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Carthago #12: Albinos

La BD!

Douzième tome de 59 pages de la série Carthago, écrite par Christophe Bec et dessinée par Ennio Buffi. Parution le 03/02/2021 chez les Humanos.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Les Dents de l’Amère

Suite et fin du diptyque consacré au personnage de Kaine, hybride d’humain et de triton dont l’existence avait été prouvée dans les précédents cycles de la série. Kaine, du fait de ses particularités physiques, ne passe jamais inaperçu dans les endroits où il passe. Rejeté par certains et traqué par d’autres, Kaine mène une vie de paria et de fugitif. Tombé entre les griffes de Wolfgang Fiersinger, le Centenaire des Carpates, le jeune hybride a subi la curiosité déshumanisante du collectionneur jusqu’à sa fuite. Poursuivi de toutes parts, Kaine avait fini par tomber à nouveau en captivité, exposé telle une bête de foire par des malfrats indonésiens (tout prend son sens dans le contexte).

Mon ami le Meg

Chez un être né de l’union de la Terre et de la Mer, la liberté est un appel inévitable. Aussi Kane s’échappe-t-il encore une fois pour retrouver les étendues aquatiques. Il apprend alors que les ports sont en ébullition suite à une série d’attaques commises par ce qui s’apparenterait à un Mégalodon, créature antédiluvienne, prédateur le plus féroce à avoir jamais parcouru les océans réapparu mystérieusement.

Le jeune hybride n’est pas qu’un bon nageur: son héritage de triton l’affuble d’une sensibilité particulière et d’un lien mystérieux avec les animaux aquatiques. Kane le sent: le Mégalodon Albinos traqué par tous les chasseurs de requin en mal de reconnaissance court paradoxalement un grand danger. Il s’embarque donc dans une course contre la montre afin de sauver ce trésor de la Nature.

Christophe Bec poursuit son exploration des origines de l’un de ses personnages principaux. Dans ce préquel, on retrouve les incontournables piliers de la série, London Donovan, Fiersinger et l’Albinos. Néanmoins, c’est bien Kane qui demeure au centre de l’intrigue, lui et son lien privilégié avec l’océan. Les scènes d’action puisent dans les parangons du genre et offrent quelques moments bien rythmés. La qualité du dessin d’Ennio Buffi est désormais notoire et participe en grande partie à l’attrait de l’album. Ce douzième tome raccroche les wagons avec l’intrigue principale tout en révélant les origines d’une protagoniste.

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Moby Dick

Roman graphique de 44 pages de Bill Sienkiewicz, adapté du roman d’Herman Melville. Parution le 03/02/2021 aux éditions Delcourt. One-shot.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

C’est pas l’Homme qui prend la Mer

On ne présente plus Moby Dick, roman de 1851 de plus de 600 pages écrit par Herman Melville (l’ancêtre du musicien Moby !). Généralement considérée comme l’une des œuvres majeures de la littérature américaine, elle raconte avec force détails le parcours d’Ismaël, jeune marin embarqué sur le baleinier Pequod. Tyrannisé par le Capitaine Achab, l’équipage du Péquod est lancé à la poursuite de Moby Dick, un fameux cachalot albinos connu pour sa férocité, dont Achab désire se venger. Le capitaine, unijambiste depuis sa dernière escarmouche avec la bête, est prisonnier de son obsession, et va entraîner son équipage dans un périple dont tous ne sortiront pas indemnes.

L’une des caractéristiques de Moby Dick est sa forte documentation, qui lui donne une authenticité rarement égalée depuis. En effet, le roman regorge d’éléments techniques sur la navigation et la chasse à la baleine, démontrant ainsi toute l’implication de Melville dans la rédaction de son roman.

Moby Dick fourmille également de symboles forts, qui furent repris de nombreuses fois depuis. La farouche baleine est vue par non pas comme un simple animal, mais comme une force de la Nature, une sorte de rétribution divine et insondable, qui n’est d’ailleurs jamais surmontée dans le roman. On trouve également dans le récit de profondes réflexions sur la nature du Bien et du Mal, et l’on ne compte plus non plus les références bibliques.

