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Special Ki-oon: Alpi #7 – Clevatess #3 – Tsugumi #5

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Salut les mangavores! (encore) un gros retard côté manga qui me permet de proposer aujourd’hui un billet spécial Ki-oon, un de mes éditeurs préférés qui ne sort pas que des cartons (le récent Lost Lad London m’a franchement laissé sur ma faim) mais dont la stratégie du peu mais bien leur permet autant de dénicher des pépites que tout simplement lancer des manga originaux qui confirment le statut de troisième marché au monde pour l’édition française de manga.

bsic journalismMerci aux éditions Ki-oon pour leur confiance.

  • Alpi the soul Sender #7 (Rona/Ki-oon) – 2022 (2019), 208p., série finie en 7 volumes.

alpi_the_soul_sender_7_kioonOn touche au but de cette très jolie série qui aura simplement péché par manque d’expérience et de construction d’une intrigue qui n’aura débuté que tardivement. Cet ultime épisode prend la forme d’une attaque finale sur le temple des soulsenders en mode Kaiju. La gestion de l’action manque parfois de lisibilité dans le mouvement mais l’ensemble reste très agréable et notamment sur les points forts du manga, les dessins des décors et des costumes. L’autrice a le mérite de refermer (un peu rapidement) les intrigues de fond (notamment l’histoire des parents) sans hésiter à aller dans le dramatique. Le volume en tant que tel est très honnête et l’on sent un vrai effort pour achever correctement le manga. Pour une première œuvre publiée en ligne on ne tiendra donc pas rigueur à Rona pour cette ambition modérée et cette progression au fil de l’eau. Alpi th soulsender restera une très belle lecture relativement courte, pas la plus impressionnante du catalogue Ki-oon mais très recommandable.

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    • Clevatess #3 (Iwahara/Ki-oon) – 2022 (2020), 224p., 3/5 tomes parus.

clevatess_3_kioonToujours très axé action ce volume voit Alicia lutter contre le redoutable chef des sorciers entouré d’une nuée d’insectes. L’absence de Clevatess (parti affronter l’armée de l’envahisseur Dorel) permet au personnage de l’héroïne de se développer en la sortant du contexte d’outil aux mains du démon qui prévalait depuis le premier volume. En parallèle se déroule la bataille à grande échelle entre les deux armées et la réaction de la princesse de Hiden lorsque la rumeur concernant la survie de l’enfant héritier du pouvoir des Hiden survient.

Ce qui est intéressant dans cette série c’est la constance de l’auteur à essayer de renverser les canons de la fantasy en questionnant ce qui est habituellement acquis. Ici la position des héros est rattachée par le peuple à celle de la noblesse d’Ancien Régime qui revendiquait une gloire de principe alors que la plèbe toute attachée à sa survie ne faisait que constater les effets des guerres sur leur quotidien. En rappelant ainsi que le nationalisme monarchique (ou héroïque) fut souvent imposé, le mangaka dresse une véritable analyse politique dans ce cadre dark-fantasy, qui apporte un vent de fraîcheur au-delà du retournement initial du récit fantasy qui voit le mal gagner. On avait compris jusqu’ici une problématique des liens entre humains et rois-démons (qui assument un rôle similaire aux rois des animaux ou Gaïa dans les récits écologiques type Miyazaki) pas aussi binaire qu’attendue et nous voici questionné au sein d’un monde humain qui aussitôt vaincu se remet en guerre les uns contre les autres.

Si le dessin très foisonnant est parfois un peu brouillon et les dialogues dans le standard manga c’est donc bien le déroulé et les rôles assumés par les personnages qui apportent une vraie originalité, faisant de ce titre un succès critique mérité. En espérant que le roi Clevatess (ici étonnamment mis en difficulté!) ne tombe pas dans une mièvrerie incohérente, si l’auteur assume l’esprit sombre qui recouvre le titre depuis le tome un on  est parti pour une sacrée saga fort ambitieuse.

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  • Tsugumi project #5 (Ippatu/Ki-oon) – 2022, 208p., 5 tomes parus, série originale.

tsugumi_project_5_kioonDepuis le dernier tome le rythme et le déroulement de la série ont fortement évolué en densité et en construction d’univers. L’impression d’une bascule dans une sorte de fantasy post-apo se confirme ici puisque nous voyons débarquer notre escouade mal assortie sur l’île où doit se trouver le centre de recherche, objectif de la mission de Léon. Comme au précédent épisode qui nous voyait découvrir la société des singes, nous voilà cette-fois projetés dans un monde d’hommes-oiseaux qui ont un lien très fort avec Tsugumi, l’occasion pour l’auteur de nous raconter sans temps mort la naissance de la jeune créature. On sent ainsi que l’on avance très fortement vers la conclusion de l’intrigue, ce qui n’empêche pas Ippatu de proposer des complications avec un héros très mal en point. Dans ce monde très hostile on n’oublie pas que le Japon radioactif reste une mission suicide, que nous avait fait oublier le ton farceur des relations avec Doudou. L’auteur avance donc étape par étape, avec une structure très carrée faite de rebondissements, d’intrigues politiques approfondies, de designs travaillés et spécifiques à chaque peuple et d’une dualité technologie d’avant/fantasy d’après qui ne cesse de surprendre. Ippatu aime de plus en plus son univers et nous régale de décors incroyables de finesse, si bien que l’on ne sait si les révélations majeures de ce tome indiquent que la fin est proche ou si l’envie de continuer à explorer son worldbuilding va inciter le mangaka à prolonger très loin l’aventure… Du tout bon et peut-être le meilleur volume depuis le début. Vite la suite!

