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Eli & Gaston #2 La Forêt des souvenirs

Second tome de la série écrite par Ludovic Villain et dessinée par Céline Dérégnaucourt. Parution le 17/09/2021 aux éditions Ankama.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur confiance.

Voir sans oublier

Eli et son chat Gaston sont inséparables. La jeune fille espiègle est revenue passer les vacances d’automne chez sa grand-mère Jo, qui vit à l’orée d’une immense forêt. Un soir, alors qu’Eli confesse son ennui à son félin ami, Mia, une chatte sauvage qui ne laisse pas Gaston insensible, débarque pour prévenir ses amis qu’un voleur est entré dans la maison.

Le sang d’Eli ne fait qu’un tour et la voilà descendue dans la cave, où une silhouette masquée est effectivement en train de fouiller les affaires de Jo. Malgré leur ardeur, ni Eli, ni Gaston, ni Mia ne parviendront à stopper le voleur, qui prend la poudre d’escampette avec une mystérieuse carte. Après quelques investigations, Eli découvre l’identité du coupable: Hermine, une jeune fille au caractère revêche, qui vit en plein cœur de la forêt avec son grand-père Edmond, qui est l’un de ses derniers gardiens.

Hermine et Edmond sont à la recherche de la Fleur de Lune, qui ne pousse qu’une fois tous les 100 ans, et qui permet à celui qui la cueille de retrouver tous ses souvenirs. Et le vieil homme, gagné par la sénescence, en a bien besoin afin de transmettre son vaste (et nébuleux) savoir à sa petite-fille qui doit lui succéder. Eli & Gaston s’engagent donc dans une quête sylvestre pour trouver la Fleur de Lune. Quels dangers devront-ils braver pour atteindre leur but ?

Le premier tome d’Eli & Gaston faisait mouche grâce à un univers à la fois naïf et profond, des personnages attachants et de belles thématiques, mises en valeurs par le trait accueillant et enfantin de Cécile Dergnaucourt. La recette est ici la même, avec quelques ingrédients supplémentaires qui satisferont les lecteurs séduits par le premier tome.

Le ton est léger, mais les enjeux sont clairement établis et le danger, s’il ne fait jamais réellement craindre pour la vie de notre duo, reste quand même suffisamment sérieux pour conserver notre intérêt jusqu’à la fin de l’album. L’album, qui peut se lire indépendamment du premier, traite avec poésie de sujets intéressants, comme celui de la transmission du savoir et des traditions, la discipline et la volonté d’apprendre, ou encore le lien qu’un individu conserve avec son propre passé et qui constitue une part même de son identité.

Graphiquement très travaillé, cet album jeunesse doux et philosophe ravira sans doute les jeunes lecteurs et lectrices.

****·Manga·Service Presse

My broken Mariko

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Manga de Waka Hirako,
Ki-oon (2021) – One-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

Les éditions Ki-oon ont eu un coup de cœur pour ce premier one-shot d’une jeune mangaka et ont particulièrement soigné l’édition. Outre un dossier de presse aux petits oignons, le volume proprement dit a une jaquette gaufrée avec sa superbe illustration de couverture et ajoute au manga un passionnant et profond entretien et last but not least, le premier manga dessiné par elle, une histoire courte dont elle parle dans l’entretien. On ne peux pas demander plus pour entrer dans la tête de l’autrice et tout cela mérite un Calvin!

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Lorsqu’elle entend à la télévision que sa meilleure amie Mariko s’est donné la mort, Tomo n’en croit pas ses oreilles. Les deux amies se connaissent depuis l’école, dans une relation intime où la fragilité de Mariko a répondu au besoin maternel de Tomo. Dévastée, la jeune femme décide alors de se rendre chez le père tortionnaire, alcoolique, de Mariko pour récupérer l’urne funéraire de son âme sœur…

My Broken Mariko - BD, informations, cotesSur le suicide, sujet particulièrement sensible au Japon, il y a deux approches possibles. Celle de Guillem March l’an dernier était fantastique et allégorique en se concentrant sur la suicidée. Celle de Waka Hirako se focalise sur celle qui reste, Tomoyo. la sensibilité de cette histoire est surprenante d’autant que l’autrice n’y va pas par quatre chemins: Mariko a eu une vie brisée par un père dément d’alcool, victime de violences quotidiennes, de viol incestueux et bien entendu de harcèlement psychologie culpabilisateur… Un cocktail tristement classique dans ce genre de cas et l’on comprend vite que ce suicide est un soulagement pour la victime. Le manga n’aborde pas le pourquoi ni les raisons familiales et sociétales de ce phénomène mais se concentre sur le souvenir de la disparue et la difficulté à accepter la réalité du deuil par son amie. Le scénario prend ainsi la forme d’un road-story nerveux où le trait hargneux, comique et subtile selon les séquences, accompagne magnifiquement une traversée de l’esprit fiévreux de Tomo qu’il nous est proposé d’accompagner.

Outre le ton étonnamment plutôt léger qui facilite notre voyage, la surprise vient de la personnalité du personnage principal. Hirako explique dans l’entretien final ses références culturelles résolument occidentales, voir franco-belges pour ce qui est de la BD (citant Frederik Peeters ou Vivès, deux auteurs à la technique et à l’expressivité très fortes). Et l’on ressent dans ce personnage ce trait très peu japonais, avec une jeune fille masculine, refusant de se soumettre au sacro-saint respect des anciens et des traditions. En cela cette histoire est assez rock-n’roll et il est agréable de savoir qu’elle a parlé aux lecteurs japonais (le manga a été un grand succès et a été primé) tellement il semble destiné à un lectorat européen, tant dans le dessin que dans la narration.

