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Folklords #1

East and west

Premier tome de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Matt Smith, qui comprend les 5 premiers épisodes du comic initialement publié par BOOM! Studios. Parution en France chez Delcourt le 03/02/2021.

La quête des quêtes

Ansel n’est pas un garçon comme les autres. Alors que tous les jeunes de son âge se questionnent sur la Quête qu’ils choisiront de mener à bien, Ansel connaît déjà la sienne. Pour lui, point de Toison d’Or, ni de trésor caché, ni de dragon, ni princesse à délivrer. Bercé par ses rêves récurrents, dans lesquels il voit un monde étrange, fait de hauts bâtiments, de charriots sans chevaux et d’engins volants, il ne rêve que de quitter son village pour trouver le « Maître-Peuple » et ainsi découvrir ce monde caché.

Tout serait plus simple pour Ansel si son village n’était pas sous le joug autoritaire des Bibliothécaires, une secte qui bannit la simple mention de ce « Maitre-Peuple ». S’il souhaite mener à bien sa quête, et ainsi trouver des réponses, Ansel va devoir braver l’interdit, ce qu’il fera accompagné de son ami elfique Archer. Leur mission va les confronter au secret le mieux gardé du monde, que tous, elfes, trolls ou gnomes, sont loin d’envisager.

Désenchantement du monde

Sur la route, les péripéties vont s’enchaîner pour les deux héros débutants. Peu rompus aux principes de la quête fantastique, Ansel et Archer vont d’abord rencontrer Laide, une force de la nature qui espère rencontrer le prince charmant qui la soulagera du « sortilège » qui la prive de sa beauté. Mais avant de s’en faire une alliée, il leur faudra échapper au tueur qui sévit dans la Forêt…

Rien d’étonnant à ce que l’on retrouve une nouvelle traduction d’une œuvre signée Matt Kindt, tant ce scénariste a su s’imposer grâce à des séries originales et bien pensées (Ether, Black Badge, Mind MGMT). Avec Folklords, il s’empare des contes de fées et de la fantasy (ce qu’il faisait déjà avec Ether dans une certaine mesure) et provoque un effet miroir qui retourne le paradigme habituel. Ici, ce n’est pas un garçon ordinaire qui va découvrir un monde fantastique, mais un garçon issu d’un monde fantastique qui rêve de notre monde.

Matt Kindt plonge donc son héros dans un abîme de perplexité et sème les graines d’une révélation méta comme les auteurs de comics indé aiment en faire depuis un certain temps. En lisant le quatrième chapitre, j’ai eu l’impression de retrouver le concept développé il y a quelques années par Mark Millar dans son controversé Unfunnies. Bien entendu, Matt Kindt y ajoute sa patte en se détournant in extremis de cette conclusion attendue.

Comme de coutume, Kindt sait travailler ses personnages pour les rendre attachants dès les premiers chapitres. Ainsi, Ansel, a-t-il tout du protagoniste sympathique, ayant tout de même suffisamment de particularités pour ne pas devenir générique. L’auteur altère suffisamment les clichés fantasy pour que chaque concept soit original, ce qu’il devra néanmoins faire pour conserver l’intérêt durant la seconde partie.

La partie graphique de Matt Smith apporte une touche efficace de simplicité à la mise en abyme de Kindt. Son trait à des similitudes avec celui de Duncan Fregedo, qui de façon assez ironique, est aussi présent dans la galerie d’illustrations faisant office de bonus.

Folklords est une aventure exploitant des lieux communs galvaudés pour produire un récit inédit et innovant.

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Mind MGMT #3: Savoirs opératifs et leurs impacts sur l’individu

Troisième volume de 328 pages de la série réalisée par Matt Kindt. Comprend les épisodes 25 à 36, parution le 07/01/21 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

bsic journalism

Merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette découverte!

Management vertical des capacités corticales

Après un tome 1 vertigineux et un tome 2 fracassant, Matt Kindt vient apporter la touche finale à son œuvre phare. Après avoir découvert les ramifications du Mind Management, Meru, jeune écrivaine en mal d’inspiration, a découvert avec effroi son implication passée dans l’organisation et le caractère récursif de son parcours depuis qu’elle l’a quittée. [SPOILERS!]

Forcée par Henri Lyme de revivre sans cesse les mêmes évènements dans une suite implacable de lavages de cerveaux et d’enquêtes futiles, Meru Marlow est parvenue à briser le cercle en apprivoisant ses formidables capacités psychiques. Avec d’autres anciens agents du Management, elle s’est mise à la poursuite (ou vice versa) d’un redoutable agent surnommée l’Effaceur, déterminée à faire renaître l’organisation.

Alors que la course au recrutement bat son plein, il semblerait bien que Meru et son escouade improvisée aient été pris de cours par les facultés adverses. Après une embuscade meurtrière, l’équipe de Meru est mal en point, laissant l’héroïne seule pour contrer l’Effaceur et son armée d’agents psychiques.