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Ultramega, #1

Premier tome de 200 pages, de la série écrite et dessinée par James Harren. Parution aux US chez Skybound, publication en France chez Delcourt le 19/10/2022.

Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance

Aux grands monstres, les grands remèdes

Vous ne l’avez peut-être pas encore remarqué, mais le monde est assailli par une force cosmique antédiluvienne. Ce danger mortel peut émerger n’importe quand, n’importe où sur la planète, car il se trouve en chacun de nous. Un virus venu des tréfonds glaciaux du cosmos, touche aléatoirement des humains ordinaires, pour les transformer en gigantesques kaijus assoiffés de sang.

Mais l’Humanité n’est pas seule pour affronter ce péril: trois élus ont reçu d’Atum Ultraméga, un messie cosmique ennemi juré des kaijus à travers l’Univers, une part congrue de ses pouvoirs. Ces trois hommes, Jason, Stephen et Erm, peuvent ainsi se transformer en Ultramégas, de titanesques guerriers.

Leurs ennemis sont légion. La menace est insidieuse. Leurs batailles, massives. Priez pour qu’ils soient de taille !

Après avoir fait ses armes sur B.P.R.D. et RUMBLE en tant que dessinateur, James Harren se lance en solo pour son premier projet complet. Hommage plus qu’évident aux fleurons du sous-genre tokusatsu tels qu’Ultraman, Ultramega nous plonge dans une sanglante bataille entre titans et monstres géants en pleins centres urbains.

Harren prend ici le pitch de base pour le transformer en autre chose, et adopte un point de vue plus pragmatique sur le postulat des monstres géants. En effet, si dans la franchise Ultraman, le héros éponyme a quelque chose d’éthéré et d’immatériel, ici, le héros est incarné de façon bien plus charnelle et physique, avec un style graphique tout à fait organique et artisanal appuyé sur la colorisation toujours incroyable de Dave Stewart (cité dès la couverture, une fois n’est pas coutume!). Quand il est touché, il saigne, il est susceptible de perdre pas mal d’organes et de membres… vous l’aurez compris: Ultraméga est sensiblement plus gore que la plupart des histoires classiques de kaiju, ce qui est cohérent avec le style de l’auteur.

Les conséquences des combats sont elles aussi bien plus appuyées et dramatiques, les dégâts collatéraux ne sont pas mis de côté et parfois même appuyés: on parle d’immeubles qui volent en éclats, de quartiers entiers réduits à l’état de gravats, des rues inondées de sang, enfin tout ce qu’implique des combats à morts entre des entités géantes. James Harren ne fait donc pas de concession et pousse son concept jusqu’au bout. Ainsi les apparitions d’Ultraméga sont toujours mises en valeur de façon spectaculaire, et il se dégage d’emblée un sentiment de désespoir, de combat perdu d’avance: ultra-violents, les affrontements sont très différents des boures-pif à l’infini des classiques combats de super-héros. Ici les coups sont généralement fatales et très graphiquement exprimés tant dans les conséquences organiques que dans les onomatopées et effets de souffle. Impressionnant et marquant!

Un autre élément permet à Ultramega de se détacher du tout-venant: la structure du récit, qui débute de façon classique pour mieux nous surprendre à la fin du chapitre 1. La suite nous prend à rebours en nous plongeant dans un univers post-apocalyptique un peu barré. Malgré une narration quelque peu baroque, pour ne pas dire foutraque, l’auteur propose là encore des idées intéressantes et originales (je pense notamment aux kaijus qui souhaitent construire des méchas. Dit comme ça c’est délirant, mais ça fait sens dans son contexte).

Reprenant des thèmes abordés dans Pacific Rim l’auteur propose un univers où l’utilisation des cadavres de kaiju et d’Ultramega est très pragmatiquement exploité avec une société post-apo qui s’est structurée sur la défaite initiale, un peu dans l’esprit de Coda dont Harren semble très proche tant graphiquement que dans son idée disruptive du récit héroïque.

On a donc ici un condensé d’action, empli de référence au sous-genre kaiju et à Ultraman, mais qui sait aussi se détacher de ses modèles pour proposer quelque chose d’innovant. Là où l’auteur ne nous surprend pas, c’est sur le design des monstres, qui est comme à l’accoutumée, totalement délirant et unique.

Sorte de croisement entre Ultraman et Invincible, Ultramega est le coup de cœur comics immédiat de cette fin d’année et potentiellement une très grande série en devenir !

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Jonna #2

Deuxième tome de la série écrite et dessinée par Chris & Laura Samnee , parution en France chez 404 Comics le 28/04/2022.

Unpossible monsters

Jonna est une enfant sauvage recueillie par un couple d’explorateurs alors que le monde succombait face aux ravages causés par d’immenses créatures. Sa sœur adoptive, Rainbow, a elle aussi du s’adapter à ce nouveau monde, dans lequel les humains ne sont plus que quantité négligeable, foulés aux pieds par ces monstres invincibles et implacables.

