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Adlivun

Histoire complète en 168 pages, écrite et dessinée par Vincenzo Balzano. Parution en France le 04/02/2022 chez Ankama.

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Terreur des glaces

Le Capitaine Briggs, à la tête du Mary Céleste, décide de quitter la torpeur du port de Douvres, en 1847, et embarque son équipage dans une quête périlleuse qui ne comprend qu’une alternative: rentrer couvert d’or, ou ne pas rentrer du tout.

En effet, une généreuse récompense est offerte par la Marine Royale à qui ramènera sains et saufs les marins du Terror et de l’Erebus, deux navires partis en exploration dans le cercle polaire. De nombreuses rumeurs courent à propos de ces deux bâtiments et des eaux glacées dans lesquelles ils semblent s’être perdus. Mais cela n’arrête pas Briggs, et ce malgré la réticence de Jack, son second et médecin de bord.

Le Mary Céleste reprend donc la mer, pour une mission de sauvetage incertaine, qui va confronter son équipage à des secrets enfouis depuis longtemps sous les glaces polaires. Bien vite, Jack, Briggs et les autres vont être assaillis par des visions spectrales, des réminiscences morbides qui pourraient être les pauvres hères du Terror et de l’Erebus…

Après Clinton Road, Vincenzo Balzano revient pour explorer des évènements réels sous un angle fantastique. Cette fois-ci, nulle route maudite, mais des vaisseaux fantômes victimes de malédiction, et un capitaine taciturne qui ne révèle pas tout à son équipage. L’auteur puise cette fois-ci dans le folklore inuit, pour nous plonger dans une aventure contemplative qui ne met pas de côté l’épouvante.

S’il parvient à créer une ambiance pesante et immersive grâce à son dessin à l’aquarelle, Vincenzo Balzano semble toutefois moins à l’aise avec les règles qui régissent la magie inuit ici à l’œuvre. En effet, les révélations faites sur les origines de la malédiction m’ont paru quelque peu confuses, bien qu’elles semblent maîtrisées par l’artiste.

Un peu comme pour Clinton Road, l’auteur semble ici plus conteur visuel que véritable narrateur, la force de son récit provenant en premier lieu de l’impact des planches et du dessin, davantage que sur l’intrigue en elle-même.

Avec ses très belles planches et sa thématique, qui rappellent le Moby Dick de Sienkiewicz, Adlivun mêle habilement aventure contemplative et épouvante, malgré quelques soucis d’exposition quant aux aspects fantastiques de son intrigue.

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Sandman: The Dreaming #1

Premier recueil de 263 pages de la série écrite par Neil Gaiman et Simon Spurrier. Au dessin, Bilquis Evely, Tom Fowler, Max et Sebastian Fiumara, Dominike Stanton et Abigail Larson. Parution en France le 11/02/22 aux éditions Urban Comics, collection DC Black Label.

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Merci aux éditions Urban pour leur confiance!

I had a Dream

Le comics désormais culte The Sandman, qui a été débuté il y a pas moins de trente ans, est devenu un parangon du 9e art, parvenant même à toucher un public habituellement réticent à lire des comics. L’univers onirique mis en place par Neil Gaiman a permis de transcender les frontières hermétiques entre roman et BD, ouvrant ainsi la voie alors balbutiante des romans graphiques.

Sandman, ou le Marchand de Sables, ou Morphée, est la personnification anthropomorphique du Rêve, une entité immortelle qui règne sur le Songe, un royaume onirique nourri et visité par tous les rêveurs, à savoir tous les humains durant un tiers de leur vie. Bien que Sandman soit omnipotent en son royaume, il doit cohabiter avec ses six autres frères et sœurs, les Infinis, qui représentent chacun et chacune un aspect primordial de la vie humaine: la Mort, le Désir, le Destin, la Destruction, le Désespoir et le Délire.

Au début de sa série, c’est un Morphée affaibli que l’on rencontre: privé de ses pouvoirs après avoir été enfermé soixante-dix années durant par un occultiste fou, le maître du Songe n’est plus vraiment celui qu’il était depuis le début de la création. Transformé par cette expérience traumatique, il fera durant près de 2000 pages une quête initiatique qui se terminera par son oblitération au cours d’un combat dantesque. Cependant, le Songe doit toujours avoir un régent, et les Infinis ne peuvent pas réellement être détruits: ils se réinventent, renaissent sous une autre forme, afin que leur principe se perpétue.

Ainsi naquit Daniel, nouvelle itération du Songe, qui a repris son trône de Rêve, puissant mais vierge de quasiment toute expérience. Heureusement, il a pu compter sur ses fidèles compagnons, des Rêves personnifiés qui l’ont guidé dans sa régence: Matthew le Corbeau, Lucien le Bibliothécaire, qui conserve tous les livres qui n’ont encore jamais été écrits, Mervyn Potiron, le concierge et homme à tout faire bougon mais loyal, Abel et Caïn, Eve, et bien d’autres.

Tout se passait plus ou moins normalement, jusqu’à ce qu’une faille lézarde le ciel du Songe, et que s’en déversent des millions de silhouettes hagardes, faites de tissu onirique pur et dépourvue d’âmes. Plus étrange encore, une forme géométrique protéiforme émerge à son tour, provoquant l’inquiétude de tous les habitants du Songe. En de pareils temps, tous les regards se tournent naturellement vers le leader, avec l’espoir que ce dernier saura tout arranger. Mais ce qu’ils ignorent tous, c’est que Morphée a déserté, et ce chaos est certainement causé par son absence. Seul Lucien est au courant et fait de son mieux pour cacher l’absence du maître.

