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Le Tatoueur

La BD!

Histoire complète en 46 pages, écrite par Matz et dessinée par Attila Futaki. Parution chez Grand Angle le 31/03/2021. 

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Merci aux éditions Grand-Angle pour leur confiance.

Oh, le Zoli Tatouaz !

Bien malgré lui, Zoli est un vagabond, qui navigue de ville en ville pour vivre de son art du tatouage. L’homme aux aiguilles a du quitter sa Hongrie natale pour d’obscures raisons, et vit depuis sur le fil du rasoir, toujours inquiet de ce passé qui aurait tôt fait de le rattraper. Heureusement pour lui, Zoli est un excellent tatoueur, pourvu d’un réseau et d’une clientèle qui lui permettent de travailler n’importe où, et surtout, discrètement. 

Car outre le graphisme épidermique, Zoli a une autre passion, celle de survivre. Conscient qu’un homme qui a des habitudes est un homme vulnérable, il s’ingénie à déjouer de façon préventive toute tentative de filature, en n’empruntant jamais deux fois le même chemin et en ne se faisant jamais déposer devant son domicile. Un soir comme un autre, après avoir tatoué un nouveau riche client, Zoli, enfoncé nonchalamment dans la banquette arrière d’un taxi parisien, écoute distraitement les diatribes du chauffeur, Laszlo, qui, concours de circonstance, est également d’origine hongroise. 

Laszlo déblatère sur un grand projet qui, à coup sûr, va faire trembler les fondations du pays et remettre le statu quo en question. Zoli, peu intéressé, pense qu’il est encore tombé sur un hurluberlu. Mais la paranoïa latente du tatoueur va semer la graine lancinante du doute dans son esprit. Qui sont ces « ils » dont parle Laszlo ? Savent-ils vraiment tout sur tout le monde ? Ont-ils autant de pouvoir que Laszlo le prétend ? 

Invasion of the taxi snatchers

Bien vite, Zoli a la preuve que les élucubrations de Laszlo étaient plus sérieuses qu’il ne voulait le croire. Le président du Sénat est assassiné, et dans les jours qui suivent, d’autres hommes supposément influents tombent sous les balles d’assaillants anonymes. La paranoïa de Zoli a donc du bon, puisqu’elle lui évite, pour un temps du moins, d’être alpagué par les révolutionnaires conspirateurs, qui se révèlent être…des chauffeurs de taxi. 

Matz s’est inspiré d’une anecdote personnelle pour créer ce polar à la fois sombre et délirant. Partant du principe que les chauffeurs de taxi sont les plus à même, de par leur profession et leur nombre, de récolter des informations sensibles sur tout le monde (adresses, habitudes, petits secrets inavouables), il imagine ces mêmes chauffeurs former une confrérie et fomenter une révolution (ou un coup d’État, le récit n’est pas très clair là-dessus). 

Le pitch est donc WTF comme on les aime, et promet un récit paranoïaque à la Invasion Los Angeles (They Live! de John Carpenter) ou encore l’Invasion des Profanateurs (Invasion of the body snatchers de Philip Kaufman), en moins surnaturel, bien entendu. En somme, un récit où le protagoniste met à jour une conspiration secrète et se rend compte qu’il ne peut compter que sur lui-même, le danger pouvant provenir de n’importe où et de n’importe qui. Chaque licence de taxi serait un danger potentiel, chaque mine patibulaire derrière un volant augmenterait la sensation d’oppression du protagoniste et l’intensité du danger. Monter à l’arrière d’un taxi reviendrait alors à jouer sa vie, pour peu que l’on soit un homme influent ou détenant des informations capitales. 

Le thème est donc bien suggéré par la prémisse, seulement voilà, tous ces éléments sont absents de l’album. Tout ce à quoi on aura droit, ce sont deux conversations relativement cordiales entre Zoli et Lazslo à l’arrière de son taxi. Puis, en guise de développement, on trouvera les conspirateurs-taxis réunis en mode clandestins, avec même un « mouahahaha » résolument cliché en fin de scène. Rien ne vient vraiment approfondir ni même expliquer leur plan ou leurs motivations, ce qui gâche un peu l’ensemble. 

