*****·East & West·Manga

Eden, It’s an endless world (perfect) #1-3

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BD de Hiroki Endo
Panini (2021) – 1998, 484 p./volume, 4 volumes parus sur 9 (doubles tomes).

Cette édition d’un classique de la SF me permet une petite remarque sur la culture des éditions spéciales entre manga et franco-belge. Pour ne pas tirer sur une ambulance je ne pointerais pas Panini en particulier mais remarque simplement que si cette habitude de ressortir les meilleurs mangas (et plus grosses ventes passées…) en Perfect édition est une très bonne chose pour vulgariser auprès d’un public jeune assez marqué par l’immédiateté des sorties du moment, elle reste très peu ambitieuse en se restreignant la plupart du temps à simplement éditer les manga dans une impression et un format correcte. Le format manga est à la base peu qualitatif, de fait puisque les œuvres sont publiées dans des journaux. Adapter les volumes à un format plus proche de nos habitudes européennes (comme la démarche d’Urban de sortir certains titres de comics indé en format franco-belge) est cohérente et permet à un marché assez saturé de continuer à croître sur des titres anciens. De bonne guerre dirais-je. Pourtant accompagner les volumes de dessins couleur, croquis, interviews, analyses et autres ajouts ne coûterait pas bien plus cher et justifierait l’appellation d’édition spéciale. Au regard des collectors de la franco-belge, le surcoût est moyennement justifié. Bref…

Concernant Eden on a donc une jaquette avec vernis sélectif, résumé avec quelques personnages du volume en main, table des matière des chapitres et deux intéressants mais anecdotiques textes de réflexions de l’auteur sans aucune mise en perspective. Sur un matériaux aussi riche on aurait voulu des commentaires sur l’univers ou les thèmes abordés. Edition juste correcte donc.

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Coup de coeur! (1)

Le virus Closure a éradiqué 15% de la population mondiale, provoquant un effondrement des états tels que nous les connaissions et l’émergence de narco-états. Face à eux l’organisation du Propater entre en chasse d’un adolescent héritier de données informatiques que tous semblent convoiter. Alors que seule la force militaire et numérique semblent pouvoir régenter ce monde de chaos, des combattants et victimes se retrouvent associés dans un Grand jeu qui les dépasse…

Mon grand âge fait que j’ai eu le privilège de découvrir les premiers manga en France avec l’arrivée d’Akira en kiosque dans les années quatre-vingt-dix, un choc adolescent que j’ai prolongé sur les œuvres de Masamune Shirow et notamment Appleseed. Akira est largement cité pour présenter Eden et l’influence de son auteur. Shirow également mais en citant de manière erronée Ghost in the shell… que je trouve loin thématiquement même si certains aspects cyberpunk peuvent y faire penser. Je confirme après lecture des trois premiers numéros que l’oeuvre de Hiroki Endo est un parfait mélange entre Akira et Appleseed, une vraie création de fan qui a mis tout ce qu’il a adoré dans ses glorieux ancêtres. Il est marquant de voir comme certains styles graphiques sont datés en Manga, comme en franco-belge. C’est le cas avec Eden dont la technique semi-réaliste se précise avec les volumes et propose par moment des planches vraiment impressionnantes et d’une précision chirurgicale y compris dans les décors (point de repère pour évaluer la profondeur du travail sur tous les ouvrages que je lis).