De son côté, Dora, habitante inhabituelle du Songe, se demande quel rôle elle joue dans tout cela. Amnésique, ignorant tout de ses origines, elle profite de son don de passe-muraille pour visiter les rêves des gens, vivant au jour le jour. Mais elle se sent redevable de Morphée, qui l’a recueillie lorsqu’elle a échoué dans le Songe, pour des raisons connues de lui seul.

Rêves et réalités

Faut-il avoir lu l’œuvre originale pour apprécier ce revival ? J’aurais tendance à dire que oui, car de nombreux personnages font leur retour, même si la continuité n’a pas énormément d’impact sur l’intrigue.

En effet, Simon Spurrier utilise tous ces personnages connus, comme Lucien, Matthew, Mervyn ou encore Rose Walker, dans un contexte nouveau en s’attachant non pas aux évènements qu’auraient vécu ces personnages, mais plutôt à leur fonction initiale. Il est donc possible de comprendre l’intrigue et de déduire le rôle de chacun sans être nécessairement féru de l’univers de Sandman.

Second question qui mérite d’être posée: retrouve-t-on l’esprit original de l’œuvre ? Là encore, c’est un entre-deux, car si le Sandman de Gaiman était plus philosophique et contemplatif, le nouveau scénariste n’hésite pas à pousser le curseur onirique vers le coté délirant et anarchique propre aux rêves.

Il ne faut pas non plus oublier que The Sandman ne parle pas que de rêves, c’est aussi une œuvre métafictionnelle, une histoire à propos des histoires. Le Songe est le lieu où tous les archétypes narratifs se manifestent, où tous les procédés narratifs ont cours. Cette nouvelle série ne fait pas exception, puisqu’elle reprend ce concept avec aisance pour l’appliquer à une mise en scène et une narration plus modernes.

Si le Songe n’est pas LA réalité, on voit toutefois qu’il en est un reflet, une émanation biaisée par l’esprit humain. Il est d’ailleurs intéressant de se demander si les humains rêvent parce que le Songe existe, ou si à l’inverse le Songe n’existe que par la capacité des humains à rêver ? Pour illustrer ce propos, on peut prendre pour exemple le Juge Ezekiel Potence, qui personnifie la peur primale du châtiment, le repli sur soi et par extension, la xénophobie. Est-il étonnant qu’en temps de crise, alors que les bases sont fragilisées et que l’avenir est incertain, les habitants d’un pays se tourne vers un personnage qui impose l’ordre, traque des boucs émissaires pour les punir en place publique et, après avoir accepté à contrecœur d’assurer l’intérim du pouvoir, cherche avant toute chose à s’y maintenir ?

Comme vous le voyez, les niveaux de lecture sont multiples dans Sandman. La lecture est exigeante et ne se limite pas à une lecture popcorn ou un simple divertissement. On peut déplorer que la dynamique narrative ne se mette véritablement en branle qu’au bout de trois chapitres entiers, mais il semble difficile de faire mieux avec de telles exigences en terme de worldbuilding.

En résumé, The Dreaming reprend le matériau de base de ce comics culte des années 80/90 pour l’extrapoler et livrer une œuvre spéciale, qui sous ses aspects de délirium tremens, livre un propos plus profond qu’il n’y paraît.

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Campus

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Histoire complète en 128 pages, écrite par Jon Ellis, et dessinée par Hugo Petrus. Parution le 19/01/2022 aux Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance!

Amitiés et Fraternité

Wyatt et Jake se le sont juré, ils sont amis pour la vie. Rien de plus évident pour ces deux gamins, qui ont grandi ensemble et se connaissent par cœur. Malheureusement, un déménagement plus tard, les voilà séparés géographiquement, à plusieurs heures d’avion l’un de l’autre, après le départ de Jake. Mais l’amitié est la plus forte, et grâce aux nouvelles technologies, les deux garçons peuvent continuer à se voir et se parler, faisant fi de la distance qui les sépare.

Les années passent, et la distance va toutefois venir peser sur la relation de Jake et Wyatt. L’âge des premiers émois, le sport, le lycée, éloignent progressivement les deux amis, sans pour autant ternir l’affection qu’ils se portent. Ainsi va la vie !

Malgré tout, on peut dire que la vie finit par se rattraper. En effet, Wyatt apprend, au sortir du lycée, qu’il est admis dans la même université que Jake ! Des étoiles plein les yeux, empli des souvenirs de leur enfance heureuse et de leur indéfectible amitié, Wyatt se prépare à partir, mais un terrible accident va entacher cette douce euphorie… Lorsqu’il retrouve enfin Jake à la fac, Wyatt, désormais endeuillé, ne peut s’empêcher d’être désappointé. L’idée qu’il se faisait de leurs retrouvailles était sans doute exagérée, ou du moins teintée par son enthousiasme et par sa nostalgie.

Même si Jake est heureux de le retrouver, quelque chose a bel et bien changé dans leur relation. Les kilomètres auraient-ils finalement eu raison de leur amitié ? C’est ce que Wyatt finit par penser, seul dans la chambre universitaire, qu’il partage avec Jake. Lui qui aime se plonger des heures durant dans des jeux vidéos, constate avec amertume que son meilleur ami aime plutôt faire la fête. C’est à cette occasion que Jake, attiré par la séduisante Amber, va chercher à intégrer la fraternité Omega Zeta Nu, qui le soumet à des rites d’initiation et à un bizutage.

