****·Comics·East & West·Nouveau !

King of spies

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Comic de Mark Millar, Matteo Scalera et Niro Giovanna (coul.) 
 Panini (2022) –  144p., one-shot.

Roland King appartient au passé. Il fut le chevalier noir des basses besognes du Royaume pour maintenir un système qui a besoin d’ordre. Et pour cela il était incontestablement le meilleur. Mais il a vieilli. Il a du ventre. Et il a une tumeur. Grosse comme un ballon. Six mois, c’est ce qu’il lui reste pour régler ses affaires. mais quand on a passé sa vie à dessouder des gentils pour maintenir en place des méchants, ranger sa chambre signifie lancer une vendetta. Une vendetta King size. Les ordures vont avoir mal. Très mal…

King of Spies #1 : le super-espion de Mark Millar et Matteo Scalera s'offre  un premier aperçu | COMICSBLOG.frIl n’y a qu’un pas du Capitole à la Roche tarpéïenne. Millar sait que les fans adorent vouer aux gémonies leurs héros dès qu’ils s’institutionnalisent. Passer dans le giron de Netflix (dont on attend toujours les premiers fruits véritablement fructueux…) était un risque qui lui a apporté richesse, liberté créatrice… et exigence plus grande encore. Et comme dit sur le récent Magic Order 2 (il faudrait toujours se méfier des suites aux titres feignants!) cela fait longtemps qu’on n’avait pas lu on bon Millar. Tellement que personnellement je n’attend plus grand chose du golden-boy de l’explosion du comic-code et me contente d’acheter les miracles graphiques que la bande de dieux du dessin qu’il embauche à tour de bras proposent sur ses production. Et bien rassurez-vous, ce King of spies, aussi inattendu que Prodigy avait déçu, est une sacrée renaissance qui montre que le plus rosbeef des scénaristes américains en a encore sous le coude… et une sacré plume!

Car sur une intrigue vue mille fois et à laquelle on ne crois pas cinq minutes (quel twist final va bien pouvoir trouver Millar pour sauver son condamné?), l’auteur nous rappelle de manière éclatante son talent d’écriture, cette plume facile, moderne, non formatée. Et que s’il a opté au contraire d’un Alan Moore pour des acolytes très esthétiques, comme son immense compatriote ses scripts se suffiraient à eux-mêmes et laissent imaginer ce qu’il pourrait faire en dialoguiste de ciné… Jouant d’une construction complexes faite d’images passées et futures insérées dans un récit qu’on n’oublie pas de rendre très adaptable sur Netflix, Millar nous propose un personnage solide qui se présente lui-même comme le premier des monstres parti à la chasse aux monstres. Pour l’occasion, le scénariste que l’on sait contestataire et volontiers anticapitaliste Bloody Spills And Espionage Thrills: 'King of Spies' #2 Advance Review –  COMICONdézingue tout notre beau monde ultralibéral où la morale est absente dès qu’il s’agit de maintenir un système en place. Reprenant subrepticement son propos politique de Jupiter’s Legacy, Mark Millar touche juste dans un style Vengeur sans limite que le statut des victimes autorise à toutes les outrances. Et pour ne pas réduire l’album à un blockbuster explosif magistralement mise en scène par le talentueux compère Scalera, King of spies propose aussi le touchant tableau d’un vieil homme dans ses faiblesses, à commencer par sa vie gâchée à semer des marmots dans chaque port sans autre chose à foutre que sa propre aventure. Arrivé à la fin il est l’heure du compte… mais que compter quand on a toujours été seul?

Si l’on peut chercher un regret à cet album ce sera à la fois sa brièveté (car oui, c’est une bien vrai one-shot) et le nombre de personnages ou éléments très intéressants lancés et aussitôt refermés, comme s’ils n’étaient destinés qu’à la Bible de la future version Netflix. Comme souvent Mark Millar fourmille de bonnes idées qu’il n’a soit pas le temps, pas l’envie, pas le courage de développer et qui nous laissent un soupçon de frustration positive.

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The Magic order #2

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Comic de Mark Millar, Stuart Immonen, 
 Panini (2022) –  second tome des aventures de la famille Moonstone.

2019… cela fait un monde que nous attendons la suite de ce Magic Order avec la promesse d’un niveau artistique de folie sous les pinceaux du grand Stuart Immonen. Les deux bonshommes ont déjà collaboré sur l’assez décevant Empress mais la radicalité et la qualité de l’univers de ces sorciers faisaient de cet album un des plus alléchants depuis longtemps. Malheureusement l’inspiration (ou le travail?) du golden-boy Millar semble s’être tarie et ce nouvel opus d’une série qui tarde à arriver en format audiovisuel sur la plateforme au N rouge ne nous rassure en rien sur sa capacité à proposer de nouveaux monuments du comic indé. La source se serait-elle tarie?

Magic Order 2 by Mark Millar and Stuart Immonen Has A Brexit TingeOn ne pourra en effet rien reprocher au dessinateur canadien qui s’il a tendance à rechercher la simplification des dessins, n’en explose pas moins de talent à chaque fois qu’il sort du pure illustratif. L’enchaînement des séquences reste lisible et les moments d’action plutôt fun. La tâche n’était pourtant pas facilitée par un scénario qui semble vouloir se concentrer tout le long sur la petite histoire, celle des sorciers en jogging et des problèmes de couple, comme si Mark Millar avait voulu faire, plus encore que sur le premier, un néo-polar londonien à la sauce Avada Kédavra… Peu de moments épiques à se mettre sous les yeux donc.

A cela le péché majeur du scénariste est d’abuser totalement du Deus Ex-machina qui rend le tout presque risible tant il ne s’encombre à aucun instant de construire un puzzle. La linéarité du tout est confondante de faiblesse et malheureusement ce n’est pas la poudre de perlimpinpin jetée grâce à la maîtrise graphique d’Immonen qui masque l’absence de projet pour ce opus qui pourrait à ce rythme se prolonger sur des dizaines d’albums. Ainsi le méchant sorcier d’une lignée vaincue rassemble des pierres cachées pour se venger et reprendre le pouvoir sur les Moonstone… Hum, on a vu plus original. Accordons toutefois à Millar son caractère de sale gosse qui assume tout, tuant n’importe qui à tout va, donnant par-là un peu de sel à une intrigue qui en manque diablement.