Lorsqu’elles sont accidentellement séparées et que leur refuge souterrain est détruit, Rainbow se met frénétiquement à la recherche de Jonna, et découvre, un an plus tard, que cette dernière est parfaitement adaptée à la vie sauvage, et que les monstres, loin de l’effrayer, reçoivent presque sa candide admiration. Une fois les deux soeurs réunies, les choses sérieuses commencent car elle doivent désormais retrouver leur père, lui aussi porté disparu depuis une attaque de monstre.

Toutefois, comme dans tout monde post-apocalyptique qui se respecte, la chute des règles et des civilisations s’accompagne d’une remontée à la surface de tous les travers humains. Rainbow et Jonna doivent-elles craindre les monstres, ou bien les hommes ? Ou l’inverse ?

Le tome 1 de Jonna nous avait agréablement surpris, par sa qualité graphique autant que par le dynamisme de sa narration et de son univers. La survie d’une adelphie dans un monde ravagé par des kaijus était déjà abordée dans l’agréable Giants Brotherhood, mais ici, l’ambiance est plus fun, même si la cruauté des hommes en l’absence d’entité régulatrice des comportements reste présente.

Le fun tient également dans le personnage de Jonna, sorte de croisement entre San Goku (période Dragon Ball) et Kamandi, dont l’innocence et la force sont des atouts autant que des points faibles.

Les auteurs poursuivent donc leur chemin narratif sur un rythme plutôt tranquille, ce qui est paradoxal compte tenu du dynamisme de l’ensemble. En effet, les révélations sur les causes du désastres se font toujours au compte-gouttes, et le lecteur n’évitera pas le célèbre cliffhanger de fin, qui ouvre la voie à de renversantes découvertes sur l’origine des kaijus et de notre héroïne sauvage.

En bref, Jonna confirme son statut de belle découverte grâce à ce second tome, tant sur le plan graphique que narratif !

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Ultraman: les origines

Premier tome de 144 pages de la série Marvel écrite par Kyle Higgins et Mat Groom, et dessinée par Francisco Manna. Parution en France le 06/04/22 chez Panini Comics.

« Gaffe où je mets les pieds… »

Sur les épaules des géants

Vous ne le savez sans doute pas, mais notre monde est foutu. Enfin, pas tout à fait, disons plutôt qu’il est au bord d’un gouffre intersidéral d’où se déversent sans discontinuer des hordes de kaijus, des monstres géants qui ne rêvent que de piétiner rageusement toute zone habitée par des petits êtres insignifiants qu’on appelle des humains, qui agitent leurs bras pathétiques et impuissants alors que leur monde s’embrase.

Bien heureusement, le commun des mortels n’est pas au fait du danger, et peut continuer sa vie paisible et relativement courte sans se soucier de rien d’autre, grâce aux héros de la PSU, la Patrouille Scientifique Unie. Chaque jour, nos agents de la PSU se lèvent de leur petit lit et trouvent en eux la résolution de combattre ces monstres, grâce à une technologie avancée qui leur permet de lutter efficacement et en toute discrétion.

Depuis qu’elle a réussi le concours d’entrée, Kiki Fuji est cantonnée au Quartier Général, et se contente d’essayer de comprendre comment fonctionnent les armes de la PSU, sans parvenir à grand chose. Personne ne peut lui révéler la provenance de cette technologie, mais l’astucieuse Kiki commence à subodorer quelque chose de singulier derrière tous ces mystères. Un jour, elle est conviée en intervention, et ne doit son salut qu’à l’intervention impromptue de Shin Hayata, son meilleur ami casse-cou qui aimerait bien se la jouer lui aussi Men In Black. Malheureusement, Shin n’a pas réussi le concours d’entrée et ne peut donc pas rejoindre l’effort collectivement secret de lutte contre les kaijus.

Cependant, un concours de circonstances fait qu’il est appelé pour intervenir avec Kiki sur les lieux d’un crash, qui rappelle celui qui a eu lieu en 1966 et qui a coûté la vie au meilleur agent de la PSU. Shin va alors commettre une erreur qui pourrait mettre en danger la planète entière, en blessant mortellement un allié inattendu alors qu’il s’extirpe de son vaisseau. En faisant la rencontre de cet être céleste nommé Ultra, Shin va devoir mettre sa vie en jeu pour le sauver et réparer son erreur. Ce faisant, il endossera une responsabilité bien plus grande que ce qu’il aurait pu imaginer et devenir Ultraman, dernière ligne de défense de la Terre face au kaijus !

La taille, ça COMPTE !

Ultraman est une icône pop de la culture nippone, un précurseur du genre Tokusatsu, créée par Eiji Tsuburaya en 1966. Cette série télé feuilletonesque a initié le format du « monster of the week« , dans lequel chaque épisode est une histoire auto contenue mettant en scène un antagoniste différent. Ultraman est donc en quelque sorte le premier superhéros japonais, et il est intéressant de noter qu’Eiji Tsuburaya est également connu pour avoir co-crée le célèbre Godzilla.

Le personnage rouge et blanc, sorte de titan qui affronte des monstres géants, a été décliné en dessins animés, en mangas, et en série, la dernière en date étant diffusée sur la plateforme au grand N rouge. Face à une telle icône pop, que vaut cette adaptation chez Marvel ?

