***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Mickey et la terre des anciens

Jeunesse

BD de Denis-Pierre Filipi, Silvio Camboni et Samuel Spano.
Glénat (2020), 65p.,, one-shot.

Comme tous les albums de la collection l’édition est superbe, avec dos toilé, vernis sélectif et superbe maquette. Une double page en fin d’album présente des essais de couverture et l’intérieur de couverture reprend une galerie de personnages de l’album, à la sauce Tintin. Bien entendu avec un tel graphisme on aurait aimé un cahier final plus fourni mais en l’état on en a franchement pour son argent avec ce très bel ouvrage dans sa bibliothèque.

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Depuis la disparition de Dingo dans le grand vortex Mickey est hanté par des cauchemars. Dans l’archipel flottant les sbires du seigneur fantôme harcèlent de plus en plus les amis du maître cordier dont le talent sert à rattacher les lopins les uns aux autres. Lorsque la Guilde de Pat Hibulaire lui demande de les aider à renverser le tyran, Mickey doit faire un choix…

Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés CultureIl y a des collections très inégales comme celle de Conan le cimmerien, où le talent des auteurs ne suffit pas toujours à sublimer un texte d’origine parfois pauvre. Et puis il y a Mickey dont la collection originale Glénat en est déjà à son douzième tome (plus quatre hors-série) et qui, avec un cahier des charges finalement assez bref laisse libre court à l’imagination des auteurs, aussi diverse que peut l’être l’univers de Mickey. Déjà à l’origine d’un Océan perdu steampunk à la narration ambitieuse et surprenante, Filipi et Camboni remettent le couvert avec ce superbe nouvel album où l’on retrouve les codes déjà installés précédemment: un récit non linéaire qui perturbera cette fois moins les plus jeunes lecteurs, une disparition et surtout la création d’un monde neuf. La première qualité de l’album (outre donc les dessins et surtout les sublimes couleurs!) est donc ce monde aérien, cet archipel de terres éclatées parcourues par des courants qui parfois propulsent avec danger des blocs « dérivants » pouvant percuter d’autres blocs ou des voyageurs à dos d’oiseaux. Le découpage fait la part belle à ces paysages fantastiques à force de doubles pages magiques agrémentées de cases insérées, proposant une aération qui fait ressentir cet espace panoramique.

Si l’intrigue suit le schéma Disney avec un retors Pat Hibulaire, une menace manichéenne comme il faut et des amis à sauver, il faut noter l’importance, une fois n’est pas coutume, de Minnie, dont l’omniprésent courage à aller récolter des indices archéologiques sur les dérivants laisse le héros assez apathique et passif. Un peu comme chez Valérian, ce sont les amis qui dénouent l’intrigue et Mickey fait office d’avatar pour lecteur propulsé dans cette aventure. Le worldbuilding est ainsi parfaitement attendu et réussi et l’on peut se demander comme souvent pourquoi l’on a encore cherché à se caler sur un cadre contraint alors que n’importes quels personnages auraient tout à fait pu animer cette histoire…Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés Culture

On ressent ainsi par moment l’envie de plus, de développer un peu plus ce gros album avec cette idée de guide de résistants à l’oppresseur que l’on voit finalement assez peu si ce n’est dans leur cité-pirate au design là aussi magnifique à défaut d’être tout à fait originale. Il y avait de quoi, avec ces hiéroglyphes dont on nous dit assez peu et cette conclusion très brève sur la fameuse Terre des anciens. On termine ainsi ce magnifique objet un peu frustré en tant que lecteur adulte (mais l’album nous est-il destiné?…) mais conquis par le voyage promis au pays des terres flottantes, les yeux plein d’étoiles… comme un enfant devant un Disney.

****·BD·Jeunesse·Nouveau !·Service Presse

Horrifikland

BD de Lewis Trondheim et Alexis Nesme
Glénat (2019), 44 p., one shot.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour cette découverte.

couv_356538L’ouvrage respecte la charte de la collection Mickey Mouse de Glénat, collection commencée en 2016 par l’album de Cosey, suivi par onze autres dont le très bel Océan perdu et ce neuvième album. Comme pour la collection Conan, la ligne semble très libre pour des auteurs invités à créer un hommage one-shot respectant les codes du personnage et dans une certaine mesure la ligne Disney, avec lequel l’éditeur grenoblois est partenaire. L’ouvrage a une tranche toilée, vernis sélectif sur la couverture et le dos, ainsi que de superbes croquis des personnages de Disney par Nesme en intérieur de couverture.

L’agence de détectives de Mickey, Donald  Dingo va mal. Prêts à tout pour renflouer leur activité, les amis se précipitent à la recherche du chat Blacky qui aurait disparu dans le parc d’attraction Horrifikland. Là-bas entre les manèges horrifiques, de vrais fantômes et un Pat Hibulaire décidé à un nouveau mauvais coup, les aventures ne font que commencer…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"Un peu dubitatif sur l’intérêt de cette collection dont on parle à chaque nouvel album avec l’impression qu’il s’agissait plus pour des auteurs reconnus de se faire plaisir sur des souvenirs d’enfance (sans doute suis-je un peu jeune pour fantasmer sur Mickey…) je ne l’ai suivie que de loin, avec l’ouvrage de Trondheim et Keramidas, sympathique mais un peu bancal dans son concept de vraie-fausse trouvaille et donc l’album très beau et improbable de Camboni qui plaçait Mickey et ses amis dans un futur steampunk avec des thématiques tout à fait SF. Le présent ouvrage m’a attiré de par son dessinateur, Alexis Nesme qui produit depuis quelques années de magnifiques peintures et m’avais enchanté avec ses Enfants du capitaine Grant. L’atmosphère à la Tim Burton a achevé de m’entraîner dans ces pages…

Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"… et j’ai été totalement conquis! Le duo a réussi en une subtile alchimie à proposer un véritable album jeunesse qui puisse parler autant aux très jeunes avec son esprit naïf, ses personnages connus aux comportements manichéens (Donald le peureux, Mickey l’intelligent et Dingo le benêt) qu’aux plus grands et aux adultes avec un second degré de tous les instants et des situations très drôles grâce aux personnages. Le thème graphique en lui-même est un gros second degré avec ce parc d’épouvante en forme de train fantôme qui regorge de détails de mécanismes et autres boutons qui déflorent le trucage et que les petits auront plaisir à dénicher.