Magic And Machinations: Advance Review Of 'The Magic Order 2' #2 – COMICONIl ressort de ce très attendu album un sentiment de gros gâchis qui fait hésiter entre le conserver pour les planches ou s’en séparer devant une telle incurie. Si l’on fait le compte le Magic Order #1 est le dernier vraiment bon album de Millar (en sauvant Sharkey pour son aspect fun qui a un bon potentiel en série). A force de se reposer sur une armée des plus grands dessinateurs de comics pour garantir les ventes, l’auteur semble en oublier la deuxième patte d’un bon album BD.

Le troisième tome de Magic Order est en cours de publication aux Etats-Unis (avec l’italien Gigi Cavenago aux crayons) et les premiers aperçus (très impressionnants) des planches du quatre avec Dike Ruan indiquent une sortie dans la foulée, probablement fin 2023. Lorsqu’on sait que la newsletter publiée par Millar parle de Greg Capullo, Travis Charest ou encore le retour de Coipel, on a de quoi se faire briller les mirettes. Les séries Netflix semblent sur le point d’être lancées en production. De quoi rester confiant sur le catalogue Netflix. Côté BD pas forcément…

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Jupiter’s Legacy #3 : Requiem

Troisième et pénultième tome de la série écrite par Mark Millar. Cette fois, Frank Quitely a cédé sa place à Tommy Lee Edwards et Matthew Dow Smith pour le dessin. Parution en France chez Panini Comics le 03/06/2022.

Un monde (presque) trop parfait

Pour les amateurs de comics, difficile d’être passé à coté de Jupiter’s Legacy en 2017. Cette nouvelle déconstruction du mythe super-héroïque, fomentée par le sale gosse des comics Mark Millar, raconte l’avènement d’une famille d’êtres surhumains, les Sampson, et les conflits générationnels et idéologiques qui vont les opposer. A noter l’adaptation audiovisuelle malheureusement mort-née diffusée sur Netflix depuis l’an dernier.

En 1929, Sheldon Sampson, son épouse Grace et leur entourage plus ou moins proche, sont revenus d’une expédition dans le pacifique, dotés de super-pouvoirs faramineux. Devenus Utopian et Lady Liberty, Sheldon et Grace ont formé l’Union, avec tous les autres surhumains revenus de l’expédition. A eux seuls, les héros de l’Union ont sauvé l’Amérique de la Grande Dépression, puis plus tard de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le présent, les héros vieillissants mais toujours actifs espèrent que leurs enfants, notamment Brandon Sampson et sa sœur Chloé, reprendront le glorieux flambeau.

Cependant, être l’enfant du plus grand héros de la Terre n’est pas chose aisée. En effet, malgré toute sa bonne volonté, Utopian reste un homme du passé, un héros enclavé dans un système de valeurs si élevées que ses enfants ne sont jamais à la hauteur, du moins pas à ses yeux. Du coup, plutôt que de s’échiner en vain à satisfaire les attentes irréalisables de leur père, Brandon et Chloé ont plus ou moins lâché la rampe, en adoptant un style de vie hédoniste centré autour de leur image de marque et de quelques rails de cocaïne. Si Brandon espère encore être malgré tout à la hauteur, Chloé, elle, s’enfonce dans ses addictions, influencée sans doute par son petit copain Hutch, qui se trouve être le fils du plus grand supervilain de l’histoire, Skyfox [Il est intéressant de noter les similitudes entre la personnalité de Chloé et celle de l’actrice Carrie Fisher, qui a elle aussi connu un parcours chaotique, écrasée par la notoriété de ses parents]. Dans les coulisses, Walter Sampson, le frère d’Utopian, fomente un coup d’État et se prépare à renverser le gouvernement américain, et devra pour cela éliminer son plus grand rival.

La suite relève de la tragédie shakespearienne dans les grandes lignes: corrompu par son oncle Walter, Brandon se retourne contre ses parents et tue son père, laissant le champ libre au maléfique tonton, qui pense que les humains ne méritent pas le libre-arbitre et que toutes les décisions importantes doivent être prises par les surhommes. Chloé est contrainte à l’exil, juste après qu’elle ait appris qu’elle était enceinte de Hutch. Des années plus tard, Chloé, Hutch et leur fils Jason font profil bas, mais vont finir par se dresser contre la dictature malavisée de Walter et Brandon, pour finalement les renverser et rétablir la république. Le reste aurait pu relever du happy end utopique, mais ce serait mal connaître Mark Millar…

Nous reprenons le fils de l’histoire plus de trente ans après la conclusion du tome 2. Grâce au renouveau incarné par Chloé et Hutch, les nouveaux Lady Liberty et Skyfox, la planète a atteint l’apogée de la civilisation. La nature a été maîtrisée, les guerres et le crime sont redevenus marginaux, bref, le rêve de Sheldon et Grace Sampson s’est réalisé à titre posthume.

Chloé et Hutch ont eu d’autres enfants après Jason: Otto, un activiste des droites de l’Homme, Sophie, femme d’affaire influente dotée de pouvoirs psychiques, et Barney, qui se voit comme le vilain petit canard en raison de son absence de super-pouvoirs. Les années et une carrière de super-héros plus tard, voilà les deux époux séparés. Chloé poursuit son travail tandis que Hutch, désormais sexagénaire, retombe dans ses anciens travers.

L’utopie qu’est devenue la Terre subit encore quelques attaques de temps à autre, mais rien que Jason, le nouvel Utopian, ne saurait gérer, même en l’absence de sa mère Chloé, qui part en mission humanitaire sur une autre planète. Bien évidemment, ce statu quo ne va pas durer et le sol va commencer à se dérober sous les pieds de notre famille héroïque, et on peut même dire que certains vont se manger des ponts sur le dessus de la tête.

Une question d’héritage(s)

Y-avait-il besoin d’une suite à Jupiter’s Legacy ? Cette question est délicate, car la conclusion en forme de happy end, si elle était satisfaisante pour le lecteur, ne correspondait pas nécessairement à son auteur, connu pour développer des points de vue cyniques sur le monde, plutôt deux fois qu’une.

D’un autre côté, il était plus qu’intéressant de savoir si la nouvelle génération de héros serait enfin à la hauteur des enjeux et des défis rencontrés par l’Humanité. Après Utopian et son code moral strict interdisant toute ingérence, puis Walter et sa dictature maladroite qui n’a fait qu’aggraver la situation, l’histoire nous ouvrait la voie au compromis, à la synthèse pour ainsi dire, avec la coopération entre humains et surhumains.

