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Furtif

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Histoire complète en six chapitres, écrite par Mike Costa et dessinée par Nate Bellegarde. Parution initiale chez Skybound, publication en France par Delcourt depuis le 02/06/2021.

La Gloire de mon père

Autrefois au cœur de l’industrie automobile américaine, la ville de Détroit n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Délabrée, laissée à l’abandon par une municipalité dépassée, elle s’est mue en un cloaque déprimant qui broie chaque jour davantage les rêves et les aspirations de ses habitants.

Crime et pauvreté sont toujours étroitement liés, il n’est donc pas étonnant que Détroit soit devenue au fil des ans, le repère de nombreux gangs qui rendent plus difficile encore la vie dans les quartiers. Mais tout le monde n’a pas abandonné Détroit. Depuis plusieurs décennies, un homme se dresse, seul, face au crime et à la corruption. Vêtu d’une armure high tech, Furtif patrouille les rues et mène une guerre sans merci contre tous les gangs. Malgré sa détermination, toutefois, le poids des années commence à se faire sentir, si bien que Furtif ne semble plus en pleine possession de ses moyens. Ces doutes sont dissipés lorsque le héros blindé s’en prend à des policiers, qu’il a confondus avec des gangsters.

Tony Barber est un jeune journaliste amer, frustré par la déchéance de sa ville natale. Vivant seul avec son père Daniel, il lutte contre l’apathie de sa rédactrice en chef qui préfère mettre les problèmes sous le tapis pour ne parler que de sujets superficiels, comme si penser à autre chose qu’aux crimes et à la violence qui gangrène la ville allaient suffire à la sauver.

Un soir, alors qu’il rentre chez lui, Tony fait une terrifiante découverte: celui que tout le monde nomme Furtif, ce héros discret et altruiste, n’est autre que son père, Daniel. Souffrant d’une dégénérescence d’ordre neurologique, ce dernier perd peu à peu ses souvenirs et ses capacités, ce qui, en plus d’être tragique, le rend tout à fait dangereux.

Sans doute pas l’homme le plus dangereux de la ville, puisque ce titre revient sans doute à Dead Hand, un gangster albanais doté d’un terrifiant pouvoir résidant dans sa main droite. Ce dernier, ennemi de longue date de Furtif, comprend que le justicier n’est plus au top et prévoit ainsi d’accélérer sa chute.

Tony, lui, digère mal la nouvelle puisqu’il en fait immédiatement les frais, passé à tabac par son père, qui perd la tête. Bien décidé à investiguer pour trouver des réponses sur l’armure de son père, Tony espère trouver un moyen de le sauver, avant que l’irréparable ne soit commis.

La Chute du Faucon Noir

N’ayant plus grand chose à prouver depuis le succès de The Walking Dead et Invincible, Robert Kirkman navigue désormais dans des eaux plus ambitieuses, puisqu’il dirige désormais son propre label, Skybound, ce qui lui donne une plus grand liberté créative et ouvre ses horizons vers d’autres médias.

A la manière d’un Mark Millar, Kirkman lance donc des projets promis dès leur génèse à une adaptation ciné ou télé. C’est le cas avec Furtif (Stealth en VO), dont la vectorisation sur grand écran a déjà été annoncée. Tout comme Invincible explorait la relation père-fils dans un univers violent et déjanté, Furtif vient mettre en lumière les dynamiques filiales et paternelles dans un monde de gangsters et d’armures cybernétiques.

Ce thème est même ici plus central que dans les autres œuvres de Kirkman, qui a cette fois délégué l’écriture à Mike Costa. L’auteur livre une partition classique dans sa construction, avec son lot de rebondissements et de scènes intimistes entre le père et le fils, alternant avec des séquences d’action explosives (assez facilement transposable sur écran). Seul le final pêche et fait office de fausse note, son côté quelque peu absurde-ou du moins incohérent-faisant sortir l’intrigue des rails.

Le scénariste tente également, avec un certain succès, d’évoquer des problématiques sociales-paupérisation, violence et criminalité, gestion des crises sociales et économiques-mais y apporte sur le dernier chapitre (le fameux final) une touche d’optimisme un peu gauche sortant de nulle part.

Au milieu de tout ça, on trouve quand même la thématique du vieillissement, de la sénescence, traitée sous un angle tragique et émouvant. Daniel lutte en effet pour poursuivre sa croisade contre le crime, mais possède tout de même suffisamment de moments de lucidité pour se voir sombrer, ce qui en ajoute encore à la tragédie. Si on doit parler de l’antagoniste, ce sera pour dire qu’il effleure constamment la limite menant à la caricature, sans pour autant la franchir.