TheFrenchPhenom on Twitter: "J'ai été très touché par le manga "My Broken  Mariko" qui raconte l'histoire d'une femme qui essaie de surmonter le  suicide de sa meilleure amie. C'est bourré de momentsLe découpage reflète l’intrusion subite de souvenirs dans la tête de Tomo, comme possédée par une douleur psychologique qu’elle ne parvient pas à contrôler. Les jolis moments de tendresse succèdent aux sauvetages violents de Mariko par son amie. Soucieuse de ne pas tomber dans un gros pathos, l’autrice ne parle presque pas de culpabilité, plutôt d’incrédulité devant l’inéluctable, l’incapacité à voir venir ce qui nous semble pourtant à nous lecteurs inéluctable. On sent ainsi la complexité à dissocier un quotidien d’une analyse qui nécessite du contexte. Mariko se précipitant dans les bras du premier tortionnaire venu dès qu’elle a atteint l’âge adulte, convaincue qu’elle mérite sa situation, Tomo incapable d’anticiper les conséquences d’une vie détruite et se contentant de jouer les pompiers.

On ressort de cette lecture touchés par ces deux vies, amusé aussi par les grimaces du personnage principal et ses acrobaties cartoonesques. Dans ce récit intime on ressent la sensibilité et la grande intelligence de l’autrice dans la façon de raconter des ressentis intérieurs, une tempête dans une tête, sans plomber à aucun moment le lecteur. Rarement un entretien avec un auteur aura autant donné envie de poursuivre une bibliographie. Ce récit court et plein d’amour marque la naissance d’une véritable autrice que l’on suivra avec grande attention.

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***·BD·Jeunesse·Nouveau !

Mickey et la terre des anciens

Jeunesse

BD de Denis-Pierre Filipi, Silvio Camboni et Samuel Spano.
Glénat (2020), 65p.,, one-shot.

Comme tous les albums de la collection l’édition est superbe, avec dos toilé, vernis sélectif et superbe maquette. Une double page en fin d’album présente des essais de couverture et l’intérieur de couverture reprend une galerie de personnages de l’album, à la sauce Tintin. Bien entendu avec un tel graphisme on aurait aimé un cahier final plus fourni mais en l’état on en a franchement pour son argent avec ce très bel ouvrage dans sa bibliothèque.

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Depuis la disparition de Dingo dans le grand vortex Mickey est hanté par des cauchemars. Dans l’archipel flottant les sbires du seigneur fantôme harcèlent de plus en plus les amis du maître cordier dont le talent sert à rattacher les lopins les uns aux autres. Lorsque la Guilde de Pat Hibulaire lui demande de les aider à renverser le tyran, Mickey doit faire un choix…

Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés CultureIl y a des collections très inégales comme celle de Conan le cimmerien, où le talent des auteurs ne suffit pas toujours à sublimer un texte d’origine parfois pauvre. Et puis il y a Mickey dont la collection originale Glénat en est déjà à son douzième tome (plus quatre hors-série) et qui, avec un cahier des charges finalement assez bref laisse libre court à l’imagination des auteurs, aussi diverse que peut l’être l’univers de Mickey. Déjà à l’origine d’un Océan perdu steampunk à la narration ambitieuse et surprenante, Filipi et Camboni remettent le couvert avec ce superbe nouvel album où l’on retrouve les codes déjà installés précédemment: un récit non linéaire qui perturbera cette fois moins les plus jeunes lecteurs, une disparition et surtout la création d’un monde neuf. La première qualité de l’album (outre donc les dessins et surtout les sublimes couleurs!) est donc ce monde aérien, cet archipel de terres éclatées parcourues par des courants qui parfois propulsent avec danger des blocs « dérivants » pouvant percuter d’autres blocs ou des voyageurs à dos d’oiseaux. Le découpage fait la part belle à ces paysages fantastiques à force de doubles pages magiques agrémentées de cases insérées, proposant une aération qui fait ressentir cet espace panoramique.

Si l’intrigue suit le schéma Disney avec un retors Pat Hibulaire, une menace manichéenne comme il faut et des amis à sauver, il faut noter l’importance, une fois n’est pas coutume, de Minnie, dont l’omniprésent courage à aller récolter des indices archéologiques sur les dérivants laisse le héros assez apathique et passif. Un peu comme chez Valérian, ce sont les amis qui dénouent l’intrigue et Mickey fait office d’avatar pour lecteur propulsé dans cette aventure. Le worldbuilding est ainsi parfaitement attendu et réussi et l’on peut se demander comme souvent pourquoi l’on a encore cherché à se caler sur un cadre contraint alors que n’importes quels personnages auraient tout à fait pu animer cette histoire…Mickey & la terre des anciens: tremblement de terre et d'air dans un monde  de Disney marié au Seigneur des Anneaux – Branchés Culture

On ressent ainsi par moment l’envie de plus, de développer un peu plus ce gros album avec cette idée de guide de résistants à l’oppresseur que l’on voit finalement assez peu si ce n’est dans leur cité-pirate au design là aussi magnifique à défaut d’être tout à fait originale. Il y avait de quoi, avec ces hiéroglyphes dont on nous dit assez peu et cette conclusion très brève sur la fameuse Terre des anciens. On termine ainsi ce magnifique objet un peu frustré en tant que lecteur adulte (mais l’album nous est-il destiné?…) mais conquis par le voyage promis au pays des terres flottantes, les yeux plein d’étoiles… comme un enfant devant un Disney.

