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Shirtless Bear Fighter

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Comic de Sebastian Girner, Jody Leheup et Nil Vendrel
Hi comics (2018) – Image (2017), one shot, 122 p. Contient les épisodes 1-5 de la série.

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En BD plus la couverture est géniale plus le risque est grand d’avoir une tromperie sur la marchandise, surtout chez les éditeurs américains! Pour « SBF » on a un chef d’œuvre pulp de Paolo Rivera, l’illustrateur de l’excellent The Valiant, qui non content d’en mettre plein la vue reflète absolument et l’histoire et l’ambiance de la BD avec cette fausse couverture incluant des sous-titres à la con. Hormis la pépée dénudée tout le concept est là: un golgoth barbu qui mets des bourre-pif, des ourses sauvages portant des couteaux, un vocabulaire original… manque plus que le côté vaguement scato pour compléter ce projet complètement barré et franchement marrant. A noter que parmi les couvertures alternatives en fin d’album on trouve logiquement Kaar Andrews et même un certain Jerome Opena

Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"Cet album (qui laisse envisager une suite) a été annoncé depuis pas mal de temps par Hi Comics sur la base du visuel de couverture et est donc une vraie réussite. Pourtant le pari était casse-gueule! Le plus simple est de vous donner un résumé: un colosse barbu et à peu près invincible, qui a grandi parmi les ours de la forêt devient leur principal adversaire après avoir perdu sa dulcinée. Vivant nu et membré comme un cheval, il habite dans une cabane en peaux d’ours et se déplace autour du monde dans son avion-ours. Quand des ours sauvage attaquent Grande Ville, un lieutenant de police héros de guerres vient le chercher pour sauver le monde: le méchant Bucheron, dirigeant de la multinationale du papier toilette Cajole-fesses a décidé de raser les forêts pour étendre sa domination. Mais Cogneur est bien le protecteur des forêts…

Vous l’aurez compris, c’est un univers complètement débile, du vingtième degré, inspiré des films d’action des années 80 et qui n’oublie pas de se moquer de la société puritaine de l’Amérique profonde. Attention, contrairement à Renato Jones (un peu dans la même gamme d’humour) on aucun message politique ici. Mais la pixelisation volontaire des plans de nu de Cogneur sont d’autant plus tordants que cela n’a strictement aucun intérêt dans l’histoire hormis se moquer de l’autocensure des comics. Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"Cette lecture m’a fait pensé à Hot Shots, le chef d’œuvre des ZAZ au cinéma par son côté décalé. Le soucis bien souvent avec ces albums What the fuck c’est la faiblesse de l’histoire. Or ici on part sur une base classique de film d’action, avec exposition tonitruante, traumatisme du héros révélé, trahison et rassemblement final. Très formaté mais cela permet de structurer la narration sur des bases éprouvées en évitant une pseudo intrigue dont le lecteur n’a que faire pour se concentrer sur les mille détails marrants: le policier black qui a participé à la guerre de sécession autant qu’à celle du Vietnam, la société Cajole-fesse et son patron qui fait sa commission sur un « trône d’or », l’avion en fourrure d’ours et bien entendu des combats bien débiles contre des ours parlant…Résultat de recherche d'images pour "shirtless bear fighter"SBF est un bon gros moment de rire décérébré proche du Skybourne de Frank Cho avec un certain côté sérieux en moins. En outre les dessins sont très correctes dans le genre. Je m’attendais à une lecture one-shot et je m’aperçois une fois l’album fini que je le relirais volontiers, avec pourquoi pas une suite encore plus débile!

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Black monday murders

esat-westComic de Jonathan Hickman et Tomm Cocker
Urban (2018) / Image comics – US (2016), 240p. 2 vol. parus aux USA (8 épisodes).

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Comme d’habitude chez Urban, les couvertures originales (magnifiques) et des croquis de l’illustrateur sont proposés en fin de volume sur 18 p. Le design général de l’album, de la langue de Mammon et des documents intégrés participent d’une esthétique très efficace. La couverture est parlante, intriguant, efficace.