Chasse mortelle

Avec cette adaptation, Bill Sienkiewicz réussit l’exploit de condenser le roman-fleuve tout en conservant sa cohérence. Pour ce faire, l’auteur brise les codes narratifs pour mieux s’affranchir de carcans qui l’auraient desservi pour adapter ce classique hors-norme. Son trait tantôt réaliste, tantôt onirique fait de chaque planche un véritable tableau, un régal pour les yeux. La narration est tout de même très dense, l’album sera donc à conseiller aux lecteurs rompus aux textes prolifiques.

L’auteur privilégie la vengeance d’Achab, sans s’attarder outre-mesure sur les techniques de chasse des baleiniers, renforçant ainsi la cohérence thématique. Sienkiewicz nous rappelle que chez Achab, la vengeance a eu raison de la raison elle-même, et que celui qui combat des monstres doit, bien souvent, s’attendre à en devenir un lui-même.

Un classique intemporel à découvrir !

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Sirènes & Vikings #3: La Sorcière des mers du Sud

Troisième tome de 52 pages de la série créée par Gihef, avec Livia Pastore au dessin. Parution le 06/01/2021 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci auxHumanos pour leur confiance.

Triton et Juliette

Après deux tomes axés sur le conflit entre les norrois et les créatures aquatiques, voici venir un troisième tome centré davantage sur le royaume du peuple des mers. Blodughadda, l’une des neuf filles du roi Aegir, coule des jours insouciants, qu’elle occupe essentiellement à jouer des tours à ses sœurs. Un beau jour, sa mère lui confie la garde de Gildwin, un singulier triton affublé d’une marque runique identique à celle de la jeune sirène.

Initialement réticente, Blodughadda va peu à peu ressentir une connexion spéciale avec le triton, malgré le caractère prohibé de leur relation. En effet, les lois sous-marines édictées par Aegir interdisent les liens entre sirènes et tritons, confinant ces derniers aux grottes sous-marines dans lesquelles ils n’ont d’autre choix que de s’adonner à leurs bas instincts.

Gildwin, fort de son signe distinctif, développe bien vite des dons pour la magie, ce qui l’amène inexorablement vers une voix qui l’appelle dans les abysses, une voix liée au secret de ses origines…

Ariel la petite sorcière

Ce troisième tome vient apporter une rupture de rythme salutaire, après deux tomes mettant les sirènes face aux vikings. Ici, l’on en apprend davantage sur le folklore des sirènes, leurs coutumes et le rôle des tritons dans la hiérarchie sous-marine. Les guerriers du Nord, quant à eux, sont relégués au second plan, ce qui permet à la série de reprendre son souffle, certainement pour un retour en fanfare au prochain tome.

Gihef met donc à profit la trame classique des « star-crossed lovers » (amants maudits en français) pour explorer plus avant son univers, insufflant dans ce tome une réflexion quant aux traditions et archaïsmes inhérents à une société de castes.

Sirenes et Vikings maintient donc sa qualité, tant sur le plan narratif que sur le plan graphique !

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Sirènes et Vikings #2: Écume de nacre

La BD!

Deuxième tome de 52 planches, de la série imaginée par Gihef, avec Marco Dominici au dessin. Sortie le 04/11/20 aux éditions des Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Fille des Mers, Enfant des Terres

Le village de Kättegland jouit d’une position de choix dans le détroit de Skagerrak, assurant à ses vikings un contrôle ferme sur les mers environnantes. Au sein du village, le Jarl Lothar prépare son fils Svein à lui succéder, mais le vétéran sait que son fils n’est pas le guerrier le plus vaillant de la communauté. Ce titre revient sans conteste à Freydis, jeune fille de pêcheur à la férocité et à la combativité sans égales.

Ce que les vikings de Kättegland ignorent, c’est que la force de Freydis s’explique par ses origines peu communes. En effet, elle n’est pas fille de viking, mais vient d’une glorieuse lignée de Sirènes, créatures mythiques ayant déjà causé bien des soucis aux norrois. Contrainte à l’exil à cause d’une prophétie, Freydis fut recueillie par un modeste couple de pêcheurs, consciente que sa nature véritable lui vaudrait l’opprobre des hommes.

