubliant son lecteur. Et ce ne sont malheureusement pas ces quelques visions grandioses qui suffisent, non plus qu’un humour pas très percutant et des méchants qui débarquent comme un cheveu sur la soupe. Scénario de débutant par un des plus réputés scénaristes du grand éditeur Glénat, personnellement je passe difficilement l’éponge de ce gros raté. Il est toujours temps de rectifier le tir mais on termine ce lancement avec la très désagréable impression d’un projet commercial sur lequel l’auteur n’aura pas pris le temps de réviser ses gammes…

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Rapidos·Service Presse

J’irai cracher sur vos tombes

La BD!
BD de JD Morvan et collectif,
Glénat (2020),  104p. , One-shot, collection Boris Vian.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

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La collection Boris Vian de Glénat prévoit, à l’occasion des cent ans de la naissance de l’artiste la publication de quatre albums « Vernon Sullivan« , tous scénarisés par Jean-David Morvan, déjà directeur de collection sur les Conan et dessinés par une équipe de dessinateurs argentins. Les albums paraîtrons en deux fournées, au printemps et à l’automne. Ils comprennent une introduction de Nicole Bertolt, directrice du patrimoine de Boris Vian et reprennent la même maquette de couverture inspirée clairement des designs du roman noir à l’ancienne. Pas forcément le plus esthétique mais c’est parlant et tout à fait dans l’esprit recherché. Il faut enfin préciser (c’est raconté dans la petite vidéo en pied d’article) que le projet est issu d’une commande de l’éditeur des œuvres de Vian.

Lee Anderson est ce qu’on appelle un étalon. Beau, costaud et empli de désir sexuel, il va vite apparaître comme une icône dans la petite communauté étudiante de Buckton, petite bourgade du sud profond ségrégationniste. Prêt à tout, sans retenue ni pudeur, il va pénétrer la petite comme la haute société sans perdre de vue sa vengeance. Car Lee a du sang noir. Et l’un de ses frères a été lynché…

J'irai cracher sur vos tombesDe Vian je n’ai lu que L’écume des jours et L’arrache cœur. Je ne suis donc pas familier ni de l’auteur ni du polar des années cinquante. C’est sans doute ce qui m’a empêché de tomber pleinement dans cette odyssée sanglante. Car le projet d’adaptation des ouvrages de « Vernon Sullivan » (pseudo utilisé par Vian pour ses romans noirs) est profondément littéraire et s’inscrit nécessairement dans l’histoire culturelle que représente la vie de Vian. Le texte introductif rappelant le contexte de parution de ces ouvrages, de leur radicalité thématique (la violence, le sexe), les problèmes de l’auteur avec la censure, est à ce titre indispensable pour appréhender l’ouvrage. Comme toujours dans les adaptations BD on ne sait si l’intérêt est de permettre à des « non lecteurs » de découvrir des ouvrages majeurs en version graphique ou bien à des amateurs de voir une variation d’ouvrages lus. Car assurément le travail de Jean-David Morvan (présenté sur la page de l’éditeur comme un grand amateur de Vian) est technique, fidèle, respectueux.

A ce titre J’irai cracher sur vos tombes est donc sans doute une grande réussite, en parvenant à retranscrire une atmosphère, l’époque délurée d’une jeunesse qui ne s’interdit rien. Les premières pages montrant les ébats de Lee avec les filles du coin vont droit au but. L’aspect sexuel de l’oeuvre de Boris Vian est connu et le fait que équipe graphique constituée sur ce projet comprenne un certain Ignacio Noé (très doué dessinateur argentin longtemps spécialisé dans les BD porno-humoristiques) atteste de la dimension semi-érotique des albums. Attention, je parle bien d’esthétique générale, le scénario de ce premier volume ne comportant pas plus de scènes de sexe ou de nu qu’une BD franco-belge classique.

Amazon.fr - J'irai cracher sur vos tombes - Morvan, Jean-David ...Le background général m’a cependant paru un peu éthéré. Est-ce du à ce grand blond que l’on a beaucoup de mal à imaginer métisse ou au sujet de la ségrégation que l’on aborde finalement moins que la vie des grands bourgeois du Sud américain? L’ouvrage porte surtout sur le rôle de prédateur, manipulateur sexuel que représente ce Lee auquel aucune donzelle ne résiste. L’essentiel de l’album nous montre les échappées alcoolisées et les orgies d’une jeunesse qui n’a pas d’autres préoccupations. Finalement assez peu de critique de la société, du carcan familial ou du racisme omniprésent.