Cynique, parfois lâche, il ajoute une petite touche acide à l’ensemble, malgré un aspect légèrement pompé sur Harvey Dent, alias Double-Face. Justement, tant qu’on évoque les inspirations, le design de Furtif nous fait immédiatement penser à un savant mélange de Falcon, Darkhawk, chez Marvel, avec un soupçon de Guyver. Graphiquement, Nate Bellegarde fait un très bon travail, élevé encore d’un cran par la mise en couleur signée Tamra Bonvillain.

Furtif ne révolutionne donc pas le genre mais offre une vision intéressante et peu usitée du héros et de la relation père-fils. La fin pose clairement question mais ne gâche pas la lecture pour autant.

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Oblivion Song #4

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Quatrième tome de la série écrite par Robert Kirkman et dessinée par Lorenzo De Felici. Parution le 20/01/2021 aux éditions Delcourt.

Par delà le voile

Il y a plusieurs années maintenant, un événement surnommé « la transférance » a permuté une portion de la ville de Philadelphie avec une portion équivalente d’Oblivion, une dimension étrangère et hostile régie par d’autres règles.

Cette catastrophe fut causée par les recherches du scientifique Nathan Cole et son équipe, et condamna des milliers de personnes aux affres d’Oblivion, qui se sont retrouvés catapultés là-bas, à la merci des créatures monstrueuses qui l’habitent.

Pendant des années, Nathan a utilisé ses connaissances et sa technologie pour se rendre sur Oblivion et tenter de ramener autant de victimes que possible. Cependant, il s’est vite aperçu que certains des rescapés de la transférance s’étaient étonnamment bien adaptés à leur nouvel environnement. Une partie d’entre eux refusaient même d’être rapatriés, menés par nul autre qu’Ed, le frère de Nathan.

Finalement, Nathan, qui entre temps a révélé au grand jour sa responsabilité dans l’incident, a purgé sa peine de prison, et découvre à sa sortie que l’exploitation de sa technologie de transfert a permis des découvertes sur Oblivion et des avancées technologiques. Toutefois, il semble que toutes les menaces de cette dimension hostile n’aient pas encore été dévoilées.

Nous sommes les envahisseurs

Oblivion est en effet habitée par les Sans-visages, créatures intelligentes qui sont restées en retrait jusque-là, mais qui intensifient depuis peu leur traque des humains installés sur Oblivion. Ces derniers sont donc traqués enfermés et étudiés par les sans-visages, dont le but semble être de trouver un moyen de se rendre sur Terre.

Nathan , qui se remet à peine de sa dernière rencontre avec l’une de ces créatures, voit ainsi débarquer Ed, dont la femme et le fils ont été enlevés. C’est donc le début d’une guerre des nerfs et d’un chassé-croisé tendu entre les humains et les aliens, avec pour enjeu la survie de l’Humanité mais aussi celle de la famille de Nathan.

Après trois excellents tomes, Oblivion Song revient en force. L’intrigue, grâce à une habile ellipse, change de direction pour nous offrir un nouveau conflit plein de promesses. Les Sans-visages sont effrayants, leurs motivations mystérieuses mais en partie compréhensibles, et, mieux encore, l’auteur ne les uniformise pas pour autant en leur donnant des personnalités et des agendas distincts.

L’action n’est pas en reste mais moins présente sur ce quatrième tome, qui sert notamment a instaurer la tension entre les deux factions. Kirkman ne néglige pas pour autant ses héros et continue de développer leurs relations. Afin de relancer la machine, il termine aussi l’album sur un cliffhanger percutant qui laisse présager des belles turpitudes pour la suite.

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Oblivion Song #3

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Série en cours, écrite par Robert Kirkman, dessinée par Lorenzo De Felici. Trois tomes parus en France chez Delcourt, en 2018, 2019 et 2020.

Je rêvais d’un autre monde

Il y a quelques années, Philadelphie a connu un évènement surnaturel aux conséquences tragiques: la transférance, qui envoya toute une partie de la ville dans une dimension baptisée Oblivion, zone hostile peuplée par une faune cauchemardesque. Nathan Cole, scientifique de son état, maîtrise une technologie pouvant reproduire, à petite échelle, le transfert vers Oblivion, et s’est donné pour mission de ramener tous les habitants de Philadelphie perdus là-bas.

Nathan a poursuivi ses périlleux sauvetages des années durant, même après l’abandon du gouvernement américain. Une victime après l’autre, au compte-goutte, Nathan ramène des survivants sur Terre, espérant secrètement retrouver son frère Ed. Ce que Nathan, enfermé dans son complexe du sauveur, ignore, c’est qu’entre temps, les survivants d’Oblivion se sont adaptés à leur nouvel environnement, et certains d’entre eux s’y sont même épanouis.