Toutefois, Meru a prouvé par le passé qu’elle était pleine de ressource, et surtout, tenace. La jeune femme, forte de ses souvenirs d’agent retrouvés, va remonter à la source du Mind MGMT, et obtenir des atouts de taille dans son combat, tandis que l’Effaceur avance sûrement ses pions sur l’échiquier, sûre de sa victoire.

Bataille au centre de l’Esprit

Après nous avoir plongés dans des abîmes de paranoïa et de complots, Matt Kindt se décide enfin à lever les doutes de son héroïne tout en nous éclairant sur les origines du Mind MGMT, et plus précisément sur ce qui a déraillé. L’auteur explore donc cette fois encore le caractère corrupteur du pouvoir, et fait réaliser à sa protagoniste que même (et surtout) des intentions louables peuvent se transformer en ignominie si on les laisse être teintées par des intérêts personnels.

Kindt revitalise donc le comics indépendant en mêlant super-pouvoirs et intrigues politiques, en superposant réflexion philosophique et remise en question de la réalité. Une œuvre incontournable qui aura mis du temps à parvenir jusqu’aux lecteurs français, mais l’attente en valait la peine !

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Mind MGMT #2: Espionnage mental et son incidence collective

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Second volume de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parue chez Dark Horse aux US entre 2012 et 2013. On doit la publication française aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, parution le 03/09/2020.

Jeux d’esprit

A moins que votre mémoire ait fait l’objet d’un recalibrage, vous vous souviendrez certainement du premier rapport d’opération du Mind Management, cette organisation nébuleuse et opaque composée d’agents dotés de facultés psychiques hors-normes.

Dans le premier tome, Meru Marlow, jeune journaliste en mal d’inspiration, se jetait corps-et-âme dans une nouvelle enquête impliquant un certain Henri Lyme, un homme ayant mystérieusement disparu au cours d’un vol durant lequel tous les passagers perdirent la mémoire. Bien vite, Méru mit le doigt sur une conspiration vieille de plusieurs décennies, le Mind MGMT.

Après avoir échappé à ses agents les plus redoutables, surnommés les Immortels, Meru fit la rencontre de Lyme, l’agent le plus talentueux, et donc le plus dangereux, que le Management ait connu. Dangereux car ses pouvoirs psychiques sont si puissants qu’ils ont occasionnellement échappé à son contrôle, provoquant des catastrophes d’ampleur comme la destruction de Zanzibar, et la mort de son épouse et de sa fille. Parti en exil, Lyme a œuvré dans l’ombre pour démanteler l’organisation, tout en s’assurant que sa jeune protégée, Meru, survivante du carnage de Zanzibar, soit en sécurité. Meurtri par ses crimes involontaires, Lyme est allé jusqu’à effacer la mémoire de Meru, à chaque fois que la jeune investigatrice est remontée jusqu’à lui.

La cuillère n’existe…pas ?

Ayant recouvré sa mémoire, Meru s’embarque dans une nouvelle mission pour mettre un terme définitif aux agissement du Mind MGMT, dont la résurgence promet la déstabilisation à grande échelle. Pour cela, Lyme, Meru et d’autres anciens agents recrutés sur le volet vont devoir s’associer et contrer l’Effaceur, un agent implacable et calculateur qui est décidé à avoir leurs peaux.

Après avoir fissuré le vernis de la réalité dans le premier volume, Matt Kindt fait entrer ses personnages en guerre dans le second avec une histoire à construction moins complexe, car moins basée sur le mystère et davantage sur l’action. Le chassé-croisé des premiers chapitres fait monter progressivement la tension, nous faisant anticiper un affrontement aussi inévitable que sanglant.

L’auteur se repose sur des personnages très bien construits et caractérisés, possédant pour chacun leur histoire et leurs motivations propres. Le Mind Management apparaît comme une organisation toujours plus floue, dont les motivations sont sciemment opacifiées et les dirigeants occultés, ce qui tend à renforcer le sentiment de paranoïa et de complotisme. La galerie de personnages s’étoffe néanmoins, Kindt introduisant un casting assez bigarré qui tranche avec le panel d’agents déjà présents.

Malgré la tension bien présente, on pourrait néanmoins déplorer le déroulement de certains affrontements, qui à mon sens n’exploitaient pas intégralement les facultés particulières de ses personnages. Avec autant de pouvoirs psychiques, il est en effet étonnant de constater que les combats sont avant tout physiques (ce qui demeure toutefois logique avec un enjeu de vie ou de mort).

Au premier abord, la construction éclatée du récit pourrait rebuter certains lecteurs. Néanmoins, il faut avouer que l’intrigue et la mise en scène restent claires, aidées en cela par le dessin à la volée de Kindt, lui-même sublimé par ses belles aquarelles.