C’est pas l’Homme qui prend la Mer

Loin des siens qui l’avaient rejetée, Freydis a ainsi pu s’épanouir, tout en cachant sa nature, grâce au don de sa lignée: celui d’avoir des jambes une fois sur la terre ferme, ce qui lui permit de ne pas se faire remarquer autrement que par sa bravoure.

Cependant, la flotte de Lothar revint un jour vidée de tous ses marins, à l’exception d’un seul survivant prostré à peine capable de prononcer le mot « sirènes »… la guerre est donc déclarée (encore) entre les vikings et le peuple de la mer.

Comme dans le premier tome, les auteurs s’amusent à nous transporter dans un monde fort en archétypes, celui des vikings, et y introduisent assez rapidement les mythiques sirènes. L’idée ici est toujours de confronter les deux peuples, sur fond de guerres de territoires et de conflits de loyauté.

Freydis, passerelle entre les deux mondes, sera-t-elle le catalyseur de la paix ou laissera-t-elle sa rancune décider de son allégeance ? La question nous tient en haleine tout au long de l’album, même si l’intrigue comporte moins de rebondissements que sur le premier tome, qui pouvait compter sur le triangle amoureux des protagonistes pour complexifier le tout.

Cette Écume de nacre est donc plus franche, plus brute dans son traitement de l’action, et nous offre des scènes de batailles plus brutales, en exhibant les différentes aptitudes des Sirènes en fonction de leur ascendance. L’univers original mis en place par Gihef trouve son ton et continue de s’étoffer. Pour le troisième tome, espérons que le conflit prendra un tournant surprenant en s’appuyant sur une mythologie riche et des personnages forts et nuancés, comme c’est le cas dans ces deux premières parties.

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Sirènes & Vikings #1: Le Fléau des Abysses

La BD!

Premier album de 52 pages, d’une tétralogie, écrit par Françoise Ruscak et dessiné par Philippe Briones, sur une idée originale de Gihef et d’Isabelle Bauthian. Parution le 09/09/20 chez Humanoïdes Associés.

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Merci aux Humanos pour leur confiance.

Touché-Coulé

Outre leur culture guerrière, leur férocité et leurs dieux à marteaux, les Norrois furent connus pour leurs talents de navigateurs, et dont certains indices historiques laissent penser qu’ils auraient pu découvrir les Amériques bien avant un certain C. Colomb.

Et si ces remarquables marins conquérants avaient eu maille à partir avec des habitantes des mers, les mythiques Sirènes ? C’est le point de départ de cette anthologie qu’est Sirènes & Vikings, prévue en quatre tomes.

Après une escarmouche en mer qui coûta une fois de plus la vie à une sirène, Arnhild, princesse du royaume sous-marin, décide contre l’avis de sa reine de réveiller de Jormungand, terrible dragon des mers, créature invincible capable de déchiqueter les vaisseaux vikings.

Ingvald, le fils du Jarl, s’illustre davantage par son esprit affûté que par sa force brute. Conscient du danger que représentent les sirènes et leur monstre, il imagine un plan destiné à s’emparer de la conque magique permettant d’asservir le Jormungand. Le conflit entre norrois et sirènes pourra-t-il se résoudre sans conduire à l’extermination des deux parties ?

Roméo et Ariel

Il est indéniable que Sirène & Vikings bénéficie d’un pitch simple et accrocheur: un peuple de navigateurs affronte un peuple marin mythique. L’auteure s’appuie sur différents éléments de mythologie pour ériger un univers qui demeure cohérent tout en étant fantastique, à grands renforts de dragons des mers et de trolls.

Cependant, l’on voit assez rapidement que la guerre entre les deux clans sert en fait de simple cadre à quelque chose de plus grand: l’amour. Amours rendues impossibles par la haine aveugle que se vouent les Vikings et les Amazones des mers, mais qui auraient pu ironiquement les rapprocher.

Comme dans toute querelle intergénérationnelle, la haine finit par se suffire à elle-même, et les belligérants se font la guerre sans se connaître, en se basant simplement sur des préconçus voulant que l’autre camp est maléfique. Cette perpétuation du cycle de violence est bien sûr exacerbée par des quiproquos amoureux, des rivalités politiques, et bien entendu, par des complots visant le trône.

