***·Comics·East & West·Nouveau !

Year Zero #1

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Album de 110 pages comprenant les cinq volumes de la mini-série Year Zero, écrite par Benjamin Percy et dessinée par Ramon Rosanas. Parution en France chez Panini Comics le 17/03/2021.

Dur, dur d’être un zombie

En cette période pour le moins singulière où chacun de nous est un survivant, Panini Comics a jugé opportun de lancer deux nouveaux albums sur le thème de la pandémie. Cet argument de vente, certes opportun, d’en comporte pas moins des promesses de frissons, et, pourquoi pas après tout, de bonnes lectures.

Dans ce Year Zero, nous allons suivre les mésaventures d’un certain nombre de protagonistes, répartis dans le monde et ayant chacun leur manière d’affronter cette fin du monde.

Sara Lemons est en mission dans le cercle polaire, afin d’étudier les couches glaciaires. Elle espère y trouver un remède aux maux qui agitent notre siècle, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociétaux ou médicaux.

A Mexico, Daniel Martinez, jeune orphelin des rues, fait ce qu’il peut pour survivre et échapper aux cartels qui ont tué sa mère, convaincu qu’il survit par la grâce divine.

Saga Watanabe, lui, tue des gens pour vivre, principalement à Tokyo. Il exécute un dernier contrat censé lui offrir une porte de sortie, une retraite bien méritée avec l’amour de sa vie.

Fatemah Shah, quant à elle, vit en Afghanistan, où elle sert d’interprète et d’informatrice aux soldats américains.

B.J. Hool, enfin, est un américain moyen, un survivaliste nihiliste qui a passé sa vie à se préparer à ce genre d’événement.

Comment ces gens très différents vont-ils réagir lorsque les morts vont se relever, victimes d’un pathogène qui en fait des zombies anthropophages ? La réponse est simple: plutôt mal. Mais ça n’empêchera aucun d’eux de poursuivre ses objectifs ou de s’en trouver de nouveaux, car la vie, au contraire de la mort, n’a rien de permanent et évolue sans cesse.

Vaut mieux vivre avec des vrais morts qu’avec des regrets

Il apparaît assez vite après le premier chapitre que ces protagonistes ne sont pas destinés à se rencontrer. Oublions-donc tout de suite la perspective d’un récit choral ou de survie à la Walking Dead. Chacun des protagonistes possède sa propre ligne narrative, qui ne croise à aucun moment celle des autres, excepté celle de Sara Lemons, qui se déroule un an avant la pandémie, et qui influe donc sur le reste.

Les sauts et ellipses entre les différents personnages dynamise le rythme du récit mais donne également une sensation de survol, l’auteur se concentrant sur l’essentiel de sa narration sans étoffer davantage certains points qui auraient mérité de l’être.

Year zero - BDfugue.com

Le point de vue interne des protagonistes reste tout de même très intéressant, chacun d’entre eux ayant des croyances et un vécu qui définissent leur vision du monde, et nécessairement, leur réaction face l’apocalypse zombie. Saga Watanabe et Daniel Martinez recherchent la vengeance, tandis que Fatemah cherche l’émancipation et la rédemption. BJ Hool quant à lui, a vécu isolé toute sa vie et ne découvre que maintenant l’intérêt de créer du lien avec une autre personne.

Le parcours de Sara, qui sert de préquel, a des relents de The Thing (la base polaire, une créature sortie de la glace) mais n’exploite malheureusement pas le vivier horrifique que recèle cette prémisse, du fait des ellipses et du peu de temps consacré à cette partie. Le reste des trames individuelles est ô combien classique, hormis sans doute celle du nerd survivaliste qui tombe amoureux, qui comporte son lot d’ironie et d’humour grinçant.

Year Zero vous sera sans aucun doute un peu survendu par Panini Comics en raison du contexte pandémique, mais pas d’affolement: nous ne sommes pas en présence d’un incontournable du récit de zombies, même si l’exécution reste bonne et agréable à suivre. A priori, un deuxième volume est sorti aux US et ne devrait pas tarder à traîner des pieds jusqu’ici pour tous nous dévorer.

*****·BD·Nouveau !

Don Vega

La BD!

