***·BD·La trouvaille du vendredi·Rétro

Hercule

La trouvaille+joaquim

BD de JD Morvan et Looky
Panini (2012-2014), 46p./tome, série finie en trois tomes.

Après une lecture fort enjouée sur la série Shaolin  (que je vous conseille!) j’ai comme toujours parcouru la biblio du très bon dessinateur (Looky) pour tomber sur cette adaptation Space-opéra du mythe d’Hercule dont les planches semblaient impressionnantes. JD Morvan proposant tout à la fois certaines folies créatives dont il a le secret et des projets trop rapidement construits du fait du nombre incalculable d’albums qu’il scénarise j’ai abordé cette lecture en terra incognita.

Hercule (Looky) (tome 3) - (Looky / Olivier Thill / Jean-David Morvan) -  Science-fiction [CANAL-BD]Tout d’abord il semble que la série ait bien été prévue en douze tomes (comme les Travaux) puisque ces trois albums suivent les thèmes du Lion de Némée, l’Hydre de Lerne et le sanglier d’Erimanthe. On a donc très vraisemblablement affaire à un arrêt précoce qui n’est guère surprenant à la lecture puisque outre des dessins tout à fait réussis mais à l’aspect fortement numérique qui rebutent généralement le grand public, l’intrigue peine à accrocher un lecteur qui suit plutôt les actions bourrines de cet avatar du demi-dieu sans vraiment de fil conducteur. Le premier tome suit pourtant la narration originelle avec une Hera cybernétique qui fait commettre l’irréparable à Hercule, ultime guerrier-esclave qui assassine femme et enfants dans un état second. Contraint de remplir des missions punitives pour une puissance mystérieuse il part donc de planète en station spatiale pour éliminer une menace, après des enquêtes parfois en mode polar, aidé de side-kick plutôt sympathiques…

Hercule (Morvan/Looky) - BD, informations, cotesLa construction de l’univers est absolument flamboyante avec un gros travail d’adaptation à la fois référencé et très libre pour faire coller la mythologie grecque à ce space-opéra proche de la Dark-fantasy, très sexy et très gore où les textures informatiques posées par Olivier Thill sur les superbes dessins de Looky nous plongent dans un univers techno proche de celui des Meta-Barons. On ressent à la lecture une interinfluence artistique puisque l’univers graphique très sombre et violent rappelle le premier album de Valentin Sécher, Khaal. La création des design est vraiment inspirée et on aurait aimé embarquer dans ce monde cohérent où les dieux sont remplacés par une caste dominante et la magie par une ultra-technologie permettant toute distorsion spatiale et temporelle. On savoure les jeux de termes, les noms mythologiques techno-ifiés et certaines idées pas brillantes mais très savoureuses (les cornes du sanglier).

Bref, tout était en place pour proposer une grande série SF. Mais EXCLUSIVE: First look at interior art from Hercules: Wrath of the Heavensle scénariste est victime comme souvent d’un frein lié à l’adaptation, qui empêche par soucis de fidélité de se libérer complètement. Très porté sur les adaptations, Morvan subit les mêmes affres récemment sur ses Princes-démons. En oubliant d’héroïciser son Heraklès il le transforme en pantin du scénario, sorte de biker bad-ass en diable mais qui perd l’attrait de la toute puissance herculéenne. On suit alors ses aventures comme un beau décors et l’on oublie en fin d’album ce qu’on vient de lire. Manque d’ambition sans doute également car en segmentant par trop ses travaux et en partant sur un tome par épreuve on sérialise tout cela sans donner de l’empathie pour le personnage et l’on saute littéralement d’une aventure à une autre. Objet étrange, à la fois superbe, créatif, mais un peu hermétique, comme si la froideur des planches transpirait sur le texte, cette fausse trilogie Hercule mérite surtout pour la découverte d’un dessinateur et sur le potentiel qu’elle pouvait produire. Comme nombre d’autres ouvrages de dessinateurs du reste les amoureux d’univers et de dessins se régaleront, ceux qui attendent une vrais BD passeront sans doute leur chemin.

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**·***·****·BD·Nouveau !·Rapidos

BD en vrac #22: Shaolin #2 – Robilar #3 – Voltaire & Newton #1 – Les dominants #3

La BD!

Grosse fournée de nouveautés chez trois éditeurs partenaires avec principalement des suites et une nouvelle série, entre animalier, fantasy chinoise et SF post-apo…

  • Shaolin #2: le chant de la montagne (Di Giorgio-Looky/Soleil) – 2021, 50p., 2/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Soleil pour leur confiance.

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J’avais passé un agréable moment sur le premier tome, qui surprenait en dépassant le cadre formaté que promettait son titre. La très chouette couverture continue de mettre en avant le non-héros qu’est nuage-blanc, alors que tout l’album est porté par le superbe personnage secondaire de cette guerrière (aperçue au volume précédent) aussi belle que redoutable avec sa propension à découper net ses adversaires à chaque combat… Car un des attraits de cette série est la radicalité d’auteurs qui croient et aiment leur projet, ajoutant un soupçon de sexy et des combats tout à fait sanglants dans des chorégraphies jouissives qui permettent à Looky de montrer sa maîtrise technique tout en travaillant encore ses arrière-plans. On retrouve ainsi les qualités du précédent et on est rassuré en constatant que la trilogie… n’est que le premier cycle. On comprend donc mieux pourquoi le héros est si effacé. Le scénariste l’accompagne donc fort logiquement d’associés qui compensent cette fragilité dramatique. On ressent toujours quelque manque de fluidité dans certains enchaînements ou dans les motivations de tel ou tel personnage. Mais le souffle épique de la fantasy se ressent dans la puissance de ces combattants, dans cette armée qui prend forme, dans cette magie encore bien énigmatique. Heureusement donc que le premier tome n’est que la fin du début car Looky et Di Giorgio auront su nous mettre en appétit dans une série qui commence à prendre une sacré ampleur…

