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Saltiness #1

East and west

29550-w360Saltiness est ce que je qualifierais de Manga sociétal, à mi chemin entre la chronique de l’otaku japonais et la critique de cette société. Le personnage principal est un marginal, se considérant comme une sorte de sage supérieur s’extrayant de la communauté humaine (et de ses codes) pour pouvoir les penser. La confrontation avec deux autres personnages marginaux va démontrer sa folie et sa perversion, le transformant en une sorte de gourou doté d’un pouvoir de persuasion phénoménal sur les deux autres et les entraînant à faire des actions délirantes et dévalorisantes. Cette immersion dans les relations tordues de deux paumés exploitant un jeune étudiant influençable met le lecteur mal à l’aise en découvrant ce qu’un homme charismatique peut forcer d’autres à faire par le seul langage. Au-delà du ridicule des situations il y a de la violence dans cette relation, qui reflète sans doute pour l’auteur la violence profonde d’une société japonaise qui a codifié la normalité à un niveau sans doute jamais atteint par aucune société moderne. Résultat de recherche d'images pour "saltiness"L’éloignement extrême de la société japonaise vis à vis de nos codes européens fait que l’on ne sais jamais exactement ce qui est pointé du doigt ou ce qui n’est qu’une simple illustration de situations balanes (comme l’histoire des petites culottes). Mais il est certain que Minoru Furuya est l’un des représentants de cette jeune génération de mangaka très critiques sur ses aînés et je japon d’aujourd’hui. Il dispose en outre d’une remarquable technique de dessin, très fine et détaillée notamment dans le dessin des personnages. Tout cela fait de Saltiness un manga adulte comme on en voit peu, qui joint une réflexion profonde avec le plaisir de belles planches.

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****·BD·Mercredi BD·Rétro

Pain in black

BD du mercredi
Freak’s Squeele : Funerailles #2
BD de Florent Maudoux
Ankama (2014), 86 p. 4 volumes parus.

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J’ai beaucoup aimé le premier tome, du coup j’enchaîne (toujours plus confortable de lire une série dans la foulée). Pour le descriptif matériel se reporter à la critique du tome 1. La tranche du premier volume arborait un profile de Spartacus, ici celui de l’Araignée et l’ensemble proposera une frise continue du plus bel effet. J’aime toujours quand l’éditeur porte attention au rangement des séries dans l’étagère.

Une idée en passant, vu que l’on est sur un format comics et que la série principale regorge d’annexes texte et images originaux, ce serait très agréable d’avoir des bonus, sur Funérailles…

Les deux frères ont été séparés, l’un envoyé à l’académie formant l’élite dirigeante  de Rem, l’autre au camp militaire où l’on prépare la chair à canon des légions de la République. Ne perdant pas de vue leur serment de faire tomber cette République, ils poursuivent leur apprentissage tout en tissant des liens avec de futurs alliés. Pendant ce temps, leur mère, ravagée par le désespoir de l’exécution de Spartacus, retourne dans le château familial où des révélations l’attendent auprès de la matriarche du clan…

https://i.pinimg.com/originals/75/f9/85/75f985837ed0773a3611e29498adafb3.jpgLa structure du récit de se second tome est assez simple, répartie entre Scipio d’un côté, Pretorius de l’autre, la veuve noire enfin. Les deux héros vont parfaire leurs capacités et démontrer qu’ils sont des leaders. L’album s’attarde plus sur Pretorius dont la conviction en fait une menace pour l’institution militaire qui ne considère les gueules cassées que comme de la piétaille bonne à aller mourir sur le champ de bataille. L’inspiration de cette partie est clairement celle des films sur le Vietnam, comme l’illustre le titre inspiré de la chanson des Stones (et rattachée à la guerre asiatique) et les jeux de mots (toujours!) sur le Nam’, qui est ici la République de Namor, éternel rivale de Rem. On a ici une ambiance de caserne qui colle bien à l’humour de l’auteur et correspond plus à la série mère que les séquences dans la haute société. La grande force de la série reste les personnages, divers, attachants et bien caractérisés. On est ici en terrain connu mais les différentes séquences de constitution d’un groupe de fidèles à Pretorius sont parfaitement menées et intéressantes.

