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Marius #2

La BD!
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle (2019), 56 p., série finie en deux volumes. Trilogie marseillaise prévue en trois diptyques.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Magnifique édition et très belle maquette que celle de la collection Pagnol des éditions Grand-Angle, avec une fois n’est pas coutume un nouveau cahier documentaire bien fourni de cinq pages centré sur les adaptations cinématographiques de la pièce agrémentées de nombreuses images de l’auteur et des films. L’ouvrage s’ouvre à nouveau sur une préface du petit-fils de Marcel Pagnol et un résumé de l’épisode précédent. Rien à redire, c’est beau, bien fait, ça mérite un Calvin.

BD MARIUS

Malgré de très belles images et un travail extrêmement sérieux de Sébastien Morice j’avais été moyennement conquis par le premier volume de Marius, qui se conclut ici avant d’enchaîner sur deux albums pour Fanny puis deux autres pour César – on est donc parti avec grand plaisir pour encore quelques années en compagnie de cette belle équipe d’auteurs! Il est toujours compliqué de lire et de critiquer une adaptation d’œuvre dans un autre format sans avoir lu l’original. Je serais donc bien incapable de détricoter les apports des auteurs de la BD par rapport au matériau original hormis l’évidence (confirmée par le dossier documentaire) que l’adaptation cinéma avec Raimucar plusieurs versions en langues étrangères ont vu le jour en simultané – a beaucoup influencé la vision graphique.

Marius - 2. Marius 2ème Partie | BdphileEtonnamment, cette seconde partie est assez différente de la première, beaucoup moins linéaire et partant, beaucoup plus surprenante de par une construction comportant plusieurs ellipses temporelles qui créent un vrai suspens sur les décisions de Marius et de Fanny. Le premier volume avait posé simplement la problématique d’une fille amoureuse d’un jeune homme lui-même attiré par le vent du large marin. L’amour des deux semble sincère bien que pudique et l’affaire semble tracée pour un dénouement heureux. Or le second tome joue brillamment avec le lecteur qui alterne les séquences sans jamais vraiment savoir qui s’impose à qui et quel enjeu prendra le dessus. Le tout coupé par quelques séquences avec les deux parents et surtout, cette magnifique, truculente, tordante partie de cartes qui fait exploser l’art de la répartie théâtral pour notre plus grand plaisir!

Graphiquement, dès la couverture l’inspiration de Sebastien Morice est évidence, présentant les deux personnages en miroir par rapport à la couverture du premier tome. La qualité et la précision de la reconstitution des décors avait été signalée dans la première critique. Or il n’y a pas que le documentaire mais la finesse des dessins dans les moindres détails que n’explique pas la seule vue 3D préparatoire. Je le dis souvent, ce qui distingue les beaux albums des grands albums Captureréside dans le détail, ces vis, ces tuiles, ces lattes de plancher, tout ce qui distingue un décors a peu près d’un décors qui nous immerge. Et sur ce plan Morice réalise un travail de titan qui mettrait presque au second plan les personnages, pourtant très réussis. Si la technique du dessinateur breton éclate pleinement (et je ne parle pas des couleurs auxquels il nous a habitué depuis de nombreux albums), mes réserves sur l’expressivité des personnages tombent avec des visages qui n’hésitent ici pas à aller vers la farce, le cartoon parfois. Le dessinateur semble être plus à l’aise, plus naturel dans ses personnages. Peut-être un confort acquis après un premier album, toujours est-il que tout coule naturellement, vrai, beau, drôle.

Vous l’aurez compris, ce second tome fait monter un niveau déjà très bon, vers l’excellence. Comme public lambda j’ai pris énormément de plaisir à la fois littéraire, comique, dramatique et visuel à la lecture de ce diptyque qui m’a permis de découvrir la qualité de l’œuvre originale et donné très envie, outre de poursuivre les prochains ouvrages BD du trio bien évidemment, de visionner les films et pourquoi pas prolonger vers le texte de Marcel Pagnol.

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Marius #1

BD du mercredi
BD de Serge Scotto, Eric Stoffel et Sebastien Morice
Grand Angle(2019), 56 p., série en deux volumes.

bsic journalism

Merci aux éditions Grand-Angle pour leur fidélité.