Mind MGMT est une série atypique, fruit du travail complet d’un excellent auteur. Ce second volume confirme l’intérêt et la qualité de la série, à lire absolument !

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Mind MGMT: Guerres psychiques et leurs influences invisibles

esat-westPremier tome de 329 pages, comprenant les douze premiers numéros de la série écrite et dessinée par Matt Kindt, parution le 19/03/2020 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Where is my Mind ?

Depuis la publication de son best-seller, dans lequel elle résout des meurtres jusque-là non-élucidés, Meru Marlow cherche le rebond, la nouvelle inspiration qui lui fera noircir les pages de ce roman qu’elle espère, et, au passage, qui l’aidera à payer son loyer.

Seulement, la gestation de cette nouvelle œuvre est plus délicate que ce que la jeune femme avait pressenti. Les jours s’égrainent, tant et si bien que la hype de son premier roman a laissé la place à un vide existentiel qu’elle a grand mal à combler.

Toutefois, un jour a priori comme un autre avachie devant son écran de télévision, Meru tombe sur la commémoration d’un incident qui a laissé le monde entier sans voix: il y a deux ans, les passagers du « Vol 815 » ont posé le pied au sol amnésiques. Plus étonnant encore: l’un des passagers, Henry Lyme, s’est volatilisé durant le vol, sans laisser aucune trace.

Meru y voit là les prémisses d’un roman-fleuve, une enquête passionnante qui sera la base de son nouveau roman. Toutefois, en débutant ses investigations, Meru va s’apercevoir qu’elle a posé le doigt sur une couture qui pourrait détricoter la nature même de la réalité telle qu’on la connaît. Et bien vite, les agents du Mind Management, soucieux de maintenir le statu-quo tant qu’il sert leurs intérêts, vont se mettre à sa poursuite.

Ceux qui croivent savoir se trompent

Meru ne l’a pas encore réalisé, mais elle va bientôt découvrir une effrayante et silencieuse conspiration. Le Mind MGMT, entité anonyme, insaisissable, regroupe des agents dotés de capacités mentales hors-normes, formés à toutes sortent de techniques de manipulation, de coercition et de déstabilisation.

Certains de leurs agents sont capables, par exemple, de guérir n’importe quelle blessure par la seule force de leur volonté. D’autres encore ont le don d’anticiper l’avenir en décryptant les pensées de toutes les personnes autour d’eux, ou de créer des commandes subliminales par le biais de messages publicitaires ou de romans, manipulant ainsi les masses.

L’influence du Mind MGMT et ses ramifications sont insondables, quiconque étant susceptible de s’être fait effacer la mémoire, pour peu qu’il ou elle ait représenté une gêne. Meru est donc confrontée d’emblée à un ennemi invisible, invincible, même, qui peut prédire ses actions et jouer avec sa réalité comme bon lui semble.

Ainsi, les frontières du vrai et du faux se confondent-elles au fil des pages, au fur et à mesure que la jeune enquêtrice fauchée soulève les pierres que le MGMT aura bien voulu semer sur son chemin.

Encore une fois, Matt Kindt fait la retentissante démonstration de son talent d’auteur, en livrant une œuvre conceptuelle fourmillante de détails. L’ambiance y est pesante, et la paranoïa telle que l’on se surprend à revenir régulièrement en arrière, incertain de ce que l’on vient de lire un chapitre auparavant.

L’auteur pose patiemment les strates successives de son récit, alternant fausses pistes et révélations, certaines scènes posées dans un chapitre ne prenant sens que grâce à la nouvelle perspective apportée par une information jusqu’alors cachée. Dans Mind MGMT, la réalité perd de sa substance, elle se vide même de son sens étant donné qu’un souvenir peut être effacé, tronqué, altéré, ou tout bonnement fabriqué.

A l’ère de la toute-puissante information confrontée au péril de la Fake News, à l’heure des Deep Fakes et des algorithmes prédictifs, Mind MGMT vient apposer un filtre paralogique sur un questionnement quasi aporétique: où est la Vérité ?

Malgré une méta-narration maîtrisée de bout-en-bout, le graphisme de Kindt n’est clairement pas son point fort. On se laisse néanmoins porter par le trait esquissé et les chaudes aquarelles, qui accentuent encore le goût d’irréel qui traverse ce roman graphique d’une portée tout à fait étourdissante. Une lecture aussi dense que déroutante !

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Black Badge

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Roman graphique de 290 pages, réunissant les 12 épisodes de la série écrite par Matt Kindt et dessinée par Tyler Jenkins, parue initialement aux US chez BOOM! Studios, publié en France depuis le 04/03/2020 aux éditions Futuropolis.