Il est plaisant de constater que la série s’offre un équilibre très bien trouvé entre la romance et le conflit, les deux étant interdépendants et indispensable à la bonne conduite de l’intrigue. L’autre point appréciable et la fongibilité des stéréotypes de genre, qui offre encore ici une nouvelle piste de réflexion.

Les dessins de Briones, déjà connu pour la version Rebirth d’Aquaman, font ici des merveilles, grâce à des décors sous-marins magnifiques et des personnages bien campés au travers d’un trait propre et assuré. Toutefois, l’on peut se demander si le reste de l’anthologie n’en viendra pas à se répéter, l’essentiel des enjeux étant exploré dans ce premier tome. Faisons confiance aux auteurs qui se succéderont pour ouvrir d’autres pistes !

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L’Ange d’Yeu tome 1: Anges et Démons

La BD!

Premier tome de 46 planches de la série écrite par Pascal Davoz et dessinée Nicolas Bègue. Parution le 17/06/20 aux éditions Paquet.

Il était un petit navire

badge numeriqueEn 1936, Ange est un pêcheur expérimenté, qui a dédié sa vie à la mer. Il ne fait qu’un avec son bateau, hérité de son père, l’Ange d’Yeu, baptisé d’après l’île natale du sardinier. Ange aime tant son bateau qu’il fait pour ainsi dire partie de lui, et ferait presque de l’ombre à Agathe, son épouse, et à leur tout jeune enfant.

Gaston, le postier, le sait bien et n’espère qu’une chose: détourner la belle Agathe de son mari afin d’accaparer ses faveurs. Pour cela, le rival est prêt à employer tous les stratagèmes possibles, même les plus perfides. Ange va devoir redoubler de prudence s’il ne veut pas tout perdre sur l’autel de la cupidité du sournois postier.

Toutefois, il n’y a pas que ça. Depuis quelques temps, Ange est hanté par d’étranges rêves, durant lesquels il se voit, à différentes époques, invariablement confronté à un choix: sauver son épouse ou son bateau, et systématiquement, Ange choisit son embarcation, que ce soit face aux romains, aux vikings, aux croisés ou aux royalistes.

Lorsque les conspirations de Gaston emmèneront Ange sur un navire de guerre, ce dernier devra échapper aux nazis s’il veut espérer revoir sa femme…et son bateau.

Triangle (amoureux) des bermudes

Pascal Davoz réussit à nous embarquer dans un récit mêlant mystères oniriques et intrigue amoureuse, le tout étant savamment dosé. Les séquences de rêves et les complots tramés par Gaston dans le présent alternent pour nous mener aux prémisses d’une plus grande aventure.

Quelle est l’origine de ses étranges rêves ? Sont-ils une forme de métempsychose ou un avertissement ? Une fois réellement confronté au choix, Ange choisira-t-il réellement son bateau ? Survivra-t-il à l’Odyssée qui se profile devant lui ?

Le deuxième tome de la série devrait nous éclairer encore davantage, ou qui sait, épaissir encore le mystère !

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Glaucos #2-4

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Manga de Akio Tanaka
Glénat (2006-2007) – Kodansha (2004), 220p./volumes, série finie en 4 tomes.

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  • Tome 2

badge numeriqueCissé est parti à la conquête du titre de meilleur apnéiste, mais confronté à la société occidentale et aux exigences que le corps médical lui impose son tempérament fougueux éclate. L’immersion est trop brutale pour quelqu’un qui n’était jamais sorti de son îlot… Alors que Haruka a identifié un phénomène d’hyper oxygénation du sang de Cissé lié à sa rate très particulière, le trio part bientôt pour le championnat du Japon où sa première confrontation en compétition va lui être offerte…

Sur une série très courte la progression dramatique est logiquement rapide et ce second tome se concentre sur les analyses médicales et sur la compétition où l’on retrouve la force des images du film Le Grand bleu. Le personnage de Cissé est un peu agaçant mais on se passionne pour ce milieu très particulier et les explications de l’auteur sur le fonctionnement biologique et psychologique de ce sport. On n’oublie pas un peu d’humour pour faire respirer les images avec quelques personnages dédiés au rôle comique.