L’intrigue est linéaire au possible mais se suit sans ennui avec un jeu de piste pour nos détectives Résultat de recherche d'images pour "horrifikland nesme"préférés où Pat Hibulaire intervient finalement surtout pour tomber dans des pièges. Si le chat en question est très vite retrouvé tout le monde semble surtout chercher à explorer le plus longtemps possible ce décors sublimé par un Nesms qui s’éclate entre couleurs chatoyantes et ombres mystérieuses. Les deux auteurs nous promènent dans leur parc d’attraction et l’on n’aurait qu’une envie c’est d’aller y faire nous aussi des glissades. Pendant un long moment de mystérieux fantômes verts que personne ne veut prendre au sérieux nous tiennent en haleine en se demandant si on aura droit à une once de fantastique… ou pas.

Au final l’opération est totalement réussie dans un équilibre loin d’être évident et qui permettra de lire l’album en famille comme aux vieux briscard de la lecture BD de passer un moment sympathique, régressif et un brin nostalgique des Mickey parade et Picsou géant en se rappelant que Mickey n’est finalement pas moins un aventurier que Tintin…

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !

Mickey et l’océan perdu

BD du mercredi
BD de Denis-Pierre Filippi et Silvio Camboni
Glénat (2018), 56p. , collection Mickey vol.5 sur 8 parus.

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Depuis 2016 Glénat a commencé la parution (avec l’accord de Disney bien entendu) d’albums Mickey one-shot par différents auteurs souvent réputés. Je n’ai lu jusqu’ici que le volume 2 de Trondheim et Keramidas et avais moyennement accroché au concept de vrai-faux original qui impliquait que l’histoire était discontinue. L’esprit d’aventure qui va avec certains albums de Mickey originaux m’avait cependant bien rattrapé, comme c’est le cas sur cet album. L’ouvrage est grand format, avec tranche toilée, superbe illustration de couverture avec effets irisés sur le cadre steampunk, l’intérieur a un papier épais mat. Très belle édition et bon point pour Glénat.

Mickey et ses amis sont des chasseurs de trésor et notamment le  coralite, principale forme d’énergie utilisée pour faire fonctionner la technologie. Ils sont embauchés par le plus grand scientifique de leur temps pour récupérer un mystérieux objet au fond de l’Océan, mission pour laquelle ils disposent du seul équipement capable de résister à la pression…

Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"Le premier élément qui saute aux yeux de ce nouveau Mickey c’est le visuel. Pas que les dessins, très jolis, les couleurs, magnifiques, mais le design général de l’album porté par une ambiance SF steampunk que l’on n’attendait pas, avec rouages et rivets en veux-tu en voilà. C’est à la fois fidèle à l’esprit d’aventure du héros Disney que l’on a déjà vu en semi-Indiana Jones par le passé et étonnamment moderne. Ce n’est finalement pas l’aspect SF qui modernise et surprend le plus mais bien le parti pris double de rendre Mickey relativement passif au travers de l’ellipse que vous découvrirez en lisant l’album et de bouleverser les rôles avec Pat Hibulaire. Dans cette chasse aux trésors écolo les auteurs ont en effet choisi de mettre l’ensemble des éléments de l’univers Mickey dans un Shaker et de les ressortir modifiés. Est-on toujours dans un Mickey? La question se pose, vraiment. Est-ce gênant? Absolument pas car Filipi et Camboni parviennent à utiliser l’aura et la familiarité de ces personnages iconiques pour en faire tout autre chose, avec le respect du contrat: offrir un grand récit d’aventure aux lecteurs de 7 à 77 ans. Sur la pertinence de la rupture de mi-album je suis plus réservé même si elle agit comme un véritable aiguillon d’intérêt dans la lecture, par cette surprise alimentée visuellement par une des magnifiques doubles pages parmi les nombreuses que comporte l’album.Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"Que dire du travail de Silvio Camboni (ou bien de la colorisation d’Yvan Gaspard?) tant les planches explosent toutes à la figure? Certains pourront critiquer le côté numérique, lissé, brillant, mais il est indéniable que cet univers visuel correspond parfaitement à l’esprit Mickey. L’équipe scénariste-dessinateur-coloriste travaille ensemble depuis plusieurs séries maintenant l’on peut dire que l’alchimie fonctionne parfaitement. Je ne suis donc pas loin de penser que l’album doit plus à la mise en couleur vraiment impressionnante qu’aux dessins, si ce n’était le design général et la mise en cases qui sont tout de même marquantes, de part la sensation d’espace, de panoramas et que la thématique de l’Océan aérien permet de magnifier.Résultat de recherche d'images pour "mickey océan perdu"A vouloir décortiquer les mérites de chaque intervenant on finit par perdre l’essence de l’art et de la BD, à savoir le plaisir, plaisir du récit, de l’imaginaire et plaisir graphique. Mickey et l’océan perdu procure les trois en cinémascope et sincèrement, si l’on ne peut pas parler d’album d’auteur (le peut-on sur un Mickey?), cet album respire le plaisir de la production et du partage d’un imaginaire d’enfant où la noirceur n’existe pas. J’appelle ça un bonbon sucré.

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