***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

YIU

La trouvaille+joaquim
BD Téhy, J.M.Vee, Renéaume et Guenet
Soleil (1999-2009), série finie en 7 volumes de 70 pages.

couv_99935YIU est un projet totalement atypique, à commencer par son titre unprononçable! Sorti il y a vingt ans chez l’éphémère éditeur Le téméraire, le projet très ambitieux prévoyait neuf tomes, avec les couvertures des trois premiers déjà réalisées (les deux premières ont été conservées, la troisième, remaniée en moins sexy, habille désormais le tome 4 de l’édition Soleil). Atypique de par sa longueur, sa pagination importante et surtout par le temps pris pour raconter les dernières heures du monde, l’Apocalypse du point de vue d’une assassin envoyée détruire la Bête afin de sauver son petit frère malade…

Le premier tome que j’avais acheté à l’époque m’avais subjugué par son découpage novateur me rappelant les dizaines de pages de cataclysme d’Akira… La place que seul les manga se permettent d’occuper, mais en grand format franco-belge! L’habillage du volume et le background général très poussé laissaient envisager une chronique dantesque et marquante. Lorsque l’éditeur a fermé, il a fallu attendre deux ans avant que le projet ne renaisse chez Soleil, réduit à sept tomes et une augmentation de pagination qui fait que le premier volume Soleil prolonge de Résultat de recherche d'images pour "yiu guenet"plusieurs pages le tome original. Entre temps les auteurs avaient développé un superbe site web (à l’époque des Modems, les très nombreux dessins préparatoires étaient fascinants et … longs à s’afficher!). Bref, un gros projet très construit et extrêmement ambitieux.

Malheureusement l’excellent dessinateur Jérôme Renéaume (depuis devenu game-designer) qui avait réalisé les deux premiers tomes a quitté le projet et laissé la place à Nicolas Guenet, très bon peintre-coloriste mais moins subtile dans son trait et un peu caricatural dans ses personnages bodybuildés et glabres à la mode Corben. Non que cet univers soit très subtile en effet, mais liée au changement de dessinateur, la continuation de l’histoire a pris la forme d’un combat un peu orgiaque visuellement bien que très beau et dantesque (on aime ou on n’aime pas mais la démesure de tout ce qui sort de ces pages fascine). On retrouve un peu de la surenchère d’un Olivier Ledroit sur Requiem dans YIU, et la BD de Soleil s’avère finalement moins malsaine que les chroniques du chevalier-vampire avec le recul…

Résultat de recherche d'images pour "yiu guenet"Le projet jouit d’un background vraiment touffu et d’un travail préparatoire extrêmement important. Malgré les doubles pages finales de chaque album qui détaillent plus à fond certains personnages ou structure de cet univers décadent on sent l’envie des auteurs d’exploiter un maximum de leur matière, au risque de la surabondance. Car les pages de YIU sont chargées, très chargées. Mais le découpage résolument généreux avec ses doubles pages et ses cases successives très cinématographiques en zoom-dézoom qui illustrent l’action permettent d’orienter une lecture  qui en met plein les yeux. YIU doit se lire d’une traite. D’abord car l’action se déroule en quelques heures seulement, mais surtout car cette BD est très cohérence dans le pourquoi de cette profusion. Même si c’est un peu fatiguant à la longue, cela nous fait ressentir l’urgence, l’orgie de violence inouïe qui est déployée contre la Bête et plus globalement le désespoir de ce monde en déliquescence.

Résultat de recherche d'images pour "yiu reneaume"Le design est extrême, pas loin du cyberpunk dans les éléments techno, influencé par Hellraiser et le monde d’Elric sur l’aspect religieux extrémiste avec force scarifications, piercing et contorsions des corps. Tous ça est gros, trash, comme ces flingues à 25 canons plus gros que leurs porteurs, mais tout cela illustre l’idée d’un aboutissement extrême du pire de l’histoire humaine. Ces aspects sont renforcés par les tics de Nicolas Guenet qui se trouvent digérés par l’atmosphère générale. Tout ceci vise à nous montrer qu’il n’y a rien à sauver de ce monde dont la destinée apocalyptique est finalement peut-être souhaitable. Sauf que…

L’équilibre est trouvé dans ces quelques moments de calme (aux couleurs plus bleutées quand les nombreuses séquences d’action sont dans les rouges) qui nous permettent de nous reposer les yeux et de faire respirer l’intrigue. Notamment les moments autour de Ji-A, le petit frère au corps aussi perdu que le monde dans lequel il grandit, soupçon d’innocence pour lequel YIU va tout donner. Vraiment touchant.