  • Tome 3

Liste des critiques concernant Glaucosbadge numeriqueL’avant-dernier tome marque une rupture puisque apparaît enfin le « méchant », le champion du monde Petit qui a autrefois trahi son maître Claude. Après une initiation à la méditation Zen dans un monastère le héros va donc découvrir que la philosophie d’harmonie véhiculée par son mentor n’est pas partagée par tous et que Cissé a trouvé dans ce sport un moyen d’ascension sociale en gagnant beaucoup d’argent grâce aux sponsors. Dès 2004 l’auteur abordait donc la question aujourd’hui omniprésente du poids de l’argent dans le fonctionnement des sports… C’est donc un combat d’idées et d’approche de ce sport qui va clôturer le manga alors que Cissé organise une compétition privée destinée à montrer au monde qu’il est le roi… En maintenant une absence depuis le premier volume l’auteur a réussi à créer un personnage d’antagoniste très charismatique qui réussit parfaitement son entrée et titille notre curiosité pour savoir dans l’ultime tome si Cissé parviendra sans accident à vaincre et si les bribes d’idées fantastiques se matérialiseront ou resteront une mythologie en arrière-plan.

  • Tome 4

Glaucos Chapter 41 page 2badge numeriqueDernier tome surprenant et sous le tome d’un suspens auquel le mangaka ne nous avait pas habitué! Le volume commence par l’affrontement sous-marin avec Cissé parfaitement mené. On est … en apnée tout au long de cette descente quasi muette avec la crainte des deux amis de Cissé sur les risques physiologiques de cette course. Suite à cette plongée rien ne sera plus comme avant et la société Erebos va jeter son dévolu sur le prodige et en faire son cheval de course médiatique en le retirant de la protection de Claude et Haruka. On subit ainsi des sauts émotionnels et temporels assez brutaux mais maîtrisés dans cette critique sèche de la société du spectacle sportif où la santé des athlètes est bien peu de choses face à la communication et aux performances toujours plus loin… Cette très belle série s’achève dans une certaine mélancolie assez pessimiste après une dernière plongée où l’onirisme métaphysique rejoint le mythe saupoudré tout le long du manga en n’oubliant pas de rappeler les conséquences des essais nucléaires français dans le Pacifique. Une très jolie conclusion pour un beau manga.

***·Manga·Numérique·Rapidos

Glaucos #1

esat-west

Manga de Akio Tanaka

Glénat (2006-2007) – Kodansha (2004), 220p./volumes, série finie en 4 tomes.

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Cissé est né dans la mer, mystérieusement, et sauvé par des dauphins. Ayant grandi auprès d’un pécheur sur un îlot du Pacifique, il est un jour repéré par l’ancien champion du monde de plongée en apnée qui voit en lui le successeur destiné à récupérer le record de profondeur…Killy on Twitter: "À noter qu'Ascension est une adaptation du ...

L’ouvrage commence comme un mythe, surprenant, un peu brutal: l’image d’une femme accouchant au milieu de l’océan, sur des planches en couleur de toute beauté et très poétiques. Puis on bascule dix-sept ans plus tard: Cissé, jeune homme longiligne et sec, aux yeux et lèvres le rapprochant des poissons, danse au fond de l’eau. Le rythme de ce premier tome avance vite puisque en deux-cent pages on assiste à la naissance de Cissé, son départ pour le Japon, lui qui n’a jamais reçu la moindre éducation scolaire et n’est jamais parti de son îlot, ses analyses médicales surprenantes et le début de sa formation pour reconquérir le titre de champion détenu par un certain Petit dont l’image commence déjà à hanter le jeune homme. Les interactions entre les personnages sont assez intéressantes, avec ce champion déchu et revanchard dont on soupçonne la manipulation, la chercheuse qui voit en Cissé l’archétype de l’évolution du genre humain et ce héros tout à fait immature qui va devoir apprendre que les capacités innées, aussi incroyables soient-elles, ne suffisent pas sans entraînement et travail. Le travail graphique est plutôt réussi avec de très beaux paysages et des visages de type franco-belge malgré quelques faiblesses anatomiques assez surprenantes. J’ai retrouvé dans ce bel album l’énergie sport-nature d’Ascension de Shin’ichi Sakamoto (sorti après Glaucos), avec des images de nature aquatique, l’aspect technique du sport extrême et la figure classique du jeune homme rebelle mais à la volonté d’airain.  Une belle découverte!