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Thorgal: le cycle de Shaïgan

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BD de Jean Van Hamme et Gzegorz Rosinski
Le Lombard (1991-1997), cycle de 5 volumes.
Disponible dans le quatrième volume de l’intégrale nb chez Niffle. et dans le diptyque du Lombard (épuisé) comprenant étrangement les seuls marque des bannis et La couronne d’Ogotaï.

Ce troisième billet de guide de lecture de la saga s’intéresse au dernier véritable cycle de Thorgal, le Cycle de Shaïgan où le héros va perdre la mémoire et se retrouver dans la peau du terrible pirate Shaïgan. Comme vous le constaterez, à mesure que la sève scénaristique de Van Hamme s’est tarie la taille des cycles a grossi jusqu’à brouiller les bornes. Ainsi, si le cycle du Pays Qâ commence véritablement avec l’apparition du personnage de Kriss de Valnor dans Les archers, celui de Shaïgan débute sur La Gardienne des clés à la fin duquel il décide de quitter les siens. Cet album marque avec L’épée soleil (qui voit le retour de la méchante) une sorte de diptyque préparatoire. On peut donc envisager le cycle de Shaïgan sur sept tomes et non les cinq que j’aborde ici. Après La cage viendront cinq albums solo tout à fait commerciaux et très loin de l’inspiration des origines puis un petit miracle avec la reprise de la série par Yves Sente sur le cycle de Jolan qui aurait dû marquer le point final de la série. Mais j’y reviendrais dans un billet consacré à ce cycle particulier.

L’apparition d’anciens ennemis et les caprices des Dieux ont lassé Thorgal des dangers dans lesquels il met sa famille. Souhaitant les protéger il décide de s’éloigner sans se rendre compte que les conséquences seront plus terribles encore pour Aaricia, Jolan et Louve. Il apprend bientôt qu’une Forteresse invisible, cachée des Dieux, doit lui permettre de se faire oublier des habitants d’Asgard…

Longtemps mal perçu par moi du fait d’une structure compliquée qui semble évoluer au fil des albums, avec la forte impression que le talent brut de Jean Van Hamme permet seul de donner une cohérence à l’ensemble en sortant de son chapeau quelques idées géniales, ma relecture avec ma fille m’a permis de réhabiliter quelque peu ce cycle. Shaïgan correspond à une époque où la nouvelle série Largo Winch aspire toute la sève du créateur (avec un troisième diptyque H/Dutch connection qui est pour moi le meilleur de la série), laissant par exemple le pauvre XIII dans ses laborieuses aventures sud-américaines. A partir de cette époque les lecteurs sentent que le poids financier de ces deux séries oblige ses auteurs à les prolonger sans que ni l’envie ni la nécessité créatrice ne le justifient.  Malgré cela Van Hamme a encore assez de génie pour proposer, notamment sur La marque des bannis et La couronne d’Ogotaï, peut-être les deux meilleurs albums de la série! Si La Forteresse invisible propose une aventure assez classique de Thorgal (donc au-dessus de la moyenne des séries équivalentes), l’album suivant est le seul et unique où le héros est totalement absent! Idée gonflée et superbe qui permet aux auteurs d’assumer une description particulièrement sombre en faisant assumer à la douce Aaricia de terribles supplices. C’est dans la structure narrative que le hollandais maîtrise à la perfection, la chute (qui plus elle sera profonde et terrible plus elle surprendra le lecteur et permettra une ascension dramatique puissante derrière) que l’album sort du lot. Le principe de détruire fort pour rebâtir haut. Cela permet aussi pour la première fois de véritablement faire monter Jolan sur la scène, jeune garçon qui sera au cœur de La Couronne d’Ogotaï, comme son titre l’indique, rattachée au cycle précédent.

Couvertures, images et illustrations de Thorgal, tome 21 : La ...En rappelant le thème SF avec le voyage temporel, le scénariste utilise un gros Deus Ex machina… qui passe pourtant sans problème tant l’album est héroïque et résout partiellement les problèmes du personnage. Ce thème avait déjà été utilisé en one-shot sur le superbe Maître des montagnes, mais ici l’insertion de liens profonds, tels les grands arcs des comics qui convoquent parfois des personnages ou évènements passés il y a des années et des dizaines d’albums, crée une familiarité et un intérêt indéniable. La Mythologie Thorgal fait son effet et c’est là toute la force d’une série qui n’oublie jamais son passé pour le voir ressurgir régulièrement. Ces deux albums, outre de créer de nouveaux personnages importants pour la suite, sont la rampe de lancement vers ce qui tardera un peu à venir, le cycle de Jolan lors du passage de témoin à son successeur Yves Sente.

