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Travis #14: Europe

BD de Fred Duval et Christophe Quet
Delcourt (2019), Travis tome 14, série en cours, arc 5.

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Cet album entame un cinquième cycle des aventures du camionneur de l’espace, une longévité remarquable même si tous les cycles ne se valent pas. Comme pour les derniers volumes la couverture est réalisée à quatre mains avec Nicolas Siner et est plutôt réussie. A noter que cet album a la particularité de tisser de très nombreux liens avec la série parallèle de Fred Duval, Carmen Mac Callum, ce qui est nouveau et ouvre des pistes originales pour cette série de hard-anticipation.

Lorsque la villa de Dario Fulci, le tout puissant patron de la multi-continentale Transgenic est occupée par un commando d’EGM (humains génétiquement modifiés), c’est le sort des ouvriers de la ceinture d’astéroïdes qui se retrouve sur le devant de la scène. Dans le même temps sur la Lune Travis apprend que la mission scientifique de retour de la lune Europe a été victime d’une mutinerie…

Résultat de recherche d'images pour "travis europe quet""On constate en compulsant les premiers albums que Christophe Quet a perdu en qualité et en minutie sur ses planches, ce qui est surprenant et peut laisser penser à une lassitude après vingt ans passés sur cette série. L’arrivée de Siner en aide sur les couvertures serait-elle un signe de passation prochaine du crayon au dessinateur du très bon Horacio D’alba? Si le design général reste de grand qualité on perd ainsi en précision des arrières-plans et de l’environnement général comme sur les personnages dans un album de lancement d’un arc que l’on peut imaginer long et qui nous emmène des capitales européennes à la Lune en passant par le vaisseau de la mission Europe. Après un arc mexicain très terrestre on va passer un bon moment en apesanteur.

Passée cette relative déception, j’ai retrouvé dans un scénario complexe la richesse du cycle des Cyberneurs avec le retour en grande forme des pourritures préférées de Fred Duval à commencer par le milliardaire Fulci, véritable Machiavel moderne dont le vol des données secrètes va mettre au jour les pratiques probablement illégales de Transgenics dans l’emploi des mineurs clonés. Déjà on retrouve cette alliance de juridique, de technologique et d’éthique qui font le sel de la série. Je disais complexe d’abord par-ce que pour qui n’aurait pas suivi les aventures de Carmen Mac Callum (dont je fais partie, hormis les deux premières aventures il y a fort fort longtemps…) l’arrivée d’humains génériquement modifiés aux bras multiples et aux corps semi-animaux risque de brouiller les repères. Je ne suis pas certain du reste que cette perméabilité entre les deux univers (Travis est habituellement plus terre à terre que son alter-égo irlandais) soit une bonne idée tant on brise ici les barrières du scientifiquement crédible. Laissons à Duval le loisir de développer ses idées scientifiques mais on est sur un fil qui pourrait faire basculer l’intérêt. Comme souvent on est sur le premier tome en déséquilibre entre les personnages de Travis et de Vlad, ce dernier n’intervenant qu’en toute fin d’album où l’on devine une structure binaire avec Travis dans l’espace et son comparse sur Terre pour les aventures qui s’ouvrent.

Chaque arc de la série a ses spécificités et une thématique politique mise en avant (les réseaux, l’aménagement rapace des promoteurs, la gestion de l’eau, le Chiapas et les narco-etats, le droit du travail). L’effort pour coller à l’actualité mondiale récente est constant dans cette série et un grand plaisir tant la Science-fiction se doit d’être toujours rattachée à une part de réalité. Je trouve que ce nouveau cycle commence sur d’excellentes bases, mieux que les précédents, même si cet album manque un peu d’action. J’ai en revanche une petite inquiétude sur les constantes réalistes bousculées en plusieurs endroits et qui risquent de faire perdre la spécificité hard-anticipation à la série pour de la SF plus classique. A moins que maître Fred Duval ne nous prépare quelque coups de théâtres…

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BD·Nouveau !·Service Presse

Souterrains

BD de Romain Baudy
Casterman (2017)
9782203094482

Pour sa seconde BD, Romain Baudy dispose chez Casterman d’un très large format avec une pagination de 113 pages et un cahier graphique de 9 pages en clôture, très intéressant par-ce qu’il montre les hypothèses graphiques en regard des choix finaux. L’album est séparé en plusieurs chapitres indiqués par une page de garde entière. La couverture est efficace.

Dans un coron du Nord de la France, c’est la lutte des classes entre mineurs syndiqués, patron capitaliste et porions. L’un d’eux va accepter de participer, pour l’argent, au test d’une machine révolutionnaire au fond de la mine. Embarqué avec une équipe « d’élite », ils vont découvrir un monde souterrain peuplé de créatures fantastiques…

Le pitch est clairement gonflé et c’est sans doute ce qui a plu à l’éditeur. Mélanger BD historico-politique, sociologie du monde des mineurs, voyage au centre de la terre et steampunk, tout ceci donne envie d’en savoir plus. Proche d’un Blake et Mortimer de par son univers et son traitement (y compris graphique) Souterrains  jouit de belles idées et d’un bon découpage. Le prologue est réussi, en montrant d’emblée le versant fantastique et tire sur l’impatience avec une première partie plutôt historique, portant sur les questions de domination dans la mine. 2232_p8.jpgL’introduction du mystère technologique est bien amenée jusqu’à l’arrivée dans le sous-monde. La suite est assez linéaire, l’explication restant un peu décevante et l’auteur n’apporte aucune attention particulière à ses créatures pourtant graphiquement totalement fascinantes ! L’ambition de renouveler le mythe des nains est pourtant excellente, mais romain Baudy ne va pas au bout de son ambition SF steampunk et ne parvient pas vraiment à donner un souffle épique à cet album malgré la place dont il dispose. Aucune précision non plus sur la magie ni sur le robot ne sont données (peut-être l’idée d’une suite, bien que le format choisi soit plus celui du one-shot), ce qui est frustrant. Côté dessin c’est très correcte, avec couleurs un peu criardes (là encore proches de Blake et Mortimer), l’auteur semble hésiter entre deux styles: celui des gros nez et celui du réalisme. Du coup on a un peu les deux.

2232_p3Dans un autre style, Mathieu Thonon, aussi débutant sur un gros diptyque one-shot, avec les mêmes défauts inhérents à un début de carrière, était porté par une plus grande ambition (trop peut-être). Au final, Souterrains ressemble à une bonne idée de départ qui n’aurait pas sue être exploitée jusqu’au bout. Peut-être peut-on destiner cet album plutôt à de jeunes adolescents qui seront intéressés par des thématiques (politiques) auxquelles ils n’ont pas l’habitude et traitées de façon relativement simples. L’auteur mérite des encouragements pour avoir su trouver un thème a priori jamais abordé en BD et pour avoir mis une vraie implication dans son projet.

 

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