Certes, ils sont décrits comme dangereux et tuent des personnalités publiques, mais ces actions en soi n’ont rien de spécifique à ce que pourrait faire un chauffeur de taxi (on aurait pu avoir par exemple, conduire son « client » dans une allée déserte avant de le supprimer, piéger des faux taxis pour les faire exploser, ou faire une embuscade lors d’une opération escargot, exploiter spécifiquement les informations compromettantes, que sais-je !), et c’est dommageable à l’ensemble du récit. Encore une fois, nous sommes donc en présence d’un concept assez fort et très original (et d’autant plus angoissant que sa base, à savoir que les taxis peuvent en apprendre beaucoup sur les gens, est relativement vraisemblable!), qui ne va pas au bout de ses possibilités. 

Concernant la thématique et la faiblesse de son traitement, vient également se poser le problème du protagoniste, qui donne son titre à l’album. Le tatouage, étant donnée la mystique qui l’entoure, et l’art qu’il représente, devrait être un sujet à part entière. Ici, le scénario tente, assez difficilement, de se partager, entre le complot des taxis d’une part, et une réflexion sur l’art du tatouage, sans parvenir à les faire briller, car ce sont deux éléments qui ne sont pas liés dans le récit, et qui ne se mêlent pas efficacement, comme si l’auteur avait versé à la fois de l’eau et de l’huile dans son verre narratif, en espérant un mariage des deux. 

Le constat est simple: le tatouage n’a pas sa place dans ce récit aux forts accents de polar. Rien ne vient justifier le fait que Zoli soit tatoueur, cette profession n’ayant d’ailleurs que peu, voire pas, d’impact sur le reste de l’intrigue. Le héros, aurait du/pu être un opposant politique en fuite, ou même un chauffeur de taxi, ou tout autre chose qui aurait fait écho au thème de la conspiration et du coup d’État. Ou à l’inverse, il aurait été gratifiant que le tatouage de Zoli soit utilisé d’une façon ou d’une autre dans l’intrigue (il aurait pu être débusqué grâce à l’un de ses singuliers tatouages par exemple). 

Bref, le Tatoueur présentait toutes les caractéristiques d’un bon polar à la fois sombre et déjanté, mais la greffe thématique n’a pas pris, preuve que les bons bouchers n’ont pas toujours que de la bonne viande sur leur étal. 

***·BD·Nouveau !

Les fiancées du califat

La BD!
BD de Matz, Marc Trévidic et Giuseppe Liotti
Rue de sèvres (2021), 64p., one-shot

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Merci aux éditions Rue de sèvres pour leur confiance.

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Elles sont cinq. Toutes très différentes, brunes et blondes, maghrébines ou caucasiennes, mères ou adolescentes. Elles sont réunies pour faire changer la face du Djihad en montrant aux moudjahidin comme aux mécréants que les femmes ont leur place dans la guerre sainte contre l’Occident. Elles sont les filles du Califat…

L’attrait du nom de Marc Trévidic le célèbre juge anti-terroriste adjoint au non moins célèbre Matz, scénariste de la série à succès Le Tueur (prochainement adaptée à la télévision par Fincher et Fassbender!) attire inévitablement l’œil à l’amateur de thrillers. En parcourant le net je découvre que le trio sort d’une trilogie du même type chez le même éditeur sur laquelle ils ont pu parfaire leur recette.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn constate immédiatement l’incroyable progrès de Giuseppe Liotti entre cette série et les fiancées du Califat, notamment en matière de colorisation. En affirmant son style et en se rapprochant de l’école hispanique il propose de superbes séquences de dialogue où ses personnages très expressifs et physiquement caractérisés profitent d’encrages superbes. Que ce soit sur les décors, architectures et éléments techniques ou sur les personnages c’est un sans faute précis et élégant qui le hisse soudainement dans la catégorie des très bons dessinateurs capables de porter un album à eux tout seuls. Je ne connaissais pas cet auteur et ai été assez bluffé sur sa qualité graphique tout au long de l’album, jusqu’à une couverture très intelligemment composée et qui fait son office sur la pile du libraire avec ce côté sexy répondant à la silhouette voilée.