Or, si d’ordinaire les bizuts des fraternités doivent prouver leur valeur et leur loyauté grâce à beaucoup d’alcool et quelques humiliations, ici, à OZN, les choses semblent différentes, et pourraient même lorgner du côté du surnaturel. Wyatt parviendra-t-il à faire entendre raison à son ami, malgré la distance qui les sépare désormais ?

Sympathy for the campus

Jon Ellis nous plonge dans l’univers parfois controversé des fraternités américaines, ces entités composées d’étudiants, qui ont parfois fait parler d’elles suites à des drames. En effet, il est courant que les fraternités soient dénoncées, après les fameuses semaines d’intégration, pour des pratiques abusives telles que le bizutage, ou même des beuveries extrêmes qui tournent mal.

Bien évidemment, le scénariste travestit ici cette réalité au travers du fantastique et de l’occulte, puisqu’en guise de bizutage, les étudiants auront droit dans cette BD à un rituel démoniaque qui va échapper à leur contrôle. Cependant, l’aspect horrifique n’est là que pour mettre en lumière la relation entre Jake et Wyatt, afin d’illustrer le thème assez universel de l’amitié. C’est sûrement ce qui explique l’aspect très vague des règles liées à l’invocation des démons et à la possession, qui ne sont pas clairement définies ni trop expliquées au cours de l’album (sacrifices d’animaux, déroulement du rituel, hiérarchie des démons, etc).

Si l’exposition est soigneusement mise en place, on peut néanmoins relever un tant soit peu de répétition par la suite, et un troisième acte plutôt foutraque, mais généreux en émotion. La conclusion, quant à elle, est poignante, voire déchirante, et nous amène à nous questionner sur nos propres relations amicales.

Sur le plan graphique, Hugo Petrus fait un formidable travail de caractérisation grâce à des personnages reconnaissables, expressifs et fort bien designés.

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Naissance du Tigre

La BD!

Histoire indépendante en 120 pages, écrite par Feldrik Rivat et dessinée par Jean-Baptiste Hostache. Parution le 09/09/2020 aux Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Grand Theft Me

En cette année 1889; Sélène Fouquart est l’une des médiums les plus réputées de Paris. Pour peu que vous croyiez au spiritisme, vous pouvez aller la consulter pour entrer en communication avec un défunt. Un jour cependant, ce n’est pas n’importe quel mort qui se manifeste: Victor Coqueret, surnommé l’Étrangleur, guillotiné pour ses crimes odieux.

Désespérée, Sélène va demander de l’aide à l’homme qui arrêta son terrible mari: le lieutenant Eudes Lacassagne, la fine fleur de la Sureté de Paris. Cet homme taciturne, à la fois respecté et redouté par ses pairs, ne croit pas aux fantômes. Et pourtant, des faits troublants vont peu à peu donner raison à la veuve voyante. Un esprit frappeur rôde-t-il réellement dans les rues de Paris ?

Paris et ses poltergeists

Lacassagne, secondé par les bras cassés de la police parisienne, va débuter cette enquête singulière avec comme qui dirait, un sourcil levé. Mais le limier torturé va vite comprendre le sérieux de la menace lorsque de nouvelles victimes sont découvertes, des personnes ayant toutes un lien avec l’Étrangleur.

L’inspecteur ne néglige alors aucune piste et considère tous les acteurs de cette affaire comme de potentiels suspects. Mais que fera-t-il lorsque les indices pointeront même vers lui ?

Bienvenue dans ce récit tiré de l’univers de la 25e heure, univers précédemment développé sous forme romanesque par Feldrik Rivat. L’album réussit très bien le mélange entre un Paris fantasmé en steampunk et une intrigue paranormale dans la lignée du Témoin du Mal. L’auteur joue la carte d’un protagoniste badass qui oscillerait entre un Sherlock Holmes et une Adèle Blanc Sec, ce qui fonctionne assez bien dans ce type de récit.

On peut donc dire que les auteurs savent poser un décor et une ambiance, notamment grâce aux dessins de Jean-Baptiste Hostache, que l’on pourrait ici comparer à un jeune Mike Mignola.

La Naissance du Tigre semble servir de prélude à un univers riche et intriguant, une bien bonne lecture !

***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Karmen

BD du mercredi

BD de Guillem March et Tony Lopez (coul.)

Dupuis (2020), 160p. one-shot.

L’ouvrage est proposé en grand format, de ces paginations des gros one-shot généreux permettant un graphisme libéré. L’intrigue est découpée en quatre parties à la pagination décroissante et se conclut par un cahier graphique de… trois pages. Il est surprenant que l’auteur n’ait pu fournir plus de matériau à compter du moment où un cahier était proposé. La couverture est très percutante avec ce design très réussi du personnage de l’ange sur un beau rouge vif. Un petit texte de présentation en quatrième de couverture n’aurait pas été de trop. Édition honnête qui aurait pu être plus travaillée pour accompagner ce très original projet.

couv_385071Catalina est une introvertie. Systématiquement déçue par ses relations, elle se concentre sur son amitié d’enfance avec Xisco, beau ténébreux qui collectionne conquêtes et déceptions amoureuses. Un jour elle décide d’en finir…

Encore un digne représentant d’une Ecole espagnole qui ne cesse de ravir nos pupilles! Avec vingt ans de carrière, le majorquin Guillem March propose avec Karmen sans doute son plus ambitieux travail graphique. L’espagnol a travaillé sur de nombreuses publications DC souvent sur des personnages féminins, souvent teinté d’érotisme. Projet aussi étrange, surprenant que personnel, Karmen reprend (en version féminine) le thème de l’excellent Essence de Benjamin Flao, celui de l’ange venu accompagner une âme pendant les quelques micro-seconde qui séparent la vie de la mort…

