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Doggybags #17

La BD!

Dix-septième et dernier tome de la série d’anthologie créée par RUN, avec Nikho, Florent Maudoux, Diego Royer au scénario, Nikho, Allanva et Petit Rapace au dessin. Parution le 21/05/21 au Label 619 des éditions Ankama.

bsic journalism

Merci aux éditions Ankama pour leur fidélité.

This is the end

Clap de fin pour la série phare du Label 619, qui aura su au fil des numéros s’iconiser toujours plus tout en conservant son crédo d’origine, à savoir intégrer et mettre en avant de jeunes auteurs désireux de revisiter le genre grindhouse.

Ce chant du cygne version 619 nous réserve trois histoires courtes, dans autant de genres différents: De Monocerote, Birds of a Leather et Ténéré.

Le premier chapitre nous ramène chez ces bons vieux vikings, qui se disputent, de gentille arnaque en trahison fratricide, une corne prise à une créature légendaire : la Licorne. Lui prêtant des vertus magiques, les guerriers norrois vont se la disputer égoïstement, aveuglés par leurs désirs de grandeur, avec de bien funestes résultats. Ce récit met en exergue l’avidité intrinsèque de l’homme et la toxicité de ce dernier au sein même des sociétés qu’il a érigées. Le dessin de Nikho s’est amélioré depuis Horseback 1861, mais contient toujours des approximations anatomiques, que l’on pardonne davantage sur un format court tel que celui-ci. On ne peut toutefois s’empêcher de noter que l’auteur a du recourir au script doctoring de Mathieu Bablet, ce qui, conjugué à sa marge de progression manifeste sur Horseback, nous laisse penser qu’il n’est pas encore tout à fait mûr pour se lancer en solo et livrer un album qualitatif.

Le second chapitre, nous plonge dans les méandres de la folie, à travers le regard d’Helen, une femme de sénateur vivant dans l’ombre de la défunte épouse de ce dernier, et victime d’une sorte de délire lui faisant endosser les forces totémiques des fourrures animales qu’elle aime arborer. Ce récit-là nous rappelle un cruel paradoxe qui veut que seuls les humains sont capables d’actes inhumains, les animaux, régis le plus souvent par l’instinct (mais aussi par des émotions, détrompons-nous), n’agissant quant à eux jamais par malice. Si l’on prolonge la réflexion, on s’aperçoit alors qu’il est un tant soit peu malhonnête d’affubler des caractéristiques animales à des traits exclusivement humains (les vautours pour l’opportunisme et l’ambition crasse, par exemple, ou la vanité pour le paon). Au niveau de la narration, Bird of a Leather souffre d’un certain hermétisme lors de la première lecture, mais gagne néanmoins à être lu une seconde fois pour en saisir les subtilités.

La troisième partie prend place au cœur du Sahara, où une famille de touristes inquiets et leur guide sont traqués par des Touaregs. L’attrait de cette dernière histoire réside moins dans son twist final, décelable dès les premières pages, que dans son ambiance inquiétante et son rythme enlevé.

Cette charge finale rend honneur à l’ensemble de la série sans toutefois la transcender. Ce dernier numéro nous rappelle malgré tout l’impact important du Label 619 dans le paysage éditorial français, et l’espace que laisse Doggybags, après dix ans d’existence tonitruante, devra certainement être comblé d’une façon ou d’une autre.

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Coda Omnibus (avis 2)

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Devant la masse de nos lectures nous nous efforçons avec Dahaka de ne pas doubler nos avis sur les mêmes albums. Lorsque cela se présente soit nous publions un billet à quatre mains soit un second avis rapide qui complète dans le même billet.

Cet album et cette lecture sont cependant suffisamment marquants et particuliers pour justifier un « reblog » que je vais m’efforcer de faire bref. Mais je tenais à vous faire part des multiples émotions et impressions qui m’ont parcouru lors de cette aventure décidément à nulle autre pareil! Le premier billet (de Dahaka donc) est visible ici.

