***·East & West·Manga·Nouveau !·Service Presse

Shangri-la Frontier #4-5

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Manga de Katarina et Ryosuke Fuji
Glénat (2022), série en cours, 5/9 tomes parus.

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bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur fidélité.

Bien décidés à être les premiers joueurs à éliminer un des Sept Suprêmes, Sunraku et ses amis optimisent leurs compétences et objets magiques en vue d’un combat théoriquement ingagnable…

Shangri-la Frontier est le type même de manga que j’aurais dû tester pour la nouveauté et la curiosité et abandonner au bout de deux ou trois tomes. D’une ambition a priori très modeste, fortement ciblé sur un type de public quasi-captif, très générationnel, bref. Les dessins fort dynamiques et élégants ont été le premier point qui m’ont donné envie de continuer à ma grande surprise et je suis obligé de reconnaître que sans trop de poser de question la recette fonctionne parfaitement même pour un vieux briscard comme moi.

Read Shangri-La Frontier ~ Kusoge Hunter, Kamige ni Idoman to su~ Manga  English [New Chapters] Online Free - MangaClashA l’entame du quatrième volume on craint un peu la rupture avec une séquence du héros réintégrant le monde réel puis se connectant à une « bouse » de baston. Les deux séquences nous sortent de la magie de Shanfro… avant d’y revenir très vite. Volontaire ou non, cela a pour effet de nous frustrer devant un passage franchement mineur et de nous ravir en revenant dans le jeu, comme un gamer addict qui aurait du mal à se passer de ce monde virtuel fascinant.

Les deux tomes forment alors un mini-arc consacré au combat contre le boss majeur, avec l’apport de la cohérence (et toujours cette grande lisibilité scénaristique) et le fait d’assumer de donner une large part au combat proprement dit dans les quatre-cent pages concernées. Et là surprise, les auteurs ne se contentent pas d’un seul joli design de monstre mais travaillent l’historique et la finalité de l’IA de ce monstre (sans trop en rajouter pour éviter les digressions) avec un développement graphique vraiment alléchant.

La grande force de cette série c’est de ne pas chercher à intellectualiser, à dénicher des thèmes profonds pour assumer du début à la fin la seule cohérence nécessaire: celle du jeu proprement dit. On pourra éventuellement constater une dramaturgie assez faible mais la puissance des combats, des découvertes de techniques ou d’objets, voir par moment des bribes de manigances stratégiques suffisent amplement à nous maintenir en haleine. On dira qu’on peut durer longtemps comme cela mais ce n’est finalement pas plus gênant qu’avec un Dr. Stone et tant que la qualité technique et le plaisir brut de lecture sont là on se dit qu’on n’a aucune raison de bouder son plaisir. Bien à sa place comme shonen d’appoint pas très loin de la qualité des grands classiques, Shangri-la frontier reste un plaisir simple qui se suffit à lui-même.

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****·BD·Nouveau !·Service Presse

Ce que nous sommes

Histoire complète en 88 pages, écrite et dessinée par Zep. Parution aux éditions Rue de Sèvres le 16/03/2022.

Merci aux éditions Rue de Sèvres pour leur confiance.

Brain Dead

Dans un futur plus proche que l’on ne le soupçonnerait à première vue, les progrès technologiques ont permis la création du Data Brain Center, un projet mettant à la disposition des plus fortunés des ressources numériques au potentiel illimité. Grâce à des implants, il est possible pour cette catégorie d’individus de télécharger des sommes stratosphériques de connaissances, et de pouvoir vivre sans limite toutes sortes d’expériences virtuelles presque aussi tangibles que le réel. On parle même d’extensions comprenant la télépathie et la télékinésie.

Mais qu’est-ce que le réel, au final, si ce n’est l’interprétation faite par notre cerveau d’impulsions électriques générées par les stimuli externes ? De ce point de vue, les expériences vécues virtuellement par Constant, lui aussi doté d’un implant, peuvent être vues comme authentiques, à la différence près que celui qui les vit est encore en mesure de distinguer le plan matériel du virtuel.