Bien évidemment, les lecteurs aguerris sauront dès les premières pages que l’utopie présentée dans ce Jupiter’s Legacy Requiem n’est pas faite pour durer. A ce stade, l’empathie envers les personnages n’est pas à son apogée, surtout pour les nouveaux (Otto, Sophie, Barney), mais le choc est bel et bien présent lorsque Millar commence à faire le ménage, à grands coups de latte dans le cocotier. Après quelques chapitres d’introduction ou de réintroduction, nous avons donc droit à une débâcle plus amère encore que celle du tout premier tome, et qui promettent de belles batailles en perspective.

Toutefois, si l’intrigue s’articule assez autour de la survie de la Terre et du genre humain, les questionnements éthiques et politiques qui sous-tendaient les deux premiers tomes semblent encore un peu plus effacés, puisqu’ici, point de méfiance envers la figure du surhomme, et pas de point de vue particulier à développer sur l’intervention d’une figure tutélaire dans les affaires humaines. Néanmoins, on se laisse emporter dans le tourbillon, et, comme à l’accoutumée, on reste accroché à son siège après la dernière page en attendant la suite (qui devrait arriver en aout prochain).

La partie graphique, si elle tranche avec le réalisme cru de Frank Quitely, laisse pantois de maîtrise, avec de très belles planches qui alternent trait épais et dessin sans trait, sur de superbes compositions aux couleurs très travaillées. On préfèrera la partie assurée par Tommy Lee Edwards, de par ses partis pris graphiques audacieux, mais les deux épisodes assurés par Matthew Dow Smith ne déméritent pas pour autant.

***·Cinéma·Comics

Jupiter’s Legacy: la série

Salut à tous!

On commence cette semaine avec un retour sur la série Netflix dont la première saison de huit épisodes est diffusée à partir de mai 2021. Si vous ne savez pas de quoi on parle allez jeter un œil sur l’une des plus enthousiasmantes revisitation du thème superslip depuis Watchmen (si-si!) dont les chroniques des deux albums sont sur le blog (ici et ici). Qui dit deux albums dit deux saisons prévues (et peut-être trois puisque le spin-off en comics Jupiter’s circle développait le passé des super-héros)… qui s’arrêteront au milieu du gué. En effet, de manière assez incompréhensible, moins d’un mois après la mise en ligne de cette série à gros budget adaptée d’un monument BD Netflix annonçait l’annulation du show qui n’aura donc (probablement) jamais de conclusion. Les amis de Comicsblog ont depuis détaillé les raisons, principalement financières et de production, qui ont de fait avorté le projet avant même sa sortie. Un destin tragique mais de moins en moins rare dans les studio hollywoodiens très financiarisés (c’est un comble quand on connaît le thème de Jupiter’s legacy!) où le succès public et critique des créations audiovisuelles ont de moins en moins d’effet sur leurs suites (dernièrement avec la saga Snyder et ses projets chez DC où on rappelle que le mal aimé Dawn of Justice a rapporté 873 millions de dollars dans le monde, ce qui n’a pas suffit pour maintenir Zack Snyder à la baguette).

Alors que sort cette semaine la suite du comics original (et en attendant le second Magic Order dessiné par Immonen!!!) il est temps de revenir sur la version audiovisuel et de vous confirmer à la fois que le visionnage vaut le coup et combien il est dommage que la plus intéressante partie ne nous soit jamais montré (enfin, on fait confiance à Millar et Quitely, producteurs exécutifs, pour relancer la machine si les comics cartonnent). Le premier élément positif porte sur l’adaptation, un véritable travail de réappropriation qui ne se contente pas de transposer les scènes de la BD. Cette première saison alterne en effet deux époques, l’année 1939 qui a mené aux super-pouvoirs des personnages et notre époque où le code moral de l’Union est battu en brèche par l’évolution de la violence. Si la famille dysfonctionnelle d’Utopian est présentée, le cœur du show repose sur la jeunesse des premiers héros, dans une esthétique rétro très élégante et qui permet aux acteurs de montrer leur talent. Sans grosse tête d’affiche (économie pertinente), Jupiter’s legacy permet aux acteurs de s’exprimer avec charisme et sans le ridicule (il faut le dire) des perruques et costumes de l’autre époque.

Les lecteurs de la BD ne s’ennuieront donc aucunement puisque c’est une histoire presque originale qui nous est narrée (du moins placée entre les évènements du comic), en repoussant à la saison deux toute la partie politique et « occupy wallstreet » qui faisait le sel si radical du projet. C’est intelligent car cela permet de rester grand public tout en permettant la bascule entre deux parties. D’où la frustration, partiellement compensée par l’aspect origin story qui nous fait comprendre comment les originels se sont rendus sur l’Ile (pour rappel une énorme ellipse les y envoyait chez Millar et Quitely). La surprenante folie d’Utopian permet aussi d’expliquer sa morale d’airain sur le Code (qui renvoie bien entendu au Comic code Authority des comics que Millar a largement mis à terre dans son œuvre) et décortique un peu plus l’amitié très forte avec le futur Skyfox.

Clairement la partie contemporaine, outre des look assez kitsch pour les héros, est la plus faible et semble bouche-trou puisqu’il n’est pas vraiment prévu que le scénario ne se révèle avant la saison suivante. Étant donné l’historique de ce show il est donc préférable de prendre ce visionnage comme un bonus servant de prequelle à la BD et qui peut presque se suffire à lui-même de cette manière. Comme je l’ai dit, les acteurs sont vraiment impliqués et plutôt bons (avec notamment un excellent Walter Sampson avec des airs de Tom Hiddleston), quelques belles séquences de combat et d’effets spéciaux sont proposés et la mise en scène est tout sauf honteuse en regard de ce qui se fait sur Netflix. Les stat de visionnages avaient d’ailleurs confirmé une plutôt bonne accroche pour un budget certes conséquent mais moindre que Stranger things ou The Witcher (dont les retours sont plutôt moyens). Bref, encore un bien beau gâchis créatif qui montre combien la gestion de la production est souvent plus importante que le talent créatif ou l’originalité d’un projet.

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Printemps des comics Marvel

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Mélange d’albums anciens de 2001 (Spiderman bleu, Daredevil Jaune), de Fresh start de 2018 (Venom Rex, la Vie de Captain marvel, immortal Hulk), NOW! de 2016 (Mighty thor), Marvel Legacy de 2018 (Thanos gagne).