Eden : It's an Endless World ! (Perfect Edition) (tome 2) - (Hiroki Endo) -  Seinen [BDNET.COM]Il y a plusieurs types d’auteurs de manga. Les otaku (Boichi), les techniciens sur des productions industrielles, les artisans (Urasawa) et les intello. Endo fait partie de cette dernière catégorie, avec une ambition et réflexion globale sur son projet rarement vus. Ainsi la construction des premiers tomes est surprenante et déstabilisante. Un très gros prologue d’une centaine de pages nous plonge dans cet univers en nous présentant Enoa Ballard après la Chute, avant de nous projeter vingt ans plus tard avec seulement quelques épisodes de flashback sur pages noires qui développeront épisodiquement certains personnages dans le passé. Nous avons donc l’histoire d’une famille, du père Chris impliqué dans l’apparition du virus, à son fils devenu devenu patron d’un des plus gros narco-cartels de la planète et que l’on ne voit pas adulte au cours des trois premiers tomes de l’édition Perfect (équivalent à six tomes donc) et suivons le dernier descendant, Elijah, jeune homme faible ballotté dans des conflits qui le dépassent et gérant difficilement son héritage familial. Le nom du héros n’est pas anodin, la série est parsemée de références bibliques et de réflexions philosophiques plus accessibles que chez Shirow. A ce titre l’équilibre entre les thématiques scientifiques et cyberpunk pointues (l’auteur s’est remarquablement documenté et est très précis), les commentaires sur la civilisation, l’homme et Dieu, les équilibres géopolitiques et sujets sociétaux comme la pauvreté ou la prostitution… est incroyablement solide! C’est le cœur et l’intérêt des œuvres de SF me direz-vous. Oui bien sur, mais c’est très rarement maîtrisé à ce point.

Alt236 Twitterissä: "Ensuite : "Eden Its an Endless World" de Hiroki Endo.  Ca parle Pandémie et trucs pas net, mercenaire et post-infection, si j'ai  bien compris. A voir mais les images interpellent !…Eden est radical sur tout les plans et c’est une de ses très grandes qualités. Endo montre et dit ce qu’il souhaite sans se censurer. Il en découle des séquences gores et violentes qui participent à créer un univers sombre et réaliste, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le fan-service. Si l’on voit des nus ce n’est jamais montré de façon sexy, de même que la violence militaire illustre simplement (comme dans Akira) la rudesse de ce monde. Ambitionnant de montrer les effets du nouveau contexte entre deux scènes d’action, Endo tisse une trame qui va se densifier en un tout.

Je parlais de construction déstabilisante. Ainsi après le prologue on entre dans une phase militaire avec une équipe de mercenaires chargés de récupérer des données informatiques et qui entrent en contact avec Elijah. S’ensuit une longue séquence de conflit techno-militaire d’une réalisation magistrale. La galerie de personnages d’Eden est impressionnante et leur disparition (par la mort ou le changement de contexte du récit) est très efficace pour nous maintenir en haleine. De la même manière que le personnage d’Enoa Ballard est présent en filigranes tout le long sans jamais se montrer, l’auteur joue de son lecteur qui ne sait jamais quels personnages vont durer ou non. Si la séquence mafieuse du troisième tome est un peu en retrait au niveau de l’intérêt, chaque chapitre reste intéressant en tant que tel et nous implique émotionnellement sans jamais pouvoir anticiper l’intrigue ou le destin d’un personnage.

Eden Volume 1: It's an Endless World! TPB :: Profile :: Dark Horse ComicsContrairement à Shirow qui pouvait devenir un peu soporifique dans ses digressions philosophiques Hiroki Endo ne laisse jamais l’action bien loin. De façon crue et très létale,  il montre des adversaires redoutables, jusqu’au troufion de base. Chez Endo la force des héros ne repose pas sur la faiblesse de leurs adversaires. Il en ressort des affrontements magistraux où même les crac ne ressortent pas indemne.

L’aspect cyberpunk commence à peine avec l’irruption d’une IA extrêmement puissante. Avant cela nous sommes confrontés à des cyborgs chargés de la guerre électronique en support aux troupes et de terrifiants humanoïdes guerriers issus de manipulations génétiques. Si l’on nous parle de l’organisation religieuse Propater depuis les premières pages on ne sait toujours pas quel est son but hormis qu’il se confronte à plusieurs organisations, dont une confédération musulmane et une zone « agnostique » structurée par les organisations mafieuses.