Eh bien, il faut avouer que le pari est sensiblement gagnant, grâce au travail des scénaristes, qui parviennent à recréer une dynamique intéressante entre le protagoniste humain et son binôme venu des étoiles. Toutes les composantes de bases du personnage se retrouvent donc dans le comic book, à commencer par la fusion entre les deux héros. Il faut noter cependant que la tendance est ici renversée par les auteurs, car initialement, c’était Ultra qui, responsable de la mort de Hayata, le ressuscitait en fusionnant avec lui. On retrouve aussi la fameuse limite de temps, qui ne donnait dans la série télé que 3 minutes à Ultraman pour vaincre son ennemi, sous peine de voir son énergie vitale disparaître.

Ce premier volume de Rise of Ultraman offre aussi des révélations métas sur la nature véritable des kaijus, qui ne sont pas sans rappeler leur signification réelle et sur le plan artistique. La présence d’Ultra, un être issu d’une civilisation très avancée, est l’occasion de regarder de haut nos travers humains, avec tout de même un espoir de rédemption, procédé également utilisé dans Renaissance, que nous chroniquions le mois dernier.

Sur le plan graphique, Francisco Giuseppe Manna s’en sort avec les honneurs grâce à un trait moderne et agréable qui emprunte ce qu’il faut aux codes du manga sans en faire trop. Entre batailles spectaculaires contre des monstres géants, clins d’oeils et références à la série d’origine et modernisation du mythe, ce premier tome ouvre correctement le bal, et nous rappelle que la sortie d’Ultramega chez Delcourt est pour très bientôt.

****·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Jonna

Premier tome de la série écrite par Chris et Laura Samnee et dessinée par Chris Samnee. Parution en France aux éditions 404 le 09/09/2021.

Plus dure sera leur chute

L’un des grands défauts de l’Homme est de se persuader que la Terre lui appartient. C’est faux, elle appartient à ceux qui auront la force de s’en emparer, et Homo Sapiens ne sera pas toujours sur la première marche du podium. La jeune Rainbow en a eu la preuve tout récemment, lorsque d’immense créatures ont surgi des entrailles de la terre pour tout piétiner sur leur passage.

Prise dans les tremblements de terre et les glissements de terrain, Rainbow a perdu sa sœur Jonna ce jour-là. Sauvage, taciturne et intrépide, la petite Jonna s’est évaporée lorsque les monstres ont surgi, mais un an après, Rainbow a encore l’espoir de la retrouver saine et sauve. Aussi, elle parcourt les terres désolées à la recherche de Jonna, jusqu’à effectivement tomber presque par hasard sur la petite, qui depuis une année entière, s’est débrouillée entièrement seule pour survivre…

Comment renouer avec elle ? Comment la convaincre de rejoindre la civilisation alors qu’elle semble épanouie dans ce nouveau monde ? C’est tout le questionnement que Rainbow traversera durant l’album, alors que les deux sœurs seront pourchassées par les monstres et rejoindront un groupe de survivants qui fait route vers un camp protégé.

Après un passage remarqué chez Marvel, Chris Samnee joint ses ressources créatives à celles de son épouse pour mettre sur pied un univers post apocalyptique bigarré et attractif, à mi-chemin entre le Kamandi de Jack Kirby et les films de Kaijus nippons. Visuellement, c’est peu de dire que l’album est une réussite. Loin du style réaliste qu’auraient privilégié d’autres auteurs dans le genre foisonnant du post-apo, Chris Samnee arrondit les traits, il élargit ses perspectives pour donner toute la mesure et le gigantisme de ses monstres.

L’écriture n’est pas en reste puisqu’on retrouve des protagonistes attachantes, tirées du fameux duo archétype Rouge/Bleu: le rouge est dynamique, extraverti, le bleu plus mesuré, plus réservé: on pense par exemple à Bagheera/Baloo (Le Livre de la Jungle), Frozone/Mr Indestructible (Les Indestructibles, Woody/Buzz l’Éclair (Toy Story), Marty McFly/Doc Brown (Retour vers le futur), Tyler Durden/Le Narrateur (Fight Club), Hellboy/Abde Sapiens (Hellboy), Riggs/Murtaugh (L’arme fatale), Captain America/Iron Man (Avengers), Batman/Superman, etc…

Jonna tient quant à elle du héros naïf et puissant, comme San Goku ou Gon Freecs, faisant de cette BD un savant mélange de plusieurs influences. En revanche, on se doit de souligner que cet album se lit très vite, ce qui, conjugué à sa qualité, pourrait laisser beaucoup de lecteurs sur leur faim. En effet, l’univers de Jonna n’est ici qu’esquissé, sans que les auteurs ne s’attardent sur les éléments de background. Ce n’est pas un point négatif, car après tout, le lore se doit d’être secondaire par rapport aux personnages et aux enjeux. Mais il reste à espérer que le reste de la série saura approfondir des bases qui semblent déjà solides.

BD

Goldorak

La BD!

Histoire complète en 136 pages, suivies de 28 pages de cahier graphique. Xavier Dorison et Denis Bajram à l’écriture, Brice Cossu, Denis Bajram et Alexis Sentenac au dessin, Yoann Guillo à la couleur. Parution le 15/10/2021 aux éditions Kana.