Charlie et ses drôles de drames

Les organisations occultes et les agents secrets foisonnent dans les œuvres de fiction, que l’on parle du SHIELD, du BPRD, de Mission: Impossible ou du Kingsman. Elles sauvent invariablement le monde de catastrophes diverses au prix de nombreux sacrifices, la rédemption du monde étant leur seule récompense.

Et si une de ces organisations se dissimulait sous des atours simples, voire improbables ? Et si une confrérie inoffensive aux yeux de tous façonnait notre monde en secret ? Et si…les Scouts étaient de redoutables espions ?

C’est la prémisse choisie par Matt Kindt pour Black Badge, où il raconte le parcours de Kenny, Cliff, Mintz et Willy, jeunes membres de la division secrète éponyme, dont le rôle consiste à mener à bien des missions de sabotage, d’exfiltration ou d’assassinats sous couverture. Leur jeunesse est leur meilleur atout: en effet, qui se soucierait d’une bande d’adolescents, et a fortiori, qui les penserait capables de telles actions ?

Cependant, Black Badge doit faire face à des menaces bien plus insidieuses et subversives que les terroristes lambdas qu’ils affrontent ordinairement. Au cours de leurs missions, les jeunes scouts vont croiser le chemin d’autres cellules occultes, aux ambitions perfides. Mais, en matière d’espionnage, la réalité n’est bien souvent qu’un voile qui dissimule d’autres vérités, ce qui va forcer nos héros à remettre en question leur crédo.

Les Quatre Scout-tastiques

Matt Kindt nous plonge dans un monde dangereux et opaque, reprenant avec habileté la triste thématique des enfants-soldats. Comme c’était le cas dans la réalité, les protagonistes sont des orphelins ou des jeunes que l’on a soustraits à leur foyer, pour les conditionner et les envoyer prendre des risques au nom des adultes.

Nos audacieux Black Badges, tels les X-Men du Professeur Xavier, sont donc de dévoués soldats, conditionnés qu’ils sont à de pas questionner les ordres. C’est pourtant là le propre de la jeunesse, aussi nos héros vont-ils progressivement dévoiler le mystère qui entoure leur unité de Scouts, au fil des missions et des épreuves rythmées par les douze chapitres. La lecture qu’a Kindt du jeune soldat que l’on sous-estime m’a fait penser à celle qu’avait Ed Brubaker concernant Bucky, l’acolyte de Captain America lors des flash-backs de la saga du Winter Soldier.

Graphiquement, on doit reconnaître à Tyler Jenkins une constance certaine sur presque 300 pages. Les couleurs qu’il emploie, posent un filtre rétro sur cette aventure aux tons et aux circonvolutions parfois désuètes, fleurant bon les récits d’espionnages de la grande époque.

Si vous aimez les récits à tiroirs, les faux-semblants et le camping derrière les lignes ennemies, alors Black Badge est fait pour vous !

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Ether

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Deux premiers tomes de 114 pages, d’une série écrite par Matt Kindt et David Rubin. Parution dès 2017 aux US chez Dark Horse, parution en France le 21/09/2018 et le 30/08/2019 aux éditions Urban Comics, dans la collection Urban Indies.

Blondin avait publié un avis à la sortie du premier tome.

Enquêtes mortelles au pays des rêves

Boone Dias est un aventurier d’un genre bien particulier: après avoir découvert une nouvelle dimension, nommée l’Éther, ce scientifique rigoureux bien que controversé s’est lancé à corps perdu dans son exploration, devenant au fil des années une sorte d’enquêteur attitré pour cet univers régi par des règles étranges.

Si Boone Dias a pu résoudre des affaires toutes plus inextricables les unes que les autres dans l’Ether, c’est grâce à son esprit affuté et son absolu pragmatisme, qui sont à contre-emploi dans un monde dont le substrat semble défier toute logique. Le scientifique-explorateur met en pratique la fameuse Troisième Loi de Clarke, qui veut que toute science suffisamment avancée soit indiscernable de la magie, si bien qu’il perce aisément tous les mystères qui se présentent à lui en se raccrochant à ses connaissances.

Mais si l’Ether représente le rêve de tout aventurier, sa découverte et son exploration ont eu un coût exorbitant pour Dias: le temps passant différemment dans chaque monde, le scientifique a du laisser derrière lui sa vie terrienne, sacrifiée sur l’Autel de la Science…

Le Sherlock Holmes transdimentionnel

Lors d’une de ses excursions dans l’Ether, Boone va se voir confier une enquête bien particulière: élucider le meurtre de la Flamme d’Or, la gardienne réputée invincible du royaume. Ses investigations périlleuses vont le mener dans les recoins sombres et inexplorés d’Agartha, la capitale, et le confronter à son insidieux adversaire, Lord Ubel, gardien du savoir de l’Ether, maître de la duplicité et fourbe ourdisseur de complots les plus retords.