Chaque volume comprend une introduction de contexte, un récapitulatif du personnage et une bio des auteurs. Les couvertures originales des issues sont présentes en entrées de chapitres et le volume se termine par des propositions d’albums pour prolonger sur le personnage et un rappel des autres titres de la collection. A noter que les titres le correspondent pas toujours exactement au titre original. Sinon rien à redire, c’est très bien fabriqué, solide, joli et bien conçu pour l’objectif de faire découvrir des séries (et acheter les suites derrière).

Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -2- Venom - RexCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -4- Thor - La déesse du tonnerreCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -5- Ultimates - Super-humain

Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -6- Thanos - Thanos gagneCouverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -7- Immortal Hulk - Ou est-il les deux ?Couverture de Le printemps des comics (Panini 2021) -8- Captain Marvel - La vie de Captain Marvel

Serie Daredevil : Jaune [BDNET.COM]

  • #2 Venom  – Rex (Cates-Stegman)

Venom Gets a New Power and a New LookVénom est à l’origine un méchant de l’univers Spider-man, symbiote extra-terrestre un temps fusionné avec le tisseur et qui lui donna son mythique costume noir mis à l’écran par Sam Raimi dans le laborieux Spider-man III (c’était le monde d’avant MCU, celui où seuls les X-men et les films de Raimi parvenaient à tirer les super-héros de la masse des blockbusters). Depuis, Venom est arrivé au cinéma sous la peau de Tom Hardy, dans le semble t’il catastrophique film de 2018 et s’apprête à remettre le couvert en se foutant sur la gueule avec l’autre symbiote (rouge), Carnage… Pas franchement convaincu par les myriades d’excuses de Marvel pour sortir des albums sur n’importe quel personnage j’ai entamé ce Venom Rex grâce aux dessins franchement sympathiques de Ryan Stgman, habitué du symbiote adepte du syndrome de la Tourette. Et je dois dire que j’ai pris un grand plaisir à découvrir cet univers sombre où une entité divine maléfique souhaite récupérer ses ouailles dont fait partie Venom. Dans un intrigue qui a l’immense mérite de s’interfacer avec l’énorme diptyque du Massacreur de dieux en développant l’origine de l’arme de Gorr (que l’on s’apprête à découvrir dans le prochain film Thor Love and Thunder), on voit passer rapidement Spidey-Morales pour une alliance temporaire bien sympa. C’est fort joli, sombre, ça bastonne et c’est plutôt bien écrit dans le carcan des multiples dialogues télépathiques habituels des comics et last but nos least ça peut tout à fait se lire en mode one-shot bien qu’il s’agisse d’une introduction d’arc. Du coup mission accomplie pour cette découverte qui fait le job de nous donner envie de prolonger sur les trois autres volumes.

 

  • #4 Thor, la déesse du tonnerre (Aaron-Dauterman)

Mighty Thor T.1 – Par Jason Aaron, Russell Dauterman & Jorge (...) - ActuaBDDécouvrez la nouvelle incarnation (inattendue!) de Thor après que ce dernier soit devenu indigne de porter Mjolnir… L’album avait déjà été chroniqué sur le blog:

Passé le buzz de la sortie de l’album autour de ce Thor féminin, que vaut cet arc par l’auteur du génial Massacreur de dieux? Le premier volume est assez étrange puisque les deux-tiers du volume dessinés par Russel Dauterman sont un enchaînement de bastons parcourues de bons mots et sans grand intérêt en l’absence de dimension épique. Thor est un dieu, il est déjà mort, est immortel, on ne sait plus trop, bref. Pour peu que vous suiviez un petit peu l’actu des comics vous savez déjà qui est cette Thorette et perdrez donc beaucoup du pseudo mystère qu’essaye d’instiller Aaron. Les dessins de Dauterman, assez banales ne permettent pas de dépasser ce niveau correcte mais sans plus. Dès la fin du volume en revanche, sur la section dessinée par un Jorge Molina en forme, l’ouverture des discussions cosmologiques entre dieux, les stratégies d’un Odin en mode dictateur ne supportant pas le port de Mjolnir par une femme, on se réveille soudain, titillé par un scénario que Jason Aaron semblait avoir oublié. Si le pseudo-féminisme à la mode ricain fait un peu sourire par son ambition minimaliste, les relations familiales de cette famille et l’aspect très négatif donné à Odin suffisent à donner envie de continuer cette série pour voir ce qu’elle a dans le ventre.

 

  • #5 Ultimates (Millar-Hitch)

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est panini-comics-2017-(-marvel-2002)-1494059315.jpgAprès avoir frôlé la banqueroute à l’aube du millénaire, Marvel a su remonter la pente et a entrepris de revenir sur le devant de la scène, grâce à des opérations moins risquées que leurs derniers débâcles (La Saga du Clone, Onslaught, c’est vous qu’on regarde !), ou en tous cas plus réfléchies. Le but était d’attirer de nouveaux lecteurs, sans les rebuter avec des lustres de continuité. Ainsi est née la gamme Ultimates, un univers Marvel alternatif présentant des héros avec un nouveau point de départ, c’est-à-dire des origines remises au goût du jour par des auteurs possédant une vision audacieuse. Cette ligne éditoriale pensée pour les lecteurs nouveaux a été, avec le recul, couronnée de succès et a permis de relancer la Maison des Idées, ouvrant la voie aux adaptations cinématographiques. Mark Millar, sale gosse notoire des comics, s’est fait connaître pour son style impertinent, comme beaucoup d’autres auteurs britanniques. Alors dans l’ombre des X-men, c‘est sans doute à partir de ce point que les Vengeurs ont repris du galon, jusqu’à revenir sur le devant de la scène en 2005 grâce à Brian Bendis (autre ponte du ultimate universe). Le scénariste n’hésite pas, surtout à cette époque, à retourner les codes des comics en y injectant un bonne dose de trash talk via des dialogues ciselés au style très reconnaissable, notamment lors des phases d’exposition. Sous sa houlette, Captain America devient un réactionnaire dépassé par le 21e siècle, Tony Stark un milliardaire excentrique en mal de frissons, Hank Pym un dépressif rongé par un complexe d’infériorité, tout comme Banner, que le reste de l’équipe s’échine à rabaisser, et Thor, un illuminé new age flirtant avec l’imposture. En gros, Millar prend la substantifique moelle de chaque héros, et le « flanderise » (terme faisant référence au traitement réservé à Ned Flanders au fil de la série The Simpsons) afin de servir son propos tantôt ironique, tantôt cynique. Ce tome introductif donne le ton du premier volume, dont la suite compte parmi les meilleurs travaux de Millar chez Marvel D’ailleurs, la série ne survivra pas au départ de l’écossais puisqu’elle perd tout intérêt après son volume 2. ce premier chapitre de The Ultimates est un classique de ce début de siècle, un des meilleurs travaux de Millar chez Marvel…