La suite est assez classique même si on y retrouve de beaux dessins et la mythologie magique chère à la série, et se conclut sur une séquence puissante dans la Cage où refusant un happy end trop facile, Van Hamme montre combien la souffrance d’Aaricia ne peut s’effacer par le simple retour d’un héros toujours naïf. Cette belle histoire d’amour universelle aurait pu s’arrêter là tant tant la boucle semblait bouclée, le lecteur sachant que la fuite en avant pourrait ensuite se prolonger en tirant vers le ridicule.Géants - Tome 22 - Thorgal-BD

Graphiquement Rosinski est toujours au niveau dans son style classique et ne passera en couleur directe (après les expériences de Western et du Comte Skrabek) que sur le dernier album du duo, le Sacrifice, après cinq albums où dessin comme scénarios seront devenus assez piteux. On se contente alors pour les plus fans des couvertures toujours superbes… Le Cycle de Shaïgan mérite d’être (re)lu pour ce qu’il est, le dernier arc d’une série en équilibre entre impératifs économiques et création sincère. Sans doute la transmission à un nouveau scénariste aurait-elle dû être faite dès la fin de ce cycle pour repartir sur de bonnes bases, mais on sent tout de même l’envie de donner une conclusion digne et cohérente à un héros (et sa famille!) en préparant le fils à une relève pertinente.

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Wonder Woman: La chute de Tir na Nog

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Comic de Liam Sharp et ROmulo Fajardo (coul.)
Urban (2019), 132p., série en cours.

couv_376310L’album peut être lu comme un one-shot (l’histoire a une conclusion) mais va se prolonger avec une fin ouverte. Une introduction explique le projet graphique d’hommage à l’illustrateur Jim Fitzpatrick, connu pour avoir conçu la célébrissime image du Che, bichromie de la photo de Korda, mais également pour ses graphismes semi art déco inspirés de l’imagerie celte. L’ouvrage s’ouvre donc sur une préface de Fitzpatrick expliquant les inspirations de Sharp et le rôle de transmission de chaque auteur, produisant la matière aux futures générations de dessinateurs. Vient ensuite un court lexique des personnages du mythe apparaissant dans l’album et le volume se termine après six chapitres par deux simples planches de couvertures encrées. On a vu plus fourni chez Urban. La couverture est néanmoins absolument superbe et donne à elle seule envie d’ouvrir l’ouvrage…

Alors qu’elle jouit d’un repos mérité Diana de Thémyscira (Wonder Woman) est approchée par une créature mythique, le dieu Cernunnos Cernach, gardien de l’équilibre de Tir Na Nog, le royaume caché où vivent les clans du Petit Peuple depuis des siècles. Pourtant le conflit gronde sur place et lorsque Wonder Woman arrive sur place c’est pour constater que le pire a commencé: le roi des Fomoires a été tué, provoquant un vent de guerre inéluctable. L’amazone fait alors appel au plus grand détective de la Terre…

https://cdn-s-www.bienpublic.com/images/3BC89548-7AB7-407D-AE8E-A492EEEE9F72/NW_raw/urban-comics-2019-(-dc-comics-2018)-1571845556.jpgConcentrant mes lectures DC presque exclusivement sur les aventures du Chevalier noir, ce (presque) one-shot m’a vivement fait de l’œil avec son graphisme très particulier et cette enquête au pays des dieux celtes. Car ne soyez pas trompé par le rangement de l’ouvrage dans la collection Wonder Woman: il s’agit bien d’une enquête de Batman dans laquelle est conviée l’Amazone, personnage important mais clairement secondaire ici. Le seul fait que l’univers abordé soit féerique justifie ce rangement.

Ouvrage du seul Liam Sharp (plus proche des Frazetta, Bisley et des personnages de Vampirella et Judge Dredd que des super-héros en collant du Big Two), La chute de Tir Na Nog est une vraie bonne nouvelle dans le monde du comic mainstream. Organisé comme une enquête des plus classique, la narration se trouve complexifiée à la fois par le graphisme de Sharp jouant sur les cases et leur habillage de fioritures celtique qui font bien plus que décorer l’album et sur une navigation entre les deux mondes. Le cœur de l’intrigue étant de plonger le cartésianisme absolu de Batman dans un univers fait de magie, le dessin se devait de nous immerger dans cet impossible. Car pour une fois ce n’est pas la seule irruption de monstres dentus qui fait le fantastique mais bien Batman qui est une anomalie. Avançant tel Sherlock Holmes en dénichant indice après indice Preview of The Brave and the Bold: Batman and Wonder Woman #4jusqu’à révéler une impensable machination, Batman doit faire le lien avec des évènements inexpliqués survenus dans le quartier irlandais de Gotham… Pour une fois aucune implication du bestiaire du Batverse (eh oui, il est chez Wonder woman en guest star!) ne viens troubler son enquête.

Le propos de Sharp est bien de nous entraîner en visite touristique dans cet univers mythologique si particulier et complexe dont on nous relatera en détail les batailles épiques passées. Parfois complexe à prendre en main du fait des nombreux termes, noms et généalogies, cet album reste assez fascinant par l’immersion exotique qu’il procure. Deux lectures ne seront pas de trop au profane pour digérer cette richesse habillée par des superbes planches d’une grande homogénéité et bien peu de déchets. La Chute de Tir Na Nog est une bien belle balade en compagnie de l’élégante amazone et de la Chauve-souris. Accessible, une fois n’est pas coutume, aux nouveaux venus dans l’univers des héros DC et totalement détaché de toute autre arc de cet univers, je conseille cette découverte culturelle qui vous ravira par la chatoyance végétale de ses pages fort inspirées.