Les deux premiers tomes étaient le théâtre des retrouvailles entre Nathan et Ed. Le frère rebelle, marginal dans notre monde, était devenu à Oblivion le leader respecté d’une communauté de survivants solidaires et débrouillards. Attaché à son nouveau mode de vie, Ed ne voyait pas les choses du même œil que Nathan. Notre scientifique eut bien du mal à accepter ça, mais les deux frères parvinrent à se réconcilier, chacun d’entre eux reprenant le chemin qu’il s’était tracé.

Hélas, les choses ne sont jamais aussi simples quand on parle de transfert dimensionnel. Ce que Nathan cachait à tout le monde, et ce qui motivait ses recherches effrénées de survivants, c’est sa véritable responsabilité dans la transférance. Membre d’une équipe de recherche, le scientifique a contribué à créer la machine qui engendra le phénomène. Débusqué par l’armée, Nathan a du se rendre pour assumer sa responsabilité.

L’Abysse le scrute à son tour

Le troisième tome opère un changement de paradigme, grâce à une ellipse temporelle de trois ans. Libéré de prison et relaxé des charges qui pesaient contre lui, Nathan découvre qu’Oblivion a été explorée et exploitée pendant qu’il était absent. De nouvelles ressources ont été découvertes, permettant des avancées médicales et scientifiques significatives. Malheureusement, Oblivion n’est pas seulement peuplée de monstres carnivores. Teasés dans les précédents tomes, les Sans-Visages font ici leur entrée fracassante.

Forme de vie intelligente, ces êtres énigmatiques semblent piqués de curiosité pour ces êtres étranges venus d’un autre monde, les humains. Capturant en masse des survivants et des explorateurs, les Sans-Visages attirent l’attention d’Ed et de Nathan, chacun de leur côté. Ce sera donc l’heure des retrouvailles pour les deux frères que tout oppose. Seront-ils de taille face à ces aliens hostiles ?

On ne présente plus Robert Kirkman, auteur à succès dont la plus grande création a touché plusieurs médiums comme la BD, la TV et le Jeu Vidéo. Il nous sert ici un concept original qu’il exploite de manière très fun. Switchant entre les dimensions, Nathan se sert de ses connaissances pour passer les obstacles et résoudre des problèmes, rappelant des univers comme celui de Portal ou Soul Reaver. Cette mise en scène est servie par les dessins maîtrisés de Lorenzo De Felici, qui fait tantôt penser à James Harren (pour les monstres), tantôt à Ron Garney (pour les visages et le dynamisme du trait). Avec du recul, le scénario contient sans doute quelques fils blancs, mais la trame générale, menée avec le brio que l’on connaît à Kirkman, reste suffisamment addictive pour nous tenir en haleine. A ceci s’ajoute bien sûr la psychologie torturée des personnages, ce dont le scénariste a fait sa marque de fabrique.

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Gung-Ho – Intégrale #1

BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-). série en cours, 4 albums parus et 1 intégrale.
La présente intégrale comprend les trois premiers volumes. Le billet est la mise à jour du billet paru sur la version album.

bsic journalismMerci aux éditions Paquet pour leur confiance.

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L’intégrale comprend les trois premiers volumes de la série en format compact (proche des comics), même maquette, pagination continue sur 248 p., couvertures de chaque tome intercalée et intérieur de couverture qui montre le plan du camp de base de la communauté. On aurait aimé quelques bonus mais à 35€ contre 51 pour l’équivalent en album cela vaut le coup, surtout que contrairement à certains éditeurs Paquet annonce la couleur et permet un très large choix (album classique, grand format, intégrale) ce que je trouve extrêmement appréciable. J’apporterais juste un bémole sur le HS d’une trentaine de pages qui aurait parfaitement pu intégrer cette intégrale pour en faire un volume vraiment intéressant hormis le prix et la facilité à le ranger dans la bibliothèque. A noter que la série en est actuellement au tome 4, ce qui laisse entendre soit que la série se cloturera au sixième, soit que l’éditeur prévoit d’intégrer ce HS dans la seconde intégrale…wait and see!

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très réglementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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****·BD·Mercredi BD

Gung-Ho

BD du mercredi
BD de Benjamin Von Eckartsberg et Thomas Von Kummant
Paquet (2013-). 80p/album, 4 albums parus /5.