 

  • #6 Thanos gagne (Cates-Shaw)

Thanos Wins - Les Ailes ImmortellesTous les spectateurs des films Marvel connaissent maintenant Thanos l’immensément charismatique méchant de Marvel dont le principal point-faible narratif est sa puissance semble t-il infinie. Et dont acte pour Donny Cates qui aime décidément chroniquer les méchants (il est à l’œuvre sur le Venom Rex chroniqué plus haut) et nous raconte ce qui se passera quand le titan fou aura réussi son génocide galactique (d’une dimension autrement plus systématique que le gentil claquement de la guerre de l’Infinité!). Sur ce vrai one-shot Thanos se retrouve embarqué par le Ghost-rider, héraut de la vengeance, vers un futur où un vieux roi-Thanos a gagné son pari d’apporter à sa dulcinée – la Mort elle-même! – ses hordes d’âmes… Comme vous le comprenez on a là un récit galactique proche encore une fois des passages futuristes du Massacreur de dieux où le roi Thor s’associait avec le jeune Thor pour combattre l’invincible Gorr. Déjà vu donc mais superbement illustré et pas trop éclaté dans sa narration pour nous faire profiter de combats dantesques avec le Surfer, le Rider ou Hulk en une sorte de Requiem doté de quelques visions réellement inspirées lorsque la Mort survient. Avec les défauts de sa brièveté, Thanos gagne est un très sympathique What-if, un des meilleurs de la sélection Panini.

 

  • #7 Immortal Hulk (Ewing-Bennette et collectif)

The Stack – Best Of The Best: 2018 – COMICONArc assez réputé, ce premier Immortal hulk est une assez franche déception, tant par ses dessins, correctes mais terriblement classiques que par une intrigue un peu bancale. Cela démarre au milieu du gué avec un Bruce Banner semble t’il revenu d’entre les morts. Hulk désormais doté de la parole terrorise les petites frappes du pays avant que l’on bascule sur un évènement raconté par les témoins d’une journaliste dans un épisode alternant les styles graphiques. On connait l’idée, pas forcément mauvaise, mais cela n’aide pas à construire une continuité narrative où survient ensuite le Sasquatch, sorte d’alter-ego poilu en canadien de Hulk (les canadiens sont décidément tous bestiaux après Logan…) qui va se mettre des mandales avec le géant vert et nous ouvrir sur une histoire surnaturelle de passage entre les mondes. J’avoue que si j’aime bien voir Hulk tout casser j’ai toujours été sceptique sur la capacité du personnage à porter une histoire à lui seul. Sans doute la raison pour laquelle le géant n’est qu’un personnage secondaire dans le MCU… La suite permet peut-être de donner du corps à cette histoire mais je reconnais que pour qui ne serait pas familier avec la mythologie du monstre on est un peu balloté sur des concepts à la fois très peu originaux et un peu kitsch. Album très dispensable donc, sauf si vous êtes un fanatique de Hulk. 

 

  • #8 La vie de Captain Marvel (Stohl-Pacheco)

La vie de Captain de Marvel : Carol Danvers succombera-t-elle aux secrets  de son passé ? [avis] - Top ComicsSans doute une des plus mal connue des héroïnes Marvel, le personnage a une histoire compliquée, changeant de nom et d’identité plusieurs fois avant de se stabiliser sous la forme de Carole Danvers. En lisant ce one-shot assez touchant vous constaterez néanmoins que les distorsions entre comics et films restent importantes, signe d’un manque de fonds pour ce personnage… Pourtant doté d’attributs graphiques très réussis, cet ersatz de superman version marvel fonctionne parfaitement à l’image avec un look sexy élégant et une once de féminisme bienvenu. Cette fausse origin story a la bonne idée de ne pas nous plomber avec une lente progression pour lui préférer les flashback familiaux qui reprennent clairement le modèle de l’originaire de Krypton: après un gros coup de blues, Carole Danvers retourne dans sa ville natale (en mode Smallville) où elle renoue avec ses amis et sa famille, loin des turpitudes des Avengers malgré les appels répétés de Tony Stark. Alors qu’elle gère un drame, un alien débarque en mode chasseur et révèle un secret qui bouleverse ce que nous savons de ce personnage. A la lecture très agréable, alternant les styles graphiques tout en gardant une homogénéité, j’ai eu une impression de déjà-vu avec le récent Naomi chez DC. L’album dont on parle étant plus ancien, les auteurs de Naomi (Bendis, tiens…) ont clairement copié bien que la trame ne soit pas à proprement parler révolutionnaire. Au final, si cet album ne pousse pas plus que cela à prolonger sur d’autres titres, il reste tout à fait réussi, comme une pause bienvenue dans le monde si dark et violent des super-héros…

  • #10 Daredevil jaune (Loeb-Sale)

Appartenant à la très réputée série des couleurs du duo Tim Sale/Jeph Loeb qui proposait des origin-story rétro sur un certain nombre de héros Marvel à l’orée des années 2000 (Spider-man bleu que vous trouvez dans la sélection Panini de cette année, mais aussi Hulk Grey et Captain america White), Jaune est un des plus grands chefs d’œuvre des comics Marvel, rejoignant les mythes des Daredevil par Miller ou les saga X-men de Claremont par exemple. Sur un one-shot parfait le duo rappelle le premier costume du diable de Hell’s Kitchen qui deviendra rouge, dans un opéra urbain autour de la figure du père. Très touchant, sublime graphiquement dans ces lavis uniques du dessinateur daltonien Tim Sale qui sortait de l’énorme saga Batman Un long Halloween, Jaune est sans aucun doute le chef-d’œuvre du duo et le meilleur album de cette sélection. Un must have!