Qui dit projet de dessinateur dit graphisme généreux et très clairement la première qualité de cet ouvrage est sa liberté totale. L’auteur prend prétexte de ces heures de libération de l’âme, cette pérégrination de Catalina dans la cité ensoleillée accompagnée par l’ange contestataire Karmen pour donner libre cour à sa virtuosité et à ses envies. On observe ainsi la jeune femme vaguement grassouillette parcourir le monde, croiser ses contemporains dans le plus simple appareil, déviant les lois de la gravité quand elle comprend que seule sa volonté la limite dans ce nouveau plan d’existence. Les cases sont larges, les pages souvent pleines et le cadrage donne le tournis en  proposant des cadrages improbables par-ci en eye-fish, par-là accompagnés de formes en surimpressions… tout cela est hautement imaginatif et magnifique. Le modèle Manara est bien sur présent avec cette justification toute relative de montrer l’héroïne nue sous toutes les coutures avec un petit côté voyeur mais absolument pas vulgaire ni érotique. Le sexe féminin n’est jamais montré malgré certaines vues vertigineuses et l’on sort de l’album avec la vague impression d’avoir parcouru des travaux de graphisme anatomiques ou un carnet de paysages urbains. C’est beau, c’est précis, c’est inspiré… pour le dessin.Karmen - La Loutre Masquée

L’histoire, elle, est moins enthousiasmante. D’abord par-ce que l’on a déjà vu cela. March apporte certaines idées intéressantes sur le couple, l’amitié, les relations sociales, et nous accroche un peu tardivement lorsqu’il accélère sur le monde des anges en envoyant Karmen parlementer au sein de l’Administration des âmes. Comme je le constate souvent, ce genre de gros projets tire son essence dans des envies graphiques de leurs auteurs. Cela comble les amoureux du dessin mais ne suffit pas forcément à convaincre le grand public sur une intrigue qui aurait été plus forte en la condensant en un format plus classique de moins de cent pages. Hésitant entre une chronique amoureuse (sans que l’on ne voit la vie qui a mené Catalina à cette décision radicale) et un trip fantastique, l’auteur se fait plaisir de façon irrégulière. Le premier « cahier » (de soixante-dix pages) est clairement trop gros et étouffe la narration malgré le plaisir visuel. La seconde moitié de l’album est beaucoup plus rythmée et propose une progression narrative dont la chute (une sorte d’épilogue) fait presque regretter ce qui aurait pu être un diptyque avant/après.Éditions Dupuis (@EditionsDupuis) | טוויטר

Il ressort de cette lecture un sentiment étrange, une grande sympathie pour ces personnages, un grand plaisir de lecture frustré par une idée inaboutie d’un auteur qui a un peu délaissé l’histoire en draguant le lecteur par les formes de sa belle plus que par une tension dramatique.

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***·Comics·Nouveau !

L’Agent #1: initiation

Cet article est le premier d’une série consacrée à la nouvelle collection « pulp » Grindhouse de l’éditeur Glénat. Il sera suivi d’Amazing Grace jeudi et Red Clay Chronicles samedi.


BD de Mathieu Gabella, Fernando Dagnino et Carlos Morote
Glénat (2019), 144 p., série en cours, collection Grindouse.

Le thème du monde caché est une source inépuisable d’histoires, et L’Agent en fait ici doublement la démonstration.

En effet, l’idée qu’il existe un univers superposé au notre, un monde dans le monde, obéissant à ses propres règles, s’en tenant à l’écart tout en l’influençant, se retrouve dans de nombreuses œuvres, et vient très certainement venir étancher notre soif naturelle d’occulte, dans un environnement moderne où tout ou presque vient à être expliqué et décortiqué.

Je pense ici à des œuvres issues de genres hétéroclites, telles que Bleach (manga), A Certain Magical Index (manga), mais également Wanted (comics), ou Fables (comics), et enfin, et de façon plus évidente encore, Harry Potter ou Men In Black.

L’Agent prend donc le parti, comme les œuvres citées plus haut, de propulser sans ménagement sa protagoniste, Rhym, au cœur d’un monde obscur où la magie règne en maître, et où elle va devoir repenser sa conception du monde si elle veut espérer y survivre. La jeune policière va donc se retrouver, ironiquement, derrière un miroir sans teint dont il n’était pas prévu qu’elle conçoive l’existence.

Comme je l’ai dit, on trouve ça et là des histoires dans lesquelles le héros est jeté hors de sa zone de confort, dans un monde nouveau où il aura un rôle spécifique à jouer et dont il découvrira les règles progressivement, souvent en même temps que le lecteur. Là où L’Agent apporte son originalité, c’est dans le croisement de deux univers différents dont on ne soupçonnerait pas, au premier abords, les similitudes: la magie et les services secrets.

Mathieu Gabella s’amuse ici à fondre ces deux univers, imaginant un monde dans lequel la magie est une ressource incontournable dans les différents conflits géopolitiques, comme le seraient l’armement ou le contre-espionnage.

Ainsi, Rhym va-t-elle découvrir qu’elle est issue de la caste disparue des Sourciers, ce qui lui confère des capacités hors du commun et surtout, une immunité à certaines pratiques magiques. C’est ce qui lui vaudra d’être recrutée par une cellule occulte des services de renseignements français, débutant ainsi la traque d’un dangereux criminel utilisant la magie à des fins néfastes.