Oeuvre impliquante, s’intéressant autant à des sujets de garçons (les super-soldats, la technologie militaire, les robots) qu’aux drames humains (on parle des indiens, mais aussi de filles-mères, des relations familiales et des problématiques du tiers-monde…), Eden est comme toutes les grandes œuvres de science-fiction un projet global impressionnant de solidité tant graphique que dans son écriture. Aucune faute de goût n’est à relever et on dévore les centaines de pages avec le plaisir de savoir que Panini a prévu une publication serrée des neuf tomes. Maintenant il ne vous reste plus qu’à foncer en librairie pour vous plonger dans ce must-read pour tout lecteur de manga!

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Hard rescue #1/ Amen #1

La BD!

bsic journalismMerci aux Humanos et à Glénat pour leur confiance.

BD de Harry Bozino et Roberto Melli
Humanoïdes associés (2021), 56., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman d’Antoine Tracqui.

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Les Humanos se sont associés aux éditions Critic pour adapter des romans de SF de l’éditeur littéraire. Après les livres de Julia Verlanger, l’éditeur BD confirme son souhait de s’appuyer sur des créateurs et des matériaux solides plutôt que sur des créations originales. Je ne connais pas le livre Point zero à l’origine de cette BD mais sous la forme d’un blockbuster scientifique musclé aux dessins assez efficaces (et très bien colorisés) on suit une équipe de barbouzes embauchés pour une expédition en Antarctique visant à mettre la main sur une expérience enfouie sous la glace. Les canons sont respectés avec une gallérie de fortes têtes qui se jaugent à coups de clés de bras et de big-boss résolus aux motivations secrètes. La surprise n’est pas vraiment ce pour quoi on vient et comme dans tout gros film d’action hollywoodien on apprécie une réalisation carrée qui alterne fusillades et révélations choc. Graphiquement c’est donc solide avec de jolis encrages et peu de défauts techniques. On tiquera un peu sur les designs des armures SF aux justifications pas évidentes hormis pour faire plaisir aux auteurs et sur un héros un peu passif (passage obligé pour maintenir le suspens). On dira donc que ce premier tome fait le job sans ennui et on attendra la conclusion pour se prononcer sur la qualité intrinsèque d’un scénario pour l’instant pas vraiment révolutionnaire.

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BD de Georges Bess
Glénat-Comix Buro (2021), 62p., 1 tome sur 2 paru. Adapté du roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad.

Tout amateur de BD sait que Georges Bess, compagnon de route de Jodorowsky et amoureux de la culture indienne est un auteur important. Capable de tout dessiner, héritier de la génération Métal Hurlant, il nous avait offert un petit chef d’œuvre graphique et narratif avec son adaptation du Darcula de Bram Stoker. Aussi c’est très alléché que me survient ce diptyque adaptant le célébrissime et multi-adapté Heart of Darkness, roman de la toute fin du XIX° siècle qui a donné les mythiques Apocalypse Now et Aguire la colère de Dieu au cinéma. Qu’allait nous apporter cette variation SF? Tout d’abord Bess est déjà venu à la SF avec le délirant et très réussi Anibal Cinq aussi il n’est pas un débutant dans le genre. Pourtant, hormis quelques beaux design de vaisseaux ou de bâtiments, il se contente tout au long de ce long périple de très grossiers fusils et tronches de barbouzes, caricaturant la violence des mercenaires mais bien peu subtile dans ce qui n’est pas tout à fait une farce…

Ce voyage qui propose de suivre un jeune indien à la tête d’une troupe de l’Inquisition appuyée par des mercenaires issus des pires geôles de la galaxie regroupe les visions les plus éculées du fanatisme religieux, de la sf décadente et de la violence militaire. Très surprenant de la part d’un auteur aussi chevronné qui est tout à fait capable de créer ses propres scénarii malgré l’ombre du maître chilien sur sa carrière, cet album ne brille ni par un dessin un peu rapide (malgré des couleurs et un trait reconnaissable et toujours aussi agréable), ni par une intrigue franchement longuette et totalement linéaire faisant le choix étrange d’un flash-forward en introduction qui ne semble justifié par rien de ce que nous allons découvrir. Les dialogues voulus comme caricaturaux sont très lourdement appuyés et on a compris après une page la folie des soldats comme des religieux, qui nous font sourire quelques pages de plus avant de nous lasser franchement. Guère de surprises dans l’histoire lourdement soulignée et qui ne fait pas vraiment appel à l’intelligence des lecteurs… Laissons le bénéfice du doute à un second tome conclusif qui arrive pour cet été et qui, espérons-le redressera la barre mais pour ce volume introductif, l’auteur passe complètement à côté et finit presque par nous ennuyer sans les belles visions SF qui auraient pu faire patienter. A moins que vous ne soyez des fana de Bess il vaut sans doute mieux passer votre chemin…

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Unité Z

La BD!