ça doit coûter cher en gigas

Ainsi, Constant profite d’une vie oisive, bénéficiant d’un savoir qu’il n’a pas acquis, et peu soucieux du coût énergétique et environnemental de sa condition d’être humain augmenté. Sa vie bascule toutefois lorsque son cerveau numérique est piraté. Dépouillé de tous ses privilèges, Constant échoue dans la forêt qui borde la ville, là où vivent tous les marginaux, ou en tous cas ceux qui n’ont pas pu s’offrir les joies et plaisirs de cette révolution numérique qui pompe 90% de l’électricité produite.

Recueilli par Hazel, Constant n’a plus aucun souvenir, ni son nom (stocker tous les éléments relatifs à son identité dans son cerveau numérique, avouez que c’est un peu bête), ni quoi que ce soit de relatif à son origine ou son existence passée. Ancienne chercheuse chez DataBrain, Hazel en déduit bien vite que Constant était un « augmenté » et qu’il a été victime d’un piratage. Le duo va donc se lancer dans une quête pour retrouver l’identité du jeune homme et découvrir qui est responsable de sa dégradation.

Humains après tout

Célèbre pour avoir imaginé et dessiné les aventures d’un certain Titeuf pendant trente ans, Zep poursuit en parallèle sa carrière d’auteur en explorant des thématiques sociétales. On lui doit par exemple Une Histoire d’hommes, Un bruit étrange et beau, The End, ou Paris 2119, qui tranchent avec la naïveté impertinente de Titeuf.

Ici, l’auteur aborde de front la thématique du transhumanisme et les débats éthiques et les paradoxes soulevés par cette notion. Alors que l’avenir de l’Humanité est de plus en plus incertain, que les ressources se raréfient et que les sols perdent inexorablement leur fertilité, certains optimistes continuent d’imaginer un futur à l’Homme, qui s’affranchirait justement des contingences matérielles par le biais d’une existence virtuelle. Dépasser ainsi ses limites et devenir un post-humain est un projet en soi prometteur, mais Zep rappelle bien avec cet album que ces progrès, comme tout progrès jusqu’ici d’ailleurs, ne profiterait pas à l’ensemble de l’humanité mais à une poignée d’élus, une oligarchie technologique qui ne ferait qu’accaparer davantage les ressources.

Car cette révolution numérique a un coût (il faut bien alimenter toutes ces machines, et les flux de données demandent de l’énergie), si bien que, plus grands les progrès, plus grand le sacrifice du plus grand nombre. L’auteur semble s’être inspiré d’un projet existant, le projet Blue Brain, qui a pour ambition de créer un cerveau synthétique, afin de déterminer si la conscience est phénoménologiquement liée à la structure du cerveau. Si tel est le cas, alors il sera effectivement possible, d’une part, de pouvoir « recréer » ou dupliquer des esprits humains en en érigeant une copie synthétique exacte, et d’autre part, d’augmenter considérablement les capacités des cerveaux humains « naturels ».

Si cette notion vous fait froid dans le dos, c’est tout à fait normal ! Zep le traduit d’ailleurs adéquatement dans son album, en appuyant bien sur l’impact qu’auraient de telles augmentations sur la psyché et le comportement humains.

Le père de Titeuf nous livre aussi une réflexion intéressante sur la dialectique du maître et de l’esclave: en mettant la technologie à son service, l’Homme se met en fait à sa merci, si bien qu’il en perd son identité. En se débranchant de son cerveau numérique, Constant meurt d’une certaine façon, et il meurt même une seconde fois lorsqu’il s’accroche à des souvenirs résiduels qui s’avèrent n’être que des fragments de ses expériences numériques. Lui qui, entre temps, est revenu dans le monde « physique » et qui a éprouvé la réalité des sensations qui étaient jusque-là simulées pour son cerveau, se rend compte de la vacuité d’une existence dématérialisée.

