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Les spectaculaires dépassent les bornes

BD du mercredi
BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin, couleurs de Christophe Bouchard.
Rue de sèvres (2020), série en cours les Spectaculaires , vol. 4., 54 p. par volume.

bsic journalismMerci à Rue de Sèvres pour leur confiance.

couv_381490La série, constituée de one-shots, est toujours habillée de la même maquette élégante et art-déco. Depuis le troisième volume le titre évolue avec un jeu de mot autour des Spectaculaires, confirmant un work in progress de cette série. L’intérieur de couverture présente un papier-peint avec les personnages principaux et cet album est pour la première fois introduit par un prologue autour du méchant Arsène Lapin avant la page de titre. Très propre comme d’habitude, rien à redire. L’album est imprimé en Belgique.

Le mystérieux gentleman-cambrioleur Arsène Lapin a encore frappé et dérobant des documents confidentiels à l’Elysée! L’État confie aux Spectaculaires la périlleuse mission de retrouver Lapin… en participant à la course automobile Paris-Berlin: s’ils remportent l’épreuve le gredin a promis de leur restituer les documents…

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes"Déjà un classique de la BD familiale, les Spectaculaires est une lecture attendue à la fois pour la familiarité et pour la qualité de sa réalisation. Mine de rien il devient compliqué de créer une série humoristique qui se démarque, sans réciter ses classiques. Sur les bases désormais installées de l’équipe de bras cassés au sein desquels surnagent juste la fille Pétronille et l’aérien Evariste, les albums arrivent à être spécifiques en jouant sur des registres différents.

Si le précédent album était plutôt terne graphiquement du fait de séquences plutôt nocturnes et urbaines, dans cet opus les couleurs éclatent (les champs de tulipe hollandais sont très réussis) au grand air. Les décors ne sont pas le fort du dessinateur, un peu délaissés. En revanche les trognes, et les plans serrés en général ont un excellent dynamisme et par moment une texture à l’ancienne très agréables. On comprend l’économie nécessaire à la réalisation d’un album, mais les quelques plans fourmillants de détails laissent un petit goût de déception en imaginant ce qu’aurait pu être l’album avec un peu plus de temps.

Résultat de recherche d'images pour "les spectaculaires dépassent les bornes poitevin"Les spectaculaires est une BD d’humour et c’est sur ce plan que les auteurs se font plaisir et nous avec. Les dialogues sont en mode ping-pong, avec une petite mention à l’esprit toujours décalé d’un féminisme rentre dedans qui fusille les mœurs d’une époque bien rétrograde. A noter que si les précédents tomes avaient déjà commencé à introduire des références et des personnages historiques, c’est ici un véritable festival de personnages de BD plus ou moins cachés dans la foule des spectateurs de la course, passage vers Bruxelles oblige!  On se retrouve aux grandes heures des délires d’Arleston et Tarquin dans les premiers Lanfeust où les auteurs jouaient allègrement avec leurs lecteurs. L’intrigue, très simple, suit donc les pérégrinations des héros entre les étapes de la course, entre sabotages et interactions avec les autres concurrents tous plus clichés les uns que les autres: le terrible teuton au casque à pointe Gerhard Schlüssen von Mumuth, le bellâtre italien Silvio Malipoli ou la comtesse Moldypudding et son chien… Les gags sont attendus mais efficaces et on rit très spontanément. On regrettera tout de même une révélation totalement téléphonée (sauf peut-être pour les plus jeunes lecteurs) mais l’ensemble de l’album est suffisamment amusant et punchy pour atténuer la faute. Le final se permet en outre une première ouverture vers un méchant récurent et une implication plus grande des personnages dans les intrigues à venir. Si ce quatrième épisode est légèrement en deçà par rapport au précédent, les Spectaculaires reste en définitive une série qui fonctionne et dont on attend très volontiers la prochaine aventure.

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La divine amante

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin
Rue de sèvres (2017), 54p. Série Les spectaculaires, en cours, 2 tomes parus.

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Pour le travail d’édition je renvoie à ma critique du premier album.

La célèbre actrice Sarah Bernhardt, « la divine », est victime de menaces de mort de la part d’un mystérieux personnage déguisé en Mante religieuse. Aussitôt les Spectaculaires sont appelés à la rescousse pour protéger la divine amante

Lorsque le premier tome des Spectaculaires était sorti je reconnais avoir été un peu déçu par le scénario et un esprit gagesque un peu timide. Et bien rassurez-vous, une fois n’est pas coutume, le second est bien meilleur!

