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Le Convoyeur #3 – Les veuves électriques #2 – Travis #16

La BD!

Hello les lecteurs! Cette semaine on va faire des rattrapages tous azimuts sur des séries en cours qui sortent des sentiers battus, avec le post-apo Convoyeur, la satire politico-écolo Veuves électriques et le grand ancien Travis qui conclut le dernier cycle.

  • Le convoyeur #3 (Armand-Roulot/Lombard) – 2022, 54p./volume, 3 vol. parus.

Attention Spoilers!

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Accueillie un peu froidement à sa sortie, la série du Convoyeur se rapproche de sa conclusion maintenant que le secret du personnage a été dévoilé de façon choquante sur le cliffhanger du précédent opus. Le genre post-apo trouve toujours des détracteurs mais il est indéniable que tant graphiquement (les design comme le style de Dimitri Armand) que dans la création d’univers cette série ne laisse pas indifférent et revêt un travail qui force le respect. Chaque tome apporte beaucoup de nouveauté et si la construction inhabituelle surprend, on se laisse porter avec une forme de satisfaction dans cette incertitude permanente. Rarement le traitement des personnages aura été si dérangeant pour le lecteur habitué à des schémas archétypaux… Sur ce troisième volume nous avons donc une une bascule majeure entre héro et antagoniste puisque le personnage de Minerva découverte juste avant devient centrale et nous narre son histoire familiale tragique qui la lie au Convoyeur. Par ce processus risqué les auteurs perdent ainsi un personnage central extrêmement charismatique, laissant le lecteur un peu démuni. On perd également la richesse du décors médiéval-steampunk, sacrifice nécessaire pour faire fortement avancer l’intrigue qui repart sur de nouvelles bases à la conclusion. Sommes nous seulement au mitan d’une longue série ou proche de la fin, seules les auteurs peuvent le dire mais on reste bien accroché sur une saga qui aura su se démarquer sérieusement de la concurrence et nous enivre sur les planches toujours sublimes d’Armand.

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  • les veuves électriques #2 (Relom-Geoffroy-Degreff/Delcourt) – 2022, 62 p., 2/2 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance!

couv_448226Le premier tome était une franche surprise au vitriol et j’avais hâte de connaître le dénouement de cette grosse farce très critique. Ce tome enchaîne directement en flirtant par moment avec du Fabcaro dans le genre n’importe quoi. C’est mieux dessiné, souvent drôle et on monte encore d’un cran dans la critique du président des riches qui se retrouve soumis à un chatelain-milliardaire décidant de la politique de la Nation au sein d’un aréopage de chefs à plumes tous corrompus. On aura droit à la privatisation de l’eau, au comportement prédateur des milliardaires, la collusion de l’Etat avec les milieux d’affaire, la précarisation d’EDF et sa gestion des centrales,… L’attaque sur Macron et sa politique est toujours aussi violente et les auteurs ont l’intelligence de ne pas chercher ni circonstances atténuantes ni héros qui irait sauver cette satire… noire jusqu’à la dernière page. On peut se demander si la fin en est bien une mais le fait est que les auteurs tirent à balles réelles et que ça fait du bien de rire pour dérider notre actualité si sombre.

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    • Travis #16 : opération Gorgone (Quet-Duval/Delcourt) – 2022, 46 p./, cycle 5 acheté en 3 tomes.

couv_445280Bon, on ne va pas se mentir, un mauvais album de Travis ce n’est pas vraiment possible (un mauvais Duval en revanche…). On a quitté la bande de Vlad sur Terre en pleine action pendant que Travis faisait dodo en direction de Ceres. Cela fait quelques albums maintenant que Fred Duval utilise cette technique pour faire cohabiter les deux faces héroïque de sa série en alternant albums full-action et albums spatiaux et techno… et ça marche. Juste que l’intrigue spatio-politique étant condensée en un unique album de quarante-six planches on peine un peu à s’y retrouver entre les multiples factions qui interviennent dans ce balkan spatial alors que certains cherchent à récupérer la première forme de vie extra-terrestre en provenance d’Europe, que les pourritures Fulci-Baxter&Martin (il faudra l’émergence d’une sacrée puissance pour contrer l’alliance des plus belles ordures terrestres) visent à dominer les astéroïdes, que les mutants cherchent leur indépendance et que… Carmen MacCallum s’en mêle… Enfin, juste en théorie puisque toutes ces portes ouvertes se finissent un peu en eau de boudin après de très belles séquences de bataille en apesanteur qui rappellent combien le duo Quet-Duval est à l’aise dans l’exercice. On ressort de cet épisode un peu confus (avec l’envie de relire le cycle d’affilée pour voir si on s’en sort mieux), très motivé par le cycle à venir (ce cycle semble bien inachevé malgré toutes ses promesses) et convaincu qu’on pourrait suivre le camionneur spatial jusqu’au bout du système solaire.