https://i1.wp.com/chrysopee.dd1.free.fr/Img_PAO/Matos_BD/FreaksSqueeleFun%E9arailles_T2_pl1.jpgLa partie sur Scipio nous révèle de nouvelles informations concernant le fonctionnement de la République et voit l’arrivée d’un alter-égo, Aelius le héros parfait que le caractère rebelle de Scipio mets en danger malgré leur amitié. Cette partie nous propose surtout une magnifique séquence d’action magique sur des planches noir et blanc tramées (style manga) qui donnent un effet très original et permettent d’apprécier les encrages toujours aussi magnifiques de Maudoux. Les manigances autour de l’Araignée permettent enfin de comprendre la conspiration politique qui a lieu pour la prise de pouvoir sur la religion d’État et nous en apprennent plus sur les règles génétiques très particulières de cette société: il semblerait que les femmes n’accouchent pas toujours de jumeaux et que ceux-ci fusionnent parfois en un seul être tel Janus…

daed46f13a632f7d2087c202f8506ff6.jpgFlorent Maudoux élargit sa palette sur cet album en proposant une variété très riche (qui prépare son futur Vestigiales): une couverture peinte de toute beauté, des intérieurs tantôt colorisés, tantôt noir et blanc, des planches en effet crayonné, d’autres très encrées… tout cela est très riche et varié avec une qualité moyenne très élevée. Je remarque également l’utilisation d’effets de flous et d’une économie sur certains arrière-plans quand d’autres (architecturaux notamment) sont très fouillés. Ce n’est pas du tout problématique et l’aspect général est vraiment très beau, avec quelques séquences sexy pour agrémenter le tout.

Cette série est décidément remarquable d’équilibre, chaque tome étant très bien défini et abordant un genre spécifique tout en faisant progresser l’intrigue générale et la découverte de l’univers. Si j’avais quelques réticences sur Freak’s Squeele, Funerailles montre que Florent Maudoux est un remarquable scénariste et j’ai hâte de continuer ma découverte de la geste de Scipio et Pretorius!

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***·BD·Documentaire

La petite bdthèque des savoirs #19

Zombies
BD de Richard Guerineau
Le Lombard (2017), 56 p., La petite bdthèque des savoirs #19

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Je poursuis ma découverte des excellents bouquins de la Bdthèque des savoirs avec un volume illustré par Richard Guerineau. L’album au format comics est comme d’habitude agrémenté d’un texte (brut) d’introduction à la thématique, sorte de grosse préface, et de bibliographies proposées par l’illustrateur et par l’auteur du texte visant à prolonger la thématique.

Le sujet des Zombis (distingués des Zombies, transposition culturelle dans l’imaginaire créatif) est lié au Vaudou africain, basé au Bénin, avant de passer en Haïti avec les esclaves transplantés. C’est une religion syncrétique par excellence, sorte de patchwork entre christianisme magique, animisme africain et culture populaire liée au monde des morts. Ce document nous détaille les origines mais surtout le fonctionnement de la zombification, sorte d’empoisonnement par un puissant psychotrope tétanisant la victime pour la rendre visiblement morte. Il s’agit de démarches criminelles aboutissant à la mise en esclavage de la victime par le commanditaire, nouant avec les manipulations sexuelles, familiales ou d’argent qui sont coutumières dans les sociétés traditionnelles, y compris en France au XIX° siècle…

L’explication est clinique mais ne prends pas le temps de se pencher sur les raisons socio-ethnologique de ce phénomène ni sur son échelle. Le sujet est en effet vaste et intimement lié à la société haïtienne et le format de la collection ne permet pas de déborder du cadre stricte des Zombis. La mise en forme et en couleurs (avec sa technique crayonnée) de Guerineau est superbe et donne envie de lire une bd de l’illustrateur du Chant des stryges sur ce thème… Le volume pourra vous aider à entrer dans la série de comics Shadowman qui reprends beaucoup d’éléments au vaudou et aux zombis, ce numéro de la petite bdtheque démontrant la grosse documentation des auteurs américains de Shadowman.

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****·Cinéma·Comics·Nouveau !

Visionnage: Les indestructibles 2

Film de Brad Bird
(2018) 1h58.