Dès les premiers chapitres d’Ether, on est frappé par la dynamique très holmesque de l’univers mis en place par Matt Kindt. Comme l’incontournable détective de Baker Street, Boone est un homme gouverné par la raison, doté d’un esprit si cartésien et détaché qu’il en devient presque antipathique, car sa manie de décortiquer les évènements magiques de l’Ether l’empêche d’en saisir toute la beauté (il faut savoir également qu’Arthur Conan Doyle n’aimait pas Sherlock, ou en tout cas, il souhaitait dénoncer à travers ce personnage le détachement scientifique).

Boone Dias se paie même le luxe d’avoir à ses côtés un Watson, en la personne de Glum, une Irène Adler en la personne de Violette, sans oublier son Moriarty, se cachant sous les traits de Lord Ubel.

Malgré ses manies, Boone reste un personnage attachant, notamment du fait des sacrifices auxquels il a consentis pour pouvoir explorer l’Ether. Chacun de ses retours dans le monde réel, chacun de ses départs pour le monde magique est déchirant, ce qui confère une dimension humaine à cet aventurier hors du commun.

Le dessin de David Rubin donne une forme spectaculaire à l’Ether, le dessinateur espagnol sait parfaitement rendre tangible l’architecture étrange et les personnages bigarrés qu’on y croise. Grâce à son trait, on saisit bien aussi la différence entre les deux mondes, par les jeux de couleurs notamment.

Les deux tomes d’Ether parus chez Urban comics sont une belle découverte, idéal pour combler votre confinement !

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Harbinger wars: Blackout

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De façon imprévue (… mais c’est ça le charme des blogs!) j’entame une semaine comics avec du Valiant, Du Esad Ribic, du MCU et du Gerald Parel.. Allez hop, c’est parti (euh pardon: Let’s Go folks!…)


Comic de Matt Kindt, Tholas Giorello, Patricia Martin et Renato Guedes
Bliss (2019) – Valiant (2017), 184 p.

bsic journalism Merci aux éditions Bliss pour cette lecture.

Blackout est intégré au relaunch Valiant après le très bon Secret Weapons (dont c’est la quasi suite directe), le récent Ninja-K (qui se déroule à peu près en même temps) et la trilogie en cours X-O Manowar.

La psiotique Livewire (dont on comprend qu’elle est destinée à devenir le personnage majeur de cet univers), capable de communiquer et contrôler tout ce qui est électronique, provoque un blackout total sur les Etats-Unis lorsque le gouvernement s’en prends à ses protégés, les jeunes psiotiques branques découverts dans Secrets Weapons. Le GATE envoie alors le héros Aric tout juste rentré de ses aventures spatiales pour contrer Livewire. Ninjak et Bloodshot se mêlent à la bataille ainsi que le HARD corp, dans un conflit sur le rôle que doivent jouer les héros, la liberté individuelle et l’attitude autoritaire des gouvernements.

Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout giorello"Un héros doit-il obéir au pouvoir ou est-il un contre-pouvoir? Les psiotiques sont-ils un danger pour l’humanité?… des thèmes classiques de l’univers X-men qui nous sont proposés ici de façon pas hyper originale donc mais très bien écrit et remarquablement dessinée. Car si j’aime toujours le traitement radical des héros Valiant, avec des caractères bien trempés et indépendants voir sombres, c’est bien le graphisme qui marque sur cet album et en fait sans hésitation le plus bel album de l’éditeur proposé jusqu’ici. J’ai déjà remarqué depuis plusieurs albums la barre mise assez haut en matière de dessins mais ici on arrive à un niveau rarement vu en comics. En effet les quelques quatre artistes qui officient sont tous très très forts et particulièrement inspirés. Résultat de recherche d'images pour "harbinger blackout guedes"Par exemple Renato Guedes qui m’avait estomaqué sur ses planches de X-O Manowar mais beaucoup déçu sur Bloodshot Salvation #2, impressionne fortement sur cet album. Idem pour Thomas Giorello dont le style semble plus adapté à  l’univers terrestre de Blackout (comme celui de Ninja-K) que le gros bordel guerrier d’Aric. Enfin, Patricia Martin reprends exactement le style, la colorisation et le découpage particulier de Secret Weapons pour notre plus grand bonheur. Une véritable dream-team sans aucune baisse de régime qui maintient un intérêt visuel sur une trame sans les ruptures qui avaient pu faire la marque de fabrique de certains albums Valiant (Bloodshot ou Ninjak). Du coup la lecture est aisée, sans réflexions permanentes sur qui est qui et on est quand et reste centrée sur l’intrigue principale. Ça se fout pas mal sur la gueule, l’évolution de Bloodshot est très intéressante et pour peu que vous soyez à jour dans les derniers albums publiés par Bliss vous prendrez grand plaisir à lire l’évolution émotionnelle de Ninjak et Livewire. L’image totalitaire des agences gouvernementales (déjà aperçue dans Ninja-K) étonne et pousse les héros à remettre en question leur rôle. Dès mes premières lectures Valiant j’ai aimé l’idée d’un Toyo Harada, sorte de Magneto œuvrant pour l’essor de la race psiotique tout en les persécutant, cette zone grise où personne n’est très propre. Avec de vrais questionnements qui laissent de côté les quelques délires fantastiques d’autres séries Valiant, Blackout est pour moi le deuxième album de l’éditeur où je prends autant de plaisir (… et qui donne envie de lire d’autres titres!) depuis The Valiant qui m’a fait commencer cet éditeur. Une grande réussite et une porte d’entrée/vitrine possible, relativement facile d’accès et rattachée à beaucoup de séries publiées en France par Bliss.