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L’éditeur Paquet nous a habitué à proposer de très beaux ouvrages, souvent en grand format, doté de couvertures attrayantes et au travail éditorial qualitatif. Essentiellement connu pour les (très bonnes) séries d’aviation de Hugault ou pour le manga best-seller Usagi Yojimbo, Paquet propose avec Gung-Ho de découvrir deux auteurs allemands pleins de talent, déjà créateurs de la série Chroniques immortelles. Les albums ont été publiés en deux sorties de 40 pages par tome puis en album de 80 pages grand format et enfin en édition deluxe (encore plus grand format). A 17€ l’album ce n’est pas une arnaque. Un court cahier graphique accompagne le premier tome.  La maquette est fidèle à l’univers, prenant comme couverture un des personnages principaux à chaque tome. L’intérieur de couverture représente le cadre géographique de la colonie qui accueille l’intrigue. Du beau travail qui rehausse cette excellente BD.

Dans un futur proche, ce qu’il reste de l’humanité s’est réfugié dans des villes fortifiées et des colonies qui tentent de recoloniser le territoire en se protégeant du fléau blanc, les Rippers. Lorsque arrivent dans la communauté très réglementée de Fort Apache deux orphelins, Archer et Zack, ils se retrouvent confrontés à l’acceptation de ces règles, à leur transgression par leurs pulsions d’adolescents et au défi de se construire dans ce monde hostile.

gung_ho_page02_blogGung-Ho est une BD post-apocalyptique dans la veine de Walking Dead… sauf qu’ici pas de zombies. Le contexte préalable n’est que faiblement évoqué et si l’on apprend tardivement ce que sont les Rippers, l’on ne sait même pas s’ils sont à l’origine de la réduction de la population. Ce qui intéresse les deux auteurs ce sont les relations entre les personnages et notamment entre groupe des adolescents et des adultes. Cette mini société est absolument passionnante par ce qu’elle transpose en concentré les impératifs de toute société entre justice, liberté et ordre. Derrière ces concepts, les adultes et les adolescents n’ont pas les mêmes visions et vont souvent tester la réactivité de cette société expérimentale et communautaire. Les personnages 9641ee1d5a597fd6db0382413ba5e9f8-gung-ho-manga-comicssont vraiment nombreux et caractérisés à la fois graphiquement et par le scénario. Hormis quelques exceptions (le méchant corrompu), tous sont subtiles et crédibles, le lecteur comprenant leurs motivations qui ne sont jamais simples à condamner. Cela car le travail de contexte est important et la pagination permet de prendre le temps de soigner chaque figure. L’élément déclencheur de l’intrigue est l’arrivée des deux jeunes frères et notamment d’Archer, le joli rocker tête-brûlée (en préambule à chaque album les auteurs nous rappellent que Gung-Ho signifie « tête brulée »), qui ne respecte aucun code et va par ce fait mettre l’équilibre de la communauté et de ses lois en danger. Certaines personnalités sont plus alléchantes, comme la jeune asiatique experte en maniement du sabre ou le chef militaire du groupe. Mais tous semblent vivre leur vie entre les cases.

Ce qui a marché dans Walking dead (la transposition de la société dans une situation de crise extrême) fonctionne aussi ici avec l’accent mis sur l’adolescence et les thèmes qui lui sont liés (la transgression, la musique, le flirt, l’alcool, le passage au stade adulte,…). En revanche, si la série de Robert Kirkman est dotée de dessins loin d’être virtuoses, ici Thomas Van Kummant (passé par le design et l’infographie) fait des miracles avec sa palette graphique. maxresdefaultSi vous êtes allergiques au dessin numérique vous pouvez passer votre chemin… pourtant vous aurez tort! Comme Miki Montllo sur la formidable série Warship Jolly Rogers (leur technique est proche, entre des formes plates et des textures et contrastes très sophistiqués) il parvient à donner une grande expressivité aux visages et une harmonie improbable quand on regarde les dessins à la loupe. Élément par élément on peut même trouver cela moche, mais l’ensemble est très léché, entre le photoréalisme des arrière-plans et les éclats de couleur des personnages. Comme Bastien Vivès, Van Kummant parvient à donner un réalisme à ses dessins en faisant appel à notre mémoire visuelle, transformant quelques traits ou touches de peinture en une anatomie et mouvement très parlant. Mais surtout les auteurs nous donnent un vrai plaisir à suivre tous ces personnages, pas seulement les héros. L’esprit est celui d’une bonne série TV que l’on veut voir durer des années. Ainsi sur un canevas simple ils parviennent à nous attraper, nous faire craindre pour untel, souhaiter un avenir à un autre, etc.

ckizmgtwsaa2j5oGung-Ho est une vraie réussite et une très bonne surprise sur tous les plans, tant graphique que thématique. Deux auteurs inconnus arrivent à confirmer l’essai d’un projet montrant que l’on peut raconter mille fois la même histoire en intéressant toujours différemment. Par l’intelligence et la spécificité de chaque auteur tout simplement.

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Cet article fait partie de la sélection de22528386_10214366222135333_4986145698353215442_n, cette semaine hébergée chez Mille et une frasques.