***·BD·Guide de lecture·Numérique

Méta-Baron, cycle 3

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -5- Rina la Méta-GardienneLe troisième cycle est la suite directe du second… avec un retour de Valentin Sécher au dessin… et l’annonce d’un quatrième cycle. Ce que je craignais dans ma chronique du cycle 2 est donc arrivé, avec une série qui risque de se prolonger plus que de raison… Non qu’il s’agisse d’une mauvaise BD, bien au contraire, les auteurs sont parvenue à transformer un projet assez bancal en un récit plutôt courageux qui parvient à respecter le matériau en le transmutant.

Le Méta-Baron a percé à jour le mystère de l’Epiphyte et s’est translaté sur un autre univers où la Méta-gardienne, son alter-égo, veille sur l’équilibre du Cosmos et de la substance primordiale, incarnée en une planète. Sur ce monde paradisiaque il croit un moment avoir trouvé le repos… jusqu’à ce que la menace Techno-Techno ne réapparaisse…

Ce qui m’a surpris sur ce diptyque c’est le décalage entre les sublimes et très inspirées couvertures du dessinateur et l’intérieur qui semble révéler ses quelques limites (il en faut bien) à transposer certains univers. Est-ce le scénario ou le dessin qui est en cause,? …toujours est-il que la description de cette planète-Nature où les peuples sont en osmose avec leur environnement (antithèse évidente avec le thème de l’empire technologique) paraît un peu brouillonne, étonnamment sombre et confinée, alors que c’étaient les larges espaces et trajectoires spatiales qui nous avaient singulièrement ravi dans le premier cycle. Valentin Sécher semble avoir un peu changé de technique, peut-être moins numérique, plus organique… cela convient effectivement au thème mais je trouve personnellement cela moins beau. De même lorsque survient l’infâme armada Techno l’ampleur du combat semble bien timide au regard de l’échelle cosmique des affrontements de la saga des Méta-Barons. Il en résulte un enthousiasme graphique moindre à la lecture de ces pages, dans une BD où la force principale reposait sur le talent du dessinateur d’origine. La folie de Jodo manquerait-elle pour un tel projet?

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron rina"La thématique de l’amour se prolonge dans ce cycle avec un Méta-Baron qui a pris le dessus sur ses penchants nihilistes, en quittant un univers détestable pour un paradis où la Méta-Gardienne semble d’une naïveté touchante. On passera sur le fait qu’elle tombe en pâmoison aussi facilement et sur sa faiblesse guerrière… L’idée de confronter le Méta-Baron à son alter-Ego après l’avoir fait affronter son clone raté était bonne et aurait pu donner lieu à un affrontement dantesque. Méta-Baron est une BD de garçon, c’est ainsi! On constate ici un petit manque d’ambition graphique comme thématique, Jerry Frissen revenant en fin de compte à un méchant tout à fait abominable qui questionne sur l’avenir de l’humanité en tant que corps physique. Les ficelles sont malheureusement un peu grosses et l’on tombe dans le syndrome « méchant invincible/méchant vaincu » un peu trop rapidement. Comme si le rythme était difficilement géré. L’on a assez vite l’impression de voir une transposition d’Avatar avec ses gentils indigènes bleus confrontés à une Image associéeinvasion technologique. Le principe des cowboys et des indiens, très archétypal mais pas assez original ici pour booster l’intérêt. L’auteur oublie ainsi l’un des personnages principaux du cycle précédent (pourtant très intéressant) sans que son absence vienne alimenter l’intrigue.

Au final si le double album reste très lisible et propose quelques pages très chouettes (notamment le passage à l’action du Méta-Baron), on sent un certain flottement tout au long de ce qui aurait dû clôturer cette saga. Un manque d’inspiration probablement dû à la difficulté de gérer un autre univers avec d’autres lois… Cela ressemble fortement à une fausse bonne idée qui fait de ce cycle le plus faible des trois. Le potentiel était pourtant là et la réduction de la perversité des personnages pouvait rendre cette saga grand public. On attendra la conclusion sur ce que j’espère (encore) comme le dernier cycle (j’ai souvent parlé du format idéal de 6 tomes).

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

***·BD·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Numérique

Méta-Baron, cycle 2

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2016-2017), série terminée en 3 cycles.

Couverture de Méta-Baron -3- Orne-8 le Techno-CardinalDu premier cycle de cette nouvelle saga ressortait l’incroyable dessin de Valentin Sécher et une intrigue sympa qui laissait le grand héros galactique un peu de côté. Je craignais beaucoup le changement de dessinateur, l’écart entre Henrichon et Sécher étant assez rude.

