BD

Les Ogres-Dieux

Petit (2014) – Demi-sang (2016)
Hubert et Bertrand Gatignol
Soleil – Métamorphose (2014-2015)

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J’ai déjà parlé ici de la grande qualité matérielle des ouvrages de la collection Métamorphose chez Soleil. Le projet des Ogres-Dieu ne pouvait pas être édité ailleurs tant la forme matérielle des ouvrages participe à la création de l’univers. Une grosse pagination, format large, titre gaufré et doré, maquette très aérée avec pages de chapitres, on est dans la place, le luxe, le confort.

Parmi la multitude de BD qui sortent chaque semaine certaines nous demandent instamment, violemment, de les ouvrir. La qualité de la couverture joue un rôle primordial et les Ogres-Dieu fait partie de cette catégorie, mais pas que. C’est ici bien l’objet dans son ensemble qui dis « prends moi ».

Mais alors de quoi ça parle les Ogres-Dieu? Hubert propose tout simplement un opéra en BD, en monochrome avec un travail très important sur les noirs et les négatifs sur le dessin de Gatignol. L’histoire comme le livre est grand format, à l’image de ces 9782302048492_p_3géants dont l’histoire est ici transcrite. Le premier volume raconte comment le dernier né de ces géants, « Petit« , va mettre fin au règne sanglant et dégénéré de ces monstres. Le second relate l’ascension d’un humain au service des Ogres-Dieux… mais surtout de sa propre ambition. Les deux récits sont entrecroisés chronologiquement et l’on ressent très vite que la construction du scénariste autorise une multitude de développements annexes, justifiant ce titre de série assumé comme un grand-oeuvre. Les histoires sont découpées en chapitres entrecoupés de chroniques historiques de l’histoire des Ogres-Dieux (pour le premier volume) et des Chambellans (pour le second).

Cet univers est barbare, violent, décrivant à la fois l’horreur de ce monde de consanguinité médiocre et sauvage où la loi du plus fort règne, mais également des serviteurs humains acceptant cette domination et profitant pour certains des miettes laissées par les géants quand la majorité ne sert que de festin… Le graphisme baroque retranscrit parfaitement l’esprit voulu par le scénariste, une décadence totale dans laquelle des anomalies vont faire s’effondrer un système.

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Si le projet d’ensemble est ambitieux, c’est bien le travail graphique (totalement au service du récit) qui impressionne. Non que Gatignol soit le plus flamboyant des dessinateurs actuels, mais comme il y a quelques années le succès « Où le regard ne porte pas » l’on découvre une rare alchimie entre le trait et le texte. L’un ne va pas sans l’autre. La plume du dessinateur porte la marque du dessin d’animation et est d’une grande lisibilité.

Les albums sont des one-shot qui permettent d’assurer de nouveaux opus sans que soit nécessaire la lecture de toute la série. Au final, s’il ne s’agit pas d’un monument de la BD comme l’ambition de forme aurait pu le laisser penser, les Ogres-Dieux reste un projet original, intéressant, et porte la passion de ses auteurs, ce qui justifie amplement que l’on s’y intéresse, surtout quand on privilégie l’approche graphique comme c’est le cas sur ce blog!

Fiche BDphile

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BD

Les élémentaires

Jérôme Hamon, Antoine Carion83430

Soleil – Métamorphose (2016-…). Série Nils t1.

Si l’on sait l’importance d’une couverture pour attirer l’attention, Nils en est une parfaite illustration. Et la promesse de ce magnifique tableau bleuté est en totale cohérence avec le reste de l’album. Le tout est rehaussé d’une typographie en vernis sélectif discret et élégant. Le format est large pour profiter des superbes planches de Carion. Rien à redire sur la fabrication, la collection Métamorphose de Soleil nous a habitué à de la grande classe.

Nils propose de suivre le héros éponyme dans ce qui ressemble à un affrontement entre une société en phase avec les esprits et la Nature et un royaume technologique responsable de la dégradation de cet environnement. Une fable écolo comme l’indique l’éditeur qui pointe très justement l’influence Myazaki. Ceci jusque dans le design rétro de la technologie. La technique d’Antoine Carion, (qui a déjà remporté un franc succès avec son Temujin) démontre s’il le fallait aux sceptique que le numérique peut s’allier excellemment avec un trait brut, voir « tribal ». Nils est un vrai régal pour les yeux. S’il fallait chercher un détail l’on pourrait cependant regretter des arrière-plan un peu vides, ce qui est dommage pour l’immersion dans le monde développé.

Ce premier tome est plein de promesses et si l’histoire et l’univers sont passionnants, l’on reste principalement happés par le trait de l’illustrateur en espérant que cette introduction ne soit qu’un amuse-bouche pour ce qui peut être une des grandes séries des prochaines années.

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BD·Graphismes·Manga

Le souffle du vent dans les pins

Album illustré de Zao Daocouv_2611002
Mosquito (2016)

Les éditions Mosquito sont un ovni dans le milieu de la bande-dessinée. Association 1901 sur le plan statutaire, tous ceux qui ont eu leurs albums entre les mains savent qu’il s’agit bel et bien d’un éditeur majeur de la BD hexagonale, à travers principalement l’édition de maîtres italiens (Serpieri, Toppi), mais depuis peu également par une ouverture sur la Chine avec en 2012 l’édition de La Vengeance de Masheng et  cette année la découverte d’une maîtresse du pinceau, Zao Dao.

Découvert à Angoulême sur le stand de l’éditeur, cet album n’est ni véritablement une BD ni un album graphique. L’éditeur explique qu’il a (avec l’accord de l’auteur) compilé une série d’illustrations de l’auteure ayant pour thème commun les légendes chinoises, afin d’en faire un récit cohérent avec l’ajout de textes. La conséquence peut être une narration difficile à suivre. Mais la cohérence graphique comble largement cet écueil et l’on est transporté de la première à la dernière page dans l’univers graphique de Zao Dao et des contes chinois, entre Princesse Mononoke et les illustrations « tribales » de Masamune Shirow (de Orion à ses Intron Depot). Attention, il ne s’agit bien entendu pas d’un livre pour enfants puisque les mythologies chinoises sont peuplées de démons, vampires et autres souffleventpins-1créatures démoniaques que le pinceau anime à merveille. La maîtrise des matières, encres et papiers donne un rendu exceptionnel à l’ensemble et l’on oublie bien vite un texte qui devient finalement tout à fait dispensable. Pour peu que l’on présente cet ouvrage comme un Art Book et non comme une BD, aucune hésitation à se procurer ce magnifique album.

Le livre est d’un format large, proche du carré, qui fait la part belle aux panorama et cadrages serrés des visages. La fabrication est solide et le travail d’édition sérieux, avec une impression extrêmement fine (imprimé chez Polygraph print, en Slovaquie), même en posant l’œil sur l’image. L’on souhaiterait une édition de luxe grand format sur papier brut qui trouverait à coup sur son public. L’éditeur semble avoir saisi tout le potentiel de l’auteur puisqu’un deuxième recueil, Carnets sauvages, sort en août.

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Fiche BDphile