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Sushi & Baggles #24

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Lectures inhabituelles découvertes grâce au jury BDGEST et les blogueurs qui les citent souvent dans les meilleurs mangas de l’année.

  • NeuN #1 (Tsutomu/Pika) – 2019, 5 vol parus (2 vol en France)

couv_374557badge numeriqueDécouverte au détour de mes échanges avec le jury BDGEST’arts et des blogueurs spécialisés dans le manga comme une des sorties de l’année, j’ai pris plaisir à lire l’introduction (très rapide) de cette uchronie dans l’univers toujours fascinant du Reich nazi (… qui intéresse depuis longtemps les mangaka, comme en écho admissible avec leur passé étouffé…). Treize enfants issus du sang d’Hitler ont été inséminés et répartis aux quatre coins de l’Allemagne. Lorsque le régime décide de les éliminer, Neun, le neuvième, est extrait à ses bourreaux par son Wand, son garde du corps, bien décidé à assumer sa mission de protection jusqu’au bout, même s’il faut pour cela affronter toute l’armée allemande…

En nous rappelant par certains côtés le sombre Block 109 de Brugeas et Toulhoat, NeuN profite de son pitch attirant pour nous plonger dans ce premier tome en pleine action, la purge commençant sans mise en place et entraînant une course-poursuite sur tout le volume sans que l’auteur ne prenne bien le temps de détailler son background. Ça se laisse lire et on imagine que les explications viendront après. Le dessin est dynamique, les trames ne permettant pas de donner toute l’ampleur des lavis du mangaka, avec des faux airs de Samura (l’Habitant de l’infini) ou de Kakizaki (Green blood), notamment dans l’utilisation de rayures pour salir l’image. Au final pour ce premier tome on a un manga sympathique, qui n’explose ni la rétine ni l’intellect mais a du potentiel que je suivrais volontiers.

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  • Mirages d’Emanon (Tsuruta/Ki-oon) – 2019

couv_361444mediathequeAutre manga cité sur de nombreux blogs, je découvre en cours de route le personnage d’Emanon qui se promène sur plusieurs albums one-shot (que je n’ai pas lu). Cet album très contemplatif est un très beau moment avec peu de textes, qui nous montre cette jeune fille amnésique recueillie par un jeune scénariste qui ne lui demande rien. Ces deux êtres humains vont se côtoyer dans une pudeur toute japonaise, lui se nourrissant de la belle âme de cette fille qui déambule dans la petite ville et sa campagne. Les dessins sont élégants, simples, parsemés de visions oniriques liées à des flash d’Emanon. Album très zen qui peut se lire seul, comme je l’ai fait, avec cette part de mystère que peut-être les autres volumes effaceront… Un beau manga simple sur l’amitié, l’amour simple, le temps qui passe et la simplicité, comme seuls les japonais savent nous en parler…

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  • Unholy grail (Bunn, Colak/Snorgleux) – 2018

couv_343737badge numeriqueTrès intéressant one-shot assez inhabituel en comics et qui se rapproche pas mal des codes de la BD franco-belge. L’intérêt est le pitch de départ qui postule que Merlin a été remplacé par un démon qui oriente l’ensemble de la geste arthurienne dans une optique de chaos et de guerres. Idée très intéressante relevée par les dessins vraiment bons de Mirko Colak, cette variation de la légende d’Arthur se lit très agréablement, avec quelques moments bien sanglants et un soupçon de sexe (la version originale est publiée chez Aftershock, spécialisé dans la BD d’horreur et notamment le réputé Animosity, également publié chez Snorgleux). La limite de l’exercice est le format one-shot d’à peine cent pages qui contraint les auteurs à une simple exposition des grands moments de la légende (présentés comme autant de parties avec des sauts temporels brutaux entre elles) sous le prisme de cette « uchronie » si l’on peut dire. Tout cela reste intéressant mais postule la bonne connaissance de chaque épisode par le lecteur, ce qui n’est pas idéal pour découvrir une histoire originale. Disons qu’Unholy grail plaira à aux fans de fantasy et bons connaisseurs des différents mythes et légendes qui apprécieront l’exercice de style. Il n’y a ni source ni réelle chute à cette histoire qui manque un peu d’ambition et peine à dépasser son postulat. Dommage, mais l’album reste une lecture sympathique et une édition assez courageuse du petit éditeur-libraire.

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****·BD·Mercredi BD·Nouveau !

TER

BD du mercredi
BD de Rodolphe et Dubois
Daniel Maghen (2017-2019…), 62 p./album couleur, série en cours.

Couverture de Ter -1- L'étrangerCouverture de Ter -2- Le guideCouverture de Ter -3- L'imposteur

Comme à son habitude Daniel Maghen propose avec cette série SF une édition de grande qualité, voir luxueuse. Chaque album, grand format avec papier épais, propose un cahier graphique de seize pages très complet, comportant croquis, pages encrées et explications sur l’univers. Je le dis souvent, tous les éditeurs devraient proposer en standard pour ce prix (moins de vingt euros) de telles éditions augmentées. Les couvertures de ce premier cycle (achevé) sont très jolies, illustratives et inspirantes. Rien à reprocher, un Calvin pour l’édition.