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Sushi et Baggles #3

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  • Radiant #10

Ce dixième volume clôture l’arc des chevaliers-sorciers qui a un peu déporté l’intrigue des Nemesis vers l’affrontement Nature/sciences entre le royaume de Cyfandir des chevaliers-sorciers et les barons-marchands alliés à l’Inquisition. On a donc droit à un épisode séparé entre la fin de la guerre par l’intervention de Merlin et le début d’un nouvel arc qui voit l’équipe du héros retourner à l’Académie Artémis. L’arc des chevaliers-sorciers avait un peu perdu l’humour de la série pour de l’action grand format et des manigances politiques. On retrouve Seth et ses remarques à la con une fois retourné sur la cité des sorciers. On sent que l’univers est vaste et que l’on vient tout juste de le découvrir. L’Anime juste diffusé aidant on imagine que l’on en a encore pour des dizaines de tomes à rechercher le Radiant et c(‘est tant mieux tant Tony Valente parvient à associer rythme, action, humour et une certaine réflexion écologique et sur l’altérite dans ce manga référence.


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  • Ether #1

Boone Dias est le Sherlock Holmes de l’Ether, le seul humain ayant réussi à pénétrer longuement dans ce monde parallèle où les lois scientifiques semblent remplacées par la magie. Esprit profondément cartésien, ce scientifique de renom considère que même dans l’Ether tout trouve une explication rationnelle! Lorsqu’on le convoque pour découvrir le coupable de l’assassinat de la Flamme d’or, la mythique héroïne défenseuse de la loi et de l’ordre de ce monde, il commence une enquête qui impliquera sa vie privée et questionnera les sacrifices auxquels il a consenti pour pouvoir devenir un cartographe de l’Ether.

Excellente variation sur Sherlock Holmes que cette nouvelle série dont le premier attrait est l’imagination débridée et délirante des auteurs pour créer ce monde magique. Malheureusement le dessin (qui fait penser à celui de Benjamin Blackstone) n’est pas au rendez-vous et ne facilite pas l’immersion du lecteur. La construction est également assez sophistiquée, nous immergeant dès la première page dans une intrigue déjà en place avec plusieurs flash-back qui nous racontent la rencontre entre Boone Dias et ce nouveau monde. Si vous accrochez aux dessins vous passerez un excellent moment qui vous donnera envie de prolonger l’aventure de cette enquête ésotérique. Si ce n’est pas le cas vous risquez de vous contenter de ce moment rafraîchissant à la croisée entre Hellblazer et Black Science.


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  • Sheriff of Babylon

Attention, one-shot touffu! Tant par un dessin au couteau qui joue énormément (trop?) sur la saleté et la surimpression de textures que par une intrigue que le scénariste fait tout pour faire avancer trèèèès lentement, cette intrigue ethno-géopolitique se mérite. Un peu à la manière d’un Black Monday Murders il faut faire ses preuves pour mériter cette lecture! La connaissance du terrain par l’auteur (ex agent de la CIA) se ressent, trop sans doute, en l’empêchant de décoller sur un scénario simple, accaparé qu’il est à faire ressentir la complexité locale, la chaleur, et à sortir des clichés américains. Sur ce plan l’album est une réussite – qui n’est plus si rare dans le milieu du comics Indé. L’organisation autour des trois personnages typés aurait dû aider le lecteur à suivre le récit mais la déconstruction et le côté tardif du sens de tout cela retarde d’autant l’immersion dans un album que l’on lit un peu trop extérieur pour vraiment l’apprécier. C’est dommage car ces personnages sont réellement intéressant et le héros, que l’on voit trop peu, est très réussi en faux candide au pays de Saddam. Une seconde lecture aidera sans doute à reprendre les bases pour peu que le dessin (très différent de la magnifique couverture malheureusement…) vous en donne envie. Dommage, la réalité d’une occupation de cowboys violents dans un pays dévasté par les tensions entre groupes est très intéressante. Dans le genre le Green Zone de Peter Greengrass, plus politique mais plus lisible, arrive à transcrire cette ambiance sans perdre le spectateur. Un album bien surévalué à mon goût.