Car la question profonde qui parcourt Ce que nous sommes, c’est aussi de savoir à quelle mesure on doit jauger l’humanité d’un être: pouvons-nous finalement être résumés à un système nerveux central, un certain ensemble de cellules et de neurones assemblées de manière spécifique, ou notre être incorpore-t-il nécessairement une donnée physique, charnelle, une certaine expérience du monde qui nous entoure ? Est-on la somme de nos souvenirs ? Si oui, que dire de souvenirs fabriqués ou virtuels ? Ces données immatérielles invalideraient-elles l’existence d’un individu ?

Évidemment, l’album n’a pas la prétention d’apporter une réponse à ces questionnements existentiels, mais il a le mérite d’illustrer une thématique qui pourrait concerner, un jour, une partie de nos descendants.

Eu égard aux dessins, Zep montre, s’il était encore nécessaire, la largeur de sa palette graphique. La froideur du monde moderne est traduite avec des couleurs pastel, qui contrastent avec les couleurs chaudes présentes dans les séquences virtuelles, démontrant ainsi une dichotomie assez évidente.

***·Manga·Rapidos

Bolchoi arena #2: la somnambule

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BD de Boulet et Aseyn,
Delcourt (2020), 164 p., 2 volumes parus.

L’étonnante maquette au format comics voit (comme pour les manga) les informations auteurs, éditeur, titre notés sur une jaquette plastique, la couverture proprement dite proposant une illustration. Une courte bio des auteurs est inclue sur un rabat et une page de résumé du tome précédent ouvre l’album.

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Marje a disparu dans le Bolchoï… Après l’accident majeur qui a coupé le réseau, son esprit se retrouve enfermée et semble se dissocier de plus en plus de son corps physique, entraînant un risque de mort. Pendant que les médecins et ses amis s’affairent sur son cas, elle décide d’explorer le Bolchoi plus avant et prendre tous les risques, quoi qu’il en coûte…

Preview BD Bolchoi arena T2 : La Somnambule - DelcourtmediathequeJ’avais été agréablement surpris par ma lecture du premier tome qui apportait quelque chose de frais et rétro dans l’univers de la BD. Ce vrai-faux manga développe plein de thématiques intéressantes… mais si le tome précédent fascinait par son exploration en compagnie de Marje de cet univers virtuel fantastique (et infini!), celui-ci se centre principalement sur le destin tragique de l’étudiante. L’idée d’une implication physiologique des addictions aux univers virtuels a déjà été traitée, souvent sous la forme de la consommation de drogues compensant le décalage de perception entre les deux univers. Ici les auteurs vont plus loin et c’est assez glaçant d’imaginer ce cerveau perdant tellement pied qu’il en oublie de gérer ses fonctions corporelles… à l’intérieur du Bolchoï c’est surtout la guerre entre consortiums qui est abordée avec un rôle d’électron libre semant la pagaille assumé par Marje qui décide, étant donnée son espérance de vie, de bouleverser la connaissance du monde virtuel. Et lorsque une découverte scientifique sème le doute sur le le fait que le Bolchoï soit un monde réellement fictif on rejoint une des idées fascinantes du best seller chinois Le problème à trois corps (pour ceux qui connaissent).BOLCHOI ARENA T02 par LABANDEDU9 - La bande du 9 : la communauté ...

J’ai été moins impliqué dans ce volume du fait de la thématique confirmée de l’album de Le Boucher Ces jours qui disparaissent, qui ne m’avait pas plus de par une atmosphère très dépressive que l’on retrouve un peu ici. L’absence d’évolution dans les dessins me dérange aussi car si sur un premier album on peut comprendre l’économie, ici le graphisme pose tout de même problème pour suivre les personnages. Les quelques séquences d’action sont aussi un peu brouillonnes visuellement et l’on attend un recentrage plus simple, plus lisible sur le troisième volume.