Au premier abord (graphique) je reconnais que j’ai eu du mal à entrer dans cet univers déglingos dont l’effet foutraque est renforcé par la mode décidément tenace de l’autre côté de l’Atlantique à coloriser en mode rétro les planches de comics. Les grands aplats de couleurs criardes nous remémorent les glorieuses heures des Blueberry ou Asterix. On a fait du chemin depuis et ce type de colo me gâche souvent le plaisir, même avec de très grande dessinateurs. Bergara est-il un grand dessinateur? Je ne saurais le dire très franchement, tant il propose tout autant un gros bordel parfois niveau maternelle que de magistrales pages d’une minutie folle. De la technique il en a quand on voit la cohérence de ce bordel. S’il y a une certaine originalité classique dans le design de cette féerie post-apo, ne j’ai pas été marqué hormis par une certaine démesure assez rare et très puissante.

Mais c’est bien le récit et le ton, tout à fait originaux et d’une immense sensibilité, qui m’ont perturbé. Le héros est un barde et le poids de ses récits est imposant, occupant parfois un peu trop l’attention pour pouvoir déchiffrer les pages que l’on a sous les yeux. Il faut prendre le temps dans la lecture des douze chapitres de CODA pour endurer les moments obscures, ultra-verbeux, car tout est cohérent et construit. La mise en abyme du barde narrant la geste de sa dulcinée et de ce monde mort s’installe lentement et atteint sa force sur la fin. De même sur le propos: non il ne s’agit pas du récit épique d’un chevalier avec sa licorne foutraque (celle-ci est bien moins centrale qu’attendu) mais bien d’une grande histoire d’amour passionnée et impossible. Le cœur de l’intrigue (enrobé par un machiavélique plan manipulatoire) est la passion entre ce héros vaguement dépressif et sa femme… particulière: elle est un guerrier berserk d’une race créée par les seigneurs des ténèbres avant leur victoire préambule! On est au-delà de l’effet « bad-ass » puisque cette héroïne d’une grande tendresse avec son « époux » est une combattante à peu près invincible mais dépendante de pulsions naturelles la poussant vers la destruction. Un chéri dépressif disais-je, une chérie bipolaire, cet attelage m’a fait penser au très réussi Mister Miracle qui mettait en scène un héros central mais impuissant et sa chérie Big Barda indestructible.

Soufflant le chaud et le froid, cette grosse épopée regorge de références, de sous-texte, d’un humour second degré très fin et procure de vraies émotions. Pas si souvent en BD! Il est peu probable que vous vous y sentiez en terrain connu et elle mérite franchement de sortir de sa zone de confort pour apprécier une sacrée œuvre d’un auteur, Simon Spurrier qui m’avait déjà franchement impressionné par son écriture et son iconoclasme dans le récent Alienated, rappelant la richesse d’un autre grand, Rick Remender.

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Coda Omnibus

Intégrale de 336 pages comprenant les 12 chapitres de la série Coda, écrite par Simon Spurrier et dessinée par Matias Bergara aux US chez Boom! Studios. Parution en France chez Glénat le 28/10/20.

Once upon a time…

Toutes les bonnes histoires ont une fin, dit-on. Surtout lorsqu’il s’agit d’un compte de fée. Et si, dans cette histoire-là, le Mal finissait par triompher ? Que se passerait-il ensuite ?

C’est ce que est arrivé au monde Hum, barde taciturne et solitaire. Le royaume magique dans lequel il vivait s’est finalement brisé sous les fracas d’une énième guerre, mettant fin à la Magie qui sous-tendait le tout. Ne restèrent alors plus que des ruines et des âmes en perdition, tentant de survivre en donnant un sens nouveau à leurs existences après le désastre.

Toutefois, ce monde englouti par les gravats de sa gloire passée n’est pas le seul problème de Hum. Le barde vagabond est à la recherche de sa bien-aimée, Serka, et d’un moyen de la sauver d’une terrible malédiction. Mais dans un monde où la magie n’existe plus, Hum trouvera-t-il le moyen de préserver son épouse ?

Conte de fous

Brillante idée qu’a eue Simon Spurrier de passer le genre heroic fantasy à la moulinette du post-apocalyptique. En effet, de mémoire de lecteur, il n’y avait pas eu jusqu’ici de croisement entre Mad Max et le Seigneur des Anneaux, alors voir un monde autrefois féérique tomber en déliquescence, au point de transformer ses habitants en pilleurs et en sauvages, est un plaisir tout au long des 336 pages que compte cet omnibus.