BD·Mercredi BD·Nouveau !·Numérique·Service Presse

Ar-men: l’enfer des enfers

BD d’Emmanuel Lepage
Futuropolis (Gallimard), 96p. + 1DVD documentaire.

couv_312102Ar-men est le phare le plus à l’ouest de la Bretagne. Un phare construit de main d’homme au milieu du XIX° siècle sur un rocher de quelques dizaines de mètres, au milieu des flots. De sa construction à sa dernière occupation, c’est le récit d’une partie de la Bretagne, d’une culture, d’une persévérance et d’un lien des hommes à la mer qui nous est relaté. C’est également le récit d’un homme et de ses fantômes.

Chaque nouvel album d’Emmanuel Lepage est désormais un événement dans la sphère bdphile. Auteur entier ne recherchant pas la facilité, doté d’une technique sans faille et d’une sensibilité esthétique qui ne fait pas de doute, il parvient livre après livre à parler de ses passions et questionnements très personnelles dans des œuvres passionnantes. Je le suis depuis la Terre sans mal, magnifique voyage ethnographique en terre d’Amazonie (pour moi son plus bel album) mais j’avais passé mon chemin sur ses carnets de voyages, genre qu9782754823364_p_1.jpg‘il a entamé il y a quelques années et qu’il peaufine désormais en des albums à cheval entre la fiction et le reportage. La Lune est blanche, relatant l’expédition en Antarctique de l’Institut Polaire qu’il a suivie (à travers une BD agrémentée de photographies de son frère)  m’avait littéralement passionné et j’ai entrepris de reprendre mon retard. Son dernier album inspiré des Voyages d’Ulysse m’avais laissé sur ma fin, trop réflexif. Ar-men est cette fois beaucoup plus classique et forme l’une de ses plus belles réussites.

Dès l’introduction, très cinématographique, Lepage laisse exploser son talent, sa maîtrise des plans aériens, de couleurs maritimes éclatantes en suivant une mouette progressant  et nous emmenant de la pointe du raz à l’île de Sein et jusqu’au phare proprement dit. planches_58153.jpgLà, deux hommes et une jeune fille résident dans un fut de dix-mètres de diamètre au milieu des flots… Chaque soir une grosse vague risque de briser la porte ou jusqu’aux vitres de la lanterne. Pourtant ils sont là pour sauver des vies, celles de marins au large qu’ils guident par leur lumière salutaire. La vie dans le phare est rapidement relatée avant d’entamer le récit à la jeune fille des légendes bretonnes de la ville d’Ys, de Dahut et de l’ensevelissement par les eaux, puis de la construction du phare il y a un siècle en creusant barre de fer à la main une roche battue par les flots. C’est une véritable aventure, du même souffle que celle de l’Endurance que j’ai chroniqué sur ce blog, qui nous est relatée via des planches toutes plus magnifiques, tantôt historiques, tantôt naturaliste (les flots, les oiseaux, le vent). Lepage est breton et fusionne avec sa terre, comme jamais dans cet album. L’on sent le lien aux éléments qui unit ces hommes simples de Sein, cette nécessité de vivre sur la mer, de la mer, pour la mer. Ironie de leur situation, ces marins vivaient des naufrages et vont vivre par et pour le phare destiné à éviter ces naufrages…

182985491Lepage sait agencer l’histoire, le mythe, le contemplatif et le cheminement personnel de ses personnages en une alchimie parfaite, passionnante, graphiquement superbe et variée. Et ici l’album prend une dimension supérieure lorsqu’est révélé brutalement le passé du gardien. Tout en subtilité, en maîtrise Emmanuel Lepage réalise alors un grand album comme son talent, humain, sensible.

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NB: l’album a été lu en numérique ce qui m’empêche malheureusement de mettre 5 calvin…

Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Noukette.

D’autres avis chez: Mo‘,Brize, Blandine, Jérôme, Antigone, Lecturissime, Bricabook,