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La cage aux cons

La BD!
BD de Matthieu Angotti et Robin Recht
Delcourt (2020), 152., One-shot, nb.

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C’est l’histoire d’un con, un prolo, qui compte faire les poches d’un con, un aristo. Quand on est basé sur l’idée de la gauche on ne pense pas à mal. L’aristo, lui, est plus tordu. Et la cage se referme sur le con aux idées basées sur la gauche…

Comme tous les excellents dessinateurs, Robin Recht aime explorer différentes facettes du graphisme, que ce soit sur ses expérimentations très ambitieuses sur son Conan (assez clivant mais indéniablement un des plus originaux  et graphiquement ambitieux de la série) ou le minimalisme BD de cette Cage aux cons, polar très noir très codifié et tout à fait drôle. Calé tout à fait officiellement dans les pas de Michel Audiard (pour les dialogues) mais aussi de Gérard Mordillat (pour l’atmosphère « lutte des classes primaire »), l’album suit un gros beauf viré par sa rombière par-ce qu’il ne ramène pas assez de thunes. Rescapé dans le bar du coin il tombe sur un aristo qui s’enorgueillit d’en avoir plein des tiroirs. Las, tel est pris qui croyait prendre, le prolo se retrouve séquestré par l’aristo qui a coutume d’user des populo comme esclaves dans sa maison-bunker, avant d’enfouir les trépassés dans sa cave. Mais attention… en tout bien tout honneur! Dans le respect des lois naturelles qui veulent que que les faibles servent les puissants…

On a beau dire, un pétard, ça augmente considérablement le potentiel d’autorité d’un homme.

Jouant tout le long des cent-cinquante pages que l’on ne voit pas passer, les auteurs alternent l’atroce et le comique. A la fois effrayé par le sort de ce pauvre con condamné à passer des heures en slip à regarder le téléachat sur son lit, on se demande si finalement il n’est pas aussi heureux comme ça… Mais comme lui, quand on est « basé sur l’idée de gauche » on  ne peux admettre un tel sort et on souhaite son évasion…

La qualité première de l’album (outre les dessins très réussis dans leur style simple et « charbonnés ») repose sur des dialogues et pensées vraiment efficaces et drôles dans l’esprit Audiard. Les auteurs vont même jusqu’à introduire Lino Ventura en personnage de vieux flic! Dans l’approche Fluide glacial, on se dit souvent que l’histoire est atroce, si ce n’était cette course à la médiocrité entre le bourreau et sa victime. Car le prolo a des lettres, si-si! Il attendit l’aristo en citant des alexandrins. Pour le reste, son raisonnement est primaire, animal, un raisonnement de con. Sa candeur « de gauche » (comme il ne cesse de le répéter sans trop savoir ce que cela signifie) se résume à un humanisme forcené qui ne veut pas voir le mal, ni celui qu’il est est prêt à commettre, ni celui qu’il subit. Et on finit par avoir de la tendresse pour lui et son univers si simpliste.

Le pognon, c’est que pour Karine. Elle est pour le pognon, et moi, je suis pour Karine, donc je peux pas être contre le pognon.

Très rythmé, le récit nous tient en haleine comme un bon polar avec l’envie de savoir comment tout cela va finir jusqu’au rideau final, très surprenant, qui convoque une autre citation cinématographique bien connue (mais chhhhht!). Parvenant à dresser une attaque au vitriol des classes dominantes dans cette parodie grinçante, les auteurs nous offrent un très joli moment de récréation qui fait du bien à notre « idée de la gauche »…

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Notre part de ténèbres

BD de Gerard Mordillat et Eric Liberg,
Les Arènes (2019), One-shot

bsic journalismMerci aux éditions Les Arènes pour leur fidélité.

couv_373914Ayant un a-priori assez positif sur les deux auteurs, au travers du travail de création très original bien qu’austère de Monsieur Mardi-gras Descendres et l’engagement de toujours de Mordillat sur les questions d’actualité et du parler vrai, je me suis précipité sur cette hypothèse d’une prise d’otage d’ouvriers licenciés sur le bateau de nouvel-an affrété par les traders qui les ont mis à la porte. Immédiatement on pense aux 1%, Occupy wall-street et au diptyque musclé Renato Jones. L’éditeur en rajoute une couche avec un sticker rouge sur la « BD de la révolte sociale »… Cela aurait pu et l’espace des premières pages, bien trash, nous présentant les mœurs délurées des ultra-riches à la mode « loup de wall-street« , on pense qu’on va lire un album jusqu’au-boutiste et rock’n’roll. Malheureusement bien vite Mordillat se croit obligé d’installer un scénario de thriller avec ses échanges entre preneurs d’otage et cabinet de crise de l’Etat et ses flash-back expliquant les coulisses du rachat de l’entreprise. Au travers des dialogues et des explications du chef des rebelles le scénariste nous place quelques dénonciations du fonctionnement bien connu de ce monde sans loi Résultat de recherche d'images pour "notre part de tenebres liberge"et sans morale où seul l’appât du gain compte. Malheureusement sur un sujet abordé de nombreuses fois il aurait fallu donc cet esprit radical pour emmener le lecteur dans la vengeance folle que peut-être des Stan&Vince ou la bande de Groland aurait pu assumer. Mais Mordillat est bien bien trop sage pour faire décoller la machine, malgré des dessins plutôt efficaces de son comparse Liberge qui arrive à rendre dynamiques les quelques séquences d’action. Voulant jouer le grand spectacle sur un sujet bien sombre, Gerard Mordillat se trompe de ton et de sujet au risque de banaliser ce qu’il souhaitait révéler. Si bien que l’on ne sait jamais quel personnage il suit, ce que la gentille journaliste venait faire avec ces requins ou même si les auteurs revendiquent la radicalité de cette lutte à mort ou s’ils la dénoncent. Si l’album se laisse lire sans déplaisir, il rate donc son objectif là où Renato Jones, avec tous ses défauts, assumait son statut de bouffeur de riches de façon très jouissive. Dommage.

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