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Inhuman #1: inhumanity

East and west

Comic de Charles Soul, Matt Fraction, Olivier Coipel, Nick Bradshaw, Joe Madureira et Ryan Stegman.
Panini – Marvel NOW (2017)/ Marvel (2014). Contient les épisodes « Inhumanity » 1-2 et « Inhumans  » 1-6.

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Cette histoire se place dans la continuité de l’arc « Infinity » scénarisé par Jonathan Hickman et qui voit l’arrivée de Thanos sur Terre à la recherche de son fils. Un résumé introductif explique ces événements et leur conclusion: suite au duel de Thanos contre Flèche Noire (le roi des Inhumains) la cité d’Attilan, siège millénaire de la civilisation inhumaine, est détruite et révélée aux humains. Un nuage Teratogène se répand sur la Terre, révélant la nature génétique jusqu’ici cachée de milliers d’inhumains. Alors que les Avengers entrent en contact avec la reine Medusa et tentent de comprendre ce qu’il se passe, une ancienne faction inhumaine résidant en la cité d’Orollan cherche à rassembler les nouveaux inhumains qui découvrent soudainement leur nouvelle apparence et leurs pouvoirs…

Une galerie de couvertures originales des fascicules est présente entre les parties et à la fin (notamment une – assez moyenne – de Manara).

Je suis relativement novice en matière de chronologie de Super-héros et ai découvert assez tardivement le groupe des Inhumains (qui ne me semblent guère autre chose que de nouveaux Mutants à l’instar des X-men…). J’ai donc lu cet album avec un regard de novice, public cible de la collection Marvel NOW (destinée à proposer des reboot pour différents super-héros, ne nécessitant pas une connaissance approfondie de tous les arcs précédents). Tant mieux car les rares chroniques que j’ai trouvé concernant cet album critiquent justement le côté pédagogique et sur-place de l’intrigue. Personnellement je trouve que c’est pour une fois totalement adapté à un lectorat novice qui est souvent perdu dans la multitude de références aux événements précédents présentes dans les comics.

L’opération éditoriale semble donc plutôt réussie pour Marvel qui rassemble une équipe artistique relativement homogène graphiquement et un scénario très progressif et pédagogique expliquant de manière répétée qui sont les inhumains et quels sont les enjeux de l’explosion d’Attilan: cohabitation entre humains et mutantRésultat de recherche d'images pour "inhuman madureira coipel"s, administration d’une nouvelle Cité aux yeux de tous alors que les Inhumains ont toujours agi dans l’ombre, acquisition de nouvelles identités pour les Novhumains (nouveaux inhumains révélés par le nuage Teratogène), apparition de factions dans le monde Inhumain… On comprend que les fans hardcore de ces personnages soient peu intéressés par cette série mais elle est une véritable porte d’entrée dans l’univers des super-héros et des Inhumains, ce qui n’est pas si courant. Je suis cependant surpris que les Avengers (qui sont très présents dans la première section dessinée par l’excellent Olivier Coipel et qui permettent au lecteur familier des films de rentrer progressivement dans ce nouvel univers Marvel) disparaissent ensuite presque totalement.

Ce scénario ni révolutionnaire ni indigne pour un comics de super-héros est rehaussé par des illustrateurs qui proposent un niveau plus que correcte. Résultat de recherche d'images pour "inhuman ryan stegman"L’industrie du comics nous a habitué à supporter des planches atroces à côté des illustrations des maîtres du dessin US alors pour une fois on ne va pas bouder son plaisir. Dans le comics je lis essentiellement des one-shot ou des arcs créés par des duos d’auteurs alors je dirais qu’ici c’est une agréable surprise.