Amazing splash page by Tim Sale from “Daredevil:Yellow” (2001) : comicbooks

 

Voilà, après ces quelques review il ne vous reste plus qu’à faire votre choix… et nous devons dire que si personnellement nous n’avons pas pris toute la sélection, pour un fois on ne pourra que donner raison aux collectionneurs tant Panini a fait un travail remarquable tant pour le choix des volumes que pour le boulot éditorial de montage! De quoi donner une sacrée pression aux collègues d’Urban en pleine préparation de leur opé estivale

*****·Actualité·Cinéma·Comics·East & West·Rétro

Jupiter’s legacy: l’adaptation Netflix

Jupiter's Legacy - Série TV 2021 - AlloCiné

Ça a mis le temps mais on y est: le chef d’oeuvre de Mark Millar et Frank Quitely, le diptyque qui a révolutionné la BD de super-héros est visible depuis aujourd’hui sur Netflix pour une série live. En attendant de voir ce que donne cette première concrétisation du rachat des œuvres de l’écossais (à l’origine de Superman Red Son, Old man logan, Civil War, Kick ass, The magic order ou encore Kingsman…!!!) par la plateforme (Magic Order, Sharkey et Space bandits sont également en travaux) je vous rappelle les billets chroniquant le comic que vous devez impérativement lire si ce n’est déjà fait!

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***·Comics·Nouveau !

Sharkey, le chasseur de primes

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Comic de Mark Millar et Simone Bianchi
Panini-Netflix (2020), 146p., one-shot.

L’album relié au format comics assure le service minimum avec les classiques texte d’intro, galerie de couvertures alternatives et bio des auteurs en conclusion.

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Sharkey est un looser. C’est aussi un chasseur de primes. Côtoyant les redoutables guerriers de la profession, l’état de ses finances l’incitent à répondre au mandat posé sur la plus redoutable terroriste de l’univers…  Déjà mal barré avant qu’un gamin ne lui demande de le ramener chez lui…

Mark Millar sait attirer dans ses filets les dessinateurs les plus en vue du circuit. Rarement pour le meilleur tant les Scalera, Immonen ou Bianchi ont produit bien mieux que sur leur collaboration avec le golden boy du comic. Ma lecture du récent Space bandits m’avait plutôt déçu la semaine dernière… et ce n’est heureusement pas le cas de ce nouveau Millar!

Sharkey le chasseur de primes - BD, informations, cotesDans un scénario aussi léger que les autres réalisations de l’écossais, ce volume attire pourtant une grande sympathie grâce à l’improbable réussite du personnage de Sharkey et son duo avec le gamin. Le scénariste a chargé la barque pour cet anti-héros chauve, naviguant dans un camion à glace reconverti et sauvé chaque fois par des amis ou ennemis quand ce n’est pas par la providence. Toutes les séquences d’action se vautrent dans la facilité mais ce qui intéresse les auteurs ce sont les dialogues et les situations très drôles basées sur les idées farfelues et vaguement naïves de Sharkey mais surtout sur l’innocence désarmante du gosse avec ses yeux de cocker qui voient en ce gros naze de chasseur de prime le plus grand héros de la galaxie. Sharkey le chasseur de prime est donc bien une comédie d’action fleurant bon les comédies improbables du cinéma mettant en association des gros costauds et des êtres chétifs…

Sur le plan graphique Simone Bianchi est très inégal, proposant certaines cases et couvertures de parties vraiment magnifiques quand d’autres sont des rough colorisés. De même l’utilisation du numérique fait cohabiter des dessins aux traits très grossiers avec d’autres réduits et aux détails très fins. Le design général est très original, avec une technique plutôt réussie même si elle peut par moment manquer de lisibilité, elle procure une vraie originalité qui permet de sortir l’album des standards graphiques du comic. La création de l’univers, si elle sent là encore le rapidement posé, propose de Sharkey The Bounty Hunter #4 - READING WITH A FLIGHT RINGbelles trouvailles comme cette fille post-humaines qui se prépare à se transformer en androïde de combat après une nuit d’amour avec Sharkey ou les armes des boss comme ce vaisseau furtif et le concept de l’entité astéroïde en quête de son double reproductif…

Il est indéniable que Mark Millar fourmille de trouvailles. Il est tout aussi agaçant de voir la feignantise dont il fait oeuvre dans ses projets qui pourraient être vraiment géniaux avec un tout petit peu de boulot. Sharkey parvient à sortir du lot plutôt par l’humour très réussi et un petit quelque chose que n’avaient pas ses précédentes productions. A voir si le succès permettra des suites comme ce crossover annoncé avec Space bandits. Je le placerais au même niveau qu’Empress, une aventure sympathique même si elle le casse pas les rétine ni le révolutionne un genre très balisé.

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***·Comics·Nouveau !·Rapidos

Space bandits

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Comic de Mark Millar et Matteo Scalera
Panini-Netflix (2020), 160 p. one-shot.

Les ouvrages de Mark Millar sont édités par Netflix (qui possède tous ses droits depuis la vente du Millarworld en 2017) et publiés en France par Panini. L’album s’ouvre sur un édito glorifiant les années 80 puis enchaîne sur les cinq parties rehaussées des couvertures originales et se termine par une galerie de couvertures alternatives et une double page très alléchante laissant supposer une adaptation en animation sur la plateforme vidéo avec des développements graphiques des personnages par le département artistique de Netflix. En conclusion une bio des deux auteurs. Édition correcte pour un album si formaté et dont on aurait aimé avoir plus d’info sur la genèse et les débouchés.

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Cody blue et Thena Khole les deux bandits de l’espace, chacune dans son style, ont un point commun: elles ont été trahies par leurs associés! Envoyées sur la plus grande prison de la galaxie elles décident de s’associer pour traquer les salauds qui les y ont envoyé et les éliminer… la vengeance est un plat qui se mange… sanglant!

Read online Space Bandits comic - Issue #1Avec des noms d’actrices porno, des look cent pour cent eighties et un vaisseau nommé Lionel Ritchie, Mark Millar pose son nouveau produit sa nouvelle création sous le signe du western pulp vaguement vulgaire. Le titre lui-même, franchement feignant, appelle le second degré qui préviens: si vous n’êtes pas adeptes des séries B kitsch des années quatre-vingt il vaut mieux passer votre chemin. Petite déception donc pour moi qui attendais plutôt du western tarantinesque. Les comics voient fleurir depuis pas mal d’années les histoires de losers dans une atmosphère de poussière et de sueur typiques de la Route 66 et de Las Vegas… et généralement le scénario est tout à fait optionnel.