Goldorak Go !

La Pop Culture est un monstre. Une entité protéiforme, composée de personnages et d’œuvres diverses, qui ont toutes en commun l’empreinte laissée dans les esprits de millions de spectateurs. Goldorak est l’une des nombreuses têtes de cette hydre vidéoludique, un précurseur du genre pléthorique du Mecha qui fait encore aujourd’hui, 43 ans après sa création, l’objet d’un culte inextinguible.

Xavier Dorison, Denis Bajram, Alexis Sentenac, Brice Cossu et Yoann Guillo font partie de ceux-là, les jeunes enfants marqués très tôt par la silhouette cyclopéenne du robot de l’espace et qui ont, bien des années plus tard, continué à y rêver. En tant qu’auteurs, cette dream team de la BD française est parvenue à convaincre le créateur du personnage, Go Nagai, de leur permettre de proposer leur version toute personnelle.

Toute personnelle, pas nécessairement, puisque la crainte, pour un auteur qui s’attaque à un tel monument de la pop culture, de s’émanciper du mythe originel, doit être grande, paralysante, même. Le défi consiste donc ici à livrer un opus de qualité, pertinent, qui vient puiser dans le vivier de l’œuvre originale sans nécessairement le singer maladroitement. Nos ambitieux démiurges bédéphiles ont-ils su remplir cet exigeant cahier des charges ?

Goldorak returns

Pour cette résurgence du robot cornu et de son célèbre pilote, les auteurs ont opté non pas pour un remake, mais pour une suite directe de la série animée. Des années après la défaite de Véga, le prince Actarus, qui de réfugié s’était érigé en défenseur de la Terre, est retourné sur sa planète d’origine, accompagné de sa sœur Phénicia, espérant pouvoir y sauvegarder un semblant de civilisation après les ravages causés par Véga.

Les années se sont écoulées de façon relativement paisibles, pour les terriens et notamment les anciens camarades d’Actarus: le professeur Procyon, père putatif d’Actarus, sa fille Vénusia, le pilote bravache Alcor, puis les joyeux drilles Mizar et Rigel. En l’absence de menace à combattre, chacun a déposé les armes et continué sa vie, soit en devenant médecin (Venusia) ou inventeur milliardaire (Alcor).

Mais le Grand Stratéguerre Véga n’était pas la seule menace venue des étoiles. Les derniers représentants de la planète Stykades, eux aussi privés de leur planète, n’ont désormais plus le choix. Là où la conquête de la Terre relevait davantage du caprice machiavélique pour Véga, c’est désormais une urgence vitale qui meut ses dernières ouailles, qui entendent bien profiter de l’absence de Goldorak pour faire plier les forces terriennes. Où est passé Actarus ? La paix qu’il cherchait sur sa planète aura-t-elle eu raison de sa force et de sa rage de vaincre ?

Le première chose que l’on peut dire à propos de ce Goldorak, c’est que le défi est relevé. Usant du thème devenu classique du « retour du héros », les auteurs débutent leur album par une ambiance crépusculaire pleine d’amertume, avant d’offrir des combats et scènes d’action dignes de l’anime. Dorison et Bajram n’oublient pas d’implémenter une réflexion sur les affres de la guerre et ses conséquences, sans toutefois délaisser le manichéisme et la naïveté du propos initial de l’œuvre. Non pas que Goldorak mérite un traitement « plus mature » ou une relecture plus sombre, mais il aurait peut-être été possible d’introduire un dilemme plus poignant et plus couteux encore pour le héros.

Le point qui paraît le plus perfectible à la première lecture est celui des dialogues, qui auraient gagné à être plus fluides. Sans être catastrophiques pour autant, ils donnent l’impression d’avoir été écrits hâtivement, et conservent, malgré les relectures multiples que l’on peut leur supposer, quelques maladresses.

Graphiquement, en revanche, ce french touch Goldorak est très abouti, et démontre les talents conjoints de pas moins de trois dessinateurs, rien que ça. Les scènes d’action sont lisibles, fluides et dynamiques, tandis que les personnages, bien campés et très reconnaissables, bénéficient toujours d’un cadrage et d’une mise en couleur superbes.

Pari tenu pour nos auteurs français, qui ont su démontrer leur savoir faire sur l’un des titans de la pop culture.

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Big Girls

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Récit complet en 144 pages, écrit et dessiné par Jason Howard. Parution le 01/04/2021 chez 404 Comics

You are beautiful

Le monde tel qu’on le connaît s’en est allé (encore!). Un virus protéiforme nommé « le Mega Organisme » s’est attaqué aux enfants, notamment aux mâles, pour en faire des monstres dont la difformité n’a d’égale que la taille. Ces créatures, que l’on surnomme les « Jack« , ont ravagé la planète, obligeant les survivants à se retrancher au sein de zones sécurisées, dont la plus grande est la Réserve

Toutefois, aucun rempart, aucune muraille ne saurait retenir ces colosses destructeurs. La seule arme viable, ce sont les Big Girls, des femmes touchées par le Mega Organisme, ce qui leur confère une taille gigantesque, préservées des horribles mutations grâce à leurs gènes XX. Emberline, jeune fille de la campagne, est découverte enfant par l’officier Tannik, qui en la recrutant l’emmène à la Réserve, loin des siens. Là bas, elle est entraînée et conditionnée à repousser toutes les attaques de Jacks, aidée dans sa tâche par deux autres guerrières géantes, qui forment le seul rempart entre les humains et l’anéantissement. 