L’univers est en fin de course, les galaxies entrent en collision, montrant à l’humanité son destin. Le nouvel empire Techno-Techno refuse de voir arriver la fin, aveuglé par sa quête de l’Epiphyte, substance primordiale qui daterait d’avant la Création… Alors que le Méta-Baron accepte avec son nihilisme habituel le sort de l’univers, un étrange néo-cardinal est envoyé en mission secrète pour éliminer l’adversaire du Techno-Pape. Mais la rencontre entre les deux personnages ne va pas se dérouler comme prévu…

Couverture de Méta-Baron -4- Simak le TranshumainJe dois dire qu’encore une fois je suis agréablement surpris par le traitement du scénariste Jerry Frissen qui parvient à développer l’intrigue générale en se raccrochant à la genèse de la Caste des Méta-Barons (jusqu’à reprendre des scènes entières redessinées par Henrichon) pour développer l’intrigue dans un univers connu mais vers un horizon à la fois logique et intéressant. Il est toujours risqué de faire évoluer un personnage aussi iconique et monolithique que le Méta-Baron et je dois dire que Frissen a le grand mérite de ne pas ressentir l’ombre du créateur et d’agir avec une grande liberté en même temps qu’une bonne connaissance de ce monde. Si le scénario se trouve débarrassé des tics de Jodorowsky (cela apporte un soupçon de subtilité), il reste très cohérent avec les personnages de cet univers immonde. Ainsi lorsque le Méta-Baron décide de renoncer à sa semi-immortalité et succombe aux plaisirs de la chaire le fait est accepté simplement par le lecteur comme une thématique crédible. La violence du premier cycle s’estompe pour plus de sensualité, bien que les dessins d’Henrichon ne s’y prêtent guère.

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon"Le dessinateur canadien (qui avait produit l’excellent Pride of Bagdad) rends une partition très correcte, plutôt réussie pour ce qui concerne les décors, vaisseaux et environnements spatiaux (qui sont une part importante de cet univers visuel), moins pour les personnages. Là où Sécher excellait justement dans ces visages très expressifs où chaque personnage était très caractérisé, son successeur est moins à l’aise et doit « habiller » ces derniers pour les distinguer. Il n’y a pas grand chose à reprocher au dessinateur qui rends deux albums très sérieux… simplement son style est relativement banal et ne permet pas de hisser ce Space-Opera là où il pourrait être.

Ce que j’ai apprécié dans ce cycle c’est une réelle ouverture par rapport à un premier diptyque qui se contentait de proposer simplement un nouvel adversaire au Méta-guerrier. Le thème de l’amour parcourt tout le cycle de la Caste et nécessitait de revenir habiter l’univers du Méta-Baron. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron henrichon orne 8"Le thème de l’Epiphyte également est développé, renforçant le lien déjà très fort entre le monde du Méta-Baron et Dune (et son Epice). Si le premier tome est un peu poussif, le second est très réussi en révélant de nouveaux personnages et en rendant intelligemment le héros de nouveau vulnérable, permettant de développer un « drama ». Un changement dans la linéarité, un adversaire efficace, un héros vulnérable, une perspective énorme à l’échelle galactique, tout est réuni pour relancer la machine du Méta-Baron. Le format en trois cycles de deux tomes est parfait pour conclure cet univers, en espérant que l’éditeur sache refermer définitivement la saga du personnage en résistant aux sirènes des lecteurs et de l’argent.

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

***·BD·Guide de lecture·Numérique

Méta-Baron, cycle 1

La trouvaille+joaquim

BD de Jerry Frissen et Valentin Sécher
Humanos (2015), premier cycle terminé, série en cours.

couv_257296La série Méta-Baron (titre tout de même très feignant… et qui a du en perdre plus d’un, dont moi) est la suite directe de la Caste des Meta-Barons, série mythique aux superbes dessins de Juan Gimenez et qui a permis à Jodorowskyni plus ni moins de donner vie aux concepts développés pour son projet mort-né d’adaptation de Dune au cinéma (et dont l’excellent documentaire Jodorowsky’s Dune donne une vision à faire baver tous les amateurs de SF…). Ce film et son univers hantent l’auteur chilien depuis plusieurs décennies et ce qui a été développé pour la saga du Méta-Baron (personnage apparu dans l’Incal avec Moebius) a ceci de fascinant qu’il est à la fois totalement issu de l’imaginaire de Frank Herbert mais en constitue une réinterprétation qui en projette l’essence dans des dimensions à la fois cosmiques et ésotériques. Couverture de Méta-Baron -2- Khonrad l'Anti-BaronUne digestion positive en somme.