L’intrigue de L’Agent s’avère palpitante, comprenant son lot d’exposition, bien sûr, mais également de rebondissements, permettant de tenir le lecteur en haleine tout au long de l’album. A titre personnel, j’aurais souhaité un traitement de la magie un peu plus systémique, intégrant des règles et des cadres plus stricts, ce qui aurait accru davantage encore la plausibilité du scénario.

Côté graphique, Fernando Dagnino, rompu à l’exercice du comics, livre des planches dynamiques avec un encrage lourd qui accentue les aspects sombres de l’intrigue.

En résumé, L’Agent est un très bon album, qui ravira les amateurs de récits d’espionnages autant que les sorciers en herbe !

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****·BD·Guide de lecture·Jeunesse

Seuls – Cycle 2

Rufus Stewart

On continue l’analyse de cette géniale série avec le cycle 2, toujours avec le fiston…

  • Mon fils c’est « Jean pédrovitch » (c’est un pseudo): à treize ans il a déjà lu une grosse partie de ma bdthèque, notamment Universal War 1&2, Thorgal, Blake et Mortimer, Largo Winch, Radiant,…

BD de Bruno Gazzotti et Fabien Vehlmann
Dupuis (2006-),  54 p. couleur. 2 cycle parus, cycle 3 en cours.

couv_314741Nous avons lu le second cycle sur les albums individuels, l’intégrale n’étant pour l’heure plus disponible (mais un retirage est prévu d’ici Noël), du coup aucun commentaire sur l’édition…

Après les événements marquants qui ont suivi la chasse vers le monolithe, deux clans se font face dans les Limbes. Maintenant que les lois régissant ce monde sont connues la donne a changé et nos héros vont bientôt devoir s’aventurer hors de la ville pour découvrir que les enjeux et les forces en présence sont bien plus complexes qu’ils ne le pensaient…


Toi qui a lu tous les albums jusqu’ici, parle-nous du changement entre le premier et le second cycle? A la lecture du début du cycle 3 on approche de la fin?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Sur ce cycle l’intrigue avance beaucoup plus vite. Les personnages ne sont plus « seuls »…: il y a beaucoup de personnages et de clans qui s’affrontent. Le premier était plus mystérieux et dans celui-ci on a beaucoup de révélations. Le groupe se sépare progressivement et on perd un peut l’esprit d’équipe. Globalement je l’ai préféré même si tous les volumes ne sont pas aussi bons. Le tome sept (l’échappée de Fortville) est clairement le meilleur de la série pour l’instant!

Sur le cycle trois, les deux premiers tomes ne font pas avancer l’intrigue et je trouve que ça baisse d’intérêt: les albums sont centrés sur un ou deux personnages.

On avait déjà abordé la dictature avec le clan du Requin, mais là on passe à un autre cap avec Néosalem…

Jean-pédrovitch: Oui. Dans le clan de Saul c’était la personnalité de Saul qui organisait le groupe et les autres étaient des enfants qui le suivaient aveuglement. A Neosalem c’est une vraie société, il y a des lois inégalitaires mais elles s’appliquent à tous. L’ambiance est romaine avec des moyens de changer de caste.

Préfères-tu le mystère morbide du premier cycle ou l’action fantastique du deuxième? Il fait moins peur, non?

Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 9"Jean-pédrovitch: Je ne sais pas trop. Je ne dirais pas qu’il ne fait pas peur, le tome sept avec la brume et les enfants zombies est quand-même flippant! Les trucs mystérieux et de fantômes ont un peu disparu. En fait je pense que ce sont les épisodes entre les deux cycles, du 3 au 7 lorsqu’ils sont à Fortville, qui font le plus peur, sont mystérieux et sombres. Par contre je suis d’accord qu’il y a beaucoup plus d’action.

Tes pronostiques sur la suite: plutôt un développement de l’univers et de ses règles ou un retour à la survie et aux inventions du groupe de héros?

Jean-pédrovitch: Le début du cycle trois revient clairement à la survie. Le rythme se ralentit, il y a quelques ponts avec Néosalem. Le sort de Camille va être assez central mais je pense qu’on est parti encore pour au moins deux cycles car l’intrigue n’est vraiment pas bouclée! En tout cas c’est toujours aussi accrocheur.

Les auteurs ont trouvé un bon moyen de changer notre vision des personnages (certains étaient centraux au début, d’autres montent en puissance).

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Le papa: Avec ce second cycle la série Seuls bascule du survival pour enfants à un monde fantastique plus classique bien que très intéressant. Inévitablement les révélations (qui se poursuivent tout au long du cycle) sur le monde des limbes et le destin des enfants qui a laissé place aux seules hypothèses d’Yvan et Anton font baisser le mystère. Les auteurs compensent cela par beaucoup d’action et la description d’un monde très riche et beaucoup plus ancien que les protagonistes le pensaient, avec des Résultat de recherche d'images pour "seuls gazzotti tome 7"clans dominants et des castes plus ou moins écrasées par les autres.  On a finalement un peu le même mécanisme que sur le cycle un avec le gang du requin mais en montant d’un cran puisque nous savons désormais que la « magie » fait partie de ce monde d’après. On reste happé tout le long avec une grosse envie d’en savoir plus avant que de nouveaux mystères nous tombent sur le nez comme cette main vivante et le maître-fou, encapuchonné de rouge et dont la tête renferme des araignées… Le thème principal du cycle reste néanmoins la dictature de ces premières familles contre lesquels on attend avec impatience de voir une résistance s’organiser. La grande force de cette série est la richesse de ses très nombreux personnages, tous très travaillés et dotés de motivations crédibles, comme ce Toussaint qui survient en toute fin de cycle et doté d’un charisme redoutable…

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Shadowman (2019)

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Comic de Andy Diggle, Doug Braithwaite, Renato Guedes et Stephen Segovia
Bliss (2019) / Valiant (2018), 312 pages.

bsic journalismbadge numeriqueMerci aux éditions Bliss pour leur confiance.

couverture_shadowman8rgb-1-600x923Shadowman est l’un des premiers comics Valiant que j’ai lu et j’ai été immédiatement attiré par le côté sombre, par le charisme du méchant et par une approche graphique très artistique, notamment grâce à l’apport de Roberto de la Torre. Sur cette nouvelle série on est plus classique dans le dessin pour un traitement qui semble viser un élargissement du public. Sur ce point je dirais que l’arrivée de nouveaux lecteurs sera facilitée bien qu’il ne s’agisse pas d’un reboot à proprement parler, ce Shadowman 2019 prenant la suite directe de Rapture.