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"Les Indestructibles premier du nom est encore très présent dans ma mémoire (et pas que la mienne visiblement), comme l’un des tous meilleurs films de super-héros de l’histoire avec Incassable et Watchmen. L’esthétique rétro, l’humour Pixar toujours aussi efficace, le scénario à la James Bond,… étaient un concentré de bonnes références re-digérées idéalement en un film joli, marrant et plein d’action. Et l’intrigue classique des films de super-héros (la loi interdisant leur activité, sujet vu dans Watchmen ou X-men) le rattachait pleinement à la lignée des comic-books.

On savait qu’un second épisode était prévu et malgré l’impatience, la durée de l’attente était un gage que ce numéro 2 ne sortirait pas pour des raisons commerciales mais par envie réelle du réalisateur Brad Bird, l’un des plus talentueux artistes de Pixar (déjà à l’origine d’une revisitation du mythe de King-Kong avec son Géant de Fer, considéré comme l’un des meilleurs dessins-animés jamais produits). Le rachat de la boite par Disney entre temps pouvait faire craindre une contamination de bien-pensance. Qu’en est-il?

Alors que la famille Parr voit la disparition du programme de réinsertion des super-héros, un étrange mécène propose de les embauches pour réhabiliter le rôle des héros dans la société. Ce sera Elastigirl qui fera le test en se lançant à la poursuite de l’Hypnotiseur…

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"Et bien personnellement j’ai passé un excellent moment avec la famille indestructible! Le principal manque est celui de la nouveauté. C’était inévitable mais du coup on est forcément en terrain connu, surtout pour ceux qui ont vu le court-métrage sur Jack-Jack et ses pouvoirs, qui coupe un peu le principal apport de ce film. Le bébé apparaît en effet un peu comme le Scrat de l’Age de glace, focalisant les meilleurs séquences sur ses capacités. Mais contrairement au film givré tout le métrage ne repose pas que sur ces moments et c’est tant mieux.

Le film débute immédiatement après la fin du premier, c’est du coup un peu perturbant de se remettre dans le bain après quatorze ans d’attente et je conseille vivement de se revoir le premier épisode avant (bien que ce ne soit pas indispensable, mais ça aide à se rappeler le contexte). Le film voit le retour de Frozone, Edna et des voix françaises particulièrement réussies. Les séquences d’action sont nombreuses mais ce sont bien les problèmes de famille qui restent dans les mémoires en tirant sur les zygomatiques. Les affres de la garde d’un super-bébé, le combat contre le raton-laveur, les conséquences de l’effacement de mémoire sur la vie sentimentale de Violette sont autant de moments qui nous rappellent la force de cette franchise et de tout bon film de super-héros: les éléments de la vie quotidienne pour des personnes anormales…

Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"La brochette de nouveaux héros est dotée de pouvoirs très originaux et l’équipe du film s’éclate à créer des situations tordantes à partir de ces pouvoirs. Visuellement j’ai été un peu déçu par rapport au premier. Le design général est très proche mais le cadre plutôt nocturne et urbain ne permet pas le dynamisme que comportait ne premier film avec la maison d’Edna, l’ile secrète ou le look rétro de la maison Parr.

Malgré ces très petits bémols, Les indestructibles 2 est largement à la hauteur du premier et on hésite à vouloir une nouvelle suite tant il sera difficile de proposer un scénario qui bouleverse réellement l’intrigue et le risque de tomber dans la redondance.

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****·BD·Mercredi BD

Urban

BD de Luc Brunscwig et Roberto Rici
Futuropolis (2011-2017), 52 pages, 4 volumes parus sur 5.

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La maquette est élégante comme toujours chez Futuropolis et le format large permet d’apprécier la qualité des dessins et du découpage. C’est confortable. La ligne graphique des couvertures, si elle est cohérente avec l’atmosphère de la série, n’est pourtant selon moi pas très efficace pour donner envie…

Dans un futur proche le réchauffement climatique à submergé une grande partie des terres habitées, provoquant un exode sur les planètes et satellites du système solaire. Dans ce monde dystopique où l’écart entre riches et pauvres a atteint le stade du XIX° siècle, la cité de Monplaisir fait figure de respiration pour une population aux aboies: pendant deux semaines par an ils peuvent s’adonner à tous les plaisirs au sein d’une cité hyper-connectée et gérée par une intelligence artificielle. Un paradis…?

