BD·Mercredi BD·Nouveau !

Un putain de salopard #1: Isabel

BD du mercredi
BD de Régis Loisel et Olivier Pont
Rue de sèvres (2019), 88p., série en cours 1 vol. paru.

couv_360594La couverture est superbe et le titre diablement intrigant et accrocheur. Un pari réussi sur ce coup de poker étonnant qui a fait parler de lui! Une biblio des deux auteurs est proposée en ouverture. Hormis cela rien de particulier. A noter que contrairement à ses habitude, l’éditeur n’indique pas de nombre de tomes prévus, ce qui est bien dommage, surtout sur une série de Loisel qui nous a habitué à des séries relativement longues.

Années 70, frontière du Brésil, Max arrive en terre inconnue pour retrouver son père, dont il ne connaît pas le nom… Il tombe sur un trio de copines délurées qui le prennent sous leur aile. Entre chaleur tropicale, camps d’ouvriers où règne une loi très primitive et amours simples, Max entame une quête improbable au sein d’une hostile Amazonie où les Mythes et croyances semblent ne pas avoir tous disparus…

Je dois dire que le titre a été l’élément accrocheur qui m’a fait m’intéresser à cette série en titillant ma curiosité. Les deux noms d’auteurs m’ont poussé à l’acheter: si je ne suis pas un fanatique de Loisel dont j’ai tendance à apprécier plus les scénarios que les albums qu’il a dessiné, j’avais énormément aimé le style d’Olivier Pont sur Où le regard ne porte pas… série qui a beaucoup de proximités avec Un putain de salopard (j’y reviens).

Ma première surprise après avoir refermé ce premier volume porte sur le ton de l’album, que j’attendais beaucoup plus sombre au vu du titre. Or si le sujet est bien « Max au pays des salopards » avec un univers féroce qui contraste avec la bonhomie des « 3C » (Corinne, Charlotte, Christelle, les trois filles de l’équipée), le traitement rappel l’atmosphère colorée et rigolote du Magasin général ou du diptyque d’Olivier Pont et Grégoire Abolin. Dès les premières planches à la superbe mise en couleur de François Lapierre (que Loisel a amené dans ses valises depuis ses séries précédentes), on savoure le style à la fois cartoon et très graphique d’Olivier Pont, qui se retrouve dans un univers familier fait de cabanes bricolées, de ciels azure et de feuillages verts profonds. Les respirations ésotériques apportent cette touche de mystère que le dessinateur  avait su tisser dans son grand succès… une autre histoire de copains! Cette proximité entre les deux séries n’est pas une redite, elle raconte l’univers personnel d’un grand dessinateur qui rencontre un autre auteur amoureux de la nature. Car du vert il y en a dans ce Putain de salopard! Pages après pages, une bonne partie de l’histoire se déroule en effet dans une fuite de Max et son équipière muette, l’indienne Isabelle, aussi belle que mystérieuse, au sein de la jungle où entre fauves, pluie et maladies la chasse va se rapprocher de la quête initiatique. Malgré ce décors monotone, les planches ne le sont jamais. Avec un art du cadrage et des détails remarquable, le dessinateur (et son scénariste?) parvient à rendre chaque case superbe, inspirée, dessinée. Résultat de recherche d'images pour "un putain de salopard pont"Je note très souvent dans mes critiques la différence entre les bons albums où le dessinateur délaisse ses arrières-plans et les grands albums où chaque détail est travaillé. C’est le cas ici, au-delà d’un simple jeu premier/arrière-plan où la BD vire presque au documentaire animalier, Olivier Pont prends le temps tout au long de ses quatre-vingt pages de peaufiner ce qui fait vivre un univers, ces mille petits détails, mouvements, personnage qui donnent envie d’aller de l’autre côté de la page.

Cette vie est aussi apportée par les personnages, la grande force de Loisel. Ici l’on n’est pas chez les apollons et nymphes que beaucoup de BD nous dépeignent. Si le dessinateur sait dessiner de beaux traits, le duo croque volontairement des filles un peu grasses, un peu maigres, des ouvriers-esclavagistes pas-tibulaires mais presque, ou son héros bien couillon avec ses grandes dents. Les trognes de Corinne, la nympho libre, sont à mourir de rire et les séquences aux dialogues très dynamiques rendent la lecture rapide et joyeuse. On se sent bien avec les « trois C », un peu naïves, amoureuses de la vie, positives en diables et qui apportent une modernité à cet espace loin de la civilisation.