La Pie n’est plus. Après des années d’errements dans le monde des morts à la recherche de reliques pour Maître Darque, le serviteur est libéré et de retour dans notre monde. Confronté au Baron Samedi et ses plans obscures, il va devoir apprendre à connaître le Loa auquel il est attaché pour reconquérir sa puissance et combattre la société secrète qui œuvre dans l’ombre au retour de Darque…

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série marquait une sorte de descente aux enfers de Jack Boniface, hanté par un Loa, un esprit autonome du monde des morts transmis de génération en génération. L’affrontement avec le nécromant surpuissant Maître Darque se terminait par la disparition de ce dernier en même temps que l’asservissement volontaire de Shadowman sous la forme de La Pie, écumant le monde des morts. Les différentes séries Valiant ont ainsi convoqué ce personnage important sur des apparitions dans Ninjak, Bloodshot ou Rapture. Ainsi l’album commence avec l’expulsion d’un Boniface libéré de l’emprise de Darque et revenu auprès de sa chérie  Alyssia elle-même devenue la remplaçante de la sorcière Punk Mambo. On voit que les liens sont très étroits entre cette nouvelle série et la précédente, ce qui peut rendre difficile l’immersion pour les nouveaux venus. Pourtant on reste sur un schéma simple, avec la Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"société secrète cherchant à ressusciter le grand méchant, le Baron Samedi (toujours aussi cool) qui joue le rôle du vilain canard dans le panthéon des esprits, jamais vraiment méchant mais jamais vraiment fiable non plus et les deux protecteurs du Loa qui cherchent à rendre sa stabilité émotionnelle à Boniface tout en lutant contre la sœur de Darque, nouvelle méchante. On l’avait vue précédemment, la puissance maléfique de son frère avait entraîné Sandria à lier un Loa à son amant noir, ancêtre de Jack Boniface. Il y a donc une histoire de famille dans cette intrigue… qui m’a un peu déçu dans le fait de transformer cette sœur très intéressante jusqu’ici en une simple méchante manipulatrice. C’était la complexité de la famille Darque qui faisait la force de la première série. Ici c’est plutôt le passé du Shadowman et de ses précédentes incarnations qui nous est proposé.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman guedes"La première série s’était terminée sur l’affrontement de Jack avec son père. L’intermède Rapture permettait la résolution de ce conflit intérieur. Désormais apaisé Jack Boniface, le dernier détenteur du Shadowman va pouvoir rechercher dans le passé, à l’époque de la guerre de Sécession, pendant la Prohibition, et jusqu’à l’aube des temps, l’origine de l’alliance du Loa et de l’homme au travers des différentes incarnation de Shadowman. Classiquement ces différentes époques comme les dimensions de la réalité permettent facilement à différents dessinateurs de proposer des graphismes variés. Au milieu de certaines expérimentations, Renato Guedes, dont les images du monde des mort sur Bloodshot salvation ne m’avaient pas convaincu, propose ici des pages absolument affolantes de beauté, de technicité et d’atmosphère. Si sa participation aux univers Valiant avait marqué les esprits sur X-O Manowar, je crois que ce volume est peut-être ce qu’il a proposé de plus réussi. Un très grand artiste.

Résultat de recherche d'images pour "shadowman segovia"Hormis le problème sur la méchante expliqué plus haut cet album est une vraie réussite assez grand public même si les combats du Shadowman ont déjà été plus nerveux. S’il est surprenant de ne pas voir Punk Mambo (personnage original et assez central depuis plusieurs publications), le fait de revoir le personnage de Docteur Mirage est une excellente surprise tant ce personnage est sympathique et son interfaçage avec l’univers de Shadowman évident. La précédente intégrale était perturbante en ce qu’elle nous plongeait au cœur d’une intrigue déjà en cours et dont les rideaux se levaient progressivement autour des séquences sur la famille Darque. Cet nouvel album a plus la forme d’une origin story et en cela plus accessible. Comme tous les relaunch Valiant depuis quelques temps la ligne graphique est Résultat de recherche d'images pour "shadowman braithwaite 2018"somptueuse et le traitement plus grand public, au risque de tomber par moment dans la facilité classique des comics de super-héros. Il faudra attendre pour voir ce que cela peut donner, si l’ambition est affadie ou si le combat que l’on anticipe contre le retour de Darque sera mémorable avec un shadowman enfin libéré de ses tourments et en harmonie avec son Loa. Les auteurs devront trouver des aspects sombres pour maintenir l’originalité de ce personnage qui reste l’un de mes préférés de l’univers Valiant.