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Si certaines séries sont plus visibles pour le marketing qui les entoure, on peut dire que les auteurs d’Urban ne vont eux pas vers la facilité et que les choix scénaristiques ne souffrent d’aucun compromis. Il s’agit d’une BD qui nécessite de s’immerger, de prendre le temps et surtout, de tout lire à la file, tant Luc Brunschwig a construit son intrigue de façon très progressive, lentement, séparant chaque album quand aux protagonistes centraux ou via des flashbacks. Tel un puzzle en cinq tomes, les différents éléments convergent progressivement vers la conclusion, de façon tout a fait cohérente et maîtrisée. A ce titre cette BD force le respect pour la rigueur du travail d’écriture. Pour résumer, Urban s’appréciera idéalement en format intégrale.

Ainsi l’entrée en matière est compliquée. Résultat de recherche d'images pour "urban  bd ricci"L’on suit un colosse un peu simplet parti contre l’avis de sa famille pour devenir policier à Monplaisir et discutant avec un personnage qui semble imaginaire… Dès l’entrée en matière, une galerie de personnages hauts en couleurs nous immergent dans un monde de carnaval permanent où tout le monde est déguisé et où il est compliqué de démêler la réalité de la fiction (imaginaire, virtuel?) dans un contexte futuriste sur lequel le lecteur n’a que très peu d’informations. Ce brouillage est calculé mais il faudra avancer dans la série pour s’en apercevoir. Des personnages nouveaux surviennent sans que l’on sache s’ils sont importants ou périphériques et même le personnage principal, Buzz, est assez peu présent dans les albums. Le découpage lui-même joue de cela avec des irruptions brutales de scènes au milieu d’autres, non reliées directement… Je ne veux pas donner une l’image d’une série ardue car Urban est vraiment une bonne BD, mais il me paraît important d’être prévenu pour apprécier celle-ci à sa juste valeur.

Résultat de recherche d'images pour "urban ricci"Heureusement les dessins, de très grande qualité et très lisibles (notamment la mise en couleur un peu floutée et jouant sur un éclairage électronique permanent), permettent de faciliter la lecture durant les premières pages. Le jeu discret du repérage des héros de l’imaginaire collectif (Batman par-ci, Zoro par là…) présents dans Monplaisir est également savoureux et incite à se plonger dans les cases larges de Ricci. L’artiste propose un design SF élégant, coloré, et une réalité crue: dans ce paradis des plaisirs le sexe et la violence sont bien présents, permettant des scènes d’action efficaces bien que peu nombreuses. Ce qui est le plus perturbant c’est de ne pas avoir de personnage à suivre (hormis Buzz) mais cela nous pousse à chercher d’autres focales, d’autres personnages, à échafauder des théories, ce qui est probablement recherché et est fort agréable, comme dans un bon polar (Brunschwig est auteur de l’Esprit de Warren, un polar sombre réputé à sa sortie en 1996). L’intrigue suit autant Springy Fool, le grand architecte transmuté en lapin d’Alice que ce couple de mineurs de Titan, un gamin et sa nounou que cette prostituée tatouée… Image associéeL’illustrateur prend grand plaisir et précision à nous les présenter et nous les attacher si bien que l’on ne sait jamais qui est le réel centre de cette histoire.

A mesure que l’on avance dans l’intrigue la réalité se durcit, le rideau de la féerie se déchire pour laisser transparaître une réalité dystopique bien noire… Car le message de Brunschwig est simple: que se passera t’il dans quelques années dans un monde libéralisé où les États auront abandonné leur devoir de protection des population à des sociétés connectées qui pourront se comporter en démiurges autoritaires? Un monde où Disney allié à Google aura gagné, contrôlant nos vies d’endettés accro aux loisirs? J’avais retrouvé une idée proche d’Urban dans l’excellente série américaine Tokyo Ghost (en version trash…) comme dans le chef d’œuvre de Pixar Wall-E.

J’ai découvert à travers cette série un excellent dessinateur et retrouvé un auteur que je n’avais plus lu depuis ses débuts. Le plus gros défaut d’Urban est qu’il faudra attendre encore un an avant de connaître la conclusion…

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.