Les auteurs ne nous expliquent finalement pas grand chose du pourquoi de l’arrivée de la Bête. Le scénario, simple, est une fuite effrénée de violence. C’est finalement l’étrange agencement d’un monde très fouillé (que vous aurez sans doute envie de découvrir plus à fond dans la série dérivée Premières missions) avec une mise en scène cinématographique extrêmement visuelle qui donne corps à ce récit des dernières heures du monde. Épuisant comme un morceau de Métal, mais une BD que je vous recommande chaudement, pour la qualité du travail accompli, sa cohérence dans le temps et son originalité indéniable.

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****·Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Secret Weapons

esat-westComic de Eric Heisserer, Raul Allen, Patricia Martin et Adam Pollina
Bliss (2018)/ Valiant (2017), 144 p., cahier graphique.

couv_332550Secret Weapons est (de ce que j’ai lu) le plus fourni en documents de fin de volume: outre des couvertures alternatives (alors que le design général du livre est partie intégrante du projet), de nombreuses et longues interview des auteurs de la BD, ainsi que les désormais habituelles planches noir-et blanc. Le texte introductif est en revanche un peu évasif sur le contexte général de l’histoire et on en apprend finalement plus pendant la lecture que par cet éditorial. Mais sincèrement on peut difficilement de mander plus comme bonus.

Autrefois jeunes talents convoités par la Fondation Harbringer de Toyo Harada, trois jeunes psiotiques ont été abandonnés et désormais pourchassés par un mystérieux tueur. Livewire, l’une des plus puissantes psiotiques en rupture de ban avec le chez de Harbringer se mets sur la trace de ces jeunes gens dans le but de les protéger et d’en faire une véritable équipe…

Secret Weapons #0, Nikki's Story, Valiant Entertainment Writer: Eric Heisserer Artist: Adam Pollina Cover Artist: Raul Allen, Veronica Fish, Sibylline Meynet, Sija Hong, Adam PollinaLorsque l’on commence un one-shot de Valiant se pose la question du public ciblé. J’ai commencé il y a peu mon immersion dans cet univers (très sympathique au demeurant) et commence à repérer certains personnages clés, mais suis loin de maîtriser toutes les interactions. Je suis donc encore un lecteur novice et je peux dire qu’à ce titre j’ai bien apprécié Secret Weapons. Cela signifie que le scénario permet à lui seul d’apprécier l’album comme un vrai one-shot en donnant suffisamment d’infos (notamment dans les deux prologues dédiés à Nikki et Owen) pour apprécier le contexte général. Plus que cela, ces séquences donnant un aperçu de mêmes scènes de différents points de vue intrigue et donne envie de lire les albums consacrés à Harbringer et les psiotiques. A noter que le scénariste est celui du film Premier contact de Denis Villeneuve, dont l’intelligence m’avait marqué.

Ce qui donne un intérêt réel à ce comic c’est son humour et son aspect décalé: le choix de raconter l’histoire de mutants recalés dotés de pouvoirs tout à fait pourris, est gonflé et permet de se concentrer sur autre chose que des affrontements apocalyptiques auxquels l’industrie du comics nous a malheureusement trop habitués. Nikki communique avec les pigeons, Owen fait apparaître des objets tout à fait inutiles (genre parapluie ou aspirateur…), Avi se transforme en statue et le quatrième comparse fait briller les objets… on a vu plus impressionnant comme héros! On assiste donc à des combats totalement second degré mais aussi à des personnages qui assument leurs capacités et se débrouillent pour contrer les menaces, qu’elles viennent de Harada ou du tueur, une sorte de cyborg végétal, croisement entre Groot et Robocop. https://i.kinja-img.com/gawker-media/image/upload/t_original/upv9zmpgyb3dh85a9qvt.pngCe méchant est à mon sens la seule faute de goût des auteurs, son design n’étant pas particulièrement heureux.

Le dessin du duo espagnol adopte une sorte de ligne claire transposée dans l’univers SF de Valiant et surtout rehaussée de tonalités chromatiques calées sur chacun des personnages. On va donc passer de séquences à dominante rose pour Nikki à d’autres vertes ou bleu-gris. Cette esthétique est vraiment réussie et donnent à l’objet global un véritable intérêt graphique (les traits en eux-même sont très sympa également mais comme toute ligne claire, assez sobres). A cela s’ajoute un découpage très réussi utilisant beaucoup de successions de cases verticales provoquant des effets de ralentis ou de comique de situation. Mention spéciale enfin aux deux épisodes « #0 » sur les deux personnages principaux et notamment celui sur Nikki qui enchaîne des cases pleine largeur en mode « plan fixe » sur Nikki qui nous relatent l’année passée, du lycée à la fondation Harbringer et l’apparition de ses pouvoirs. Outre le découpage, on plonge donc directement dans la naissance d’un psiotique et c’est très intéressant.