BD de mOTUS et Heri Shinato
Des bulles dans l’Océan (2020), 72p., one-shot.

bsic journalism Merci aux éditions Des bulles dans l’Océan pour cette découverte.

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Quelque part au cœur de la France, une brume mortelle s’est abattue. En ce lieu, des spectres mortels étendent leur territoire, menaçant l’humanité… Des unités de l’armée sont envoyées pour réduire ces foyers, au péril de leurs vies. L’unité Z est la meilleure. Jusqu’à ce quelqu’un de ses membres soit touché. Le voile des réalités bascule alors dans un monde proche de la folie…

La toute petite maison d’édition réunionnaise Des bulles dans l’océan (DBDO pour les intimes) publie peu mais avec une exigence qui force le respect. En lançant un Pelaez ou les frères Morellon sur lesquels il faudra compter, la maison assume un niveau graphique qui rivalise avec les grandes maisons sur les étales des librairies. La couverture de cet Unité Z confirme cela en atterrissant directement sur ma sélection des plus réussies de l’année (et il y a de la concurrence!).

Unité Z, bd chez Des bulles dans l'océan de mOTUS, ShinatoContre toute attente il faut rattacher ce one-shot à la mythologie Lovecraft puisque le cœur du scénario repose bien sur l’incertitude quand à l’univers psychologique du personnage principal et sa transposition dans des planches qui tordent la réalité en une boucle déstabilisante. Le thème SF n’est donc qu’un habillage qui montre l’envie des auteurs de proposer une belle aventure techno avec une escouade de soldats harnachés d’équipement ultra-sophistiqués et l’inévitable conseil scientifique top secret qui ne dit pas tout. Le risque de ce type d’intrigue est de rester trop cryptique… et c’est malheureusement le principal défaut de ce courageux album que de nous perdre à force d’en trop peu dire. Comme dans un David Lynch ou le dernier Nolan on profite d’une narration intello mais l’on est frustré de ne pas tout comprendre. En forme d’exercice de style (on en a déjà vu des BD de ce type) avec l’originalité de l’habillage SF, mOTUS commence son histoire comme un survival SF avant de développer un relationnel psychologique entre les personnages de cette « famille » militaire (l’unité Z) pour brutalement tomber dans le grand vortex de la folie lovecraftienne. On voit la progression, bien vue et logique, mais la brisure de la réalité est trop peu accompagnée et l’on ère un peu sur la fin sans bien comprendre la finalité.

Heureusement l’album s’appuie sur un talentueux dessinateur (dont c’est apparemment le premier ouvrage pro) qui a les défauts techniques de la jeunesse mais propose un excellent découpage et de très réussis design SF autant que fantastiques, avec des créatures impressionnantes, notamment lors de l’entrée dans la faille. Je n’ai pas pour habitude sur ce blog de critiquer des dessinateurs dont la progression technique sera évidente (je me souviens trop de ce qu’était Toulhoat sur Block 109 avant d’aboutir au Roy des Ribauds!) et il convient de souligner les grandes qualités d’un album à l’envie.

Avec ses défauts, son ambition peut-être un peu trop gourmande (quels grands auteurs ont déjà pleinement réussi un album de ce type à part Ledroit?), Unité Z attire pourtant la sympathie d’une série B SF lovecraftienne que tous les amateurs de Lovecraft et de SF ne pourront qu’apprécier. Avec pour principale limite de rester sur l’exercice de style, l’album propose quelques belles visions, un petit roller-coaster narratif et tout de même un plaisir de lecture non forcé.

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