Malgré les ravages causés par ces monstres, Ember ne peut s’empêcher de ressentir la tragédie des Jacks. Enfants innocents, leur seule alternative est d’être supprimé par Tannik et ses hommes ou de se transformer en géant sans âme. Sans-âme ? Ember se pose souvent la question, car, en observant de plus près leurs comportements violents et destructeurs, il semble à la jeune femme que quelque chose cloche, comme s’il y avait encore quelqu’un sous la carapace mutante… 

Attack of the Fifty Foot Woman

Jason Howard, que l’on connaissait jusque-là pour The Astounding Wolf Man et Trees, construit un récit au pitch délirant mais basé sur des thèmes sérieux et d’actualité. En effet, depuis quelques années maintenant, il est devenu nécessaire de mettre en lumière les écarts de l’engeance masculine, et les tourments qu’ils causent à la Femme. Pour cela, Howard met en place une métaphore, certes pas très subtile, mais qui a le mérite de la clarté: les Hommes sont des monstres dont la violence a ravagé les sociétés, et seules les femmes peuvent se dresser face à eux pour espérer les endiguer. Et, vous ne l’ignorez pas, ajouter des géants est un facteur instantané de coolitude pour n’importe quelle histoire (je vous invite d’ailleurs à vérifier, allez-y ! Imaginez du géant dans n’importe quelle histoire, et vous verrez !)

En lisant le pitch, j’ai immédiatement pensé au hashtag #éduquetonporcelet, qui avait suivi le fameux (et nécessaire) #balancetonporc. Ce hashtag laissait entendre, malheureusement, que les dérives dénoncées par BTP étaient la résultante de traits intrinsèques au genre masculin, et que, si certains hommes sont bel et bien des porcs, alors les garçons, qui ne sont finalement que des hommes miniatures, ne peuvent être considérés que comme des futurs porcs en puissance. L’ajout de la notion d’éducation vient instaurer la célèbre dichotomie de l’inné contre l’acquis, ce qui présuppose qu’un garçon nait avec des caractéristiques violentes et sexistes, et que seule une éducation adéquate permettra de le sauver des affres du sexisme. Si on poursuit le raisonnement, il apparaît que le #éduquetonporcelet vient planter l’idée que la bonté et la décence ne peuvent être que les fruits d’une éducation propice et en aucun cas de qualités intrinsèques à l’individu. 

Howard, pour en revenir à notre sujet, ne fait pas l’écueil de la généralité dans son Big Girls. Tous les jeunes mâles ne se transforment pas en monstres, mais ceux qui le font sont soit éliminés, soit ostracisés pour ne vivre qu’en marge de la société. Il faudra alors à Ember toute la bonne volonté du monde pour faire éclater la dérangeante vérité autour des Jacks et du Mega Organisme, et instaurer un nouveau paradigme qui inclut ces êtres, certes dangereux, mais toujours humains. Outre la place de la Femme et les dangers induits par les comportements masculins, l’intrigue de Howard nous met en garde contre les dérives belliqueuses (tient, encore une résonnance avec l’actualité…) et les modes de pensée sectaires qui les accompagnent souvent.

Chaque personnage a de bonnes raisons pour agir comme il le fait, et le tout s’imbrique toujours adéquatement dans les thématiques de l’auteur (Tannik qui chasse les Jack pour des raisons personnelles en mode Achab tout en prétendant servir l’intérêt général, Ember qui doute de plus en plus de son crédo, Gulliver qui se sert des Jack, etc).

Big Girls est donc plus qu’un prosaïque divertissement, il nous interroge sur les fondements de notre société et nous pousse à les remettre en question. Le tout avec des GÉANTS.

 

****·BD·Nouveau !·Service Presse

Poussière #3

La BD!

Troisième tome de 86 pages d’une série écrite et dessinée par Geoffroy Monde. Parution le 27/01/2021 aux éditions Delcourt.

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Merci aux éditions Delcourt pour leur confiance.

Attack of the Fifty-Foot Whatever

Mettez-y une femme revancharde, des titans anthropophages, des kaijus ou des cyclopes, dès qu’il s’agit de gigantisme, mon œil de lecteur est immédiatement attiré. 

Poussière nous raconte l’histoire d’une jeune guerrière éponyme, qui affronte depuis quelques années d’énigmatiques cyclopes, qui ravagent inlassablement sa planète, Alta, dont l’écosystème est régi par ce que l’on nomme l’Essence. Jusqu’ici pacifiques, les cyclopes sont devenus comme fous et se sont mis à piétiner tout ce qui se trouvait sur leur passage, provoquant une hécatombe et une série de cataclysmes écologiques dont Obel, le royaume dominant sur Alta, peine à se remettre. 

Pourtant, il est possible pour les guerriers d’Obel de lutter contre ces créatures, au prix de lourds sacrifices, qui paraissent vains tant la marche des géants est inexorable. En effet, les cyclopes font partie intégrante de l’écosystème et sont renvoyés à l’Essence après chaque défaite, pour mieux revenir ensuite, plus forts que jamais. 