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois"Mandor n’a pas de souvenirs. Il est un être neuf hormis cet étrange tatouage sur l’épaule. Après avoir été découvert dans une tombe par le jeune Pip, il découvre ce monde aride où la vie semble s’être organisée autour du village fortifié de Bas Courtil. Il apprend le langage et les plaisirs de la vie et commence à poser des questions que personne ne posait. Où est-on? Qu’est-ce que TER? Pour cela il va entamer un voyage vers le nord avec ses compagnons…

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois"Ne connaissant aucun des deux auteurs de cette série je découvre tout à la fois un style d’imaginaire (une version de l’exploration dans un univers de science-fiction teinté d’ethnographie) et un trait, assez classique en hachures (on est proche du Vicomte de Sasmira) et très technique. Le côté visuel rappelle les BD Glénat des années quatre-vingt-quatre-vingt-dix.

Très surprenante, cette série commence sur la découverte d’un monde avec sa technologie rétro-futuriste, son organisation sociale effleurée et très vite (dès la fin du tome un) bascule dans de la SF beaucoup plus classique lorsqu’est découvert le vaisseau. La suite nous décrit l’itinérance des héros dans les gigantesques couloirs de ce monde de métal déchiré par une guerre civile entre deux factions. On est donc surpris par la grande rapidité avec laquelle le récit évolue et change radicalement d’univers, de thématiques. Un peut trop sans doute pour un projet basé sur la découverte de mondes cohérents, on aurait aimé prendre plus le temps de découvrir chaque environnement rencontré, ce qui aurait sans doute nécessité des albums de quatre-vingt pages au lieu de cinquante…

Résultat de recherche d'images pour "TER dubois imposteur"De façon très cohérente avec leur objet, les dessins d’immenses décors architecturaux sont la grande force de cette série, le dessinateur se faisant de toute évidence plaisir à inventer un monde que le scénariste a construit de façon très poussée (bien qu’à peine effleuré dans la narration), comme le montrent les cahiers graphiques à la fois composés de planches avant colorisation (et superbes!), de recherches graphiques sur les personnages et d’éléments de l’univers qui donnent de la substance au scénario. Je le dis très souvent, ce qui solidifie une histoire c’est le hors champ, ce qui est à peine évoqué, un objet ou un costume dans un coin de l’image dont on ne sait rien mais que les auteurs ont placé là pour une bonne raison. Ici tout semble pensé et avoir une justification et le lecteur ressent alors ce monde bien au-delà des seuls dessins. Sur ce point le projet est une vraie réussite. Je tiquerais juste sur l’idée un peu saugrenue expliquant le monde du tome un et qui fait perdre en crédibilité l’intrigue. Passons…

Clipboard01Les personnages son un peu moins impressionnants que les décors (probablement en raison de la technique très classique de Dubois, qui peut rappeler Serpieri ou le Bourgeon de Cyann). Ils sont en outre peut-être un peu légers: hormis le héros qui apporte une certaine tendresse par sa naïveté, chacun est défini par une seule idée, le copain costaud, l’amoureuse, la femme fatale, le méchant chef religieux,… Dès que l’on pénètre dans le vaisseau l’augmentation de l’effectif renforce l’intrigue en complexifiant les problématiques bien que ceux de l’intérieur soient également assez manichéens.

Finalement TER voit ses faiblesses dans sa force. Un peu comme les références citées plus haut l’on suit des personnages ballottés comme des fétus de paille au gré d’événements extérieurs  et sans réelle prise sur leur destinée. C’est un peu dommage car on perd ainsi en intensité dramatique ce que les dessins, les décors et l’univers construit donnent en corps. On a néanmoins grand plaisir à découvrir ces mondes lointains et à craindre les disparitions de personnages, pas loin d’être aussi fréquentes que dans Game of Thrones… A la fois trop courts et laissant deviner une série longue de plusieurs cycles, TER est une belle odyssée qui parvient à donner de l’originalité à un genre assez balisé et occupé par des auteurs et séries réputées.

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***·BD·Mercredi BD·Nouveau !·Service Presse

De mémoire

BD d’Eric Corbeyran et Winoc
Bamboo (2019), 70 p., one-shot.

bsic journalismMerci aux éditions Bamboo-Grand Angle pour cette découverte.

couv_368652La couverture de cet album et le pitch l’ont envoyé directement sur ma page des albums les plus attendus… Elle va également illico dans mon top catégorie Couverture tant cette image et le design du titre marquent et donnent terriblement envie de lire l’album. Bravo global pour cette composition à la fois esthétique et efficace… avec le risque que l’envie donnée ne soit pas totalement récompensée (j’y reviens plus bas). Hormis cela rien de particulier niveau éditorial.

Nick est hypermnésique. Il possède une mémoire totale: il se souvient de tout, n’oublie rien. C’est handicapant et l’oblige à organiser sa vie sous ce qui ressemble à des TOC, le rendant particulièrement instable professionnellement et émotionnellement. Un jour il est enlevé, pour ses capacités hors norme…