C’est clairement le cas ici avec une histoire limitée à un timbre poste et une course à semi-rebondissements pas franchement surprenants qui montrent que Millar réutilise des schémas déjà éprouvés, pas forcément au mieux sur Empress par exemple. Avec une des deux filles douée pour la stratégie et l’autre pour les bourre-pifs on ne dépasse pas le point de départ et heureusement que l’intelligence créative de l’auteur procure quelques The Blackest of Suns — “What The Hell Happened There?” Space ...séquences amusantes que ce soit dans les réparties ou dans l’action, grâce à une mise en scène très maîtrisée par Matteo Scalera. Dans le même style WTF un Ramirez montre qu’avec de l’implication et de l’ambition on peut faire beaucoup mieux.

Si tout ou presque est attendu dans le scénario, le petit côté sale gosse de Millar (les exécutions gores et le passage dans le vaisseau-bordel montrent qu’on n’est pas chez Disney) donne un léger piment. Le design général et la maîtrise graphique du compère Scalera donnent à la partie graphique un niveau au-dessus de la moyenne qui justifiera une lecture décérébrée mais on ne peut s’empêcher de regretter l’immense manque d’ambition du projet où les auteurs font le service minimum sans oser par exemple assumer un vrai couple à la Thelma et Louise.

A réserver aux fans de Matteo Scalerra ou à ceux de Millar (il y en a toujours?)… qui pourront aussi attendre la semaine prochaine ma critique de l’autrement plus réussi Sharkey, situé dans le même univers et dont il faut attendre de prochains crossovers.

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***·Comics·East & West·Rétro

Empress

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Comic de Mark Millar et Stuart Immonen
Panini (2017), 179 p., One-shot.

couv_303880Le moins que l’on puisse dire c’est que j’attendais de le lire celui-là! Lors de sa sortie beaucoup de battage avait été fait et pour cause, les deux auteurs que je ne connaissais pas sont parmi ce qui se fait de mieux dans le circuit du comic indépendant. L’abominable couverture m’avais fait passer à côté et je ne comprends toujours pas comment un dessinateur aussi talentueux que Stuart Immonen a pu produite un dessin aussi banal et de mauvais goût, surtout quand on connaît la propension des américains à survendre une série sur ses couvertures… Comme a son habitude Pannini propose l’album avec ses sept chapitres et leurs couvertures originales, un texte d’introduction, une bio des auteurs en fin d’album ainsi qu’une galerie des (superbes) couvertures alternatives d’Immonen. L’album est encré par le collaborateur habituel du dessinateur canadien, Wade von Grawbadger, l’un des meilleurs en activité et qui participe grandement à la qualité des planches d’Immonen.

Il y a bien longtemps… l’empire du roi Morax qui a son siège sur la planète Terre domine une grande partie de la galaxie. Tyran sanguinaire, il est marié à une jeune et magnifique femme, Emporia qui, lassée de cette violence et de son absence de liberté, va s’enfuir avec ses enfants et son garde du corps…

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"Allons droit au but, Empress est loin du chef d’oeuvre qu’il aurait pu être et jouit des mêmes qualités et des mêmes défauts que les autres créations du scénariste écossais: un dessinateur majeur, un pitch impérial, un traitement classique autour de la famille, de la trahison, une mise en image monstrueuse et globalement un aspect jamais vu. Millar a du talent, on le sait. Il est feignant, on le sait aussi et déroule des intrigues classiques sur des one-shot fort agréables mais qui ratent toujours le coche de l’album qui fera date. Manque d’ambition, de concentration, je trouve dans Empress les mêmes sentiments que sur le récent Magic Order avec Olivier Coipel: d’abord Waou! puis Ah bon?

La grande réussite de l’album ce sont les personnages, décalés, inattendus et qui se révèlent très progressivement. Il y a un côté fun chez cet auteur qui sait mieux que quiconque ce que l’on a envie de voir en BD. Il se fait plaisir et nous fait plaisir (dans cet ordre ou dans l’autre…). Pas de longues mises en places et de temporisations verbeuses chez Millar, il va droit au but pour placer son contexte et commencer l’action. Là où ça pèche c’est dans le procédé utilisé, facile, trop facile, comme sur Magic Order ou sur Jupiter’s Legacy. Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"La faute au format trop court sans doute (des séries de trois volumes siéraient mieux aux super idées du scénariste), il transbahute sa famille de fuyards de lieux en lieux grâce à un téléporter. Du coup on se rapproche du concept d’un Black Science qui m’avait lassé justement en raison de ce manque de constance dû aux multiples environnements. Millar est gonflé et arrive toujours à nous placer une scène grandiose, inattendue et donc qui fait mouche. Mais à la fin de la lecture on a la désagréable sensation d’avoir été trimbalé passivement dans une histoire qui n’a pas d’intrigue. On ne peut pas dire que la fin soit bâclée, mais à force de placer un gros twist final dans ses albums on finit par ne plus être surpris.

Sur la partie graphique il en est de même. On sent à chaque case poindre le très grand talent du rare Stuart Immonen mais également la facilité et l’économie de moyens. Pour une fois ce n’est pas le dessin du canadien qui rehausse l’album car il reste assez en retrait, notamment du fait d’une colorisation flashy pas vraiment bien pensée. C’est parfois un peu brouillon et si la gamme reste de haut niveau on n’a pas la claque de la collaboration de Millar avec Quitely ou Coipel.

Résultat de recherche d'images pour "empress immonen"L’intro éditoriale présente l’album comme la contribution « Star Wars » de Mark Millar à l’univers des comics. On sent en effet l’envie de grand space Opera. Mais le chois d’axer l’intrigue autour de la famille et le tic du scénariste de tenter de prendre le lecteur à contre-pied empêche l’aventure de prendre une dimension épique qui aurait dû être. On se retrouve alors avec une très bonne course-poursuite qui nous fait visiter des lieux, races alien improbables, des lumières techno entrecoupés par des dialogues parfaitement orchestrés. Mais il manque un petit quelque chose qui fasse étincelle. Les deux signatures peuvent légitimement faire monter les enchères des attentes des lecteurs et en cela ils seront vaguement déçus. Si l’on exclut cela Empress reste une très sympathique aventure spatiale avec son lot de scènes d’action endiablées et d’acrobaties quantiques.

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Comics·East & West·Nouveau !