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****·BD·Mercredi BD·Rétro

L’odeur des garçons affamés

BD du mercredi
BD de Loo Hui Phang et Frederik Peeters
Casterman (2016), 104p. couleur, one-shot.

couv_275111J’entends parler de Frederik Peeters depuis quelques années mais n’avais jamais ouvert un de ses albums pour plusieurs raisons: d’abord l’homonymie avec l’autre Peeters (oui, j’en suis désolé mais il m’arrive de confondre des auteurs), ensuite des couvertures moyennement attirantes (L‘homme gribouillé pas du tout, celle-ci moyennement mais assez basiquement western). Mal m’en a pris puisque en découvrant son rêve métaphysique Saccage j’ai été éberlué par son très grand talent technique allié à un univers très personnel…

Oscar Forrest est photographe et participe à une expédition dans le grand Ouest, en compagnie d’un géologue fort en gueule et un garçon de ferme chargé de l’entretien du matériel. Le trio cohabite dans d’étranges relations entre méfiance et attirance. Autour d’eux les éléments à la puissance incommensurable, une nature belle et redoutable, mais aussi d’étranges rôdeurs. A mesure que chacun voit révéler les raisons de leur participation à ce voyage initiatique, les faux-semblants tombent…

Alors que le monde de la BD (re)découvrait le talentueux Meyer et son Undertaker érigé en héritier directe du Blueberry de maître Giraud, on en oubliait (moi le premier) combien ces garçons affamés se rapprochaient bien plus de l’univers ésotérique et un peu New Age prôné par l’auteur d’Arzach et son comparse Jodorowsky. Il y a clairement ces deux filiations dans cet album à l’atmosphère unique, faite de silences, de regards et de rêves. Ce dandy urbain transposé dans l’Ouest sauvage dénote et l’on sait rapidement qu’il fuit quelque chose. L’attitude des trois hommes est étrange dès les premières pages, comme des incarnations des trois ages de la vie, trois ages où l’appétit sexuel varie. Il est question d’homosexualité bien sur dans cette histoire, toute en pudeur, mais plus globalement des conventions et des normes. Je remarque souvent l’écriture des scénaristes femmes, assez différente de celle des hommes de par leurs thèmes et leur traitement. C’est le cas ici où Loo Hui Phang installe ses trois personnages comme se courant après, dans une hiérarchie rappelée par le chef Stingley qui a pourtant la curieuse manie de se promener fesses à l’air… Ses deux acolytes rejettent ces normes pourtant, celles qui font de Milton une sorte d’esclave et celles qui empêchent Oscar d’expérimenter librement son art photographique. Il est question de l’image aussi, celle de la BD, des grands espaces, des cadrages improvisés et renvoyant sans cesse à l’objectif du photographe, aux images mentales enfin, lorsque le monde intérieur, des rêves, des pensées, pénètre celui des vivants.

Très vite un petit mystère est présenté au travers de ces deux chasseurs, le pistolero défiguré et l’indien shaman. Que veulent-ils? L’un incarne sans doute la civilisation qui rechigne à laisser partir les deux jeunes gens, l’autre la liberté émancipée des corps… Comme dans tout récit initiatique, ésotérique, L’odeur des garçons affamés laisse son lecteur errer sur des images et des sons sans toujours véritablement comprendre ce qu’il voit. Et c’est agréable aussi de ne pas toujours chercher de sens lorsque le dessinateur laisse divaguer son imagination, comme Peeters l’explique dans ses motivations sur Saccage.

Résultat de recherche d'images pour "l'odeur des garçons affamés"Visuellement on a les couleurs de l’ouest, assez tranchées, dans les orangés et les verts tendres. Le trait du dessinateur est très élégant, très maîtrisé, à la fois encré et hachuré, permettant des lignes fines remplies d’ombres colorisées. Essentiellement constitué de plans rapprochés, des visages de ses personnages, l’album se savoure avec gourmandise. Un auteur que l’on sent capable de tout dessiner avec facilité…

L’odeur des garçons affamés est un magnifique one-shot sans autre lacune que l’aspect inexpliqué inhérent à ce type d’histoire. Mais l’on aime voir l’amour naître entre ces deux insolents et la magie shamanique prendre corps dans ce monde où la Nature semble permettre un retour à l’essentiel. Une belle histoire faite de beaux dessins répondant à une belle écriture. Une odyssée à lire assurément pour s’évader en compagnie de deux amants libres.

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**·***·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #7

  • Les métamorphoses 1858 #1

Ouvrage lu en numérique sur Résultat de recherche d'images pour "iznéo"

couv_354108Clairement Les Métamorphoses 1858 jouit d’une des plus beaux design et des couvertures les plus percutantes de ce début d’année, avec un style qui nous fait plus penser à la collection Metamorphoses de Soleil qu’à du Delcourt. Mais la couv’ ne faisant pas tout, qu’est-ce que ça donne? Stanislas est détective et inventeur. Joseph, son ami d’enfance est médecin. Les deux ne sont d’accord sur rien mais ne peuvent se passer l’un de l’autre. Quand on vient leur demander de retrouver une jeune fille disparue mystérieusement, ils se retrouvent plongés dans une machination criminelle d’une échelle inimaginable…