Les fiancees du califat - cartonné - Giuseppe Liotti, Marc Trévidic, Matz -  Achat Livre ou ebook | fnacCar l’intelligence et l’originalité du scénario de Matz et Trévidic est de centrer quasi exclusivement leur intrigue sur cette cellule d’apprenti-djihadistes qui doivent montrer autant à leurs frères d’armes qu’aux autorités de quoi elles sont capables.  Ainsi on prend le temps de comprendre les profiles de chacune, à la fois très différents et crédibles, sans pour autant détailler leurs motivations et itinéraires. Il aurait sans doute fallu un diptyque en cent-vingt pages pour avoir le temps d’approfondir le fonds de l’intrigue et c’est la principale limite de cet album sommes toutes très bien réalisé. Des indices sont instillés dans les dialogues mais en choisissant d’axer leur narration sur l’action et un découpage rapide et fluide les scénaristes restent un peu en surface. Sur un thème proche on aboutit à une atmosphère inverse au troisième tome de la série de Christin et Juillard, Léna,avec la volonté de rester grand public en alternant séquences de débats des deux côtés de la loi, scènes de filature et séquences d’action visuellement très efficaces.

Les fiancées du califat | Rue de SèvresOn passe ainsi comme dans toute histoire policière des filles aux flics en planque, des commanditaires en Afghanistan au juge chargé de l’affaire, tout ce petit monde articulant un récit qui se lit vite autour de bons dialogues et une intrigue sommes toutes assez construite. Les hypothèses sur l’utilisation des charmes des filles comme de la burqa pour passer soit inaperçue soit utiliser la stratégie du trop visible pour être vue sont suffisamment bien amenées pour ne pas briser la crédibilité de ce récit sérieux et documenté. Les tiraillements inhérents à ce genre de projets amènent bien entendu des tensions dans le groupe et ce sont bien ces débats houleux qui nous intéressent, non sur la finalité terroriste du projet que sur le choix des soldats envoyés mourir ou sur le mode opératoire. Cette complexité permet de maintenir la tension que l’enquête policière, un poil linéaire, effleure.

Les fiancées du califat est au final un ouvrage à la réalisation sans faute, élégant, aussi bien écrit que dessiné et qui aborde le thème terroriste sous un angle inédit. L’ambition (et la qualité) des auteurs aurait largement justifié un second tome qui aurait permis de densifier et complexifier l’intrigue d’un album qui mérite néanmoins amplement votre intérêt.

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Lecture COVID: Tango #1

La BD!

Les sources de lectures Covid que j’ai identifié sont les suivantes (vérifier sur les sites la durée de disponibilité variable). Si vous avez un compte Iznéo, les promo sont basculées mais en vrac entre les promo payantes et les véritables gratuits). N’hésitez pas à signaler en commentaire de ce billet des liens intéressants vers d’autres éditeurs!


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BD de Matz et Philippe Xavier,
Le Lombard (2017), 64 p. par album., 4 albums parus.
Un TT noir&blanc est édité pour chaque volume.

La série Tango a de plutôt bons échos et j’avais profité d’une offre de l’éditeur sur la plateforme Iznéo pour le télécharger. J’en ai donc profité pour rattraper ce retard. Tango démarre très bien en nous plongeant dans de magnifiques paysages de l’altiplano agrémentés d’une narration en vignette dans le style où excelle Matz, comme sur sa série phare Le tueur. Ces deux éléments sont la grande réussite de l’album qui introduit un mystérieux gringo, très classe, très mystérieux dans un bled perdu où la vie s’écoule dans le calme du désert. Cette ambiance nous happe avec le réalisme du dessin de Xavier. Il faut dire, les deux auteurs ont effectué un voyage documentaire avant l’album (un cahier graphique en fait mention, accompagné de photos, en fin d’ouvrage). Si le personnage du solitaire philosophe et désabusé analysant le monde et ses contemporains est désormais connu, le grand mystère qui entoure ce personnage nous maintient en haleine avec l’espoir d’une série lorgnant sur XIII ou Jason Bourne où l’on suivrait un super action-man désireux de se faire oublier. Malheureusement dès la seconde moitié de l’ouvrage on tombe un peu de notre nuage pour constater que nous avons finalement affaire à une banale affaire d’anciens associés en quête de vengeance. Du coup on ne comprend pas bien les talents de combat et de tir de Tango et l’on craint que les prochains albums ne soient qu’une série de one-shot sans véritable concept derrière hormis peut-être de nous présenter des cartes postales. Si magnifiques soient-elles, il reste indispensable de proposer quelque chose de neuf pour attirer le lecteur sur une série. Pour l’instant ce premier tome ne convainc pas, mais le potentiel peut se révéler par la suite.

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