Résultat de recherche d'images pour "winoc de mémoire"Eric Corbeyran fait partie des vieux briscards du scénario de BD. Il connait son métier et nous propose avec De Mémoire une histoire remarquablement ficelée sur un pitch redoutable. Tout dans cet album tend vers le thriller, de la couverture au déroulement progressif, structuré entre maintenant et l’enfance, avant l’accident que nous montre la couverture. Or s’il en a les habits cet album n’est pas un thriller mais plutôt la chronique d’une vie compliquée pour cet homme qui a perdu son père très jeune et doté de capacités que beaucoup voient comme un super-pouvoir mais que lui tente plutôt de gérer en en atténuant les effets. Sorte de chronique psychologique, De mémoire évite tout ce qui pourrait l’amener vers une BD grand public. Pourtant de l’action il y en a, que ce soit dans la mise en scène ou l’intrigue même. Mais les auteurs s’attachent plutôt à nous présenter la vie sentimentale de Nick, en couple libre avec sa psychiatre, la seule à même de le comprendre et de l’aider. Cette histoire est touchante car elle évite le misérabilisme très français en nous montrant un homme en pleine possession de ses moyens, que sa spécificité rend aussi fier que compliqué. Nick n’a pas réellement de problématique et c’est peut-être cela qui crée un étrange sentiment d’entre-deux à la lecture. L’on ne saurait dire s’il s’agit d’une volonté de Corbeyran de déstabiliser son lectorat par un traitement assez expérimental (on pense par moment aux rythmes d’un Gibrat sur Léna, sorte de thriller politique contemplatif). Comme en structure juxtaposée, le drame est apporté par la partie Passé, qui remonte jusqu’à nous pour nous révéler en fin d’album l’origine de l’hypermnésie de Nick et en quoi son enlèvement est lié à ses parents.

Clipboard01On ne peut pas dire que cela soit un défaut tant la maîtrise de la progression dramatique, des dialogues et des scènes est évidente et efficace. On a plaisir à voir cet esprit libre changer de job comme de chemise, incapable de s’inquiéter et honnêtement heureux avec sa chérie. Tout en détachement, Nick envoie des réparties décalées que seul le lecteur, complice, peut saisir et qui laissent ses interlocuteurs intrigués. Comme un film de genre à la française, De mémoire casse les codes. Selon le public que l’on est cela n’aura pas le même effet. Personnellement je vois le potentiel d’une grande série SF ou d’un thriller conspirationniste. Les auteurs ont plutôt opté pour une histoire simple, peut-être pas assez ambitieuse malgré les enjeux représentés par les recherches du père de Nick. La capacité de Nick pouvait permettre une revisitation su thème super-héroïque en mode réaliste. Plein de choses passionnantes que l’on n’a finalement pas et qui peut laisser un peu déçu.

Clipboard01Graphiquement, le dessinateur propose d’élégantes planches au trait fin et à la colorisation agréable. Si les personnages sont correctes, la partie technique (arrières plans, cadrage) est très réussie et participe à l’efficacité du récit. Les quelques scènes d’action sont très lisibles et l’album propose plusieurs visions graphiques vraiment réussies.

Cet album est donc un étrange objet qui intrigue surtout quand on sait l’attrait de Corbeyran pour le policier. J’ai été un peu frustré de voir ce potentiel bouclé (très convenablement) en un one-shot. Les lecteurs habitués aux BD psychologiques seront sans doute les plus satisfaits et surpris par ce scénario hybride. Les fans de thriller seront sur leur faim. La lecture n’en est pas moins très agréable, donnant envie d’avancer et sans accroc. Un travail très sérieux qui manque sans doute un poil d’ambition.

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****·BD·Mercredi BD

Jamais

BD du mercredi
BD Duhamel
Grand Angle (2018), 54 p. one shot.

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Cet album fait partie de la sélection du prix des médiathèques de l’Ouest lyonnais.

Ouvrage grand format qui donne de l’espace à un découpage aéré. L’album se termine par quelques pages de repérages photos mis en regard des illustrations qu’ils ont inspirés. Album de facture classique, sans commentaire particulier.

Sur la côté normande les falaises s’effondrent. Madeleine, nonagénaire et aveugle ne veut pas quitter sa maison dont la disparition est inéluctable, plongeant le maire dans une solution inextricable. Mais le ce dernier est un crétin et Madeleine n’a besoin de personne…

J’ai découvert Dhuamel avec ma lecture surprise du Retour (… là aussi conseillé via le prix des lycéens, comme quoi les sélections locales ça donne de bonnes découvertes!) qui traitait déjà peu ou prou des mêmes thématiques: l’identité territoriale, le temps qui passe, la contestation radicale, l’humour… Si je devais résumer Jamais, nouvelle grande réussite de cet auteur donc, je dirais qu’on est au croisement exacte entre Le retour et Résultat de recherche d'images pour "jamais duhamel"les Vieux fourneaux, comme si Madeleine était le quatrième larron des affreux de Cauuet et Lupano qui se serait perdu sur la côte normande. Et ce sera le seul bémol éventuel que l’on peut trouver à cette BD qui est très proche de ce que Duhamel a pu faire. Mais quand c’est bien pourquoi se priver?

Car l’auteur a un vrai talent de dialoguiste à coup de punchlines percutantes issues de la culture Audiard. Madeleine est une très forte tête, qui n’est pas là pour faire chier le monde comme une Carmen Cru mais est fondamentalement solitaire dans son monde de silence, accompagnée par son chat obèse et le fantôme de son mari. Elle ne demande rien à personne et seule la confrontation de deux mondes, celui du maire, moderne et réglementé, qui ne conçoit pas que les précautions de sécurité ne soient pas respectées (un vieux c’est dans une maison de retraite et les zones dangereuses on les évacue manu militari!) et celui de la mamie va créer le conflit.