Graphiquement c’est beau, notamment une colorisation très agréable. Le fait que les planches soient réalisées à plusieurs crée quelques quelques étrangetés de visages pas toujours identiques et un aspect un peu formaté. Le style des auteurs est très classique et cette BD aurait pu être réalisée dans les années soixante. C’est un style voulu pour rechercher une fidélité à une époque historique et artistique précise.

Je ne suis pas très lecteur de ce type d’histoire ni de ce type de graphisme. Je ne me suis pourtant pas ennuyé dans la lecture de ce gros album qui aurait peut-être pu rester sur un format classique de 46 planches pour une plus grande densité. On sent que les auteurs voulaient prendre le temps de s’immerger, de poser une narration lente, littéraire. Les amateurs de polar à l’ancienne, de Vian et des années cinquante seront probablement comblés. Les amateurs de BD pourront découvrir un pan culturel qui leur échappe au travers de cette adaptation efficace.

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*****·BD·Documentaire·Un auteur...

McCurry, NY 11 septembre 2001

Le Docu du Week-End
BD de JD Morvan et Jung Gi Kim
Dupuis-Air libre (2016), 88 p., one-shot, illustrations, photos. Série en cours, 5 albums parus.

couv_285081Les éditions Air Libre (Dupuis) ont lancé depuis 2014 en collaboration avec la célèbre agence de photo fondée par Robert Capa et Cartier-Bresson Magnum, une série d’albums très originaux abordant sous le prisme d’un célèbre photographe, un évènement iconique de l’histoire de la photographie. Avec JD Morvan au scénario sur chaque tome (à délai de parution très variable) et un dessinateur différent chaque fois (Bertail sur le premier, Savoïa sur le second et l’argentin Rafael Ortiz sur le dernier paru cette année), cette série est une vraie alchimie entre BD et photographie, dans un concept très proche du célèbre album Le Photographe. L’album qui fait l’objet de cette critique comporte des annexes de vingt pages reprenant les interview avec Steve McCurry qui ont permis de scénariser l’album et habillées de croquis de Jung Gi Kim, les légendes des photos incluses dans le récit,  et une chronologie biographique. Douze photos en double page sont également ajoutées, permettant de savourer ces clichés exceptionnels en grande taille.

Le 11 septembre 2001 Steve Mccurry, new-yorkais de toujours revient d’un voyage en Asie. Lorsque la première tour s’effondre il observe au travers de son objectif, sidéré, l’impossible se produire. Avec son assistante il fonce alors vers Ground Zero pour assister, témoigner, inconscient du danger. Son cerveau revit des images, des scènes de danger qu’il a vécu tout au long de ses reportages, notamment en zones de guerre et lors des attentats de Paris…

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Lors de la parution du premier album de la collection mon attention avait été attirée par le dessin de Dominique Bertail, que je venais de découvrir sur Ghost money. Le format particulier et la couverture ne m’avaient pas incité à insister, ne sachant pas si j’avais affaire à un album photo ou à une BD. Si l’originalité du projet est justement son point fort je trouve la maquette et la communication autour de cette collection vraiment pas réussies. Dommage car je pense que mes hésitations risquent de se retrouver chez une majorité d’amateurs de BD et d’amateurs de Photo. Pour ma part c’est ma visite de la formidable expo sur Les mondes de Steve McCurry à Lyon qui m’a fait tomber sur ce volume et immédiatement emballé.

Je confirme donc qu’il s’agit d’un album de BD et qu’il reprend exactement la recette du Photographe, à savoir le témoignage en BD d’un photographe avec insertion de photographies au milieu de l’album. Le découpage de la BD permet une intégration très facile et cela semble de plus en plus utilisé comme sur l’ouvrage de la Boite à bulles Les derniers Kalash, adapté de l’exposition au Musée des confluences de Lyon. Du coup le dessinateur choisi détermine au moins autant la lecture de l’album qui permet de découvrir un photographe. Pour ma part j’ai découvert McCurry lors de l’expo et cherchais depuis longtemps à lire un album du dessinateur coréen, terriblement talentueux malgré sa faible production BD. Deux auteurs aux qualités graphiques phénoménales réunis dans un récit où la grande expérience de Morvan mets en image la mémoire et le récit du photographe.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"

Le récit se structure en balancier entre le onze septembre, les attentats de Paris pendant lesquels McCurry était au match du Stade de France et quelques séquences en Afghanistan ou en Inde où il s’est vu mourir. Ce vieux monsieur est touchant à foncer ainsi, inconscient, au cœur de l’enfer de Manhattan, à craindre l’attentat après l’explosion à Saint-Denis à l’extérieur du stade. On comprend qu’il n’est pas un aventurier bravant la mort mais un simple professionnel jouant sans cesse le curseur de la citation de Capa…