Histoire complète en 87 pages, écrite et dessinée par Pierre Alary, d’après l’œuvre de Johnston McCulley. Parution aux éditions Dargaud le 02/10/2020.

Viva Las Vega

Si l’Histoire des États-Unis d’Amérique est mouvementée, celle de la Californie ne fait bien sûr pas exception. Théâtre de conflits de territoires entre le Mexique, l’Espagne et les américains, cet État a vu ses habitants spoliés de leurs biens par les différents seigneurs de guerre qui ont tour à tour revendiqué le pouvoir.

En 1849, alors que la Californie vient de quitter le girond mexicain et l’emprise espagnole, Gomez, un ancien général de la guerre du Mexique, espère tirer son épingle du jeu en spéculant sur les terres confisquées par les armes aux anciens propriétaires. Devenu un homme d’affaire puissant, il réunit autour de lui des nantis afin d’accroître son influence, alors que ses mercenaires sèment la terreur parmi les péons, qu’il réduit en esclavage dans ses mines d’or.

Parmi les victimes de ses machinations, la famille Vega, dont il a annexé toutes les propriétés après le décès des époux Vega. Seul demeure Don Vega, dernier héritier de la fortune, ignorant ce qui se trame réellement.

Zorro Begins

Parmi le peuple, cependant, gronde une colère juste, mais timorée. Certains, imbibés d’alcool, parviennent à rassembler suffisamment de courage pour se dresser, une arme à la main, contre la tyrannie de Gomez et de son armée, invoquant la légende d’un redresseur de torts local, El Zorro. Malheureusement, aucun des téméraires n’a survécu. Un seul homme peut-il suffire à déclencher une révolution ?

Gomez, du haut de sa tour d’ivoire, semble persuadé que non. Mais Don Vega, revenu secrètement en Californie, va s’échiner à lui donner tort. Fort de son entraînement à l’académie militaire de Madrid, le jeune orphelin déshérité va utiliser le folklore à son avantage pour inspirer le peuple et renverser le tyran.

Pierre Alary revient dans Don Vega aux fondamentaux du monument de la culture populaire qu’est Zorro. Décliné depuis des décennies dans tous les médias, le vengeur masqué a inspiré plusieurs super-héros (notamment Batman, et même le fameux Dahaka !), preuve de l’universalité de certaines de ses thématiques.

L’auteur s’empare donc des éléments-clés de Zorro pour les condenser en une origin story dense et rythmée. On assiste ici à une mise en abyme puisque l’on découvre, au fil du récit, que le personnage est une icône du folklore dans laquelle les péons oppressés placent leurs espoirs. La technique graphique de Pierre Alary laisse rêveur et offre à ce roman graphique toute sa qualité et sa noblesse. L’histoire se lit comme un one-shot, bien qu’elle soit en réalité un préquel, il ne serait donc pas étonnant de voir fleurir une suite à cet ouvrage impressionnant !

L’avis de Blondin

Le format one-shot permet de se départir du carcan de la série avec sa progressivité nécessaire pour proposer une générosité brute de la part des auteurs. Sous un style très BD jeunesse, Pierre Alary utilise une technique solide et un sens du cadrage et du rythme redoutables pour nous proposer une histoire courte, menée tambour battant, qui prend ses aises pour une sorte d’album-concept dont l’intrigue tient plus du western que d’Hitchcock mais dont la mise en scène procure de véritables sensations de cinéma. Si l’on reste vaguement sur notre faim quand au personnage de Zorro, la gestion du mystère et du mythe face à ces superbes ordures nous immerge dans un page-turner qui laisse effectivement envie de voir une suite. Je regretterais juste ces trames dont l’intérêt m’échappe et qui abiment les planches par ailleurs joliment colorisées.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique

Muertos

BD du mercredi
BD de Pierre Place
Glénat (2020), 149p., one-shot.

couv_381406badge numeriqueOn continue la semaine avec une histoire américaine après Le serpent et la lance, le nouveau pavé aztèque de Hub, je vous invite au Mexique zapatiste pour une nouvelle histoire de zombies par un auteur qui a tout à fait digéré les codes de ses prédécesseurs…