Image associéeGraphiquement on est dans l’école Pilote avec des orientations semi-réalistes par moment, notamment au niveau du découpage et des effets graphiques inspirés (notamment ces pages de souvenir ou de visualisation de l’effet « Daredevil »…) qui peuvent rappeler Janry dans ses années Spirou. Ça n’a rien de révolutionnaire mais c’est très solide dans le style humour, accompagnant ce pour quoi on lit l’album, les dialogues.

Dès la première page Duhamel nous place dans le contexte d’Astérix, avec une tordante variation des engueulades entre le forgeron et le poissonnier gaulois. L’esprit est posé et l’humour avec. On se poile tout le long, tant par les situations que par les tronches que tirent les personnages. Beaucoup moins mélancolique que son précédent album, Jamais est un cri d’amour à la liberté et l’on aimerait qu’il prolonge les aventures de Madeleine, un vrai bon personnage, attachant et fort.

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**·BD·Documentaire·Nouveau !

Le voyage de Marcel Grob

Le Docu du Week-End

 

BD de Philippe Collin et Sébastien Goethals
Futuropolis (2018), 178 pages+ cahier historique de 11 pages. One shot.
9782754822480

Futuropolis est un éditeur qui publie peu mais bien ; ce volume ne déroge pas à la règle avec un grand format à la couverture solide et un cahier historique de contexte très intéressant à la fin.

Marcel Grob est convoqué chez le juge d’instruction. Ce dernier veut son témoignage sur son incorporation aux Waffen SS pendant la seconde guerre mondiale. Il risque la prison pour le peu d’années qu’il lui reste à vivre. Il commence alors un récit sur l’enrôlement des « malgré-nous », ces alsaciens engagés dans les pires des bataillons nazi, pris entre deux Nations…

J’ai beaucoup en tendu parler de cet album qui a fait grand bruit, sans doute pour son sujet… mais probablement aussi par la notoriété de son scénariste, le producteur radio de France Inter Philippe Collin. J’ai pris conscience de cela après avoir achevé ma lecture en lisant les remerciements et la mémoire de son « grand oncle Marcel Grob ».

Résultat de recherche d'images pour "le voyage de marcel grob"

Cela n’enlève rien à la portée du sujet mais j’ai toujours beaucoup de freins dans ce genre de situation où l’on sait que l’audience de l’album dépasse sa portée intrinsèque du fait des bons relais médiatiques. Cette critique porte-t’elle seulement sur l’ouvrage ou est-elle influencée (négativement) par le coup de pouce du statut de l’auteur, je ne saurais le dire…

Il est certain que le sujet est important, comme ces mille situations spécifiques que seule une situation exceptionnelle, la guerre, peut provoquer. L’injustice est certainement terrible et la vie des alsaciens a été très dure pendant le conflit. L’album est cependant quelque peu ambigu quand à son statut. Oeuvre d’histoire ou témoignage familial? Dans les deux cas la lecture n’est pas la même. Que Collin souhaite réhabiliter la mémoire de son grand-oncle se comprend. Que le grand public s’y intéresse peut intriguer. S’il fait oeuvre d’histoire, son traitement relativement manichéen pose question. Grob est dès le début présenté comme victime, sans que l’hésitation soit permise puisque l’un de ses camarades est montré, lui, comme un véritable volontaire bouffeur de bolcheviques et de juifs par un procédé un peu facile de comparaison.

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Le cahier historique en fin d’album est assez intéressant et vient nous rappeler l’horreur absolu répandue non par les seuls SS mais bien par l’ensemble de l’armée allemande, surtout sur le Front Est où les massacres systématiques de villages entiers ont été généralisés durant tout le conflit et non de façon éparse pendant la déroute finale comme à Oradour ou Marzabotto. On nous parle aussi des Malgré-nous donc, sur qui le traitement de l’album est sérieux, traîtres putatifs pour les allemands mais enrôlés de force néanmoins.

C’est bien sur la complexité indispensable du traitement de ces zones grises que sont la détermination de la culpabilité que le scénario pose problème. Je ne parle pas de construction, sur le plan scénaristique, celle-ci est très propre, mais bien de la présentation de Grob, trop lisse, parfaite victime d’une situation qui lui échappe. Seuls les connaisseurs du dossier peuvent savoir ce qu’il en a été. Mais pour proposer ce type d’ouvrage au public il convient de rappeler les difficultés du choix, comme sur les cas de collaboration. La BD de Nury Il était une fois en France produisait sur ce point quelque chose de vraiment complexe et intéressant en obligeant le lecteur à comprendre si ce n’est accepter certaines situations, certains choix imposés par le contexte de survie, en montrant les bassesses et l’ambiguïté de chacun.

Résultat de recherche d'images pour "le voyage de marcel grob"J’avais découvert le dessin de Sebastien Goethals sur Le temps des sauvages où j’avais trouvé son trait intéressant et surtout sa mise en cases dynamique malgré quelques faiblesses techniques. Ici le manque de contrastes dans les planches mets la focale sur les visages, ce qui ne mets pas le dessinateur à son avantage. Ceux-ci sont trop peu différenciés et il rencontre des difficultés dans les expressions faciales. Le scénario interdisant un traitement « camaraderie militaire » on a beaucoup de mal à s’attacher ou s’intéresser à des personnages que l’on a par ailleurs bien du mal à distinguer.

Un peu trop lisse malgré un sujet très intéressant, manquant du détachement d’historien, Le voyage de Marcel Grob rate un peu son projet en étant plus un ouvrage intime qu’un travail sur un angle mort de l’Histoire nationale.

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