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  • Voltaire & Newton #1: Panglos-Tula (Mitch-Bauduret/Delcourt) – 2021, 56p., 1/3 tomes parus.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

couv_432015Sacrée couverture qui nous montre la version animorphique de Voltaire dans une peinture de type portrait classique! Et avec des intérieurs à l’avenant et une promesse de débat philosophico-scientifique entre les deux grands hommes on pouvait s’attendre à un hommage à De capes et de crocs. Les premiers pages nous donnent l’espoir et pétillent plutôt bien sur des dialogues qui fusent… avant de basculer dans une surprenante aventure dans un monde alternatif où les théories de Voltaire, de Newton et de sa nièce ont vocation à prendre forme et démontrer sans doute la différence concrète entre théorie et pratique. On voit là une fausse bonne idée puisque ce faisant les auteurs rompent soudainement le jeu de théâtre entre personnages forts pour nous laisser dans les seules mains de Voltaire qui va devoir participer à des joutes rhétoriques au sein d’un royaume qui lui inspirera le Pangloss de son roman Candide. On tombe alors dans une forme de BD jeunesse moyennement rigolote et assez attendue dont les textes ne sont pas suffisamment subversifs pour relever l’intérêt. C’est fort dommage car les planches restent fort agréables, mais je crains que le public soit difficile à trouver pour cette série qui laissera les jeunes un peu interdits sur les concepts philosophiques et les adultes vaguement distraits devant le manque d’originalité. Heureusement que les autres n’ont prévu qu’une trilogie, qui permettra d’éviter une prolongation indue si le projet n’est pas réhaussé rapidement.

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  • Robilar #3: Fort animo (Chauvel-Guinebaud-Lou/Delcourt) – 2021, 62p., série complète.

bsic journalismMerci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

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C’est le drame au royaume! Alors que le Prince et son mari convolent dans le bonheur, voilà t’y pas que les animaux de la ferme se rebellent contre le sort qui leur est destiné, poussant les têtes couronnées à manger des légumes! Le Chambellan Robilar est alors envoyé en ambassade…

Annoncé en fanfare par une com’ en mode « must read », Robilar m’avait un peu déçu sur les deux premiers albums dont la qualité progressait néanmoins. Et je suis ravi de pouvoir vous annoncer que cette montée en puissance aboutit à l’un des plus drôles et intelligents albums animaliers qui soit paru depuis quelques années! Désormais délié de tout carcan et engouffré dans une envie de proposer sa propre version de la Ferme des animaux, David Chauvel se lâche enfin avec son comparse et leur envie est communicative puisque, quasi débarrassés des humains, l’album nous propose un grand délire de jeux de mots et de trognes. Sous un vernis cabochard qui joue encore sur la langue (les baragouinage des culs-terreux et les running-gags des bouffons), les auteurs nous surprennent en proposant de vraies réflexions sur la condition animale, sur le végétarisme tout autant que sur la Justice et la peine de mort. Il est finalement assez rare de trouver de nos jours des BD qui articulent aussi bien l’humour et le fond (récemment l’excellent Cage aux cons). Sylvain Guinebaud dans son jardin, les planches accompagnent superbement cette révolte des animaux qui nous laissent réflexifs à la fois sur les sujets abordés et sur le fait que, finalement, cette série aurait bien pu continuer en formats one-shot…

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  • Les Dominants #3: Le choc des mondes (Runberg-Toledano/Glénat) – 2021, 54p.., premier cycle de 3/3 tomes achevé.

bsic journalismMerci aux éditions Glénat pour leur confiance.

L’affrontement final pour la Libération de l’Humanité est sur le point de commencer. Alors que Neil rassemble ses troupes en vue d’une attaque coordonnées sur le centre névralgique des Dominants à San-Francisco, que peut faire Andrew, enrôlé dans cette faction belliqueuse et démuni face à l’attitude fanatique de sa fille?

couv_431794Sylvain Runberg est très bon pour lancer des pitch accrocheurs et travailler avec des dessinateurs fort talentueux. Sur le développement en revanche c’est parfois plus laborieux et c’est ce qu’on retrouve sur cette conclusion de cycle  où s’achève ce qui doit l’être, de façon très attendue, sans nous donner beaucoup de réponses pour autant. Comme son dessinateur qui est moins tranchant que sur l’ouverture (du fait d’une colo un peu rapide je trouve), le scénariste déroule une intrigue d’actionner très efficace graphiquement mais qui ne remet rien en question, ne soulève guère de nouveauté et continue de trimbaler son héros sans grande capacité d’action. Le personnage le plus intéressant, sa fille fanatisée n’évolue guère non plus, ce qui nous laisse dans une sorte de statut quo qui s’est contenté de décrire un univers en trois volumes. A charge du prochain cycle de démarrer véritablement une intrigue qui ne se contente pas d’un hommage à la série V.

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