Dans l’hacienda les bourgeois festoient… pendant que les contremaîtres cuvent leur vin… et que les peon meurent. Dans le Mexique du XX° siècle naissant les morts se révoltent conter une injustice sociale terrible et mettent à bas une nation. Mais s’agit-il bien de morts? Un groupe de survivants entame une fuite éperdue devant la vague de mort, pendant laquelle l’humanité de chacun est questionnée et les faux-semblants tombent…

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Encore une découverte graphique avec cet album d’un dessinateur passé par les Arts décoratifs (encore un!) qui propose avec Muertos ce que j’attendais d’un Dominique Bertail (leur style est très proche) depuis longtemps. Étonnante idée que celle d’une histoire de zombies dans un contexte mexicain. Si ce cadre aurait très bien pu être placé ailleurs, l’utilisation du contexte social (sociétal) pour développer l’intrigue correspond entièrement à l’essence du projet romérien. Georges Romero, dès le film qui a créé le genre, la Nuit des morts vivants, a pour objet d’interpeller la société, ses valeurs et ses (des)équilibres sociaux. Ce n’est pas le fait de montrer des attaques de morts qu’il a inventé comme genre mais celui d’utiliser l’invasion inexplicable et inexpliquée pour briser les codes, les constantes de la société dans une approche sulfureuse et politiquement incorrecte. Hormis le premier film du réalisateur jamais on n’explique l’origine du phénomène et cela n’a (presque) jamais intéressé les repreneurs du sujet. Ainsi the Walking dead marche sur ce chemin à l’inverse de World War Z qui travaille un background qui éloigne l’oeuvre du projet de Romero.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Pierre Place se situe donc bien dans le sillage du maître en ce que dès les premières sections (l’album est découpé par des titres mettant le focus sur un groupe ou un moment) il traite des relations amoureuses sans lendemain, des mœurs honteuses des riches, de la misère des peons, bref, de tout ce qui fait la société et permettra de créer des tensions dramatique dans la course effrénée devant l’avancée biblique des morts. Ce qui est intéressant dans cette variation c’est qu’on doute assez vite de la nature de ces « calaveras« : si leur aspect est indéniablement morbide, décharné, plusieurs éléments tentent de nous expliquer une cause rationnelle, tantôt maladie, tantôt émeute paysanne,… La galerie de personnages est suffisamment fournie pour permettre (autre constante des histoires de zombies) des pertes régulières sans que l’on n’ait jamais l’assurance de qui va durer et qui va tomber. Le dessinateur est du reste étonnamment sobre dans la démonstration de gore, laissant souvent au second plan les massacres. De l’action il y en a bien, avec notamment le chef des contremaîtres qui aurait tout du héros si ce n’était un salaud de la dernière espèce. Un salaud d’un autre type que les autres, plus violent, plus primaire, mais finalement pas bien pire que l’ensemble des autres humains engagés avec lui dans la survie. Place n’utilise pas ce prétexte pour nous le rendre sympathique ni proposer un côté badass. Il préfère rester dans la zone grise et un peu déstabilisante d’un spectateur qui ne sait décidément pas où le mène cette odyssée sanglante.

Résultat de recherche d'images pour "muertos place"Graphiquement on est donc dans une école plutôt humoristique, proche de Fluide glacial, mais ici dans un dessin assez réaliste où la technique transparaît de toute évidence et où la grosse pagination laisse la place à l’auteur de faire admirer ses encrages profonds (on est dans une bichromie avec un gris très agréable) et par moment des visions hyper-graphiques en ombres chinoises. Le niveau de détail est impressionnant et l’on imagine la quantité de boulot qu’a du représenter un ouvrage si volumineux. Les aperçus n’en donnent pas une très bonne idée mais cet album est une très grande réussite graphique, du niveau d’implication d’un Shagri-la.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur qui réussit sans aucun doute son grand œuvre ici avec ce vrai western grand public d’action intelligente qui maintient sa qualité jusqu’à une conclusion peu évidente mais très cohérente. Si j’adore la culture pulp j’ai tendance à considérer les histoires de zombies comme un peu dérisoires notamment du fait de leur absence de background et de leur destinée circulaires. Pierre Place est parvenu à m’accrocher tout le long par un travail de ses personnages, une générosité dans les sujets et une qualité de dialogues et de dessin remarquables. Ma première excellente lecture de l’année.

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