Dans la forme on a une enquête criminelle dans un paris XIX° siècle qui va se teinter progressivement d’aspects Steampunk et conspirationniste. Déjà, avec des savants fous, une organisation criminelle et un réalisme cru, j’aime! Là-dessus ce qui frappe le plus après la couverture c’est la mise en cases, le découpage et le procédé de narration jouant sur les points de vue. A la conclusion du Résultat de recherche d'images pour "les métamorphoses 1858 ferret"premier volume on ne sait pas si c’est gratuit ou au service de l’histoire mais il est certain que c’est très original et diablement classe! Surtout que le dessin de  Sylvain Ferret n’est pas le plus précis qui soit et jouit de quelques problèmes techniques (il s’agit de son premier album), mais la mise en couleur et la maîtrise des pages compense allègrement ces petits soucis pour proposer une lecture très agréable visuellement et fort dynamique à la fois dans les scènes d’action mais aussi dans certaines séquences où les auteurs exploitent la technique du cinéma fantastique de mettre le cadre du point de vue de quelqu’un d’autre. Très efficace! Là dessus on ajoute une écriture très verbeuse dans des dialogues en ping-pong entre les deux compères dont le caractère antinomique s’agence à merveille et nous donne envie de les suivre dans leurs aventures. Le second volume sortant à peine trois mois après le premier vous pouvez vous jeter dessus (pourquoi ne pas avoir produit un unique volume?). Pour peu que Sylvain ferret progresse rapidement dans son dessin on risque d’avoir une des très bonnes séries à suivre dans les années qui viennent!

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  • Negalyod (Vincent Perriot/Casterman)

Album lu dans le cadre du  des bibliothèques de l’ouest lyonnais.

couv_340430Jarri est berger dans les étendues désertiques qui voient déambuler des dinosaures, loin de la grande Cité hyper-connectée au Réseau. Lorsque son troupeau est décimé par la technologie urbaine il décide de retrouver l’auteur du massacre et tombe sur une rébellion qui vise à jeter par terre la dictature de ceux d’en haut…

Avec sa couverture et son titre intrigants, son très grand format et son univers SF Negalyod avait eu de très bons échos l’an dernier. En commençant ma lecture j’ai été pris de court par les visuels qui m’ont semblé bien brouillons… Après la clôture et réflexion faite, si certains effets (le vent) et arrières-plans sont expédiés un peu vite (probablement en raison du boulot considérable qu’a du représenter cet album à la pagination conséquente), c’est bien plus la colorisation qui choque. Florence Breton n’est pourtant pas une novice et a proposé dans sa carrière de superbes colorisations. Elle officiait par exemple sur le Vortex de Stan et Vince dont l’aspect old school et rétro était affirmé. C’est donc bien une volonté esthétique qui correspond au design général totalement inspiré de la SF des années 60-80 avec ses mauvaises impressions et ses couleurs pauvres qui est à l’origine de cette faute de gout. Certains anciens nostalgiques percuteront, moi pas… Du coup je conseille à ceux qui souhaiteront le lire d’opter pour la version NB éditée par Casterman.

Je dois dire qu’avec un buzz moins important j’aurais pu voir Negalyod comme un projet investi à défaut d’être foncièrement original. Le schéma de la société technologique pompant les ressources de la planète et attaquée par une rébellion de pauvres exclus est connu. Dans le genre Urban est (à la fois graphiquement mais aussi scénaristiquement) est bien plus abouti. Le principal intérêt de ces 200 pages réside dans l’ambiance inspirée des steppes d’Asie, entre mongoles et peuples himalayens, ainsi que dans une technologie à la Mad Max, faite de cordages et de tubes métalliques associés à une très haute technologie qui voit le peuple d’en haut utiliser la fission nucléaire comme le réseau internet et l’IA totale. Mais aucun background ne vient expliquer ni le titre ni le pourquoi des dinosaures ou de la constitution de ces cités. Pourtant l’auteur parvient dans son découpage aéré à nous proposer quelques vues très audacieuses dans leur dynamisme et certains décors naturels très réussis, au contraire de la ville qui, dans ses enchevêtrements de n’importe-quoi laisse de marbre. Au final on a l’impression d’un projet issu des visions graphiques de son auteur qui a tenté bon gré mal gré d’appliquer un thème SF connu à son univers. Il est souvent compliqué de faire à la fois scénario et dessins et Negalyod rate le coup de Mathieu Bablet il y a trois ans.

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  • L’arbre de vie (Carrion/Hamon/Soleil) – série Nils #3/3

couv_350183Nils est une série frustrante. Portée par l’un des plus talentueux dessinateurs actuels (Antoine Carrion), doté d’une maquette magnifique chez la toujours élégante collection Métamorphoses de Soleil, d’un design et d’une atmosphère absolument envoûtante et une inspiration Miyazaki affichée, elle avait tout pour être le carton des années 2010. Si le premier tome posait les bases d’un univers écolo-steampunk basé sur la mythologie nordique plutôt réussi, dès le second je voyais poindre de gros soucis d’articulation temporelle qui gênaient la lecture dans une intrigue assez complexe et volontairement cryptique. Ce dernier tome confirme les précédents: le dessin est l’un des plus enivrants de ces dernières années (bien que très sombre), l’histoire ambitieuse sur une lutte entre des dieux anciens garants de la Nature et de l’équilibre et des hommes que la science mets à leur niveau au péril du monde même… mais le scénario a toujours de grosses difficultés en oubliant qu’une certaine linéarité est nécessaire  à la lecture. Est-ce le dessin qui ne sait imager les transitions ou le scénario même qui les oublie, toujours est-il que cette intrigue est hachée. Pourtant L’arbre de vie propose beaucoup plus d’action alors que Nils se découvre des pouvoirs… divins dans des séquences dantesques absolument superbes. Mais jusqu’à l’épilogue (laissée à l’interprétation du lecteur) on souffre en n’étant jamais sur de bien comprendre ce que l’on voit et ce que l’on lit. Vraiment dommage. Nils restera une série à part, intéressante, mais qui loupe le statut de chef d’oeuvre en raison d’un manque de relecture éditoriale sans doute. Frustrant disais-je…

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