A ce titre la saga de la Caste, constituant le socle visuel de cet univers, portait les folies visuelles et parfois WTF typiques de Jodo, au risque de lasser le lecteur. Les planches de Jimenez permettaient de donner une saveur organique à ces planètes, créatures et personnages, qui convenait totalement à l’imaginaire malsain du scénariste, mais l’on finissait par se perdre dans les méandres œdipiens, psychanalytiques, primaux et sadiques de l’auteur de l’Incal. Jodorowsky possède là du matériau pour des dizaines de séries, ce dont il ne se prive pas puisque l’univers a donné naissance à Castaka (avant la Caste), les diverses séries issues de l’Incal, et les Technopères.

La série Méta-Baron propose au travers de trois diptyques (qui devaient originellement être dessinés par un dessinateur différent) les aventures du Méta-Baron, le guerrier ultime, sans adversité possible, chargé par son Totem de sauver l’univers de la destruction. Bon, dit comme ça, ceux qui ont lu la Caste se diront que l’univers est un multivers et qu’il a déjà failli être détruit plein de fois…

Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Le Méta-Baron a vaincu l’empire et détruit Planète d’or. Dégoûté par sa destinée et la violence de l’univers, il a décidé qu’il ne tuerait plus. Or bien vite l’empire renaît de ses cendres et les péripéties de ses puissants amènes les attentions à se porter sur Sans-nom, le dernier Méta-Baron dont la disparition devient un objectif…

Le premier arc se concentre sur ce qui ressemble le plus au mal personnifié: Wilhelm-100 est un généralissime de l’armée impériale Techno-Techno, qui n’a jamais connu la défaite et n’aime rien de plus que faire souffrir et tuer. Pour le malsain à la jodo on part donc sur de bonnes bases. Heureusement les auteurs savent garder le plus violent hors champ et Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"contrairement à nombre de scénarii de Jodorowsky, ne se complaisent pas dans le sadisme (même si la série reste très violente). Le dessin absolument sublime (que ce soit en crayonné, en encrages ou en colorisation) de Valentin Sécher donne une matière à cet univers spatial et réussi le tour de force de dépasser ses pères en faisant de son intervention sur le Méta-Baron (probablement avec celle de Travis Charest)  les plus belles planches réalisées pour la saga. J’avais très fortement hésité à prendre son Khaal, première BD publiée du dessinateur, tant les dessins m’avaient impressionné. Ici il confirme qu’il sait tout dessiner, le mouvement, les expression (le visage de Wilhelm respire une telle folie qu’il n’est pas besoin des textes pour comprendre qui il est), les vaisseaux bien sur. Sécher est en train de travailler sur un tome de la série Conan chez Glénat et j’ai très hâte de voir ce que cela donne dans un univers fantasy!

Dans ces deux tomes on voit donc très peu le Meta-Baron et le personnage principal est clairement le méchant et sa créature, le nain génial Tétanus. Les auteurs sont su recréer l’univers de Jodorowsky et l’absence du maître est finalement une bonne chance car cela permet de « normaliser » un peu ces histoires qui, sans être devenues grand public, deviennent plus classiques je trouve. Résultat de recherche d'images pour "meta-baron sécher"Du reste les ambiances space-opera nous placent dans ce qui se fait de mieux avec Star-Wars et l’on prendrait goût à toute une série de one-shot sur des personnages dérivés de cette création. Le format en double album est enfin une très bonne chose (je l’ai déjà dit souvent sur ce blog, c’est a mon sens le format idéal, permettant la construction d’arcs successifs dans une série plus large).

Je ne m’attendais clairement pas à un album de cette qualité et craignais le réchauffé. Bien sur le dessin de Sécher y est pour beaucoup, mais comme on dit, le dessin fait lire l’album, le scénario donne envie de continuer. Et c’est le cas ici!

note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-lebadge-cml

Comics·Graphismes·Guide de lecture·La trouvaille du vendredi·Rétro

Travis Charest

La trouvaille+joaquim

Travis Charest fait partie des dessinateurs frustrants, de ceux qui vous subjuguent de facilité à chaque dessin mais après lesquels il faut courir pour trouver des albums de BD. Le dessin est un art injuste où qualité ne va pas nécessairement avec rapidité ou lenteur. Un Marini ou un Frank Cho ont une productivité incroyable, un Charest ou un Varanda sont plus laborieux. Chacun son rythme et malheureusement pour nous, si l’industrie BD européenne permet à ces auteurs industrieux de trouver leur place dans des projets adaptés, les Etats-Unis ne s’y prêtent guère, cantonnant toute une ribambelle de très grands dessinateurs à l’illustration de couvertures ou à l’illustration libre.