Résultat de recherche d'images pour "marius morice"A l’initiative d’Eric Stoffel et Serge Scotto, la collection Marcel Pagnol en BD a vu le jour en 2015 et propose d’adapter l’oeuvre de l’écrivain marseillais. Onze albums sont déjà parus et la trilogie marseillaise dessinée par Sebastien Morice qui travaille pour la première fois sans son comparse Didier Quella-Guyot commence avec ce Marius, bonne occasion de profiter des superbes dessins, couleurs et lumière du dessinateur du Facteur pour femmes pour découvrir ce classique de la littérature française. L’album suit la ligne graphique de la collection et comporte une préface de Nicolas Pagnol (petit-fils ), un cahier graphique avec de supermes images préparatoires du dessinateur et des explications deux scénaristes sur le travail d’adaptation, enfin un récapitulatif des albums parus dans la collection.

Marius tient le Café de la Marine avec son père César… qui le trouve empoté et pas très professionnel dans le métier. Fanny n’a d’yeux que pour le beau Marius mais, courtisée par le riche Panisse s’efforce de rendre le jeune homme jaloux. Dans la torpeur marseillaise chacun pavane et discute à l’ombre des platanes une anisette à la main…

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Je n’ai jamais été très attiré par les adaptations littéraires, aussi c’est clairement Sebastien Morice, dessinateur découvert comme beaucoup sur le Facteur pour femmes, qui m’a amené à lire cet album. J’ai une tendresse pour son travail et notamment sa colorisation très lumineuse, lumière qui a dû jouer dans la proposition de l’éditeur de travailler sur l’univers de Pagnol. Pourtant l’auteur était sceptique, d’une part de partir sur une série (hormis Papeete 1914 en deux volumes il n’a fait que des one-shot), d’autre part car cette adaptation d’une pièce de théâtre est assez éloignée de ses habitudes et particulièrement difficile à mettre en image tant elle repose sur les dialogues et les espaces fixes. Pour celui qui nous a régalé de paysages insulaires, des landes bretonnes et de nature, cet album urbain a été une sacrée prise de risque, une mise en danger artistique comme on dit et rien que pour cela on peut le remercier car cela démontre un auteur qui évite le ronronnement.

… quand on fera danser les couillons tu ne sera pas à l’orchestre.

TMM_colo_Double_page_T1_extraitCet album est surprenant car c’est assez peu une BD… Les habitués de Morice seront perturbés par un découpage qui ne mets pas en valeur ses qualités en serrant le cadrage sur les seuls personnages et quelques plans de Marseille où le dessinateur peut se faire plaisir. Pourtant on ne peut pas dire qu’il ait chômé pour reconstituer la place et le vieux port à l’aide de documents d’époque et de structures 3D qui lui permettent de tourner sa caméra avant de dessiner ses scènes. Sur le plan documentaire (et j’ai ressenti que c’était cet aspect qui avait dû attirer Sebastien Morice) c’est une réussite. En revanche sur une adaptation théâtrale assez grandiloquente je ne suis pas certain qu’il soit le dessinateur le plus adapté, plus à l’aise dans les postures et la technique que dans les expressions des visages. Il en ressort une impression que le dessin apporte peu au texte.

Bonne mère, c’est un meurtre, mais c’est lui qui l’a voulu! Adieu Panisse!

Résultat de recherche d'images pour "morice marius"Est-ce dû au dessin ou au projet lui-même, je ne le sais pas. Car le texte, pour beaucoup repris mot pour mot de la source de Pagnol, est truculent, drôle, rythmé comme un ping-pong de comédie. On se plaît à voir ces personnages qui nous rappellent bien évidemment Asterix dans leur énormités et leurs abus. L’histoire est simple, simplissime, le cadre étroit, on est bien au théâtre. Les auteurs tentent bien par moment d’élargir le panorama sur les voiliers partant au Levant mais la totalité de leur intrigue reste centrée sur Panisse, Marius et Fanny. Si le plaisir de lecture est indéniable et les images jolies, mettre du théâtre en BD reste un exercice incertain. Ce diptyque aura le mérite de faire découvrir ou redécouvrir l’œuvre de maître Pagnol et peut être vu comme un acte pédagogique. Pour le reste le carcan de l’adaptation pour les scénaristes et le dessinateur les aura peut-être un peu trop freiné dans l’expérimentation et l’apport original. A voir si le second tome s’émancipera un peu de la pièce.

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