On assiste au même syndrome que pas mal de films de super-héros dont l’installation au cours du premier opus est souvent laborieuse par peur de trop en lâcher. Ici, outre la galerie de bras-cassés désormais connue et le systèmes de gags récurrents (la morve de Félix, les « absences » de Pipolet), on a une structure narrative bien plus solide même si  elle reste très classique: une équipée de suspects potentiels part en voyage vers un lieu retiré en Bretagne, spectaculairest2trainpermettant tout un tas de scènes truculentes autour de tel duo ou de telle situation. Les nombreux affrontements avec la Mante sont tous plus poilants les uns que les autres et on savoure d’avance les prochaines rigolades que l’on voit venir aussi loin que l’horizon breton. Les scènes de voyage en mode « carte du trajet » rehaussée de dialogues super-clichés permettent même de balancer quelques piques au snobisme parisien face à une province « reculée et très typique« … On sent des auteurs beaucoup plus inspirés lâcher la bride d’une histoire sur des railles mais qui fait son office. Toujours une petite frustration cependant à ne voir que si peu les morceaux de bravoure des saltimbanques, leur jeunes cheffe étant la véritable héroïne de l’histoire.

spectaculairest2belleille-chateauOn est désormais en terrain familier, comme avec les Vieux Fourneaux, on sait pourquoi on aime les Spectaculaires et on est servis. Clou du spectacle Hautière et Poitevin nous refont en bouquet final le Cluedo à leur sauce et on en redemande. Enfin, contrairement au premier album, La Divine amante me semble lisible par un public relativement jeune, disons 8-10 ans.

2259_p11.jpgNiveau dessin Poitevin est dans la lignée du premier volume avec des personnages totalement cartoon (j’adore le nez péninsulaire de Pipolet, la face de lune de Sarah Bernhardt qui rappelle De Capes et de crocs et les sourcils ronds de Felix), un design général très drôle (les costumes sont totalement ridicules) et des couleurs pastelles fort agréables. En outre on sent déjà l’idée de faire évoluer ses personnages et leur aspect, ce qui serait une très bonne idée pour la suite.

Pour conclure, si j’étais un peu sur ma fin à la clôture du premier, ce second volume d’une série à lire en famille ma fortement remotivé et fait passer une bonne tranche de rigolade. En reprendre-vous avec moi?

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Moka.

Et l’avis de Moka (toujours elle) sur cet album.

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Le cabaret des ombres

BD de Régis Hautière et Arnaud Poitevin
Rue de Sèvres (2016-2017), 2 vol. parus 

86410Jeune éditeur issue de l’École des loisirs (dont l’expérience en matière d’édition n’est plus à démontrer), Rue de Sèvres s’est déjà fait une place de choix en matière de qualité de ses albums avec des titres déjà devenus des classiques, notamment le Château des Étoiles, l’une des meilleures réussites de ces dernières années, via notamment la publication d’une gazette au format journal et de plusieurs formats d’édition pour l’album d’Alex Alice. Ceci illustre le côté artisanal, qualitatif de cet éditeur, qui assume par ailleurs la taille réduite de son catalogue.

Sur le cabaret des ombres cela se traduit par une belle maquette rétro belle époque, l’annonce d’une série en commencement dès le titre et (remarquable attention, unique chez les éditeurs BD à ce qu’il me semble) l’annonce systématique du nombre de volumes d’une série ou d’un one-shot. Ici nous sommes en présence d’une « histoire complète » au sein d’une série à développer. La couverture comporte un vernis sélectif désormais répandu, la tranche est claire avec un numéro de volume et la 2° de couverture est utilisée pour introduire les personnages. Beau travail d’édition qui mérite un Calvin.

exe_LesSpectaculaires_Txt_BAT.inddL’album proprement dit relate les aventures d’une troupe de cirque confrontée à un génie du mal dans la France des années 1920, en plein dans une veine « super-héroïque belle époque steampunk » assez en vogue (City Hall, Les Sentinelles ou encore le Monstre de Paris et Avril – le monde truqué en animation). Ces héros se révéleront de véritables loosers, des bras cassés que les inventions d’un professeur raté ambitionnent de transformer en champions de la lutte contre le Crime.

Si le dessin est clair, lisible, le découpage très efficace et original (j’adore la case qui « tremble »!) et les personnages intéressants, l’histoire chute un peu brutalement au milieu du gué, comme si le scénariste n’avait pas su comment terminer son introduction à l’univers des Spectaculaires ou en avait gardé trop sous le coude en prévision des futurs albums. Sensation peut-être caractéristique de l’auteur dont les albums manquent parfois d’un soupçon de souffle (sur Aquablue notamment). Attention, l’on reste en présence d’un excellent album qui remplit parfaitement le cahier des charges et se lit avec plaisir. Prenez garde toutefois à l’âge auquel il se destine. Comme pour le Château des Étoiles, le design général pourrait inciter les plus jeunes à tenter l’aventure… qui reste écrite pour des pré-ado au plus tôt (rien de dangereux pour les plus petits, simplement ils auront du mal à saisir l’humour et l’intrigue). Entre un méchant à la Moriarty, un savant fou, des inventions steampunk, une galerie d’anti-héros rigolo et une époque toujours agréable à découvrir en BD, tout est en place pour une série classique de la BD.

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Fiche BDphile