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Niourk

BD du mercredi
BD de Vatine
Ankama/Comix Buro (2019), 160 p. couleur.

bsic journalismMerci aux éditions Ankama pour cette lecture.


couv_363992Le travail éditorial d’Ankama et de Comix Buro est de grande qualité. Après la sortie des trois tomes de la série entre 2012 et 2015 pour le lancement de la collection Les univers de Stefan Wul, une intégrale N&B de Niourk est sortie en 2016 et enfin cette intégrale couleur qui reprend la même mise en page, à savoir la totalité de la série sans coupures, comme un gros one-shot de 160 pages. On n’est pas surpris par la superbe illustration de couverture d’Olivier Vatine, et la maquette est très soignée, avec des vernis sélectifs sur la première et quatrième de couverture. L’album comprend un entretien avec l’auteur sur les origines de l’album, son travail, et une galerie de croquis préparatoires. Il se termine par une couverture alternative et un hommage de Didier Cassegrain et les couvertures originales des romans de Stefan Wul. Dommage que l’on n’ait pas les jolies couvertures originales mais sinon on peut dire que le contenu est plus qu’honnête.

La terre est dévastée. Irradiée. Abandonnée. L’humanité a fui une situation devenue incontrôlable et s’est réfugiée sur Mars. Sur la planète bleue les survivants ont régressé à un stade néo-néanderthalien. Parmi eux un enfant noir va vivre un destin incroyable, un itinéraire vers l’appropriation du savoir et du pouvoir, aux portes du divin…

Résultat de recherche d'images pour "niourk vatine"Comme je le disais, ce qui surprend à la lecture de cette intégrale c’est l’impression de lire un one-shot alors que la publication s’est étalée sur trois ans. Cela car le scénario et le découpage ont très probablement été écrit en intégralité, mais aussi car le récit est aérées de pleines pages qui reviennent assez régulièrement et rendent invisibles les césures de tome, seulement repérables par les numéros de planches. L’histoire est rythmée par des chapitres aux titres aussi simples que le scénario: on va suivre Alpha, l’enfant noir passé du rang de paria de sa tribu néo-néanderthalienne à chef, puis à celui de dieu.

Olivier Vatine n’est pas un laborieux. Que ce soit dans son dessin qui va vers l’épure au fil de sa carrière (parfois jusqu’à donner des planches un peu légères de facilité…) ou de ses scénarii, il propose des intrigues simples aux schémas archétypaux (la vengeance dans Résultat de recherche d'images pour "niourk vatine"Angéla, l’ascension d’un héros dans Niourk,…). Le texte de fin d’album est assez éclairant sur son parcours et le rôle des romans de Stefan Wul dans sa construction d’auteur (il rappelle qu’Aquablue aussi parle de méchants humains, d’écologie et de peuples primitifs…). Si ses intrigues sont simples, son immense talent est celui de la mise en page, du storyboard. Plus affichiste-illustrateur que dessinateur BD (qui nécessite une attention minutieuse sur chaque case), il sait mieux qui quiconque produire de superbes visions et des mouvements par quelques traits suggérés et un travail sur les ombres qui fait la force de son dessin (et donne tout son intérêt aux versions N&B de ses albums). Il n’est ainsi guère étonnant de le voir travailler avec Alberto Varanda, son inverse perfectionniste dont la Mort Vivante reprenant à la fois l’univers de Niourk (sans le préciser on comprend que le contexte est le même) et une intrigue simple (le projet de contrer la mort au travers d’évolutions techno-biologiques) a marqué par la minutie de chaque case, de chaque arrière plan.

Résultat de recherche d'images pour "niourk vatine"Vatine est didactique dans Niourk, il explique au moment opportun ce qu’il s’est passé ces 300 dernières années sur Terre. Il explique aussi les séquences dessinées par la narration de l’Alpha d’après en écho à l’alpha primitif du début. Cela peut paraître un peu appuyé voir inutile alors que les dessins suffisent. A l’inverse (je n’ai pas lu le roman et ne pourrais dire si cela vient du texte ou de l’adaptation) on manque un peu d’explications sur le pourquoi des événements, de l’évolution d’Alpha, de la présence des « martiens » sur Terre. C’est un peu dommage car cela aurait pu donner lieu à quelques planches de pure SF en mode « fuite » et bataille spatiale. Mais Niourk est avant tout un survival et l’auteur se plait à voir déambuler son héros dans les ruines revégétalisées de New-York. Résultat de recherche d'images pour "niourk vatine"La relation d’Alpha avec son ours est touchante tout comme les caractères très différents de Coffy, Tomoe et du Doc. Finalement l’on ne sait si l’album va trop vite ou trop lentement, captivés que l’on est par un dessin qui malgré ses manques (notamment une colorisation un peu old-school qui aurait mérité des tonalités plus franches comme à l’époque bénie où Isabelle Rabarot le colorisait) ne laisse pas de nous fasciner.

Niourk est un album de dessinateur dont la narration graphique déborde très largement le texte. Comme souvent chez Olivier Vatine on est un peu frustré et aimerais voir la même application que sur ses nombreuses couvertures et illustrations solo. Mais celui qui a lancé toute une génération d’illustrateurs continue de nous fasciner par son univers visuel, sa maîtrise instinctive de l’action et l’anatomie suggérée. Doit-on attendre un prochain album, pas certain. Mais pour ceux qui aiment son dessin, cette intégrale est à apprécier comme tout ce qui est rare.

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