En 1929 et à d’autres époques les crises financières majeures entraînent des morts. Suicides? Pas certain… Une confrérie dirigeant la banque d’affaire Caïna-Kankrin semble liée à des forces occultes qui proclament que l’argent est la force qui dirige le monde depuis la nuit des temps…

Black Monday Murders est une création assez unique à plus d’un titre. Ambitieuse (très ambitieuse!), elle aurait tout à fait pu sortir du cerveau d’un Alan Moore tant le propos intellectualiste s’allie parfaitement au polar pour produire un récit complexe, mystérieux, qui flirte en permanence avec l’abscons sans pourtant perdre le lecteur qui se raccroche en permanence à un élément subtilement donné. Le scénariste parvient à équilibrer la complexité qui fait partie intégrante du projet et l’intelligibilité pour le lecteur. L’ouvrage en devient totalement fascinant ; personnellement je ne suis absolument pas certain d’avoir compris quelque chose à ce premier tome tout en ayant pris un pied d’enfer…

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"J’insiste sur la référence à Alan Moore, le seul auteur de comics qui parvient si bien à proposer une réflexion complexe, philosophique parfois, dans un habillage fantastique adulte. Le sujet est passionnant: l’argent. L’hypothèse fascinante: l’argent est une puissance magique occulte qui régit le monde et dont se sert le Démon (nommé Mammon) pour régenter les humains. La thématique de la secte occulte conspirationniste de maîtres du monde servant un grand pouvoir noir est un classique. La transposer sur le thème de l’argent est vraiment originale et intellectuellement stimulant.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"A noter que les couvertures originales des épisodes sont tout bonnement magnifiques! Tomm Cocker n’a pas beaucoup publié et son style rappelle celui de Greg Tocchini (illustrateur intriguant de Low). A la lecture de la série de Rick Remender j’avais les mêmes réserves sur ce type de dessin, extrêmement contrasté et numérique. Mais là où Tocchini pèche par imprécision dans les arrières plans et sa propension à créer des plans « eyefish », Cocker propose lui des visages et des corps très expressifs ainsi que des scènes vraiment artistiques de par son utilisation des ombres urbaines notamment. Le dessin sert totalement le propos et si comme moi on est au départ plus attiré par des dessins style BD, on profite complètement du talent de l’auteur qui nous immerge dans un monde sombre, de magie noire et de secrets cachés. Prenez le temps de savourer les croquis en fin de volume, qui confirment la très très grande maîtrise technique du dessinateur une fois ôté le vernis numérique.

Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"La création d’une langue magique, antédiluvienne, à la graphie très élégante et intrigante participe (comme la mythologie autour de la Caïna-Kankrin détaillée à coup de documents imprimés intercalés avec les chapitres) à la solidité de cet univers dont la complexité donne envie de le comprendre, malgré l’effort de concentration et de déduction que cela suppose.

Le récit est structuré entre un agencement de séquences non chronologiques présentant des personnages des différentes lignées dirigeantes de la Caïna à différentes époques, et l’enquête d’un étrange inspecteur qui est le seul à s’intéresser à la langue de Mammon. Ce dernier se fera aider d’un professeur d’économie qui le mets en garde contre la puissance de ceux sur qui il enquête. L’inspecteur est ce qui permet au lecteur de se raccrocher car les autres séquences sont vraiment mystérieuses. Pourtant on reste fasciné tout le long par des bribes d’informations très compliquées à remonter (je pense que deux à trois lectures sont indispensables pour tout bien saisir) et qui, avec le graphisme très noir, très contrasté, crée une ambiance unique. Hickman a la grande intelligence de très peu montrer pour éviter de tomber dans le grand-guignol. Avec l’expressivité des visages de Cocker ce sont deux gros points forts de l’album.Résultat de recherche d'images pour "black monday murders"

Cela fait longtemps qu’une BD ne m’avait laissé aussi stoïque, en instillant une insistante envie de comprendre, de construire un puzzle dont l’auteur nous donne très peu de clés. Souvent dans ce genre de cas, le risque est grand de rester sur sa fin une fois la série terminée. On verra, mais il est certain que cet album est l’un des comics les plus fascinants et ambitieux de l’année!

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Et l’avis de l’atelier comics.