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***·****·East & West·Rapidos

Sushi & Baggles #15

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  • Dragonball Super #7 (Toriyama/Toyotaro/Glénat) – 2019

couv_363975Le tournoi en mode Battle Royal pour la survie des univers commence, dans une arène adaptée et avec un respect des règles très stricte: tous les combattants s’engagent en même temps, il est interdit de tuer l’adversaire et toute sortie du ring vaut élimination. La présence de Freezer va quelque peu fausser cette bataille… Ce tome est entièrement dédié au tournoi. Du coup, comme souvent sur DB l’alternance humour/baston tourne ici totalement vers le combat avec quelques rebondissements classiques dus aux coups tordus de Freezer ou des pouvoirs particuliers de certains combattants. Les auteurs se lâchent un peu en mode « invente-moi un combattant » et l’on retrouve un peu l’imagination délirante des premiers Drabonball avec ses dinosaures et autres démons invoqués… A mesure que les combattants sont éliminés on devine un affrontement Goku/Vegena/Jiren/Hit mais Toriyama joue maintenant depuis quelques temps avec son lecteur sur la rivalité Goku/Vegeta et on risque d’avoir des surprises. Pas le plus original des albums de la série mais si vous aimez les combats dans DB c’est suffisamment dynamique pour ne jamais vous lasser.

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  • Innocent rouge #1 (Sakamoto/Glénat) – 2017. 9/12 tomes parus.

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J’ai enfin lu le premier volume de la suite, « Rouge« , du manga Innocent paru en 9 volumes et critiqués sur le blog. Si la césure en deux séries distinctes me laisse un peu dubitatif (la petite sœur terrible, Marie-Joseph, est déjà adulte et possédant un office de bourreau à la fin de la série mère), on commence ici sur exactement les mêmes bases avec une exécution « clinique », des dessins somptueux (réalisés en numérique, pour ceux qui s’interrogent…), un Charles qui semble rentré dans le rang après ses velléités de changer l’ordre établi et une Marie-Joseph décidée à utiliser tous les expédiant en sa possession pour venger la mort de son amant. Ce premier volume s’attarde sur l’exécution du responsable de l’incendie criminel où ont péri les enfants d’Alain et sur une pauvrette, mise enceinte à douze ans et condamnée à mort après un accouchement assez barbare. Ça commence doucement, avec toujours un grand soin à la précision historique. On en redemande curieux de voir comment les idées abolitionnistes des frangins Sanson vont opérer à l’aube de la Révolution…

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  • Bolchoi Arena #1 (Boulet/Aseyn/Delcourt) – 2018

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Très bonne surprise que cet album à la maquette et identité graphique surprenante. Que ce soit le dessin d’Aseyn qui emprunte totalement aux manga un peu rétro et mal imprimés ou aux vieilles BD vintage on sent dans la démarche du projet l’intention de s’éloigner des canons commerciaux faits de belles couvertures aux couleurs éclatantes. On a donc un vrai manga, que ce soit par son thème (de jeunes gens découvrent un monde virtuel qui prends le dessus sur leur vie réelle) ou par le dessin et design. Sur ce plan, si les personnages sont un peu rapidement dessinés, les plans larges spatiaux et vaisseaux sont remarquables par leur technicité et gigantisme. Du coup la lecture de ce premier volume est très agréable et nous introduit dans l’univers des jeux vidéo avec son langage particulier à base de Level et de respawn… Sur le pitch on est très proche du Ready player One de Spielberg, avec des airs narratifs des Jours qui disparaissent. On suit donc une étudiante du futur qui découvre ce monde virtuel et à tendance à s’y perdre, le récit passant abruptement de séquences virtuelles au réel de façon à montrer la perte de sens de l’héroïne qui s’éclate avec les possibilités fabuleuses de cet univers où elle semble exceller en tout. Une BD qui donne du peps et qui peut devenir un vrai blockbuster pour peu que le graphisme s’affine un peu.

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