Je ne me souviens plus quand je suis tombé pour la première fois sur une image de Travis Charest, sans doute sur une couverture d’une BD Image (l’éditeur est né en même temps que mon intérêt pour les comics). En revanche, j’ai immédiatement sauté sur les premières publications en français de sa trop rare biblio:

  • Couverture de WildC.A.T.S / X-Men -1- L'âge d'orWildCATS/X-men l’âge d’or (soleil): dans ce one-shot en quasi noir et blanc laissant toute sa place au dessin magnifique du canadien, la WildCAT Zealot, guerrière extra-terrestre absolue, fait équipe avec Wolverine pour botter des fesses de méchants nazis alliés aux créatures Daemonites autour d’un parchemin aux pouvoirs incommensurables. On est pas loin d’Indiana Jones, Charest se fait plaisir dans cet univers rétro. C’est pour moi le meilleur album de l’auteur, avec une simplicité assumée, de l’action, de l’humour et un dessin magnifique sur l’ensemble des planches.
  • Couverture de WildC.A.T.S (Semic Books) -1- Wildcats 1WildCATS (SEMIC): toujours dans l’univers de la série créée par Jim Lee, ce one-shot est une succession d’histoires courtes dans l’univers des WildCATS. Le graphisme est encore une fois superbe, mis en couleur de façon très sympa (bien que je préfère les lavis du précédent) mais pour celui qui ne connait pas les personnages on ne comprend pas grand chose. Restent de vraies fulgurances visuelles et le plaisir des yeux.
  • Les armes du Méta-baron (Humanoides associés): cet album a toute une (difficile) histoire. Après avoir terminé la série La caste des méta-barons avec Jimenez, Jodorowsky a embauché Travis Charest pour un album dérivé, dans le même univers. Résultat de recherche d'images pour "les armes du méta-baron"Sans délais mensuel de publication, l’artiste pouvait se sentir plus confortable que dans son pays, mais après une trentaine de pages dessinées (et quelles pages!) en sept ans, le fantasque chilien a simplement viré Charest et complété l’album par le dessinateur Janjetov qui avait lancé la série Les Technopères. Histoire de caractères ou réel problème de rythme, toujours est-il que ce volume finalement sorti est inabouti tant l’écart graphique entre Charest en Janjetov est grand. Heureusement, le scénario insert la partie Charest dans un récit, ce qui permet de justifier ce changement. L’intrigue est assez redondante avec la série de Jimenez mais l’album propose sans doute les planches les plus abouties réalisées par Travis Charest jusqu’à ce jour. Très impressionnant.
  • Couverture de Spacegirl -1- Volume 01Spacegirl: sans doute dégoutté par cette expérience Travis Charest publie un webcomic, Spacegirl, qui aboutit en deux volumes publiés en petit tirage aujourd’hui spéculés sur internet. Heureusement l’auteur publie ses planches sur son blog, de même que Les armes du méta-baron.

Le style de Charest est plutôt européen, calqué sur une technique noir et blanc hachurée qui peut ressembler par moments à Serpieri, Sicomoro ou du Giraud. Plutôt un style 70’s mais avec des envies de bricolages rétro-futuristes. Contrairement à d’autres auteurs hyper-réalistes (je pense à Alex Ross), il parvient cependant à insuffler un certain dynamisme dans ses séquences. Le dessin n’est pas exempt de défauts mais l’ensemble dégage une telle personnalité artistique et une spécificité dans les textures qui rendent son trait tout à fait identifiable. Il est dommage que l’écurie de Travis Charest soit celle des Wildcats, série relativement mineure au regard des Big Two et que l’artiste soit finalement assez peu visible en comparaison avec des cadors du même niveau. L’avantage est que la taille de sa biblio vous permettra d’en avoir très rapidement une vision exhaustive. Il est pour moi l’un des plus grands dessinateurs en activité et je guette avec envie un éventuel futur projet de BD…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"Résultat de recherche d'images pour "travis charest"

Another Dreamshifters PageImage associée

Image associée

Résultat de recherche d'images pour "travis charest"