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Res Publica : cinq ans de résistance 2017-2021

Le Docu BD
BD de David Chauvel et Malo Kerfrieden
Delcourt (2022), 344p., One-shot.

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bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Coup de coeur! (1)

Le temps passe, la mémoire trépasse. Ce très volumineux et dense album est là pour nous le rappeler. Cruellement, salutairement, comme un uppercut démocratique qui nous réveille d’un trop long cauchemar. Dès sa préface, le scénariste des 5 Terres et de Robilar (où il proposait déjà sa version du monument La ferme des animaux d’Orwell) se fait modeste, ne se réclamant ni du journalisme ni du politologue, demandant la bienveillance des lecteurs qui trouveront quelques facilités, quelques erreurs de dates dans cette quantité phénoménale de sources (dont les références seront listées en fin d’album). Il y a deux ans La Bombe marquait les lecteurs BD par sa pagination, par son travail pédagogique et historique très important, avec le succès attendu et mérité. Sorti opportunément juste avant les élections présidentielles, ce Res Publica qui résonne dans un premier temps comme un pamphlet et s’avère bien plus, est de salubrité publique alors que le storytelling sondagier proclame déjà Emmanuel Macron réélu face à Marine Le Pen.

L’ouvrage s’ouvre sous le patronage du Larousse en nous rappelant ce que signifie République. Et tout au long de ces trois-cent quarante pages le scénariste en colère revient aux fondamentaux, que les coups réguliers des dirigeants depuis vingt ans ont fait perdre de vue à leurs concitoyens. Ce faisant il questionne à la suite des Gilets jaunes le principe même de démocratie représentative. Ce débat tranché temporairement lors de la Révolution française entre la démocratie directe et celle, plus bourgeoise des élus, a été ramené plus vif que jamais par cette révolte populaire, la plus importante sans doute depuis celles du XIX° siècle.

Si Res Publica n’est pas un album sur les gilets jaunes, la couleur de sa couverture et sa bichromie en font bien évidemment un axe central d’analyse de ce quinquennat présenté comme le plus grand hold-up de la finance et de la bourgeoisie conservatrice de notre histoire. Revenant avec minutie sur ce qui a amené Macron à la tête de l’Etat, Chauvel permet via d’omniprésentes citations de comprendre ce que le bruissement du monde et la frénésie médiatique ont noyé. Non seulement Emmanuel Macron n’a jamais été du « centre » mais son agenda était annoncé et lisible (contrairement à son prédécesseur) et son arrivée à la Présidence de la République a été confisquée par ces circonstances déjà subies en 2002, face à l’extrême-droite. Ainsi ce président le plus mal élu de la V° République (et donc minoritaire dans la population) plaça immédiatement des chefs d’entreprise (dits « société civile »), dont sept millionnaires, dans son gouvernent, pour produire pas moins que ce que le duo infernal des années quatre-vingt Thatcher-Reagan proposèrent au monde: une rupture définitive avec l’héritage de la Libération et le concept d’Etat-providence.

Les moins à gauche des lecteurs tiqueront par moment sur l’orientation, la radicalité du propos. Il est certain qu’un bon montage de citation et d’évènements permet de faire dire à peu près ce que l’on veut à des personnes. Les médias nous le montrent tous les jours et les auteurs le décortiquent très finement quand au traitement médiatique fort déloyale de la révolte jaune. En cela l’album est bien un pamphlet qui ne vise aucunement la neutralité. Et pourtant… Le travail journalistique est immense: le cœur du projet est bien de se baser sur les faits, déclarations, séquences filmées, pour les mettre en perspective. C’est à ce titre que l’ouvrage est d’une lecture indispensable pour rappeler à tout citoyen qui s’apprête à voter ce que notre président s’est permis, à commencer par une violence sans pareil en régime démocratique de la part de l’appareil policier.

Entrecroisant le déroulé chronologique de quelques témoignages de gilets jaunes, les auteurs permettent de saisir (comme l’a très bien fait le récent Mon rond-point dans ta gueule) la réalité d’un mouvement populaire et d’une France définitivement scindée d’une élite aveugle. On parle depuis des années d’une France des Quartiers en marge de la République. Le géographie Christophe Giuly parle de la France périphérique depuis les années deux-mille. Les Gilets jaunes et le niveau inédit des partis contestataires dans les intentions de vote montrent comme jamais qu’une rupture est en train de survenir, qui rend plus incertain que jamais le prochain scrutin présidentiel.

Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort – Emmanuel Macron, 2015.

Les faits mis bout à bout sont choquants et interrogent sur la possibilité démocratique qu’un tel projet soit maintenu au pouvoir. La rupture entre des élites coupées d’un peuple qui ne profite pas du néo-libéralisme est évidente à la lecture de l’ouvrage. Un ouvrage que tous les citoyens devraient lire d’ici avril pour se rappeler que seul le peuple détient le pouvoir. Notamment lors de l’élection présidentielle.

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