Hum, héros solitaire à la jambe de bois, est un parallèle assez évident avec le fameux Max Rockatansky (qui a lui aussi, un handicap à la jambe), et la comparaison ne s’arrête pas là: dans le monde du Guerrier de la Route, la ressource précieuse pour laquelle les survivants s’entretuent est le carburant ou l’eau, selon les opus; Dans Coda, ce sont plutôt les derniers vestiges d’une magie agonisante qui attirent les convoitises. Là où Max et son V8 Interceptor vont souvent devoir défendre à contrecœur une communauté recluse et assiégée, Hum et sa Licorne vont devoir aider Ridegtown, cité fortifiée possédant de quoi produire encore de la magie.

Cependant, comme dans toutes les bonnes histoires, il ne s’agit pas simplement que d’aventures et de baston. Coda, c’est aussi et avant tout, une histoire sur l’amour, et le sens véritable qu’il revêt dans un monde qui a perdu le sien.

Malgré l’aspect monolithique de l’album, le tout demeure très bien écrit, aucun élément ne s’avérant gratuit ni mal employé. Dialogues riches et intuitifs, scènes d’action très fun servis pas les dessins impeccables de l’excellent Matias Bergara, tout est là pour faire de Coda la découverte de cette fin d’année. Amateur de comics, vous auriez tort de passer à côté !

*****·BD·Mercredi BD·Rétro

Le chevalier à la licorne

BD de Stephane Piatzszek et Guillermo Gonzalez Escalada.
Soleil – Quadrants (2015).

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Jolie couverture intriguante, typo de titre originale, intérieur de couverture identique des deux côtés représentant une sorte de peinture rupestre avec des licornes. Imprimé en Belgique.

Cet album est un petit miracle sorti de nulle part! Réalisé par un scénariste chevronné mais peu connu et par un artiste espagnol dont c’est la première (et unique à ce jour) BD, il raconte l’itinéraire du chevalier Hospitalier Juan de la Heredia (personnage historique qui a bâti les remparts d’Avignon) après sa « mort » à la bataille de Crécy qui marque le début de la guerre de cent ans. Lors de cet événement d’une violence rare, le chevalier rencontre une licorne, animal légendaire, qui semble le ramener à la vie et le hante désormais pour le reste de son existence…

chevalier20licorne203Les grands one-shot sont portés par l’ambition de leur projet autant que par la qualité de leur réalisation. Il est surprenant de trouver ce volume chez Soleil, plus habitué aux séries qu’aux projets d’auteurs. Ici le mythe surpasse très rapidement le cadre historique (pourtant si élégant). Le fil rouge est l’hypothétique folie de cet homme ramené d’entre les morts par un animal imaginaire. Tout au long de sa quête du sens de sa résurrection, Juan va s’interroger sur une impossibilité: les licornes sont imaginaires, et pourtant il est bien mort sur le champ de bataille de Crécy… x6-9-c794aq1469028668-pagespeed-ic-kwocx1859tAprès sa fuite d’une prison anglaise il va errer en bordure du monde des hommes, bravant la mort dans unique but: rattraper la licorne qu’il voit au loin, pour comprendre. Boucher au début de l’ouvrage, ermite puis chevalier à nouveau, il s’agit autant de la quête du sens de son époque barbare que d’un parcours intérieur vers la civilisation.

Je reparle à nouveau de l’école espagnole, tant la qualité du trait et de la licorne23colorisation (que certains trouveront trop numérique) d’Escalada est rare. La rage qu’il met dans ses visages, l’esthétique et la poésie de ses plans larges constituent l’une des BD les plus impressionnante graphiquement des 10 dernières années. Le trait est dur mais précis, l’élégance de son style permettant de laisser la violence au contexte sans la reproduire graphiquement. Je n’ai trouvé aucune information biographique sur cet illustrateur bien trop rare. En espérant que ce projet totalement réussi lui donne envie de nous offrir à nouveau son talent.

 

 

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Ce billet fait partie de la sélection  22528386_10214366222135333_4986145698353215442_nhébergé cette semaine chez Mo