Résultat de recherche d'images pour "secret weapon valiant"D’un album qui semblait d’une assez modeste ambition, on aboutit ainsi à un projet qui aide le nouveau venu à pénétrer en douceur dans l’univers Valiant, crée une familiarité avec des personnages et un dessin soft qui pourra même intéresser les non férus de fantastique. Un joli bouquin assez tendre, loin du bruit et de la fureur d’un Bloodshot et autres Harbringer wars. Cela donne une autre vision de ces histoires et parfois cela fait du bien.

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La Trouvaille du vendredi #11

La trouvaille+joaquim

Rocher rouge,
BD d’Eric Borg et Michaël Sanlaville
Casterman (2009) collection KSTR, 117 p. Album ressorti en 2018.

Couverture de Rocher rouge - Tome 1

Une bande de jeunes, enfants de riches, vont passer trois jours sur une île déserte. Trois jours de farniente, d’aventure, de drague… Sauf qu’une légende raconte que ce Rocher rouge serait le territoire du terrible Maboukou croqueur de têtes…

La définition d’une série B c’est un thème éculé mais prenant, traité avec conviction… Rocher rouge est donc bien une série B, illustrée par un collègue de Bastien Vivès et dotée des mêmes qualités graphiques que ce dernier: avec un trait grossier, cartoonesque, simpliste, il parvient à créer un dessin paradoxalement très précis par son évocation du mouvement, du bruit et des regards. Derrière des atours de dessin rapide c’est très technique (notamment sur les anatomies). Les personnages sont ceux d’un film d’horreur classique: un couple pas si stable que cela, des lesbiennes, un puceau, un costaud… et des filles en bikini. Tout cela sur une plage de sable fin avec un monstre qui rode et un rationalisme forcené des héros. Le décors est planté.

Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Et lorsque les personnages et le thème sont familier, ce qui fait prendre la mayonnaise c’est le rythme. Ça tombe bien puisque cet album est édité par la collection KSTR de Casterman qui se présente comme la collection « du mouvement et des jeunes auteurs ». Cet album ne vise pas à l’esthétique mais bien (comme ceux de Vivès) le dynamisme, les effets comiques ou terrifiants. Les auteurs, comme dans un film, jouent donc très efficacement sur les cadrages et utilisent la déformation des corps comme des effets optiques ou pour produire un style dessin-animé, comme si la persistance rétinienne pouvait être remplacée par la mémoire graphique du lecteur. Et ça marche! Les pages s’enchaînent, rythmées par les dialogues et le mouvement. Les dessins et les scènes sont sexy juste ce qu’il faut, les personnages attachants pour certains, détestables pour d’autres et l’on attend avec impatience le premier mort et la confrontation avec le monstre. Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"Du coup l’album se lit d’une traite sous des couleurs numériques éclatantes et provoque une petite frustration tant on est pris par les aventures violentes de cette bande. Le scénariste a sorti un second album avec un autre dessinateur, pour ceux qui voudront prolonger l’aventure.

Les auteurs parviennent à nous surprendre avec ce scénario pourtant attendu, d’abord par la frénésie des enchaînement des scènes, des dialogues (on passe d’un thème, d’une blague à une autre), mais surtout par une fin vraiment bien vue et totalement inattendue. On aimerait une prolongation, que l’on prenne plus de temps passé sur cette plage en compagnie de cette joyeuse bande, mais cela aurait sans doute été au détriment de ce dynamisme donc, et l’on fait confiance aux auteurs tant le résultant est enthousiasmant. Attention, comme tout film d’horreur c’est gore et brutal. Mais le dessin permet que cela ne soit très vivable pour peu que l’on ne craigne pas le genre.Résultat de recherche d'images pour "rocher rouge sanlaville"

Personnellement j’ai passé un excellent moment sur la plage du Rocher rouge et n’attend qu’une adaptation ciné qui pourrait donner un autre regard. J’ai bien envie de lire la suite mais cela dépendra beaucoup du dessin qui me semble moins efficace, et je vais prospecter les albums de Sanlaville qui m’a contre toute attente (comme Vivès) conquis.

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