D’après les rumeurs, cette lutte perpétuelle a commencé lorsque est apparu un certain Homme Noir dans les rues de la capitale d’Alta. Silhouette indéchiffrable, l’Homme Noir est apparu plusieurs fois de façon apparemment aléatoire, entraînant dans son sillage les terrifiants cyclopes. C’est donc à lui que l’on impute la catastrophe, sans savoir d’où vient cet homme ni pourquoi il agit ainsi. 

Entre deux attaques de cyclopes, Poussière veille sur son frère Pan et sa sœur Ayame, qui disposent de capacité les mettant en lien direct avec l’Essence. Et si tous ces événements étaient liés ? Quels secrets dissimule le gouvernement d’Obel à ses sujets terrifiés ? 

Gaïa’s Revenge

Les deux premiers tomes, sortis respectivement en 2018 et 2019, livrent les premières clefs du mystère grâce à quelques révélations choc: Suite à un accident de laboratoire, Alta a subi un échange de matière avec une planète nommée la Terre, qui est une jumelle d’Alta située dans une autre dimension. Ces transferts ont perturbé l’Essence, si bien que les conséquences des outrages des humains envers la nature ne se répercutent plus sur Terre mais bel et bien sur Alta. L’Homme Noir n’est lui aussi qu’un accident, un dommage collatéral qui a obtenu la faculté de passer furtivement d’un monde à l’autre. 

A l’issue du tome 2, des enfants d’Alta, incluant Ayame, capables de contrôler les cyclopes, furent envoyés sur Terre pour mener une expédition punitive et détruire l’Humanité, tandis que Poussière se retrouvait elle aussi piégée sur Terre. 

Nous voici donc à la conclusion de l’odyssée dimensionnelle de Geoffroy Monde, qui avait apporté un point de vue innovant et atypique pour une série  de SF. Les thématiques abordées, à savoir la revanche de la nature et le voyages dimensionnels, ne sont pas inédites mais traitées avec révérence et habileté, grâce à une alternance des points de vue entre Terre et Alta. Le discours écologique est donc tout à fait de mise, l’auteur s’amusant ici à la mettre en abîme puisque l’Humanité est ici jugée par sa jumelle Altienne qui subit injustement les conséquences de nos actions. 

Poussière tome 3 - BDfugue.com

Il convient également d’imputer à l’auteur un travail sérieux sur la construction de son monde fictif, exercice périlleux s’il en est qui est ici réussit haut-la-main. Les concepts philosophiques et religieux qui sous-tendent le monde d’Alta sont riches mais aussi complexes, ce qui pourrait perdre en route le lecteur tant il est parfois nécessaire de raccrocher les wagons avec les tomes précédents. 

Pour sa conclusion, on peut dire que Geoffroy Monde ouvre les vannes et va au bout de sa thématique, même si cela peut paraître abrupt. 

Poussière est donc une trilogie SF qui vaut le détour, tant sur le plan graphique que scénaristique, ce grâce à des influences évidentes mais qui n’en sont pas moins maîtrisées. 

****·Manga·Nouveau !

Asadora! #2-3

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Manga de Naoki Urasawa
Kana (2020-)/ Shogakukan (2018-), série en cours, 3 tomes parus (4 au Japon).

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Asa Asada manque de reconnaissance! Dernière d’une famille nombreuse dans le Japon de 1959, personne ne se rappelle de son nom… Pourtant elle ne manque pas de tempérament et de détermination. Lorsqu’un Typhon ravage sa ville natale elle mets tout en œuvre pour aider les rescapés, avant même l’arrivée des secours. La voilà embarquée dans des aventures qui feront d’elle une as de l’aviation, avant que quelques années plus tard un mystérieux agent du gouvernement lui demande de venir en aide à son pays…

Asadora tome 3 - BDfugue.comJ’ai découvert cette série à l’occasion du jury BDGEST’arts et suis immédiatement tombé fan de cet auteur et de son héroïne. Je n’ai pu parler que très rapidement du premier volume, alors vue la qualité de la série je voulais vous parler plus en détail d’Asa…

Après un démarrage sur les chapeaux de roue, on continue à suivre Asa enfant dans le second tome qui nous montre comment elle en est venue à apprendre le pilotage, avant de basculer des années plus tard dans le troisième volume où, adolescente, elle se retrouve tiraillée entre ses envies de jeune fille des années soixante (et le projet de girls band de ses copines) et son esprit responsable qui la pousse à devenir… agent secret!

Jouant sur les temporalités (j’avoue que je regrette un peu de quitter si vite la pétillante gamine des deux premiers volumes…), Urasawa déroule son récit avec une maîtrise technique impressionnante, que ce soit dans le découpage, l’expressivité des personnages et les ficelles classiques mais efficaces du feuilleton. Avec une galerie de personnages et de tronches tous plus réussis les uns que les autres on ne s’ennuie pas une seconde dans une histoire dense qui égrène lentement ses indices reliant les premières images d’apocalypse Kaiju du premier volume avec la jeunesse de l’héroïne. Entre la tradition et la modernité naissante du Japon des sixties, la série est totalement accessible à un lectorat occidental, comme rarement un auteur japonais aura su le faire. Je suis assez peu intéressé par la psycho-sociologie japonaise qui est souvent décrite dans les manga, pas plus que par les détails sur le japon historiques et j’ai été ici tout à fait pris dans ce vernis qui fait par moment penser à la langueur d’un In the mood for love.