Résultat de recherche d'images pour "un putain de salopard pont"Le dernier élément qui rend cette BD attachante c’est son féminisme béat. Les deux gugus aux manettes de l’album nous dépeignent ce que l’on imagine la Guyane (l’album commence sur un tarmac au Brésil mais tout le monde parle français), où seules les femmes sont intelligentes et rassurantes. Les bonshommes sont soit moches, soit inquiétants, soit violents, soit les trois. Les filles sont amoureuses, optimistes et ont le savoir… J’ai pris beaucoup de plaisir en compagnie des quatre zigoto dans ce début d’odyssée contre l’injustice que l’on imagine virer vers le grand feu d’artifice dans les prochaines tomes. Sur un sujet presque aussi sombre que le Katanga de Nury et Vallée, je préfère cette lumière et cet optimisme où la beauté des feuillages rencontre la beauté des personnes. Et avec deux auteurs aussi talentueux on aurait presque envie que l’aventure se prolonge sur la longueur…

note-calvin1note-calvin1note-calvin1note-calvin1

Achetez-le chez njziphxv

Publicités
BD·Manga·Nouveau !·Rapidos

L’emprise

BD de Serge Letendre, Régis Loisel et David Etien
Dargaud (2017), 60 p., Série Avant la Quête tome 5 (en cours).

quete-de-l-oiseau-du-temps-la-avant-la-quete-tome-5-emprise-lJe n’ai jamais été un super-fana de Régis Loisel et de la Quête (série avec laquelle est née à l’héroïque-fantasy toute une génération des années 70) mais j’ai appris à apprécier le monde d’Akbar et le style cracra-réaliste insufflé par Loisel. J’avais pourtant pris le train en marche d’Avant la quête et apprécié la série malgré un étirement de publication qui mine de rien joue en défaveur d’une implication du lecteur. Il faudra probablement attendre le dénouement (au prochain tome on l’espère) pour vraiment apprécier la valeur de ce projet dans une lecture intégrale et chronologique des aventures de Bragon.

Ici Etien remplace un Mallié qui avait suscité l’espoir d’être le dernier dessinateur de la série. Ce dernier avait su trouver un style à la fois respectueux du graphisme de Loisel et possédant son caractère et rehaussant un niveau fragilisé par l’album moyen (graphiquement) d’Aouamri. Comme beaucoup l’ont dit, l’un des intérêt de cet album est donc plutôt graphique, le nouveau venu s’en tirant vraiment bien et Loisel assurant (comme Yslaire sur Sambre) une direction artistique redoutable mais vraiment justifiée lorsque l’on voit l’homogénéité que recouvre cette saga.

Pour le reste, on se demande tous le pourquoi de cet album… La Quête formait une quadrilogie, l’Avant aurait pu se clôturer au bout de cinq. D’autant que l’essentiel de la genèse du chevalier Bragon a déjà été racontée à ce stade et les pistes vers l’évolution de Mara déjà posées. Les principaux piliers ont été abordés: si l’ami Javin pouvait être une introduction originale, le grimoire, le Rige et la formation du chevalier ont été traités chacun dans un album. Quel est le thème de L’emprise? Outre un piétinement sur l’intrigue générale, la ficelle scénaristique (l’amnésie de Bragon et l’emprise) de l’album est vraiment faible. Alors ce tome se lit bien, est visuellement très agréable, mais l’on a un désagréable sentiment d’un tome 5.1. Surtout que le ton utilisé est étonnamment grand public (venant d’un Loisel dont l’érotisme et la violence marque le style…) et perd un peu le côté « sérieux » de la saga. Ce qui m’inquiète c’est que la seule justification à cela serait la volonté de prolonger commercialement la série sur un long court. Si le prochain est le dernier je fais confiance à la troupe pour clôturer cela de façon classieuse et ce tome 6 n’aura été qu’un semi-loupé. Sinon je risque fortement d’arrêter les frais avant d’être allé trop loin.

BD·Comics

L’orgie de la rentrée

Alors ça y est on arrive à la fin d’année, grosse période de sortie de BD mais pas forcément gage de qualité étant données les contraintes posées sur les auteurs pour respecter les fenêtres de tir éditoriales. Le cru 2017 est pourtant selon moi une année exceptionnelle, en tout cas j’ai rarement prévu d’acheter autant de BD issues de séries de très bonne qualité. Voici donc sur quoi je vais baver d’impatience dans les semaines qui viennent:

9782723487061-lcouvrdr-3-731x1024a13qdc9h7fl

dans-ta-face-minablela-quete-de-l-oiseau-du-temps-avant-la-quete-05-l-ordre-du-sles-trois-corbeaux

couv-tome4-undertaker20294193_1418114134905093_3495102637142586385_n.jpg51cj62bgxujl-_sx380_bo1204203200_

105767cv-def81xy6eyfccl

81edb1jbqfl61myt6ok96l91jjyid4tal

51s43ehczll51jrrek6c6lbatman-par-enrico-marini-tome-1-vf

nils-tome-2-vf

  • Troisième testament Julius V
  • Warship Jolly Rogers (annonce 2017 sur le forum BDgest)

+Azimut 4 ??

Si vous avez des infos sur les autres parutions attendues…