The Magic order

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Comic de Mark Millar, Olivier Coipel et Dave Stewart
 Panini (2019) – Netflix/Image (2018), contient les épisodes 1 à 6.

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C’est peu de dire que je l’attendais celui-là! Depuis ma découverte des illustrations d’Olivier Coipel et ma première lecture de l’auteur sur Spider-verse, la diffusion des planches de l’album, j’imagine ce qu’un Mark Millar qui nous a proposé autant de chefs-d’œuvres pourra nous proposer. A noter que ce volume est un one-shot, comprenant les six issues de la publication US avec les couvertures originales en séparations de chapitres, des couvertures alternatives et une bio des auteurs (y compris l’excellent coloristes sans qui, tout de même, les dessins de Coipel ne seraient pas aussi forts). Le fait qu’il s’agisse du premier album publié par Netflix avec comme objectif une adaptation (déjà annoncée) à l’écran est pour moi totalement secondaire bien que cette info ait accaparé une bonne partie de l’attention des sites de comics. Et je crains d’ailleurs que la brièveté de l’album ne limite pas mal les possibilités d’univers large en série TV.

La famille Moonstone protège le monde des dangers d’entre les dimensions, de ce qui se cache entre les réalités. Ils sont magiciens. Ils ont une famille. Ils ont des problèmes. Ils sont humains… Lorsqu’une puissante magicienne bannie passe à l’action, les membres de l’ordre tombent les uns après les autres, massacrés par un mystérieux personnage déguisé en vénitien. Leur dernier espoir réside dans le plus puissant d’entre eux: Gabriel. Mais Gabriel a renoncé à toute magie depuis la mort de sa fille…

Résultat de recherche d'images pour "coipel magic order"Les comics de Millar sont particuliers en ce que l’on sait à l’avance qu’ils ne seront pas ratés: la découverte réside dans la barre placée très haut et qui fait se demander si l’on aura été trop gourmand ou si l’on a un nouveau chef d’oeuvre. Sa très grande qualité (outre le choix d’immenses dessinateurs, contrairement à son compatriote Alan Moore qui semble opter pour l’inverse…) réside dans la cohérence de ses univers et la radicalité du traitement. Un peu comme Rick Remender, il aime placer de tout puissants personnages dans les affres des difficultés psychologiques du bas peuple. J’ai trouvé en cela de grandes proximités de Magic Order avec Jupiter’s Legacy, dans cette approche familiale alliant de brillants représentants confrontés aux désirs paternels et d’autres vilains canards qui n’arrivent pas à gérer leur vie quotidienne. Mark Millar a un vrai talent de dialoguiste et de metteur en scène (à quand une réalisation?), créant des caractères intéressants, des images géniales et des scènes d’actions que ses dessinateurs savent parfaitement dynamiser. On a tout autant de plaisir à voir un magicien faire ses courses avant d’affronter un Titan que des assassinats défiant les lois de la physique et un prestidigitateur compter les entrées de son spectacle du soir. Et lorsqu’il laisse divaguer son imagination sur le sort original qu’il pourrait trouver on a une explosion d’idées toutes plus inventive les unes que les autres.Résultat de recherche d'images pour "coipel magic order"

Contrairement à la famille d’Utopian dans Jupiter’Legacy, l’ambition ici reste celle d’une transposition adule du concept Harry Potter (jusque dans les baguettes). J’aime voir des variation sur le même thème, comme le Black Magick de Nicola Scott qui penche plus dans l’intimiste féminin. Pas de discours politique donc, aucune dénonciation, Magic order est (ce qui est beaucoup reproché à Millarworld) un concept destiné à lancer une poule aux œufs d’or audiovisuelle pour l’investissement de Netflix. Ce manque d’ambition de l’auteur écossais est dommage car son talent est fou et il est un des rares scénaristes à assumer ses envies, sans censure, se rapprochant beaucoup plus de la philosophie du Franco-Belge que de l’industrie super-héroïque formatée. Chez Millar on se drogue, des gamins égorgent des adultes dans la nuit, les personnages sont ouvertement homosexuels et même quand c’est édité chez Marvel les super-héros se font massacrer et le monde dominer par une famille Hulk consanguine et dégénérée (Old-man Logan qui a inspiré le Logan de James Mangold au ciné). Ce n’est pas le trash pour le trash mais juste plus réaliste que ce qu’on lit souvent. Millar donne à voir la vie réelle des super-héros une fois ôté le vernis politiquement correcte. Et c’est ce que veulent les lecteurs comme le montrent les grands succès de super-hero movies au cinéma. Malheureusement Magic Order est au format one-shot, ce qui est suffisant pour lancer un pitch mais bien trop court pour développer un background solide et réaliste. Pour rappel Jupiters’s Legacy tenait en deux tomes…

Image associéeGraphiquement en revanche on a sans doute un des plus beaux comics de l’année. Olivier Coipel est un très grand dessinateur avec un style qui évite les dessins trop léchés de nombre de ses confrères. Un peu comme Jerôme Opena ou Sean Murphy j’aime le côté rapide, à la fois très précis et hachuré de ses cases. La colorisation de Dave Stewart rehausse incroyablement ces dessins et si Panini propose une édition spéciale n&b, personnellement je ne suis pas sur que ce soit préférable tant on à ici l’alchimie parfaite dessins/couleurs qui rend l’album supérieur. Le design général est également au top, avec une élégance et un côté décalé qui rend cette histoire vivante. Les différents magiciens sont à peine entraperçus, nous donnant terriblement envie de savoir de quoi ils sont capables, avant de disparaître… Encore frustrant.

Magic order est donc bien un des tous meilleurs comics sorti depuis longtemps, d’une facture irréprochable, mais aussi frustrant qu’enthousiasmant. Qu’il s’agisse des personnages, de l’histoire de l’ordre et de la Guerre secrète, de la famille Moonstone, tout n’a que le temps d’être effleuré et c’est déjà fini. Pourtant il y a de la bravoure, du mystère, du sang, de la folie,… tout ce qui fait un succès. Les auteurs s’amusent pendant quelques planches à imaginer les pouvoirs de ces sorciers, comme si détruire les amusait plus que bâtir sur le long terme. Le magnat des comics aurait pu nous gratifier d’un ou deux volumes supplémentaires pour bâtir un sommet des comics. Il préfère nous laisser là les yeux brillants, à relire ce qu’il nous a jeté et attendant sagement son prochain concept. Avec une prolongation sur Netflix pour les plus passionnés.

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