Asadora ! #3 • Naoki Urasawa – La pomme qui rougitL’aspect fantastique reste pour le moment totalement … fantastique (dans son sens littéraire) soit en sous-texte et permet de créer une tension légère en poussant Asa vers une double vie lorsqu’un ancien officier de son désormais partenaire d’aviation Kasuga lui propose d’entrer au service du gouvernement pour combattre la menace réel du monstre qu’elle a vu lorsqu’elle était enfant. Cette idée de double vie (avec peut-être une identité secrète?) nous plonge dans le feuilleton d’aventure malgré l’habillage très historique avec cette ambiance lycéenne et la course de son ami Shota vers les jeux Olympiques. Le propos général est toujours décalé dans Asadora!, créant une légèreté qui aide à aborder des sujets difficiles comme la pauvreté, le statut d’orphelin et les catastrophes coutumières du Japon. Que ce soit donc ce Shota que personne n’imagine arriver au niveau pour participer aux JO, cette gamine avec un manche à balais dans les mains distribuant des gâteaux par ballons-parachutes ou ce barbouze qui veut préserver les JO du Kaiju, rien n’est bien crédible et pourtant on marche à cent pourcent car le rythme est effréné et le plaisir graphique permanent.

Bien malin celui qui dira où nous emmène Naoki Urasawa mais avec un auteur maîtrisant autant son art on lue suivrait jusque sur la Lune!

***·Comics·East & West·Jeunesse·Nouveau !

Giants: Brotherhood

Récit complet en 128 pages, écrit par Carlos Valderrama et dessiné par Miguel Valderrama. Parution le 25/09/2020 aux éditions Urban Comics, collection Urban Link (format comics).

Kaiju-palooza !

Il y a de nombreuses années déjà, le monde s’est écroulé sous les pas des géants. Des monstres à la peau impénétrables, qui ont rasé ce que l’homme tenait pour acquis et qui l’ont forcé à se cacher profondément sous terre. De cette catastrophe a émergé une nouvelle société, post-apocalyptique, violente, régie seulement pas la loi du plus fort.

C’est dans cet environnement hostile, contrôlé par des gangs en guerre perpétuelle, qu’ont grandi Gogi et Zédo. Deux jeunes orphelins réunis par le destin, prêts à affronter ensemble toutes les galères, mus par un simple rêve: faire partie du gang des Bloodwolves.

Pour ça, les deux survivants vont se voir confier une mission, déguisée en rite de passage: remonter à la surface, et mettre la main sur de l’ambrenoir, une ressource rare et puissante, issue du corps même des monstres géants. L’ambrenoir donne l’avantage à ceux qui la possède, et ici-bas, ne sert qu’à faire la guerre.

Gogi et Zédo vont donc embarquer pour leur périlleuse mission en territoire kaiju, impatient à l’idée de rapporter le trésor qui leur vaudra de faire enfin partie d’une famille, aussi toxique soit-elle. Mais les deux jeunes ne sont pas prêts pour ce qui les attend en haut. Leur fraternité sera-t-elle à l’épreuve des monstres ? Et d’ailleurs, qui sont les véritables monstres ?

L’Homme est un kaiju pour l’Homme

Dans les œuvres post-apocalyptiques, il est intéressant de voir ce que ce serait devenue l’Humanité si elle avait faire face à l’éventualité de son extinction. Comment les sociétés et les institutions se seraient réorganisées, la résurgence de la loi du plus fort dans un monde dévasté, sont autant de sujets fascinants et traités à l’envi dans ce genre transmédia.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas vraiment le cas dans Giants. Les frères Valderrama mettent le focus sur la relation entre leurs deux protagonistes, et ne livrent que le strict minimum concernant le background. Tout ce que l’on apprendra dans la série, c’est que des gangs de jeunes s’affrontent dans des villes sous-terraines, tandis qu’à la surface, règnent des (deux?) monstres géants qui se livrent eux aussi bataille.

Où sont les adultes ? Quid du pouvoir politique dans ces villes ? Si l’ambrenoir est une source de combustion, est-elle utilisée autrement que pour la baston ?

Si l’idée de base est intéressante (on retrouve la thématique des bandes de jeunes et le duo d’orphelins post-apo comme dans Akira), elle donne l’impression de n’être qu’effleurée, sans que les auteurs ne prennent la peine de la contextualiser. Les monstres non plus n’ont pas droit à un traitement en profondeur (ce qui est parfois le cas dans certains films de kaijus, Cloverfield en tête), même si leur design reste intéressant en évitant les poncifs reptiliens du genre. On retrouve d’ailleurs, en parlant de Cloverfield, l’idée des parasites de kaijus, sortent de puces monstrueuses et agressives.

Giants exhibe donc ses influences de façons assez ostentatoires, sans nécessairement en tirer profit sur la longueur du récit. La dynamique des frères ennemis est traitée de façon classique, mais assez efficacement pour que l’on s’attache aux personnages et à leur sort.

Giants: Brotherhood reste une lecture agréable, que l’on aurait aimé voir traitée plus en profondeur, au vu des influences évidentes citées plus haut.