Personnellement un nom m’a donné envie de lire ce récit: le trop rare Joe Madureira, auteur du mythique Battle Chasers et parti depuis de longues années dans le monde du jeu vidéo. Il est la star du récit, illustrant trois parties que j’ai savouré longuement. Que ce soit dans le pur graphisme (les ombres chinoises jouant sur la chevelure de Medusa) ou dans les scènes d’action (la bataille avec Cap’ est courte mais vraiment excellente), Madureira est vraiment un des tous meilleurs illustrateurs actuels de comics (… et ce depuis longtemps!). Ceux qui le découvriront à l’occasion de cette BD pourront lire le fameux Battle Chasers et les déjà-fans seront ravis d’apprendre qu’il a annoncé (… depuis quelques temps maintenant…) travailler enfin à une suite après la sortie de son dernier jeu vidéo issu de l’univers de BC. Olivier Coipel n’illustre que la première section, pas très bien colorisée mais vraiment agréable au niveau du dessin. Enfin Ryan Stegman m’est totalement inconnu mais arrive à maintenir la barre derrière ces deux monstres. Une rapide recherche d’image sur internet montre un travail vraiment intéressant de cet artiste. J’aime bien découvrir de nouveaux auteurs, notamment via les comics et je crois que dorénavant je regarderais d’un peu plus près ses productions.

Au final on a une BD qui commence un cycle et a les défauts du système de l’édition BD US (multiplicité d’auteurs-tacherons, histoire à rallonge, schémas très manichéens) mais a le grand mérite d’être accessible aux lecteurs novices en matière de comics. Surtout, elle permet de savourer des planches magnifiques de Joe Madureira et d’Olivier Coipel. Plaisir des yeux comme on dit!

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BD·Comics·Guide de lecture

BD: l’école hispanique?

Profitant des grâces d’une bibliothèque, j’ai découvert récemment la BD Jazz Maynard, étant complètement passé à côté à l’époque car… je croyais qu’il s’agissait d’une BD sur la musique!

C’est une véritable découverte graphique que l’album dessiné par le barcelonais

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Ignacio Roger, tant je n’avais jamais vu un tel dynamisme associé à une maîtrise technique depuis les grandes heures de Masamune Shirow sur Appleseed 4 (et la mythique baston au couteau à l’épée). Enfin, réflexion faite si, et récemment… sur le Blacksad d’une autre duo espagnol… Même maîtrise technique (anatomies, perspectives,…), même utilisation de l’encrage, même goût pour les ombres, enfin, même ahurissante lisibilité lors des scènes dynamiques… Du coup, interloqué, je me suis penché sur une hypothèse farfelue, celle d’une Ecole ibère en matière de graphisme BD.blacksad_02_iz_24139-3thoom

Après un tour d’horizon je vois cette liste d’auteurs récents d’origine hispanique ou sud-américaine: Guarnido (Blacksad), Roger (Jazz Maynard), Jose Luis Munuera (Sous le signe de la Lune, Les Campbell,…), Montllo (Warship Jolly Roger), Marcial Toledano (Tebori), Guillermo Gonzalez Escalada (le Chevalier à la licorne), José Homs (Shi), Joe Madureira, Joe Quesada, Ignacio Noé, Juan Gimenez,…

tumblr_nw2vd8e2xc1sbbfwho3_12801Ok, tous n’ont pas la même technique des premiers cités. Mais tous (ou presque) ont fait parler de leurs BD sur le plan graphique et notamment par une technique sans accrocs. Lorsque l’on regarde les techniques des illustres « comics-illustrators » que sont Quesada et Madureira la proximité est saisissante avec Guarnido et Roger dans cette approche d’un trait avec forte utilisation des noirs et un mélange de traits presque cartoon et hyper précis à la fois. Chacun sait que Guarnido a bossé chez Disney et que les studios d’animation sont gros consommateurs d’artistes de talent et extrêmement formateurs sur le plan technique. Je ne connais pas les bio de tous les dessinateurs cités dans ce billet mais m’est avis que de telles techniques ne s’acquièrent pas que par leur seule formation ou par l’observation.

A partir de là, beaucoup d’autres hypothèses sont possibles: l’influence du comics (lui-même totalement redigéré depuis les années 80 par une foule d’illustrateurs étrangers ou d’origine latino-américaine) sur les auteurs espagnols? Le poids en France de la Ligne claire par contraste avec d’autres influences outre-pyrénées?

Toujours est-il que ces illustrateurs poussent très loin le dynamisme et la « mise en vie » de leurs cases en prouvant que les mangaka ne sont désormais plus seuls maîtres à bord. Roger est pour moi une énorme claque graphique, la première depuis Ronan Toulhoat ces dernières années et je vous invite à suivre de très près ses prochaines créations.