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Divinity #2-3

esat-westComic de Matt Kindt et Trevor Hairsine,
Bliss (2016) – Valiant (2015), 127 p., contient les épisodes 1-4.

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Pour qui a lu le tome 1 de Divinity la fin pouvait laisser entendre un format one-shot. Les auteurs ont su prolonger cet épisode qui peut donc se lire seul, en changeant le traitement et les thématiques sur le tome 2, créant plus qu’une série en trois volumes, trois one-shot ayant leur identité propre et liés très intelligemment par le principe du temps modifié comme je vais vous l’expliquer. Pour la question éditoriale, reportez-vous à ma critique du tome 1, les deux autres volumes sont du même acabit, avec des couvertures chaque fois plus belles et du contenu making of réellement conséquent.

Résultat de recherche d'images pour "divinity 2 valiant"Divinity 2 fait donc intervenir Mishka, une des trois cosmonautes envoyés vers l’Inconnu par les soviétiques et qui revient sur Terre désolée de la disparition de l’idéal communiste et bien décidée à rebâtir une temporalité où l’URSS a perduré. Si la dimension émotionnelle et intérieure d’Abram Adams prédominait dans le premier volume, ici l’affrontement idéologique entre les deux êtres supérieurs se déroulera dans le temps, basculant sans cesse d’une réalité à une autre, où l’URSS a conquis le monde /où l’URSS a disparu. La dimension politique assumée est surprenante dans cet album qui fait intervenir Staline, Gorbatchev et Poutine et assume la réflexion sur le conflit idéologique entre l’égalitarisme et l’individualisme. Matt Kindt reste distant quand à la critique habituelle de l’empire soviétique dans les comics américains. S’il montre des clochards et la soupe populaire cela n’est pas sans parallèle avec le cynisme des personnages américains et le nationalisme impérialiste des généraux fait face à des dirigeants incontrôlables de firmes militaro-industrielles américaines dans l’univers Valiant. Aucun jugement du scénariste donc, mais plutôt une mise en perspective à laquelle nous n’avons pas l’habitude et qui est vue au travers du prisme d’un soldat idéal voué fait et cause à sa patrie et revenant dans un monde où sa raison d’être n’est plus.

Résultat de recherche d'images pour "divinity 2 hairsine"L’affrontement (très graphique, avec par exemple cette incroyable planche en forme de livre) sera donc plus conceptuel que physique entre les deux Divinity (comment pourrait-il en être autrement avec de tels pouvoirs?), Abram tentant de convaincre Mishka qu’elle a le droit d’avoir ses propres espoirs et d’aimer. Dans ce volume les héros Valiant sont quasi inexistants car dès le début Divinity rappelle que lui seul peut s’enfermer dans une « prison ». S’il semble avoir gagné à la fin, il nous est fait subtilement comprendre que lorsque le temps est modulable, un rien peut le modifier et  que de profonds changements peuvent ne pas avoir été perçus…

Ainsi Divinity 3 est intitulé Stalinverse: il s’agit clairement d’une uchronie permettant aux auteurs de s’amuser et d’inviter d’autres auteurs de personnages Valiant pour la récréation. Dans ce volume, sans lien directe ou évident avec les précédents, l’Union soviétique a conquis le monde et les héros Valiant sont des héros soviétiques. Hormis quelques nœuds de rébellion, rien n’échappe à la mainmise de la grande Russie. Cette uchronie permet de nombreux renversements, à la fois graphiques (l’épisode isolé sur le Kommandar Bloodshot est superbement mis en image par Clayton Crain avec un design totalement fou) et scénaristiques, inversant gentils et méchants. Résultat de recherche d'images pour "divinity 3 hairsine"Contrairement aux précédents volumes, on a ici une Union soviétique en empire du mal totalitaire et aucune réflexion sur les deux systèmes et les raisons de l’adhésion des héros à ce régime dictatorial. Cela devient plus manichéen et c’est dommage. Les quatre chapitres de Divinity 3 sont intercalés avec des one-shot sur la naissance (en mode dystopique) des héros, Archer & Armstrong, Bloodshot, X-O Manowar ou Shadowman mais aussi des personnages moins connus comme Babayaga… Ces épisodes assez sympa coupent le récit et je trouve que l’éditeur aurait du les regrouper à la fin de l’histoire Divinity.

Paradoxalement, alors que j’attendais beaucoup de ce troisième volume (et que j’adore les uchronies), il est le moins réussi de la série même si le récit Divinity réussit à retomber sur ses pieds très élégamment avec une parabole entre les pouvoirs démiurges des Divinity, des auteurs de BD et de l’imaginaire des livres, faisant de cette série une jolie pépite dans le catalogue Valiant qui en outre ne nécessite pas de connaître le catalogue de l’éditeur. Une suite à cette saga, nommée Eternity, sera publiée en octobre et je l’attend avec impatience.