Si ta photo n’est pas assez bonne c’est que tu n’es pas assez près

Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Le dessin de Jung Gi Kim est à la fois léger, rapide, brouillon, en illustrant le chaos, l’immédiateté des gravats et fumée omniprésents. Il est aussi incroyablement technique dans les mouvements et le détail de certains arrières plans. L’album permet en outre d’apprécier la variété de ses outils et textures, entre les séquences afghanes au pinceau et couleurs sépia, les visages hachurés au stylo et certaines cases à l’effet crayon gras. Sur quelques pages entières (voir double-page) il se fait plaisir avec ses fameux tableaux extrêmement fouillis aux perspectives et cadrages vertigineux.Résultat de recherche d'images pour "mccurry 11 septembre 2001"Cet album est une très grande réussite, un très bel objet permettant d’apprécier les photographies colorées d’un des plus grande dessinateurs actuels, de revivre au travers de son objectif ou des crayons de Jung Gi Kim des évènements majeurs récents de notre monde chaotique et de réfléchir sur la mort, le danger, le rôle du photographe et ce qui pousse les hommes à agir dans les situations de crises. A la fois album photo, BD, biographie et livre d’histoire, McCurry, NY 11 septembre 2001 est un ouvrage hybride très fort qui tire partie du meilleur de tous les éléments qui le composent. Un album à lire absolument!

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***·BD·Rétro

SpyGames

BD de JD Morvan et Kim Jung Gi
Glénat (2014), 48p.

213163_cDe nos jours. Une organisation internationale occulte organise depuis plus d’un siècle le Kontest, tournoi incluant des équipes surentraînées d’agents gouvernementaux du monde entier spécialisés dans les opérations clandestines. le but: éliminer (y compris physiquement) les autres équipes pour obtenir des secrets d’Etat majeurs fournis par les gouvernements des participants. Le Nouveau Kontest se passe à Hong-Kong. Le terrain de « jeu » est réel, les gens meurent, les participants sont des brutes sans aucune limite. Çà va saigner…

Très impressionné par les nombreuses illustrations NB qu’il poste sur Twitter, j’ai appris que le coréen Kim Jung Gi avait publié une BD en France. Ça s’appelle SpyGames et c’est potentiellement une énorme série qui commence…

pl11.jpgEnfin bon, le tome 1 a déjà trois ans maintenant (…ok, monsieur Bourgier met parfois aussi longtemps). Cet album n’est pas aussi fin que ses illustrations indépendantes mais on peut gager que sa technique (BD notamment) s’est affinée et que le tome 2 peut produire une énorme déflagration dans la BD d’action. JD Morvan sait dénicher des talents, et a le sens du dynamisme (rappelez-vous HK).

Mark Millar, le nouveau nabab de la BD vient d’annoncer que Kim Jung Gi planchait sur un volume de Hit Girl (la sidekick de la BD adaptée au cinéma Kick-Ass). J’espère que cela ne sera pas au détriment du tome 2 de la série de JD Morvan (qui table sur une sortie début 2018…). Bref, qu’est-ce que c’est que ce Spygames?

En clair: un concentré des films d’action échevelés de Hong-Kong au format BD. Prenez les trucs les plus extrêmes de Tsui-Hark (genre Time and Tide), une pincée de The Raid et saupoudrez des John Woo des années 90 et royalboiler: morioh: Appleseed Vol 4: KNIFE... - ARAMBULO DIGSvous aurez une BD qui se lit en 20 minutes mais qui vous ébouriffera, à la fois par la maîtrise des cadrages (le coréen est un adepte du cadrage « Eyefish« … que je n’ai jamais vu en BD auparavant et qui se révèle très efficace), de l’audace des séquences action et par son potentiel. Car il est clair que l’illustrateur (considéré par beaucoup comme génial, notamment via ses performances de dessin en direct) a dessiné ça très vite et est capable d’une bien plus grande précision. Ce n’est pas pour les dessins (souvent imprécis) que l’on aime SpyGames mais pour sa dynamique. Personnellement j’y ai retrouvé ce qui est pour moi l’acmé de la BD d’action à savoir Appleseed 3 et 4 (il faudra d’ailleurs que je ponde un billet sur le dieu Shirow, surtout connu pour ses adaptations ciné de Ghost in the shell et un peu tombé aux oubliettes depuis qu’il s’est mis au Hentaï…). Du coup je colle dans l’article des planches de Spygames, des illu de Kim Jung Gi et d’autres d’Appleseed pour que vous puissiez voir à quoi vous avez affaire. Si l’illustrateur atteint sur les prochains volumes le niveau de ses artbook ça risque de dépoter très fort.

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