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****·Comics·East & West·Numérique·Service Presse

Divinity #1

esat-westComic de Matt Kindt et Trevor Hairsine,
Bliss (2016) – Valiant (2015), 127 p., contient les épisodes 1-4.
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Un des premiers albums publiés par Bliss comics, Divinity comprend 3 tomes de 4 parties et des couvertures parmi les plus somptueuses que j’ai vu depuis que je lis des comics… Le tome 1 comprend de nombreux suppléments en fin de volume dont une galerie de couvertures alternatives, un long (et tout à fait passionnant) commentaires de fabrication détaillant le rôle de l’illustrateur, de l’encreur, du coloriste et du lettreur dans un travail vraiment collectif comme on en voit peu en France. Enfin, comme toujours chez cet éditeur, un sommaire, une page de contexte de la série et une page de guide de lecture pour placer la série dans l’univers Valiant.

En 1960 les soviétiques envoient dans une fusée secrète un homme vers une destination inconnue, en un voyage qui doit durer trente ans. Il reviendra doté de pouvoirs divins, capable de plier le temps et la matière. Comment va réagir l’humanité face à cette nouvelle entité. Menace? Les héros de la Terre, Aric, Ninjak, Gilad et Livewire sont envoyés pour vérifier cela…

Résultat de recherche d'images pour "divinity hairsine"Lorsque j’ai découvert les comics Valiant je suis tombé sur les planches et les couvertures de cette série très spéciale et mes yeux ont pleuré. La puissance évocatrice de ces peintures est tout bonnement fabuleuse et fort heureusement ne se limite pas aux couvertures (contrairement à une pratique malheureusement fréquente dans l’industrie du comics). L’illustrateur Trevor Hairsine produit sur l’ensemble des pages de la série une partition sans faute et il est saisissant de voir (grâce aux bonus) une BD où aucun des apports (encrages et couleur) ne dénature le dessin d’origine. Une véritable alchimie aboutissant sans doute à la série la plus belle du catalogue Valiant. La maîtrise technique de l’illustrateur est sans faute, le découpage des pages et des cases est exigeant et inspiré par des thématiques graphiques issues du scénario (les formes de Divinity et de son module spatial), enfin le design général inspiré des costumes spatiaux de la guerre froide est très original. Le travail graphique sur le passage du temps (thème central de l’album) accompagne vraiment la lecture et la renforce. Les auteurs de comics sont souvent ambitieux, au risque d’être compliqués, ici le scénario et le dessin (et sa structure) se répondent de façon vraiment réussie.

Résultat de recherche d'images pour "divinity hairsine"Le scénario, donc, est complexe dans une intrigue simple, résumée en début d’article. C’est donc bien le traitement qui fait sa force avec ces pouvoirs quasi absolus de Divinity, dont l’arrivée sur Terre reprends la thématique de Superman (comment réagir face à un être tout puissant susceptible de détruire l’humanité si l’envie le prenait?) en la prolongeant. Car en outre d’être a priori invincible, le personnage contrôle le temps et la matière en proposant de rendre les gens meilleurs, si nécessaire en faisant revenir les morts ou en métamorphosant êtres et objets. Comment déterminer ses motivations et comment réagir face à ce qui peut changer le cours de l’humanité? Fidèles à eux-même les dirigeants humains vont être très terre à terre et craintifs en envoyant les héros de l’univers Valiant (tiens, Bloodshot n’est pas là, pourquoi?). L’introduction de ces personnages familiers est sympathique même si aussi anecdotique que dans The Valiant où face à l’Ennemi leurs pouvoirs apparaissent dérisoires.

Image associéeLa difficulté réside dans une narration en voix off tantôt au passé tantôt au futur, nous faisant comprendre que Abram Adams, celui qui deviendra Divinity est à la fois maintenant, avant et après. C’est déroutant en même temps que très stimulant en illustrant l’état dans lequel il est et la difficulté à saisir le monde quand la trame temporelle est devenue non linéaire. Cela peut nécessiter une seconde lecture pour bien saisir toutes les subtilités. L’auteur a l’intelligence d’apporter à cette histoire SF un peu philosophique des concepts archétypaux comme la filiation et l’amour de celle qui a été laissée (comme pour Captain America, revenant alors que tous ses proches sont morts). Cela renforce le côté dramatique et l’intérêt pour ce type touchant qui a abandonné l’amour pour la patrie et l’inconnu et se retrouve incapable de rattraper le temps malgré ses pouvoirs.

Ce premier tome est donc un sans faute qui laisse en suspens l’intrigue et donne très envie d’enchaîner.

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